Extraits du Bulletin de la Société d'Horticulture et de Botanique du Centre de la Normandie, n°3 - 1874.
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EXTRAITS
du

BULLETIN
DE LA
SOCIÉTÉ D'HORTICULTURE
DU
CENTRE DE LA NORMANDIE

N°3 - 1874

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LE PHYLLOXÉRA.

Depuis quelques années, nous employons, pour éloigner des plantes de nos jardins les animalcules nuisibles, une dissolution ou plutôt un mélange d'ingrédiens qui est très-efficace ; car non seulement le mélange ne nuit en rien aux arbres fruitiers ni aux plants de fraisiers, mais encore il tue les animalcules nuisibles qui sont surpris ou atteints par lui.

Nous avons fait des essais sur la vigne, qui paraît supporter cette dissolution sans en être incommodée ; malheureusement , nous n'avons pas à notre disposition assez de sujets pour faire de nombreux essais, et pour déterminer la proportion la meilleure ou la quantité utile des ingrédiens pour arriver à un résultat parfait. Nous croyons donc nécessaire de livrer notre procédé à la publicité et aux personnes s'occupant de cette grave question, pour que les intéressés puissent en faire les essais sur une échelle convenable et probante, afin de compléter l'expérience sur le sol où le phylloxéra se produit et de voir si le climat, la nature du sol et l'espèce de la plante n'apportent pas de modification aux résultats que nous obtenons.

Nous employons les ingrédiens en dissolution; mais on peut les employer en poudre, ce qui serait d'une grande facilité pour les vignobles privés d'eau ; mais, dans tous les cas, les ingrédiens ne produiront tous leurs effets que lorsque la terre environnant les ceps de vigne se trouvera imbibée d'eau.

Voici comment nous ferions l'opération, si nous avions assez de vignes à traiter.

Nous ferions déchausser les ceps jusqu'aux premières racines autour du pied et nous mettrions d'abord un peu de fumier de cheval ou de la paille hachée imbibée d'urine, ou dans laquelle on aurait versé un peu d'ammoniaque, et nous projetterions sur la mince couche de fumier 50 à 60 grammes d'ingrédiens en poudre.

Si nous avions de l'eau à notre disposition, nous arroserions avec un litre d'eau environ, et dans la terre qui nous servirait à combler le vide, nous mélangerions encore 40 à 50 grammes d'ingrédiens en poudre, de façon à ce que chaque pied de vigne se trouvât entouré de 100 grammes d'ingrédiens.

Ici nous opérons autrement :

Nous mettons 1 kilog. d'ingrédiens dans 5 litres d'eau bouillant e; après une heure de macération, nous ajoutons 15 litres d'eau froide, et quand la préparation est froide, nous en prenons avec un pot à bec, en agitant chaque fois pour avoir un mélange homogène, et nous versons le liquide dans des sillons creusés préalablement autour des plantes à préserver.

Les proportions qui nous ont paru les meilleures, sont : 1 kilog. d'aloès en poudre, de qualité commune ; 24 kilos de suie tamisée et le tout bien mélangé au rateau.

Un autre mélange nous a également réussi, mais nous l'avons moins expérimenté.

C'est 1 kilog. de picrate de soude, de basse qualité, que l'on dissout dans de l'eau bouillante ; après dissolution, on mélange à 50 kilos de terreau, de façon à former une pâte très-épaisse, et c'est de cette pâte que l'on entoure les plantes à préserver ; le mélange de l'aloès en poudre au terreau réussit également.

Dans l'un et l'autre cas, le prix de revient n'est pas de plus de 2 centimes par pied. Nous prions les personnes qui feront des expériences, avec les moyens que nous indiquons, de bien vouloir nous tenir au courant des résultats qu'elles obtiendront.

Nous avons remarqué aussi, en dissolvant 100 grammes d'aloès dans un litre d'huile de colza ou autres, que cette dissolution est très-efficace pour préserver les arbres à fruits des chenilles. Il suffit d'enduire, à l'aide d'un pinceau, les principales branches en formant un cercle autour de la branche ; ce cercle doit avoir 4 à 5 centimètres de largeur sur les grosses branches, et 2 à 3 centimètres sur les petites.

