Extraits du Bulletin de la Société d'Horticulture et de Botanique du Centre de la Normandie, n°5 - 1899.
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EXTRAITS
du

BULLETIN
DE LA
SOCIÉTÉ D'HORTICULTURE
DU
CENTRE DE LA NORMANDIE

N°3 - 1899

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Quelques cas de Ressemblance protectrice

Chacun sait qu'on désigne sous le nom de Mimétisme, cette curieuse propriété qu'ont un grand nombre d'animaux d'en imiter d'autres. Cette ressemblance s'applique alors à des êtres animés. Mais, dans bien des cas, l'animal pour échapper à ses ennemis s'adapte au milieu qui l'entoure, se confond avec lui, au point de ne pouvoir plus en être distingué. Cet autre mode qui se rapporte à l'imitation d'objets inanimés est plus particulièrement désigné sous le nom de ressemblance protectrice (homochromie). Quelques cas curieux d'animaux imitant des plantes, des parties de végétaux, des fleurs, peuvent ne pas être déplacés, croyons-nous, dans une Revue de botanique. Ainsi limité, le sujet est encore vaste.

Tous, nous avons remarqué avec quelle habileté, un lièvre ou une perdrix peuvent, grâce à leur couleur, se dissimuler dans un chaume. De même, une grenouille ou une rainette se confondent dans une mare avec les lentilles d'eau et les plantes aquatiques qui les entourent ; au pôle, les animaux deviennent blancs ; ceux du Sahara prennent la livrée du désert, et les poissons la couleur du fond qu'ils fréquentent. Ces faits généraux bien connus sont peut-être plus frappants chez les insectes qui arrivent d'une façon merveilleuse à imiter telle ou telle partie d'une plante.
Tout d'abord, les papillons nous offrent bon nombre d'exemples : c'est ainsi que le Thécla de la Ronce (Thecla Rubi), brun en dessus et d’un beau vert en dessous, devient brusquement introuvable dès que relevant les ailes, il se pose sur une feuille verte. Les Vanesses et les Satyres imitent au contraire, en se posant, des feuilles sèches. Vanessa C. Album, V. polychloros et V. Urticx d'un brun foncé en dessous, ne se distinguent plus, les ailes relevées, des feuilles brunies de dimensions analogues encore attachées aux rameaux ou pendant entre les plantes aux toiles d'araignées. Le Paon de jour (Vanessa Io), se place comme une feuille morte sur un rameau et se dissimule ainsi. De même façon se cachent Satyrus Semele, Pararge Mcera, P. iEgeria, etc... L'Aurore mâle (Anthocharis cardamines) a le dessous des ailes de la deuxième paire maculé de taches vertes très découpées, et prend tout à coup, au repos, l'aspect du menu feuillage des Achillées, des Ombellifères et des Cardamines des prairies. Le Citron (Gonopteryx Rhamni) reproduit, étant posé, par sa teinte générale, par ses nervures et même par quelques petites taches une feuille plus ou moins jaunie.

Cette imitation arrive au plus haut degré de perfection chez une espèce de Java, le Kallima paralekta. Lorsqu'il a replié ses ailes d'un bleu profond ou d'un brun foncé, traversées par une large bande orangée ou blanche, ce n'est plus qu'une feuille morte. Tout y est : coloration, nervures, pétiole même simulé par de petites queues que présentent les ailes postérieures ; de plus, une tache vitrée, sans écailles, placée vers le milieu des ailes supérieures représente avec fidélité un trou rongé dans la feuille par une larve quelconque. Bien d'autres papillons exotiques, comme les Inachis imitent ainsi des feuilles desséchées (1).

Les Lépidoptères nocturnes offrent encore plus d'exemples curieux. Venilia macularia est une petite Phalène d'un jaune plus ou moins vif avec des bandes transverses, interrompues, formées de beaucoup de taches noires inégales ; au repos, sur des feuilles de Bouleau, elle se confond avec elles et passe inaperçue (2). D'autres, comme Cilix spinula et Penthina pruniana, imitent les larges gouttes déterminées sur les feuilles par les excréments des oiseaux. « L'illusion, dit Plateau, est complète, et des personnes peu familiarisées avec ces phénomènes sont stupéfaites lorsqu'en le touchant on fait envoler l'objet sur la nature duquel elles s'étaient totalement méprises. »

Revenons à notre sujet avec les Phalènes qui se confondent avec les feuilles sur lesquelles elles sont appliquées, grâce à leur coloration verte (tels Geometra papilionaria, Phalcena thymiaria)... avec les Noctuéliens qui, par leurs dessins, imitent certains Lichens. Une Phalène, Halia Wavaria, en représente même les découpures caractéristiques. D’autres enfin, et nombreux, simulent des éclats de bois, des brindilles, des aiguilles de sapin, des feuilles attaquées par des cryptogames ; Phaber bucephala, au repos peut très bien être pris pour un morceau de bois recouvert de moisissure blanche, Closteria curtula ressemble à une vieille feuille de charme roulée et Lithosia griseola à une samare de frêne.

