Extraits du Bulletin de la Société d'Horticulture et de Botanique du Centre de la Normandie, n°3 - 1869-1871.
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EXTRAITS
du

BULLETIN
DE LA
SOCIÉTÉ D'HORTICULTURE
DU
CENTRE DE LA NORMANDIE

N°3 - 1869-1871


ENQUÊTE PARLEMENTAIRE
QUESTIONNAIRE
AGRICULTURE

Voici les réponses faites par la Société d'Horticulture du centre de la Normandie, au Questionnaire adressé en 1870, par la Commission de l'enquête parlementaire agricole, comme complément de l'enquête de 1870, et dont il est question dans le procès-verbal de la séance du 3 avril 1870.

Ce Questionnaire a tout d'abord été communiqué directement à M. Oudin, qui occupe annuellement dans son vaste établissement agricole de la Pommeraye, un grand nombre d'ouvriers et qui pouvait fournir à la Commission d'enquête des renseignements utiles.

Après avoir personnellement préparé les réponses à ce Questionnaire, M. Oudin, comme directeur de la Société d'Horticulture, crut devoir soumettre ses réponses aux délibérations de la Société elle-même.

La discussion, fort intéressante, donna lieu à diverses observations, qui modifièrent en quelques points les réponses particulières de M. Oudin.

Les réponses que nous publions sont donc celles qui ont été adoptées par la Société d'Horticulture du centre de la Normandie.

I.

EXPLOITATION

§ 1. CHARGES DIVERSES DE LA CULTURE.

1. Quelles sont les charges diverses de la culture ?

Indépendamment des frais de main-d'œuvre, de ceux d'acquisition, d'amendements et engrais, les charges de la culture sont : les impôts, les droits d'octroi, de places et marchés pour la vente de ses produits, les assurances contre l'incendie des récoltes et la mortalité des bestiaux, les dévastations causées par les orages, la grêle et la gelée , les transports des matières fertilisantes pour lesquels les tarifs des chemins de fer sont trop élevés.

§ 2. SALAIRES - MAIN-D'ŒUVRE - PERSONNEL AGRICOLE.

2. Quelle est la situation de la culture au point de vue de la question des salaires et de la main-d'œuvre ? Cette situation s’est- elle modifiée depuis un certain nombre d'années ? Dans quel sens ? Quelles sont les causes de ces modifications ?

Depuis 30 ans, le salaire des domestiques est augmenté de moitié. Alors un charretier et un laboureur coûtaient de 200 à 250 fr., une servante de ferme de 80 à 150 fr. — Les laboureurs et charretiers sont payés aujourd’hui depuis 350 jusqu'à 500 fr. et les servantes de 2 à 400 fr. Les prix des travaux à façon ont augmenté dans la même proportion. Le salaire des ouvriers, autres que ceux employés à la culture, tels que : maçons, charpentiers, couvreurs, employés à la campagne, est augmenté dans la même proportion.

3. Le personnel agricole a-t-il diminué ? Le nombre des ouvriers ruraux est-il en rapport avec les besoins de la culture ou est-il devenu insuffisant ?S'il y a insuffisance d'ouvriers agricoles, quelles en sont les causes ?

La cause de ces augmentations est l'émigration des jeunes gens des campagnes vers les villes où ils trouvent des distractions, des jouissances, des travaux moins pénibles et des prix plus élevés. L'instruction qu'a reçue la jeunesse a développé chez elle des goûts de bien-être exagérés ; les affections de famille ne la retiennent plus au toit paternel ; ses regards sont constamment tournés vers les villes et surtout vers Paris.

4. Quels ont été les effets de cette double émigration, et quels moyens pratiques proposerait-on pour la modérer ?

Les moyens modérateurs de cette migration vers les villes seraient :

1° Une instruction agricole et horticole, essentiellement pratique, ainsi que des notions de physique et de chimie agricoles, données dès l'enfance dans les communes rurales. L'enfant des campagnes ayant l'esprit imprégné de connaissances attrayantes s'attacherait au sol.

2° La création de privilèges lors du recrutement militaire pour les jeunes gens qui embrassent la profession agricole. Ces privilèges, moins étendus si l'on veut que ceux accordés aux jeunes prêtres et aux instituteurs, seraient de nature à fixer les jeunes gens dans les campagnes. Rome, autrefois, accordait de grandes faveurs aux cultivateurs, et c'est particulièrement par l'esprit agricole de ses institutions que ses légions purent coloniser les vastes contrées qu'elles avaient asservies.

5. Quelle a été l'influence exercée sur le personnel agricole, sur le taux des salaires et de la main-d’œuvre par l'emploi des machines dans l'agriculture ? L'emploi de ces machines s'est-il déjà étendu dans la contrée et a-t-il une tendance à se vulgariser ?

