Extraits du Bulletin de la Société d'Horticulture et de Botanique du Centre de la Normandie, n°5 - 1872.
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EXTRAITS
du

BULLETIN
DE LA
SOCIÉTÉ D'HORTICULTURE
DU
CENTRE DE LA NORMANDIE

N°5 - 1872


CHRONIQUE BOTANIQUE ET HORTICOLE

Flore adventice du centre de la France. — Invasion sur les deux rives de la Loire de plantes potagères appartenant à la Flore algérienne et méridionale.

M. de Vibraye signale, dans le Bulletin de la Société centrale d'Agriculture de France (8° série, tome VII), un phénomène remar-quable qui s'est produit à la suite de l'occupation des contrées du centre de la France par les différents corps de nos armées belligé-rantes, et qui intéresse à un haut degré les agriculteurs et les propriétaires : c'est l'apparition, sur les deux rives de la Loire, d'une Flore algérienne et méridionale adventice ayant spontanément donné naissance à des éléments des prairies.

Les points les mieux observés, au début, ont été :

Premièrement, à Blois, les abords du chemin de fer et surtout l'ancien champ de courses où, sur la rive gauche de la Loire, différents corps ont successivement bivouaqué.

Deuxièmement, les communes de Cour-Cheverny et Cheverny. M. de Vibraye a constaté, près de son parc, où a séjourné pendant huit jours l'état-major du général Pourcet, accompagné de 13,000 hommes du 25e corps, au point d'intersection d'une allée plantée de Sequoia sempervivum et d'un chemin vicinal de grande communication reliant les cantons de Contres et de Bracieux, la présence d'une Flore adventice offrant,  sur une surface d'environ 6 ares, une réunion de 97 espèces de plantes fourragères méridionales et étrangères à notre latitude, appartenant, pour la plupart, à la Flore algérienne.

Troisièmement, à Orléans, l'île Arrault et le bourg Saint-Jean sont les deux points, ajoute M. de Vibraye, où l'on a pu le mieux constater l'apparition des plantes algériennes.

Ces plantes se sont développées spontanément sur des sables arides appartenant aux alluvions du bassin de la Loire, où l'élément siliceux prédomine, accompagné de fragments empruntés aux roches cristallines du plateau central de la France et du Morvan

M. de Vibraye, sans entrer dans le détail des éléments constitutifs de ces produits arénacés, pense que les principes alcalins empruntés aux différents feldspaths, notamment orthose et albite, soit même aux micas, ont pu avoir exercé, dans la circonstance présente, une certaine influence, notamment pour la propagation des légumineuses.

Sur deux points du bassin de la Loire, au champ de courses de Blois, ainsi qu'à Pile Arrault d'Orléans, les plantes adventices ont offert, l'année dernière, un remarquable spécimen de prairie verdoyante, atteignant presque un mètre d'élévation sur les mêmes points où, les années précédentes, se maintenaient péniblement quelques herbes chétives et rabougries.

M. de Vibraye a constaté, dans ses notes, que chacun des emplacements précités avait fourni cent espèces en moyenne ; mais comme les espèces n'étaient pas toutes identiques sur tous les points observés, leur nombre total, aujourd'hui, parait devoir s'élever à 157 espèces.

Si l'on retire du nombre total des espèces observées une vingtaine de types qui ne figurent qu'accidentellement dans les prairies, on se trouve en présence d'environ 140 espèces nouvelles implantées sur notre sol, nombre bien supérieur à la somme des plantes fourragères servant à constituer les meilleures prairies de France, qui n'offrent guère, en moyenne et par station, qu'une association de cent espèces au maximum. Les légumineuses entrent pour plus d'un tiers dans la composition de ces prés algériens, les composées et les graminées pour un cinquième. Dans la famille des légumineuses, les Trèfles et les Luzernes prédominent. On n'a pas recueilli moins de douze espèces appartenant au genre Trifolium et dix espèces au genre Medicago.

Les 28 composées appartiennent à 21 genres et les 28 graminées à 16 genres différents.