Jusqu'ici cette ressemblance s'est exercée au repos. On peut aussi l'observer en mouvement : les Ptérophores sont, en effet, des microlépidoptères dont les quatre ailes sont divisées en forme de doigts, frangées, ce qui leur donne l'apparence de plumes, imitant très bien, au vol, une akène de composée.

Certaines chenilles usent aussi de ces ressemblances (3). Ainsi des chenilles d'arpenteuses, l'Eunomos illustraria, l'Urapteryx sambucata, restent rigides et allongées sur des rameaux qu'elles semblent prolonger en imitant leur forme, leur couleur, les nœuds de la branche. L'Urapteryx n'est pas rare dans les jardins sur le sureau, le tilleul et le troène. La chenille du Pieris rapae est d'un vert qui se fond avec les feuilles des choux et autres crucifères dont elle se nourrit (4)

Les autres ordres d'insectes nous présentent des faits analogues.

Parmi les Orthoptères, les Bacilles (B. Rossii) et les Phasmes ont l'aspect de feuilles sèches ou de branches mortes. Les espèces du genre Phyllium qu'on élève à Java par curiosité, ressemblent si parfaitement pour la couleur, la forme et les nervures, à la feuille du goyavier sur lesquelles elles restent immobiles pendant le jour, qu'il est impossible de les en distinguer (5) La Mante religieuse est commune dans tous nos bois, mais bien peu la voient, tant elle se confond avec les branchages sur lesquels elle se pose et dont elle semble faire partie intégrante (6).

Quelle science de dissimulation trouverions-nous encore chez les névroptères, leurs larves, et les fourreaux qui les protègent ?

Les Araignées, elles aussi, se dissimulent grâce à leurs formes et à leurs tons qui s'harmonisent avec le milieu dans lequel elles vivent. Certaines espèces exotiques imitent jusqu'à des fleurs : une Thomise du Cap reproduit la teinte et les stries des pétales du Laurier rose. Une autre imite dans toutes ses parties les fleurs du Senecio pubigera (7). Et combien sur les troncs d'arbres nous échappent !

Nous pourrions passer en revue chaque classe d'animaux et y trouver des exemples de ces ressemblances. Les Myriapodes, les Mollusques, les Isopodes, nous en fourniraient de curieux, même les animaux marins : c'est ainsi que dans la mer des Sargasses, Crustacés, Mollusques, Ascidies, ont exactement la nuance olivâtre des végétaux sur lesquels ils se trouvent (8).

Parmi les mollusques terrestres, bien des petites espèces, Hélices et autres échappent à la vue par leur nuance ou leur transparence. Un petit Gastropode, la Clausilie, ordinairement brun foncé ou noir lorsqu'il vit dans la mousse ou sous les pierres, prend sur les Hêtres, les Charmes et les Frênes, la teinte grisâtre et tachetée de leur écorce en même temps que les tours de spire et les stries s'émoussent.

Ce n'est pas ici le lieu d'étudier le mécanisme de cette adaptation : disons seulement qu'elle semble être sous la dépendance du système nerveux central, et que l'action de la lumière sur la rétine de l'animal en est le point de départ. (Expériences de Pouchet).

Nous nous bornerons à ces quelques exemples qui forment un si intéressant chapitre de la lutte pour l'existence. Ils nous ont semblé dignes de provoquer l'attention des curieux. En les recherchant, on augmentera l'attrait d'une simple promenade, car c'est dans leur milieu même, c'est-à-dire dans la nature qu'il faut les étudier. Que de surprises pour celui qui sait voir et trouver et souvent que d'amusantes méprises qui, en éveillant notre curiosité, nous instruiront mieux que les meilleures figures de nos livres ! « Ne franchissons donc pas les mers, dit Plateau, pour aller étudier aux Indes ou au Brésil un des phénomènes les plus intéressants qu'offre à notre admiration la gent animée ; restons chez nous, car les faits de Ressemblance protectrice présentés par nos insectes indigènes sont si nombreux, qu'une partie seulement de ces faits est connue et qu'il reste beaucoup de petites découvertes à effectuer. C'est dans les jardins, les prairies, les forêts, en un mot en visitant la nature chez elle qu'on a chance de surprendre quelques-uns de ses secrets. »

L.-J. MOREAU.