Les chenilles ne peuvent traverser ce cercle, ce qui permet de les localiser, et, si on multiplie les cercles, elles abandonnent l'arbre.

On obtient encore un résultat bon à signaler ; on sait qu'au moment des semailles, les mulots détruisent une certaine quantité de graines en les mangeant. Pour empêcher les mulots de commettre leurs ravages, il suffit, après les semailles faites, de semer un peu d'aloès en poudre mélangé de terre sur les plates-bandes, et lorsqu'il s'agit d'un terrain d'une certaine dimension, on l'entoure d'un cordon aloétigue de 30 à 40 centimètres de largeur, et les mulots ne causent plus de désespoir aux jardiniers.

TH. GRISON,
Chimiste, manufacturier à Lisieux.

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LA PLANTATION DES VÉGÉTAUX

Voici l'époque de faire les plantations. Quelques détails sur cette opération du jardinage ne seront pas, nous le croyons du moins, déplacés ici. Commençons par rappeler quelques principes généraux concernant les plantations.

On a posé comme règle que les végétaux ligneux doivent être plantés à l'automne, les végétaux herbacés, au contraire, au printemps. Est-ce vrai ? Oui et non, suivant le pays et les conditions de sol dans lesquels on se trouve placé, et la nature des végétaux auxquels on a affaire. Afin de diminuer les exceptions qui, quoi qu'on fasse, se montreront toujours dans le cas qui nous occupe, et afin de mieux nous entendre, précisons un peu. Pour cela commençons par dire qu'il s'agit ici de la région lyonnaise, de sorte que si l'on se trouvait placé plus au midi, ou plus au nord, on pourrait, en prenant nos motifs pour base, modifier l'époque que nous indiquons. Ceci entendu, partageons les végétaux ligneux en deux sections, l'une qui comprendra ceux à feuilles caduques, l'autre ceux à feuilles persistantes, et disons que, à moins de positions exceptionnelles, les premiers devront être plantés avant l'hiver. Les exceptions dans cette circonstance sont dues au terrain d'une part, de l'autre, à la nature même des végétaux. Ainsi, si le terrain était fort, compacte, susceptible d'être inondé l'hiver, ou même s'il était seulement très-humide, il vaudrait mieux planter au printemps lorsque le terrain est échauffé par le soleil. Lorsqu'on aura affaire à des espèces à racines charnues et peu nombreuses, telles que Magnolia, Tulipier, etc., bien que ces plantes soient à feuilles caduques, on devra également les planter au printemps, lorsqu'elles commencent à pousser. Voilà en général les conditions les plus avantageuses pour faire les plantations des végétaux à feuilles caduques ; et si on compare les conditions dont nous avons parlé avec celles dans lesquelles on est placé, il sera facile de trouver un moyen terme, c'est-à-dire quelle est l'époque où il convient d'opérer dans cette condition non prévue.

