Extraits du Bulletin de la Société d'Horticulture et de Botanique du Centre de la Normandie, n°2 - 1879.
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EXTRAITS
du

BULLETIN
DE LA
SOCIÉTÉ D'HORTICULTURE
DU
CENTRE DE LA NORMANDIE

N°2 - 1879

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Culture du Pommier et Fabrication du Cidre (1)

AMENDEMENTS SPÉCIAUX

Rien n'est plus négligé que l'emploi des amendements spéciaux qui sont indispensables pour obtenir de bonnes récoltes.

C'est l'insuffisance de l'élément tannifère qui est la cause que le cidre se conserve mal, supporte difficilement les voyages, et qu'il devient huileux ou trouble. II faut donc commencer par une culture plus rationnelle du pommier et du poirier ; puis par rendre au sol qui les porte l'élément dont nous venons de parler, le tannin. On se procurera facilement de la tannée à très-bas prix chez les tanneurs ; avec cette tannée à laquelle on ajoute particulièrement : marc de pommes à cidre ayant fermenté, feuilles de pommiers, gazons, cendres de bois, herbes sèches, paille hachée ou menue tontures de haies, toutes espèces de végétaux, fumier de vache ou de porc, tourteaux de colza ou de caméline,  curures de fossés, tourbe, chaux, marne fine, et fréquemment arrosés avec du jus de fumier, des eaux ménagères ou de lessive, de l'eau salée, des urines et surtout avec environ 5 grammes de sulfate de fer par litre de liquide, on aura un compost qui, souvent remué et après un à deux mois de décomposition, sera utilement employé au pied des pommiers, avec un léger labour vers l'extrémité des racines (qui s'étendent autant et même plus que les branches), pour rendre à la terre les substances qu'elle aura données aux arbres, en s'épuisant à leur profit. Le marc de pommes qui contient une forte partie des substances enlevées au sol, réussit parfaitement en mélange, comme stimulant pour la végétation des pommiers ou poiriers. Employé seul, il nuirait à l'herbe des pâturages où l'on fait des plantations. C'est donc vers les parties spongieuses des racines, douées d'activité par leurs suçoirs, qu'il faut souvent, et en automne, notamment après une année d'abondance, déposer des engrais en qualité et quantité convenables, remuer, défoncer la terre et pourvoir au prolon-gement de ces racines. La tannée et la tourbe donneront aux fruits le tannin conservateur dont le cidre, au contraire du vin, est généralement dépourvu. On a constaté depuis longtemps les excellents effets de la tannée, étendue en hiver sous les branches des pommiers à cidre. L'acide tannique passe dans la sève des pommiers, puis dans le suc des pommes et de là dans le cidre où il joue le même rôle que dans le vin.

Il n'est pas indispensable que toutes les matières indiquées ci-dessus entrent dans ces compost qui, on doit le comprendre facilement, seront mieux placés à l'ombre qu'au soleil qui les épuiserait en les desséchant. Il est bon de se rappeler que les compost de feuilles et marcs de pommes, les cendres de bois et surtout la chaux, sont les éléments les plus nécessaires aux pommiers.

La tannée, mélangée avec des litières dans les écuries ou réduite seule en terreau, a, avec le sulfate de fer dont nous venons de parler, une double utilité quand les arbres fruitiers sont plantés dans les pâturages, car elle a aussi une action puissante pour faire croître l'herbe.

Les cendres de bois qui ont été arrosées avec des urines et surtout la suie, répandues sous les arbres fruitiers, comme les compost ci-dessus, les rendent plus productifs, en raison des sels solubles de potasse et de soude qu'elles contiennent. Elles ne doivent être employées que quand les fruits à noyau, à qui cet amendement convient plus particulièrement, n'en ont pas besoin.

Deux tiers de chaux vive ou de cendres de toutes espèces, mêlées à un tiers de guano, font, réduits en poudre, un amendement énergique et indispensable pour restituer aux arbres fruitiers les éléments qu'ils perdent par les récoltes qu'ils donnent.

La chaux, la marne et les cendres conviennent surtout aux sols argileux, froids, auxquels manque l'élément calcaire. Elles assainissent le sol, rendent l'humus soluble et accroissent ainsi l'énergie du fumier. Duminil-Costé recommande, d'après son expérience, la marne fusée à l'air pendant un hiver, qui, portée sous les pommiers, anime beaucoup leur végétation.

Les chiffons de laine, urine, cheveux, plumes, rognures d'os ou de cornes, réunis à des excréments de pigeons ou de volaille, sont, avec d'autres matières provenant d'êtres vivants, des engrais très-fécondants lorsqu'ils sont jetés au moment où l'on cultive le terrain sous les pommiers.