NOTES :
On lira avec intérêt les travaux suivants auxquels j'ai emprunté un grand nombre de faits :
(1)    E. Plateau. — La Ressemblance protectrice chez les Lépidoptères Européens. — Naturaliste 1err Novembre 1891.
(2)    Plateau. — L'homochromie de la Venilia macularia. Cuénot même sujet. Bull. Soc. Zool. 1898, pages 87 et 99.
(3)    E. Berce. — Lépidoptères.
(4)    Cuénot. — Sur les moyens de défense des Arthropodes. — Naturaliste 1er  mars 1890. — Moyens de défense chez les animaux Bull. Soc. Zool. 1898, page 37.
(5)    L. Frédéricq. — La lutte pour l'existence (Bibi. sc. contemp.)
(6)    Géonémie de la mante religieuse (Feuille des jeunes naturalistes 1er  mars. 1899).
(7)    Elizabeth Peckham. — Protective resemblances in Spiders. Naturaliste Octobre 1889 et suivants.
(8)    Mis de Folio. — Sous les mers.



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Proposition en matière de drainage

Certains terrains d'étendue considérable, ne pouvant être mis en valeur qu'après drainage du sol, ne paraît pas inutile de formuler toutes propositions, quelques simples soient-elles, qui paraissent fournir à cet important sujet quelque élément nouveau.

I

L'une des plus sérieuses préoccupations du draineur est de procurer à l'eau provenant du drainage un écoulement illimité et suffisamment rapide ; en ce cas seulement l'assèchement pourra être réputé satisfaisant et les travaux entrepris pourront donner leur plein effet.

Or, il arrive souvent que le terrain se prête mal à l'écoulement des eaux, soit que le sol ne présente pas de pente suffisante, soit que le terrain sur lequel peuvent être amenées les eaux de drainage se trouve lui-même imperméable ou sans issue facile : dans les deux cas, on renonce le plus généralement à tenter un effort qui ne pourrait donner que des résultats incomplets.

Le draineur peut cependant, la plupart du temps, remédier à ces défauts de pente et de perméabilité en créant à son profit l'écoulement artificiel des eaux.

On sait en effet que les terrains géologiques sont, au point de vue de la perméabilité, divisés en couches perméables et imperméables, d'épaisseurs variables, alternant les unes avec les autres. On est donc presque toujours certain, sur quelque terrain que l'étude soit faite, de trouver dans les couches superficielles, la couche d'épuisement d'une couche imperméable. On sait que, peur le même motif, il y a souvent inconvénient à poursuivre trop profondément le forage d'un puits ; au-delà d'une certaine limite, déterminée d'ailleurs par la nature du sol dans lequel on opère, la production du puits peut diminuer; à un moment donné l'eau peut disparaître entièrement.

En partant du même raisonnement, nous avions songé, il y a quelques années, à établir auprès de Lisieux en 1885 un bélier hydraulique, dans l'intérieur même d'un puits, afin de rendre ce puits productif à la surface du sol, sans travail d'homme, par l'emploi de la chute résultant de la différence de niveau entre la limite de la dernière couche imperméable et le fonds du puits situé en sol perméable. Dans l'espèce, la couche imperméable était trop difficile à pénétrer et son épaisseur était trop considérable pour que l'établissement du système fût économique ; nous avons dû par suite renoncer à ce projet. L'idée a été reprise depuis et a donné de bons résultats.

Mais si les couches imperméables du fond sont souvent dures et de grande épaisseur, il en est en général tout autrement des couches imperméables de surface ; par suite de certains phénomènes géologiques, ces couches n'ont fréquemment, dans les terrains qui nous intéressent, qu'une faible épaisseur ; il suffira donc presque toujours de creuser un puisard peu profond pour parvenir à entraîner les eaux de surface et pour assurer ainsi l'assèchement d'une étendue très importante de terrains ; on peut citer à titre d'exemple, en Seine-et-Marne, à Courtry, certains puisards creusés en sol de surface imperméable, de moins de 6 mètres de profondeur, dont le fond situé en sol perméable absorbe quotidiennement au moment des grandes pluies plus de 1,000 mètres cubes d'eau en 24 heures, sans que le niveau de l'eau à l'intérieur du puisard ait jamais atteint la surface de cette œuvre.