Parmi les machines agricoles, les batteuses et le râteau à cheval paraissent seuls appelés à rendre de véritables services dans la contrée ; les autres n'ont pas produit les bons effets qu'on en attendait : elles ont été abandonnées par les quelques personnes qui en ont fait l'essai.

6. La somme du travail obtenue des ouvriers agricoles est-elle plus ou moins grande que par le passé ?

Les heures de travail sont restées les mêmes, mais il y a tendance à diminuer. L'ouvrier agricole travaille mieux et davantage lorsqu'il travaille chez lui et pour lui, ou à la tâche, que lorsqu'il travaille ailleurs.

7. Les conditions d'existence de cette partie de la population se sont-elles améliorées ? S'est-il produit des modifications favorables dans la manière dont elle est nourrie, vêtue et logée ?

Oui. Elle a une nourriture plus saine, des vêtements meilleurs ; mais elle ne prend pas les précautions d'hygiène qui préviendraient chez elle les maladies.

L'instruction primaire est-elle dirigée dans un sens favorable à l'agriculture ? Quelle est son influence sur le choix des professions ?

L'instruction ne doit pas tendre à faire sortir chacun de sa sphère, mais à l'améliorer, à rendre sa position meilleure. L'effet de l'instruction des villes appliquée à nos campagnes, a eu pour résultat d'inspirer aux jeunes gens le mépris des rudes travaux de leurs parents. Il serait à souhaiter que les instituteurs des communes rurales fussent invités à faire assister leurs élèves à des expériences de travaux agricoles et que cette question fût ajoutée au programme des études des instituteurs primaires. L'éducation des filles de la campagne devrait être modifiée : les travaux de broderie et de fine couture leur donne trop le goût de la toilette et les fait trop rêver aux moyens de se la procurer.

Les sociétés de secours mutuels sont-elles suffisamment répandues dans les campagnes ?

Les sociétés de secours mutuels sont inconnues dans nos campagnes.

L'assistance publique y est-elle convenablement organisée ?

L'assistance publique fonctionne d'une manière à peu près satisfaisante.

8. S'est-il opéré des changements dans l'état moral des ouvriers de la campagne ?

L'état moral des ouvriers des campagnes est en décadence complète ; le nombre des filles-mères augmente.

Leurs relations avec ceux qui les emploient sont-elles moins faciles qu'autrefois ? Quels sont les causes et les effets des changements survenus sous ce rapport ?

Les relations des ouvriers avec ceux qui les emploient sont difficiles. Un certain nombre ne travaillent que lorsqu'ils ont dépensé l'argent précédemment gagné.

9. Y aurait-il avantage à établir la faculté du livret pour les ouvriers agricoles ?
   
Oui. La conservation du livret paraît utile et surtout favorable au bon ouvrier.

§ 3. ENGRAIS - AMENDEMENTS.

10.    La production du fumier est-elle suffisante ? Y a-t-il besoin d'y suppléer par l'achat d'engrais naturels ou artificiels ?
 
Le fumier de ferme ne peut suffire aux besoins du sol ; on peut évaluer qu'il en faudrait trois fois autant qu'on en possède pour obtenir de belles et bonnes cultures. La marne, le plâtre et quelques engrais commerciaux sont employés dans cette contrée ; la chaux l'est peu, cependant elle produirait d'excellents effets. Généralement les fermiers ne peuvent faire d'amendements fonciers à cause de la brièveté de leurs baux.

11. Quelles sont les dépenses nécessitées par le chaulage, le marnage et les autres amendements? Quelles difficultés éprouve-t-on à se procurer les matières les plus propres à améliorer la qualité du sol ?

L'extraction de la marne et l'acquisition de la chaux coûtent environ 100 fr. par hectare ; il faut ajouter à ce prix ceux de transports et de main-d’œuvre que l'on peut évaluer à peu près à 150 fr. L'emploi du guano entraîne une dépense de 130 fr. par hectare. Ce prix est trop élevé pour un engrais qui ne dure qu'une année. Il serait à désirer que l'Etat pût obtenir une réduction sur le prix de cet engrais, ainsi que sur le transport sur les voies ferrées de tous les engrais et amendements.

§ 4. PROCÉDÉS DE CULTURE.

12. Quels ont été, depuis un certain nombre d'années, les progrès accomplis dans la culture du sol, et dans quelle mesure les divers procédés agricoles se sont-ils perfectionnés ?

Les progrès agricoles que l'on voit dans cette contrée sont : l'emploi du drainage, un meilleur choix des races d'animaux domestiques, la mise en culture de terrains qui étaient à peu près stériles, et l'extension des irrigations.

§ 12. ARBRES ET FRUITS.