Les végétaux ligneux à feuilles persistantes sont désignés souvent et d'une manière générale sous le nom d'arbres verts. Dans cette série, nous établirons deux sections, l'une qui comprendra les végétaux ligneux non résineux, tels que Lauriers, Maternes, Magnolias, Houx, Buis, etc., etc., l'autre, spécialement consacrée à l'étude des végétaux Conifères, tels que Sapins, Cyprès, Thuyas,Pins, etc., etc. Pour apprécier l'époque à laquelle doivent se faire les plantations de végétaux à feuilles persistantes, il est nécessaire d'entrer dans quelques détails relativement à leur mode de végétation. Si la sève ne peut être entièrement suspendue chez aucun végétal sans en déterminer la mort, il faut bien reconnaître cependant que sa marche n'est pas la même chez toutes les plantes ; que, chez les mêmes espèces, la sève est plus active l'été que l'hiver, et plus active aussi sur les végétaux couverts de feuilles que sur ceux qui en sont dépourvus. Les feuilles sont donc les principaux organes qui déterminent la marche de la sève chez les végétaux. Mais si les feuilles sont des organes excitants, ce sont également des organes évaporants ; de sorte que les végétaux qui en sont pourvus périraient promptement s'ils n'avaient aussi des organes absorbants qui sont les racines. C'est lorsque toutes ces diverses fonctions s'exercent dans des conditions relativement égales que la végétation se fait aussi d'une manière plus régulière. C'est aussi ce qui explique comment un arbre pourvu de feuilles s'épuise tant aussitôt qu'il est arraché. Dans ce cas, en effet, il n'y a plus équilibre, l'arbre perdant constamment et ne prenant plus rien par ses racines sorties du sol. Ceci explique déjà pourquoi les arbres à feuilles persistantes reprennent si difficilement lorsqu'on les transplante, et pourquoi la plupart même ne reprennent pas s'ils n'ont été enlevés en motte. Il y a bien quelques exceptions, mais elles sont très-rares.

Tous ces principes reconnus, il reste donc à déterminer quelle sera l'époque de l'année la plus favorable à la plantation des arbres à feuilles persistantes. Le moment le plus propice est en général celui où les racines absorbent le plus, et où la déperdition occasionnée par les feuilles est, au contraire, la moins grande ; et comme d'ailleurs l'évaporation est d'autant plus considérable que l'atmosphère est plus sèche et que le temps est plus clair, il en résulte que le temps humide et couvert est le plus favorable à la plantation, le temps sec et chaud étant le plus défavorable. Quand on a des plantations à faire, il faut donc, autant qu'on le peut, choisir le moment où le temps est disposé à la pluie et, s'il est possible, soustraire pendant quelques jours les plantes à l'action de l'évaporation.

Deux époques de l'année paraissent être particulièrement favorables à la plantation des végétaux à feuilles persistantes : au printemps, en avril et mai, par exemple, ou à la fin de l'été, c'est-à-dire août et le commencement de septembre.

Il va sans dire que ces époques ne sont pas absolues, et qu'en opérant en dehors d'elles, on pourra parfois réussir ; néanmoins, ce sont celles où l'on a le plus de chance d'obtenir des résultats très-avantageux. Cependant il ne faut jamais oublier, abstraction faite de la saison où l'on opère, qu'en général les végétaux à feuilles persistantes ne reprennent pas lorsqu'on les plante à racines nues. On aura donc soin de les tenir en mottes, ou mieux encore en pots.

Les plantations de végétaux Conifères ou arbres résineux doivent se faire à peu près aux époques que nous venons d'indiquer, en parlant des végétaux à feuilles persistantes ; les précautions et les soins doivent être aussi à peu près les mêmes. Cependant, la reprise étant encore plus difficile lorsqu'an les transplante. Il est indispensable que les plantes soient munies d'une bonne motte, ou mieux encore, qu'elles soient dans des pots, lorsqu'on leur fait subir cette opération. Il est même certains végétaux, les Wellingtonia, par exemple, auxquels on ne devra supprimer aucune racine un peu forte au moment de la transplantation ; sans cela on s'exposerait à perdre ces plantes surtout, si l'on opérait quand elles ne sont pas en pleine végétation.

Bulletin de la Société d'Horticulture pratique du Rhône, 1874 n° 12.