Il est donc presque toujours possible, à l'aide de puisards, d'absorber l'eau de surface et par conséquent de parvenir à drainer des terrains qui n'ont pas d'écoulement naturel.

Reste à examiner les moyens qu'il semble préférable d'employer pour obtenir économiquement de bons résultats.

II

De pareils travaux de drainage ne devront jamais être entrepris sans une étude préliminaire du sous-sol, résultant de l'inspection de travaux similaires dans les environs, de sondages effectués sur place et des travaux géologiques relatifs à la région, le tout afin de permettre de s'assurer du résultat économique que ces travaux seraient appelés à donner.

Si les prévisions sont satisfaisantes, le plan d'ensemble tracé, on procède aussitôt au forage du premier puisard qui doit confirmer ou infirmer les prévisions.

Le forage devra de préférence être confié à des ouvriers puisatiers. Les murs du puisard pourront être habillés soit à l'aide d'une maçonnerie légère de brique, soit à l'aide de tubes en ciment armés, soit enfin avec des tubes métalliques. De toutes manières il conviendra de ménager dans le revêtement les passages libres pour l'écoulement de toutes les eaux d'égout. La couche perméable une fois atteinte, le forage du puisard sera poursuivi jusqu'à ce qu'il paraisse offrir une surface d'absorption suffisante. Le revêtement du puisard dans cette dernière partie sera fait à l'aide d'une maçonnerie en pierre sèche ou même d'une maçonnerie cimentée largement ouverte.

Dans le haut du puisard, en face et à la hauteur des embouchures des drains, seront immédiatement ménagés à même la maçonnerie des ouvertures d'un diamètre au moins égal au diamètre extérieur des drains qu’ils seront appelés à recevoir.

L'orifice du puisard devra toujours excéder le sol de 50 centimètres au moins, être muni d'une forte plaque de tôle et être maintenu fermé.

Le nombre des puisards sera déterminé par la pente additionnelle à créer et par la quantité d'eau à absorber. Pour une surface donnée, ce nombre devra être suffisant pour assurer aux drains une pente de deux centimètres au minimum sans que le point de départ des drains soit trop rapproché du sol (au minimum de 50 centimètres de profondeur) et sans que leur point d'arrivée soit trop profond dans le puisard, (1 mètre 50au maximum). Si le sol sur lequel on opère est complètement plat, le mieux sera d'établir les puisards à une distance de 100 mètres les uns des autres. En donnant à chacun d'eux un rayon d'action de 50 mètres et en établissant l'extrémité supérieure de chaque ligne de drains à la profondeur de 50 centimètres, l'extrémité inférieure des lignes aboutira à la profondeur de 1 mètre 50 dans le puisard.

Si la pente du sol est seulement insuffisante, les puisards seront établis de manière à procurer une pente additionnelle assez grande pour que la pente totale atteigne un minimum de 2 centimètres par mètre ; pour une pente naturelle de 1 centimètre par exemple, les puisards seront forés de 200 en 200 mètres, soit un puisard pour 4 hectares, etc.

Si enfin la pente du sol est suffisante et qu'il s'agisse seulement d'éviter le séjour des eaux de drainage en certains points sans issue, l'établissement des puisards sera déterminé par les accidents même du terrain.

Au point de vue de l'absorption l'expérience même indiquera la distance à laquelle les puisards devront être forés, mais on ne devra pas oublier que la multiplicité des puisards est inutile en deçà d'une certaine distance déterminée par la nature des couches perméables qu'ils atteignent, et que, passé cette limite, l'eau dans chaque puisard tend à se maintenir constamment aux niveaux des puisards voisins : en général, à moins de 100 mètres, les niveaux des puisards influent rapidement les uns sur les autres.

Les terrains situés en contre bas et dans le voisinage immédiat d'un cours d'eau peuvent en général être drainés à l'aide de puisards. Le niveau des puits établis dans le voisinage des cours d'eau devenant, le plus souvent et à une faible profondeur, indépendants du niveau de ces cours d'eau.