28. Quelle est l'importance de l'exportation des fruits ? Quel accroissement a-t-elle reçu depuis 20 ans par périodes décennales ?

L'exportation des fruits de table et de pressoir prend de l'extension chaque année où la production est abondante. L'exportation des fruits, faite par les ports de Normandie et de Bretagne, s'est élevée au chiffre de 25 à 30 millions en 1867 et 1868, et les fruits de pressoir ont été expédiés en quantité considérable pour Paris, divers départements de l'Est, du Nord et du Centre. On peut hardiment affirmer qu'il y a 20 ans, l'exportation des fruits de notre contrée n'excédait pas un pour cent de ce qu'elle produit aujourd'hui.

§ 13. SÉRICICULTURE.

29. Quelles sont les conditions actuelles de la culture des mûriers et de l'éducation des vers à soie ?

La culture du mûrier n'est pas pratiquée dans notre contrée.

§ 14. SILVICULTURE.

30. Dans quelle proportion s'est augmentée l'importation des bois étrangers dans la dernière période décennale ? Ces importations ont-elles pesé sur le prix des bois en France ou bien sont-elles nécessitées par l'insuffisance de nos propres produits, et les prix se sont-ils soutenus ou élevés ?

L'importation des bois de construction augmente chaque année ; elle s'est élevée en 1867 au chiffre de 139 millions. Nos besoins augmentent et la production diminue. Le prix des bois indigènes, d'œuvre ou de construction, tend à s'accroître.

31. Est-il à craindre qu'en présence de besoins toujours croissants, notamment à raison de la consommation si considérable de traverses des chemins de fer, les approvisionnements ne puissent faire défaut dans un avenir plus ou moins éloigné ? Quels seraient les moyens de parer à cet inconvénient ?

Oui. Mais on peut remédier à l'insuffisance des produits sylvestres en reboisant les montagnes, les landes et les terrains incultes qui se trouvent dans les domaines de l'Etat, des communes ou des particuliers. Le reboisement des montagnes serait la protection la plus efficace de certaines contrées contre les inondations qui anéantissent si fréquemment les travaux et les produits agricoles de nos plus riches contrées. En reboisant les dunes, les landes, tous les terrains incultes qui seraient impropres à l'établissement de prairies ou de champs de labour, en introduisant dans notre régime forestier les grands arbres exotiques des diverses contrées froides ou tempérées du globe, on reconstituera nos richesses forestières et, dans l'avenir, ces reboisements auront une heureuse influence sur l'agriculture et la grandeur maritime et industrielle de la France.

II.

CAPITAUX. — MOYENS DE CRÉDIT.

40. Les propriétaires de biens ruraux ou ceux qui les exploitent possèdent-ils des capitaux suffisants pour les besoins de la culture, le perfectionnement des procédés et l'amélioration des terres ? S'il n'en est pas ainsi, comment peuvent-ils se procurer ces capitaux ? Quelles facilités ou quels obstacles rencontrent-ils à cet égard ?

Non. Les capitaux donnés à l'agriculture ne suffisent ni aux besoins de la culture ni au perfectionnement des procédés agricoles ni à l'amélioration des terres. L'emprunt dans les banques n'est profitable que dans les pays d'herbage où on pratique l'engraissement des bestiaux élevés dans d'autres contrées, c'est-à-dire plutôt à un négoce qu'à une pratique agricole. Mais pour l'agriculteur proprement dit, l'emprunt au taux commercial, augmenté du droit de commission, est une opération désastreuse. Quant à l'emprunt par obligations notariées avec constitution de garanties hypothécaires, les frais et droits, ajoutés aux intérêts de 5 %, amènent la gêne chez le cultivateur et causent souvent sa ruine.

VI.

QUESTIONS GÉNÉRALES.

Quelles sont les causes qui ont pu influer dans un sens favorable ou nuisible sur la prospérité agricole ?

Pour remédier à l'insuffisance des productions du sol, il serait nécessaire de les protéger dans certaines années contre les ravages des insectes qui les déciment ou les détruisent. Dans l'Afrique française, les sauterelles détruisent les récoltes, et, dans certaines contrées de la France, ce sont les hannetons, surtout leurs larves, qui anéantissent le produit du travail de nos cultivateurs, que rien ne pourrait mieux encourager que l'adoption de mesures législatives qui prescriraient la destruction de ces insectes qui, en dévorant les racines de nos céréales, de nos fourrages, de tous nos arbres, anéantissent une partie des récoltes, jettent le cultivateur dans la détresse, l'empêchent de payer ses loyers, d'améliorer ses cultures et prend les proportions d'une calamité publique en privant le pays tout entier d'une partie des productions du sol; qui a pour résultat l'élévation du prix des denrées alimentaires , des fourrages et des plantes industrielles.




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