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FÉCONDATION ARTIFICIELLE DU MELON
POUR AVOIR DES FRUITS DE HAUTE PRIMEUR

Dans la séance du 9 avril 1814, la Société centrale d'horticulture recevait communication d'une lettre par laquelle M. Aubert, jardinier-chef sur le domaine d'Armainvilliers (Seine-et-Marne), l'informait que sa culture de Melons lui avait donné un de ces fruits mûr dès le 2 avril et assez beau pour mesurer 0 m 58 de circonférence. Cette production hâtive était attribuée par lui à ce que, les premières fleurs mâles de ces plantes s'étant montrées le 20 février, et les premières fleurs femelles les ayant suivies au bout de 5 ou 6 jours, il a fécondé artificiellement celles-ci qui, abandonnées à elles-mêmes, restent toujours stériles. Ce qui semble prouver que c'est bien à la fécondation artificielle qu'ont été dûs les premiers fruits de ces plantes, c'est que, comme on n'a pas fécondé les fleurs qui sont venues ensuite, elles n'ont pas noué leur fruit. En somme M. Aubert, éclairé par cette expérience, conseille de féconder artificiellement les premières fleurs femelles de Melon pour avoir des fruits de haute primeur.

Avis à nos primeuristes.

(Journal de la Société centrale d'horticulture de France, 1874, page 199).

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Encre pour écrire sur le zinc

Voici une recette due à M. Jean Sisley, pour faire soi-même et presque pour rien de l'encre pour écrire sur le zinc.

Prenez une petite bouteille d'encre ordinaire chez le premier épicier venu, cela vous coûtera 20 centimes ; puis, allez chez un droguiste acheter quelques grammes de sulfate de cuivre, qui coûte 30 centimes le kilog. et mettez-en dans votre bouteille d'encre deux morceaux de la grosseur d'une noisette ; laissez dissoudre et remuez bien, vous aurez une encre indélébile qui ne coûtera pas 25 centimes le flacon. Lavez bien vos étiquettes de zinc avec du vinaigre avant d'écrire dessus, c'est essentiel.

(Bulletin de la Société de Clermont, Oise.)

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Taille en crochet des variétés vigoureuses de rosier

Les rosiers, comme les espèces fruitières, doivent être taillés d'autant plus longs qu'ils poussent vigoureusement ; si le Géant des Batailles et Eugène Appert doivent être taillés à 2 ou 3 yeux, c'est-à-dire à 7 et 8 centimètres, les variétés les plus vigoureuses, la Gloire de Dijon, Chromatella et le Maréchal Niel doivent être taillés plus long, à 20 ou 40 centimètres. — Une taille plus courte donnerait beaucoup de bois et peu de fleurs. Une taille de 20 centimètres seulement peut bien nous donner de belles roses, mais sur des rosiers dont la tête, grandissant d'année en année, n'aurait rien de bien agréable au bout de quelque temps.

En résumé, une taille courte donne de beaux rosiers et peu de roses, alors qu'une taille longue produit de belles roses et d'assez vilains rosiers. Ce n'est que par la taille en crochet qu'on arrive à répondre d'une manière satisfaisante à la double exigence que nous venons d'établir.

Deux ou trois tailles courtes sont tout d'abord appliquées dans le but de disposer la tête du rosier en une sorte de vase. Mais une fois la forme établie, chaque branche taillée en dernier lieu à 40 centimètres et à 2 yeux porte 2 rameaux, dont l'un sera taillé long à 20 ou 30 centimètres, et l'autre court à 6 ou 8 centimètres. Le premier bourgeon donnera beaucoup de fleurs, le second, le plus rapproché du centre de la tête du rosier, produira 2 bourgeons qu'on traitera aussi par la taille en crochet, taillant l'un court pour les bois et l'autre plus long pour les fleurs. Alors, l'ancien rameau florifère est abattu.

(Bulletin de la Société de Compiègne.)

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Emploi de fleur de soufre pour obtenir de belles poires.

M. Basseporte, d'Essonne, assure que pour obtenir de beaux fruits des poiriers de Saint-Germain, il suffirait de saupoudrer avec de la fleur de soufre les jeunes fruits, aussitôt qu'ils sont formés. Par l'emploi de ce procédé, cet habile horticulteur obtient des fruits magnifiques là où il n'obtenait guère que des fruits galeux, mal venants, pierreux et souvent fendus. De plus les fruits ne tombent pas, ou ne tombent que rarement, lorsque cette opération est faite en temps opportun. On peut bien essayer.

(Bulletin de la Société d'horticulture de Soissons.)

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