Le point de forage une fois déterminé, les lignes de drains sont tracées en étoile autour de ce point, le puisard devant être le centre ou aboutissent tous les rayons de l'étoile.

Le nombre de ces rayons peut être fixé de huit à douze suivant l'étendue d'action du puisard ; ces rayons reçoivent des lignes secondaires qui donnent à chacun d'eux, sur le tracé, l'aspect d'une arête de poisson dont les apophyses transverses sont d'autant plus longues qu'elle, sont éloignées du puisard ; toutes les lignes secondaires doivent se relier à la ligne principale en faisant avec celle-ci un angle aussi aigu que possible.

A l'aide du drainage en étoile et par puisards, il est possible de drainer un grand nombre de sols considérés comme réfractaire au drainage. Cette méthode sera particulièrement précieuse aux horticulteurs, aux arboriculteurs, aux maraîchers qui doivent opérer en sol absolument sain.

III

Les drains établis sur ces données fonctionnent aussi bien que les drains des drainages ordinaires ; il n'est pas inutile cependant d'indiquer que leur nettoyage, comme celui de tous autres drains, peut-être facilement effectué à la condition de prendre certaines précautions au moment de l'établissement du drainage : il suffira que chaque ligne de drain conserve ses extrémités libres, ce qui est facile et peu coûteux si l'on emploie pour cet usage des briques hors d'usage ou des pierres sèches.

Dans ces conditions il suffit, chaque fois que l'on craint un engorgement, d'ouvrir ce regard de fortune et d'y laisser couler brusquement une certaine quantité d'eau.

En ce qui concerne les plantes qui encombrent certains drainages on peut essayer leur destruction lors de leur apparition, à l’aide de fumigations d'acidesulfureux ayant filtré à travers du sulfure de carbone, fumigations rendues faciles par l'ouverture du drain à chaque extrémité; l'acide sulfureux plus lourd que l'air, doit être versé à l'extrémité supérieure et envoyé à l'aide d'une pompe. L'acide sulfureux étant soluble dans l'eau, l'opération ne peut être faite qu'en temps de sécheresse.

[DESCOURS-DESACRES]

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QUELQUES AMIS MÉCONNUS

Qu'il me soit permis de plaider devant les Jardiniers la cause de plusieurs de leurs amis trop souvent méconnus.

Le nombre en est grand, mais je ferai un choix et, pour cette fois, je me contenterai d'exposer les services rendus par le Hérisson, le Crapaud, la Musaraigne, la Chauve-Souris, et de montrer combien sont puérils et absurdes les préjugés dont ils sont victimes.

LE HÉRISSON

Toute description serait inutile. Le Hérisson est un mammifère insectivore assez répandu et qui le serait davantage, pour notre plus grand bien, s'il n'était l'objet d'une guerre aussi acharnée qu'injuste.

Il dort le jour et chasse la nuit. Sa femelle met bas de quatre à sept petits dont elle prend un soin extrême jusqu'à ce qu'ils soient assez forts pour pourvoir eux-mêmes à leur subsistance.

C'est un être tout à fait à part que ce singulier animal et la nature l'a bien préparé au rôle qu'elle lui a confié. Il est revêtu d'une armure de piquants qui le rend presque invulnérable ; il ne craint que la ruse du renard et la cruelle ignorance de l'homme.

Il est réfractaire à un grand nombre de poisons : l'opium est sans effet sur son organisme ; les cantharides sont pour lui un régal, il les mange par tas sans en être incommodé, et le venin de la vipère ne trouble pas sa santé. Voyons-le à la chasse : lui, un peu lourd d'ordinaire, bondit quand il aperçoit le dangereux petit serpent et l'attaque avec vigueur ; celui-ci se défend de son mieux, cela est naturel, et ses crochets empoisonnés s'enfoncent dans le museau de son adversaire ; le combat peut durer longtemps mais se termine toujours par la victoire de notre héros qui, oubliant ses, blessures, se repaît avec délices du corps de son ennemi.

A défaut de ce gibier de choix, le Hérisson se contente de souris, de limaces et d'insectes de toutes sortes, et, comme il est doué d'un robuste appétit, il en fait une énorme consommation.

Il semblerait, n'est-ce pas, qu'un auxiliaire aussi précieux devrait être apprécié et protégé ? Il n'en est rien et le Hérisson est traité en ennemi par ceux mêmes à qui il prodigue ses services.