M. de Vibraye a fait la répartition, dans les différentes familles végétales, des plantes qu'il a observées jusqu'à ce jour, et indiqué le nombre des espèces, mais il ne donne pas le nom 'des espèces qu'il a recueillies et qu'il serait, cependant, utile de connaître. Il fait observer que les deux tiers des plantes étudiées dans les conditions précédentes sont annuelles ou bisannuelles. « Ce n'est pas une anomalie ; c'est une disposition commune à toutes les prairies dites naturelles, où l'observateur attentif constatera toujours la disparition ou le sommeil périodique d'un certain nombre de plantes, en vertu d'une loi mystérieuse de rotation naturelle qui les ramène ensuite, comme essences dominantes, à l'heure fixée par telles conditions atmosphériques, souvent problématiques et difficiles à coordonner ou à saisir. »

« Les plantes annuelles, qu'on serait tenté de croire éphémères, sont toujours les plus nombreuses dans la constitution des prairies naturelles, parce que, d'une part, elles se propagent de graine avec une facilité merveilleuse, et parce qu'en outre elles acquièrent une évidente pérennité lorsqu'on a pris soin de les faucher avant la maturité de leurs graines ; parce qu'elles sont, comme l'a dit de Candolle, monocarpiennes, et ne peuvent disparaître qu'après avoir accompli toutes les phases et conditions de leur existence, qui se termine par la fructification. »

Les foins algériens proviennent des trois districts dont se compose l'Algérie, districts du Sahara, d'Oran et d'Alger. Munby fait observer que les meilleurs foins sont originaires du massif d'Alger, et que c'est dans ces foins que se rencontre le plus grand nombre d'espèces appartenant au genre Medicago. Les foins de la plaine de la Mitidja leur seraient, sous ce rapport, très-inférieurs.

Cette apparition de plantes fourragères exotiques n'a pas encore pris les proportions d'une acclimatation, mais les chances en faveur d'une fructueuse naturalisation sont très-grandes. M. Franchet, membre de la Société Botanique de France, poursuit dans le Blésois le cours de ses investigations, et doit faire incessamment une communication des plus intéressantes à ce sujet. M. Noel, professeur de physique et de chimie au lycée de Vendôme, annonce un envoi de plantes algériennes récoltées aux environs de cette dernière ville.

Les espèces algériennes sont moins variées qu'au début ; néanmoins, certains Trèfles, des Mélilots, des Phalaris et des Alopecurus sont de la plus belle venue. Les Melilotus sulcataMedicago spherocarpa, etc., ont persisté et sont plus abondants que l'année dernière.

Une curieuse graminée qui n'est pas, du reste, spéciale à la région méditerranéenne, mais qui manquait totalement à notre pays, l'Alopecurus utriculatus, s'est multipliée d'une façon prodigieuse. C'est un fourrage très-estimé, dit-on, et qui sert à constituer le fond des prairies de la Toscane.

Ces plantes méridionales, fait observer M. de Vibraye, dont nous avons reproduit en grande partie les notes intéressantes et utiles à l'agriculture, ont, sous notre latitude, supporté les rigueurs d'un hiver tout exceptionnel. Ne serait-il point permis de croire, ajoute ce botaniste distingué, à un commencement et surtout à la possibilité d'une acclimatation dans certaines conditions, qui deviendraient un avenir fourrager pour les sols arides et les sables mouvants de notre zone centrale et tempérée, notamment la partie la plus déshéritée de notre pauvre Sologne ?

La Société d'Horticulture et de Botanique du centre de la Normandie, qui s'intéresse vivement à la propagation de toutes les espèces fourragères qui peuvent enrichir notre sol, fait des vœux pour que des expériences soient faites sur une plus grande échelle, et que la Société centrale d'Agriculture étende, dans l'intérêt agricole, la sphère de son action. La nature du terrain et l'exposition peuvent exercer une grande influence sur l'acclimatation des espèces algériennes et méridionales, et contribuer à leur développement. Le plateau siliceux de Glos, près Lisieux, qui domine la vallée de Touques, ainsi que les hauteurs cultivées qui séparent cette vallée de celle de l'Orbiquet, et dont le mont Flambard, en face le château de Saint-Hippolyte-du-Bout-des-Prés, est, croyons-nous, le point culminant, sembleraient parfaitement convenir à la culture de ces plantes fourragères exotiques. La nature sablonneuse et chaude de ces terrains, où croit le Jasione montana, offrirait les conditions exigées.

D'après les derniers renseignements parvenus à M. de Vibraye (24 avril 1872), la dissémination des graines étrangères s'est opérée sur une très-grande échelle aux environs de Vendôme, et partout les plantes qui en résultent se montrent des plus vigoureuses. A Orléans, non-seulement les espèces antérieurement observées persistent, mais il s'en développe de nouvelles qui n'avaient point été remarquées l'année dernière. M. Magne a fait à la Société centrale d'Agriculture une observation qui n'est pas sans importance pour notre contrée humide et froide, c'est que les plantes annuelles peuvent s'acclimater facilement, et il cite le Maïs, qui s'acclimate malgré le froid. Les légumineuses viennent parfaitement en Algérie, dans les terrains arides. Ne pourrait-on pas introduire sous notre climat plusieurs espèces qui enrichiraient nos prairies ?