Tous les trois ans, au moins, à la fin de l'automne on enlève et on retourne le gazon sous toute l'étendue des branches ; on bêche légèrement avec un mélange de chaux, de suie et de quelques autres engrais, puis, pendant l'hiver, on arrose avec du purin mélangé de sel, dans le décours de la lune. Au printemps suivant, le gazon est, par l'effet des gelées, devenu friable en se décomposant ; on le divise pour le répandre sous les arbres comme du terreau, avec un peu de cendres, de fumier et de tannée, puis on y ressème de l'herbe, si c'est un verger gazonné. Outre le bien que cette pratique peut faire aux racines des arbres fruitiers, elle fait périr une certaine quantité d'insectes nuisibles dont les larves nées sur les branches et nourries aux dépens du feuillage ou des fruits, ont l'instinct de s'enterrer sous les arbres, en tombant. Quand le gazon qui les recèle est levé et retourné, aucune de ces larves ne résiste aux fortes gelées.

BRASSART,
de Fléchin (Pas-de-Calais),

(1) Extrait du guide pratique pour la culture du pommier, la fabrication du cidre, les herbages, irrigations, drainages et oseraies, dont la 6e édition, entièrement refondue, paraîtra prochainement, au prix de 2 fr. 50, chez l'auteur, M. Brassart, à Fléchin (Pas de Calais). Les herbages, irrigations, drainages, oseraies, parus, 1 fr. 25.

[A SUIVRE]

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Bouquets d'hiver pour les appartements

Pris dans un sens restreint et précis, le mot bouquet signifie assemblage ou réunion de fleurs, qu'elle que soit la disposition qu'on leur donne. Dans un sens plus général, le mot bouquet s'applique à des parties de végétaux, quelles qu'elles soient, cela toutefois sans proscrire les fleurs ; celles-ci peuvent y être en quantité plus ou moins grande ; dans certains cas, elles peuvent même faire complètement défaut. C'est le cas le plus ordinaire pour les bouquets d'hiver, qui- en général se composent de branches couvertes de feuilles, auxquelles pourtant on ajoute fréquemment des fleurs, ou mieux des inflorescences de Graminées. Bien que toutes les Graminées n'aient pas la même valeur ornementale, le plus grand nombre peuvent être employées à cet usage ; nos espèces communes, telles que Blé, Seigle, Orge, Avoine, etc., peuvent être utilisées avec avantage ; il suffit de les récolter en temps convenable. En général et suivant les espèces, c'est lors¬qu'elles commencent à fleurir, ou même quelque temps auparavant, qu'il faut les recueillir. Lorsqu'il s'agit de grands bouquets, les Gynerium, les Arundo conspicua, le Phragmites vulgaris même, sont surtout d'un très-grand secours. Placés à propos au milieu de feuillages, ils font ressortir ceux-ci, en donnant au tout un caractère de légèreté et de grandeur que n'auraient pas les feuilles seules.

Les espèces les plus usitées pour leur feuillage sont les Fusains du Japon à feuilles vertes ou à feuilles panachées, les Lauriers-Tin ; les Houx surtout sont doublement précieux, à cause de leurs fruits d'un beau rouge, ou même jaune, suivant les variétés, qui produisent un contraste magnifique avec le vert foncé luisant des feuilles. Les Bambous aussi peuvent être employés avec beaucoup d'avantage dans la confection des bouquets d'hiver.

Un groupe de plantes très-propres aussi à la confection des bouquets d'hiver, et qu'on a trop négligé jusqu'à présent, est celui des Conifères tels que, Pins, Sapins, Epicea, Cyprès, Genévriers, Ifs, etc. Ces plantes, dont l'aspect est si différent, dont la forme et la disposition des feuilles présentent un cachet tout particulier de légèreté ornementale, présentent cet autre avantage, non moins grand, de se conserver très-longtemps, surtout si l'on peut avoir des vases dans lesquels on met un peu d'eau pour baigner la base des rameaux. Dans ces conditions, nous avons conservé des branches de Cyprès, d'Epicea, etc., plus de deux mois ; nous devons même faire connaître cette particularité, que les branches de Cyprès ont poussé et que les fruits qu'elles portaient ont continué à grossir.

Un autre fait qui nous a frappé, c'est l'absorption consi¬dérable d'eau qu'on faite ces rameaux de Conifères ; toute proportion gardée, elle nous a paru plus grande que celle des autres végétaux auxquels nous les avons comparés.

Une autre propriété que possèdent les Conifères et que nous devons tout particulièrement faire ressortir, c'est d'être très-salubres à cause des émanations résineuses qu'ils dégagent. A ce point de vue, nous recommandons surtout le Cupressus Lambertiana, et tout particulièrement le Cupressus Macnabiana, qui dégage une odeur qui rappelle un peu celle de la Pomme de reinette.

Indiquer aux maîtresses de maison qu'il faut renouveler de temps à autre l'eau des vases dans lesquels il y a des plantes, afin d'éviter l'odeur désagréable qui résulte du séjour des végétaux dans ce milieu ; leur dire qu'on s'oppose tem¬porairement à la putréfaction de l'eau en ajoutant dans celle-ci quelques morceaux de charbon, serait les mal connaître, leur faire presque une injure et supposer qu'elles sont novices dans cet art, dans lequel, au contraire, elles sont passées maîtres. Aussi nous garderons-nous de le faire.

(Revue horticole).


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