Que lui reproche-t-on ? Des méfaits incroyables et que je suis presque honteux d'avoir à rappeler ; on l'accuse de faire avorter les vaches ! Rien que cela ! Il est vrai qu'on ne dit pas, et pour cause, comment il accomplit cette ténébreuse besogne. ... C'est tellement burlesque que je n'insisterai pas.

On l'accuse encore, en Normandie, de manger les pommes, parce qu'en passant sous un pommier, un fruit tombé sur lui sera resté accroché à ses piquants. Mais le pauvre serait bien embarrassé de profiter de son larcin car comment irait-il chercher la pomme sur son dos. D'ailleurs « montre-moi tes dents et je te dirai ce que tu manges », si le Hérisson veut bien nous exhiber ses mâchoires nous les verrons armées de trente-six dents pointues propres à déchirer la proie vivante et non à grignoter les fruits.

LE CRAPAUD

Il est laid, le triste crapaud, avec sa peau grisâtre toute couverte de pustules, sa large bouche, ses gros yeux à fleur de tête, ses pattes maladroites. La nature s'est montrée marâtre pour lui et ne l'a pas paré des grâces qu'elle a prodiguées à des individus, bien moins intéressants ; aussi ne proposerons-nous pas aux dames d'en faire l'ornement de leurs salons ; laissons-le dans nos champs et réservons-lui bon accueil quand il vient s'installer d'ans nos jardins, car c'est un destructeur de limaces, de cloportes et d'insectes ravageurs. De plus, c'est un être absolument inoffensif.

Il n'a contre lui que son extérieur disgracieux. Mais que nous importe son uniforme s'il combat pour nous ! Malheureusement, ce n'est pas seulement dans le monde des Crapauds qu'un physique ingrat nuit à son propriétaire et souvent chez nous, comme
au temps de Sedaine,

L'arbre n'est pas jugé sur ses fleurs ou son fruit :

On le juge sur son écorce.

On dit bien qu'il tette les vaches et les rend malades, que sa sécrétion pustuleuse empoisonne les légumes, que c'est, après le chat noir, la bête préférée des sorcières, et autres choses plus ridicules les unes que les autres.

Jardiniers, mes amis, vous ne croyez pas aux sorcières, ni moi non plus, ne croyez pas davantage aux méfaits du Crapaud, introduisez-le dans vos jardins et dans vos serres, il les purgera des méchantes bestioles contre lesquelles vous luttez si difficilement et qui font votre désespoir. Seulement ne vous contentez pas d'un seul pensionnaire car le Crapaud est d'une sobriété exemplaire, il mange seulement pour vivre et, en véritable sage, il sait se contenter de peu. C'est peut-être à sa sobriété qu'il doit l'avantage de vivre longtemps, 50 ans environ, ce qui est beaucoup pour un animal de cette taille

Un savant raconte qu'étant adolescent il avait jeté au fond d'une citerne vide sept jeunes Crapauds qu'il y retrouva 20 ans plus tard. Les prisonniers avaient si peu souffert qu'ils étaient devenus énormes.

On peut manier impunément le Crapaud : l'humeur laiteuse et âcre secrétée par les glandes de son épiderme et par ses glandes parotidiennes est sans effet sur la peau, cependant c'est bien un poison car, inoculée à faible dose à un petit animal, cobaye ou lapin, elle le paralyse et le tue promptement.

Le Crapaud possède donc un venin qui lui serait un redoutable moyen de défense s'il pouvait en faire usage ; mais il ne peut s'en servir contre ses ennemis. Le jet d'urine qu'il lance quand on le saisit est inoffensif.

Cet animal appartient à la classe des batraciens, ordre des anoures. L'éclosion de ses œufs donne naissance à de petits têtards que l'on voit grouiller dans les mares. Par conséquent, rien de plus facile que de s'en procurer. Qu'on apporte un seau de frai dans une mare ou un baquet qu'on aura soin de tenir plein d'eau et le jardin se peuplera de défenseurs.

LA MUSARAIGNE

La Musaraigne est un petit mammifère carnassier de l'ordre des insectivores. Ses mâchoires sont munies de trente dents pointues qui ne croquent que les ravageurs des champs.

Elle ressemble d'une manière générale aux animaux du genre rat, mais elle s'en distingue par la forme plus allongée de la tête, terminée par une petite trompe, et par tous les caractères qui différencient un insectivore d'un rongeur.