Depuis le 3 mai, lisons-nous dans Les Mondes, revue hebdomadaire des sciences, par M. l'abbé Moigno (20 juin 1872), vingt nouvelles espèces ont fait leur apparition dans les communes de Cour et de Cheverny, ce qui porte à 163 le nombre des plantes fourragères adventices, dans le seul département de Loir-et-Cher.

Il semble aujourd'hui certain que, sur tous les points du centre de la France où notre cavalerie régulière a séjourné, où les chevaux de nos armées en campagne ont consommé des fourrages de provenance algérienne, de la zone méditerranéenne, les recherches se montreront invariablement fructueuses. A Angoulême, M. de Rochebrune, naturaliste des plus distingués, et M. Franchet, ont constaté, sur l'emplacement d'un camp de cavalerie, dans les environs de cette ville, l'existence de 44 espèces adventices.

M. le général Morin ayant exprimé le vœu qu'il fût donné suite aux importantes observations de M. de Vibraye, de l'Académie, sur la proposition de M. le secrétaire perpétuel, a chargé les sections réunies d'économie rurale et de botanique de rédiger un programme pour la récolte et l'importation des semences des plantes fourragères algériennes propres à notre climat.

La Société d'Horticulture et de Botanique du centre de la Normandie ne pouvait rester indifférente à ces intéressantes communications qui constatent l'apparition spontanée en France de plantes fourragères exotiques à la suite des armées belligérantes, en 1870 et 1871, et ont pour but de les propager sur tous les points du territoire.

Nous compléterons cette série d'observations botaniques par les deux faits suivants, qui nous ont été signalés par le savant directeur de la Société d'Horticulture et de Botanique, et qui intéressent particulièrement notre contrée fourragère :

1° Le Lotus major (Smith), qui appartient à la Flore normande, est une excellente plante fourragère qu'il est bon de propager et qui est appelée à rendre de grands services à cause de la facilité avec laquelle elle croit dans les terrains de qualité médiocre. M. Oudin la fait cultiver dans des terrains de mauvaise qualité, et il en a retiré un fourrage abondant qui est recherché des bestiaux et surtout des chevaux. Cette plante, dit notre zélé et infatigable directeur, est appelée à prendre rang parmi les meilleures plantes fourragères comme qualité.

2° Le Trifolium pratense a produit une variété à fleurs blanches que M. Oudin a fait recueillir et cultiver, ainsi que le grand Lotier, afin de doter notre agriculture fourragère de ces deux plantes utiles.

C'est dans la vallée d'Auge, arrosée par la Dives, et dans celles que baignent la Touques et l'Orbiquet, que se trouvent ces plantureux herbages, réputés à bon droit les meilleurs de la Normandie, ainsi que ces excellentes prairies, qui produisent, année commune, un revenu net de 400 fr. par hectare. « Outre la bonté du sol, composé en grande partie d'alluvions, l'excellente qualité des pâturages est due, dit M. Durand-Duquesney, savant botaniste que nous aimons à citer, à la prédominance des Graminées et des Trèfles sur les autres végétaux. » Quant à l'extrême fécondité des prés, arrosés par l'Orbiquet, elle est due à un système d'irrigation parfaitement entendu et qui fait l'admiration des agriculteurs étrangers. « Si la présence presque continuelle de l'eau au pied de l'herbe, ajoute M. Durand-Duquesney, fait croître quelques mauvaines plantes fourragères. on en est amplement dédommagé par l'abondance de deux récoltes successives » Dans le Bulletin des travaux de la Société d'émulation de Lisieux, année 1846, ce botaniste qui avait étudié avec un grand soin la Flore des arrondissements de Lisieux et de Pont-l'Evêque, donne une analyse approximative de la composition des grands fonds dans les vallées de la Dives et de la Touques. Il indique également, et à peu près, dans quelle proportion les espèces sont distribuées dans les prés d'Orbec (Coup d'oeil sur la végétation des arrondissements de Lisieux et de Pont-l’Evêque, suivi d'un catalogue raisonné des plantes vasculaires de cette contrée).

C'est dans les terrains de qualité médiocre que la Flore adventice du centre de la France, signalée par M. de Vibraye dans le Bulletin des séances de la Société centrale d'Agriculture de France, pourra rendre de véritables et importants services et enrichir notre culture fourragère; en augmentant l'aisance de nos agriculteurs les moins favorisés. Puisse ce but être promptement atteint !

ARTHÈME PANNIER.

Le Muséum d'histoire naturelle vient de s'enrichir d'une nouvelle plante, encore ignorée dans nos régions. Cette plante, classée dans la famille des Droseras, offre cette particularité curieuse que les corolles de ses fleurs, d'un rose tendre, enduites d'une certaine substance gommeuse, attirent les mouches et les empoisonnent immédiatement.


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