Ses oreilles sont grandes et ses yeux très petits. Ses courtes pattes sont terminées par cinq doigts armés d'ongles crochus. Le long de chaque flanc existe, sous les poils ordinaires, une rangée de soies raides et serrées entre lesquelles suinte une humeur grasse extrêmement fétide.

Si je me suis un peu arrêté à la description de ce joli petit animal que tout le monde a vu c'est que j'ai voulu faire ressortir ses caractères d'insectivore et éviter par là qu'on ne le confonde avec la souris.

La ressemblance est une fatalité. Avoir la physionomie et les allures d'un brigand expose à bien des désagréments. La pauvre Musaraigne en sait quelque chose.

On l'accuse de manger le blé, elle qui n'a de dents que pour les proies vivantes.

Le paysan ignorant dit aussi qu'elle mord ou pique la jambe des chevaux et des vaches et leur cause ainsi une enflure qui peut les faire périr. J'avoue que je ne vois pas bien la petite gueule de la Musaraigne s'ouvrant assez pour mordre une jambe de cheval et, même en admettant qu'elle fût possible, je me suis toujours demandé le pourquoi de cette vilaine action. La petite misérable aurait-elle la prétention de croquer un cheval comme un simple hanneton ? Le morceau me semble un peu gros pour elle, et sa gourmandise, quoique réelle, ne saurait aller jusque-là.

Quant à la piqûre comment pourrait-elle la pratiquer puisqu'elle n'a ni crochets ni aiguillon ?

Non, tout son crime est de ressembler assez à la souris pour qu'on les confonde au premier abord. Les chats s'y trompent peut-être eux-mêmes puisqu'ils la poursuivent et la tuent ; mais, en tous cas, ils reconnaissent assez vite leur erreur pour ne pas la dévorer. Encore un meurtre inutile.

La Musaraigne passe l'été dans les bois et les haies, se cachant le jour dans les troncs d'arbres ou les creux des rochers d'où elle sort le soir pour chasser les insectes dont elle fait sa nourriture ; elle fouille les terres sèches, les amas de feuilles où elle trouve en abondance larves et chrysalides.

L'hiver elle se rapproche de nos habitations et cherche sa proie soit au pied des murailles, soit dans les litières et dans les tas de fourrages et de grains.

Sa voracité égale presque celle de la taupe, sa sœur d'infortune, dont elle est du reste une coquette miniature. On l'a appelée avec quelque raison la taupe de nos greniers.

Protégeons-la donc en raison des services qu'elle nous rend et perdons, s'il se peut, la fâcheuse habitude de tirer sur nos propres troupes pour la plus grande satisfaction de l'ennemi.

LA CHAUVE-SOURIS

Moi, souris ! des méchants vous ont dit ces nouvelles.
Grâce à l'Auteur de l'univers,
..........................................
Je suis oiseau, voyez mes ailes,
Qui fait l'oiseau ? c'est le plumage ;
 Je suis souris, vivent les rats !

C'était pour échapper à la dent cruelle des belettes que la pauvre Chauve-Souris, mise en scène par La Fontaine, se déclarait tantôt oiseau, tantôt souris, car elle n'est ni l'un ni l'autre. C'est bien un mammifère comme la souris car, de même que ce rongeur, elle allaite ses petits, mais elle appartient à l'ordre des chéiroptères qui ne vivent que d'insectes crépusculaires.

Elle vole comme les oiseaux, bien qu'à vrai dire elle n'ait pas d'ailes, mais grâce à une vaste membrane qui garnit ses bras et ses doigts, qu'elle a excessivement longs, et qui l'enveloppe comme d'un manteau. Son pouce est muni d'un crochet qui lui permet de se suspendre pour se reposer. Elle quitte facilement pour le vol cette posture de repos, tandis que, posée à terre, il lui est pénible de prendre son essor.

La Chauve-Souris est l'hirondelle du crépuscule. Comme ce gracieux oiseau, elle fait une chasse incessante aux insectes qu'elle poursuit sans relâche dans son vol capricieux. Comme lui, elle est la protectrice des récoltes.

Et tandis que tous aiment et choient l'hirondelle, la Chauve-Souris est l'objet d'une répulsion presque générale. Pourquoi cette différence de traitement entre deux animaux également utiles ? C'est que la Chauve-Souris est un être étrange et presque fantastique, c'est qu'elle ne sort que le soir, qu'elle aime les lieux sombres, les mystérieuses cavernes.

Pour beaucoup de paysans, c'est une bête de mauvais augure, les artistes du moyen-âge n'avaient-ils pas affublé Satan des ailes bizarres de la Chauve-Souris. On ne lui adresse pas d'autres reproches. Elle est encore une victime de la superstition.

La Chauve-Souris est très propre et a le plus grand soin de sa personne, on pourrait même la taxer de coquetterie car elle se tait une raie irréprochable qui partage son poil depuis la tête jusqu'au milieu du dos

C'est aussi une bonne mère : elle montre le plus tendre attachement pour son nourrisson, qu'au repos elle berce doucement dans ses ailes repliées et que souvent elle emporte, suspendu à sa mamelle, dans ses pérégrinations nocturnes à travers l'espace.

Horticulteurs, souvenez-vous que l'homme est presque impuissant contre les insectes et qu'il serait assurément vaincu dans la lutte inégale qu'il soutient contre eux s'il ne pouvait compter sur les auxiliaires précieux que la nature lui a donnés.

Beaucoup sont calomniés et méconnus, n'acceptez pas comme vraies les légendes erronées et injustes qui les accusent sans preuves, étudiez leurs mœurs, voyez-les à l'œuvre et alors, rejetant les préjugés dont ils sont victimes, vous les protégerez, vous favoriserez leur multiplication pour le plus grand avantage de vos fleurs, de vos fruits et de vos légumes, si souvent mis en péril malgré les sueurs qu'ils vous coûtent !

ALBERT DEGRENNE.

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Maladie du Géranium (Le Noir)

Le bacillus caulivarus est un genre de champignon visible seulement au microscope, dont l'espèce, en forme de petits bâtonnets, est semblable à des fils transparents qui vivent dans la sève des végétaux. Ces bâtonnets atteignent quelquefois plus de 50 millièmes de millimètres de longueur. Ils sont transparents et marqués au milieu d'un point -noir ; c'est à cause de ce point que vulgairement, en horticulture, on appelle cette maladie le Noir. Ces bâtonnets émettent dans toute leur étendue des points brillants, qui ne sont que des spores au moyen desquels ils se reproduisent.

Ce microbe, absolument parasite, attaque généralement les pommes de terre, les clématites ornementales et le géranium.

Il ne s'attaque pas seulement aux plantes médiocres, mais aussi bien et mieux peut-être aux plantes vigoureuses et pleines de sève, car il trouve sur ces dernières un aliment salutaire à son développement.

Il échappe souvent à l'œil du jardinier au moment de la plantation et la plante, très vigoureuse alors, ne tarde pas à languir. Elle devient jaune, ne pousse plus, se fane et présente tous les symptômes d'une plante subissant les ravages de la larve du hanneton ou ver blanc. Mais grande est la surprise de l'horticulteur qui se hasarde à l'arracher, car alors il s'aperçoit que la plante est complètement pourrie dans la partie du collet, et en fendant verticalement la tige, il voit que ce noir tend à s'étendre et à monter à la partie supérieure.

Cette maladie n'est occasionnée que par la présence d'une bactérie dont une des espèces porte le nom de bacillus-caulivaurus, et c'est ce microbe, sorte de champignon qui, comme je le disais plus haut, se développe généralement dans la sève des végétaux, comme certaines espèces se développent chez l'homme et les animaux, dans le sang et les humeurs où ils sont la source de maladies pernicieuses et contagieuses.

Chez les végétaux, il est impossible de guérir les pieds atteints, mais avec quelques précautions, on arrive à se prémunir contre un envahissement désastreux.

Pour cela il faut :

1° Ne prélever les boutures que sur des, pieds vigoureux et parfaitement sains.
2° Employer un sol n'ayant jamais porté de géraniums.
3° Passer les pots quelques minutes à l'eau bouillante, pour détruire tous les germes pathogènes.
4° Désinfecter la serre et les châssis à multiplication par un badigeonnage complet d'une solution de sulfate de cuivre à 50 grammes par litre.

Ces prescriptions doivent être rigoureusement suivies dans l'intérêt de l'horticulture, afin de conserver autant que possible les espèces qui offrent une certaine valeur par leur beauté ; mais espérons que les progrès scientifiques, si nombreux en notre siècle, arriveront non seulement à prémunir nos plantes contre cette maladie, mais encore à la guérir.

P. CAUVIN,
jardinier, château du Boullay.


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