[ANONYME] : La Fileuse, conte populaire (1900).
Saisie du texte : O. Bogros pour la collection électronique de la Médiathèque André Malraux de Lisieux (05.XI.2011)
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Orthographe et graphie conservées.
Texte établi sur l'exemplaire de la Médiathèque (Bm Lx : Norm 148) du Pays normand, revue mensuelle illustrée d'ethnographie et d'art populaire, 1ère année, 1900.

Conte populaire
La Fileuse (1)
par

***

~*~

Il y avait une fés eune bonne femme qui battait sa fille. Un monsieur passit pa là.

- Ma bonne femme, pour qui qu'vous battez vot fille ?

- A file tant, a file tant que j'peux pas seulement l'entretenit d'filache (filasse).

- Donnez-la mé donc !

Il emm'na la fille et li donnit une grande paque de filache à filer.

La fille se mit su la porte à pleurer.

Y passit pa là eune bonne femme qu'avait d'grandes dents et qui li dit :

- Ma paure fille qui qu'vous avez donc à pleurer ?

- On m'a donne une grande paque de filache à filer et je ne sais pas comment atteinter (arranger) man rouet.

- Eh ben, si vous promettez d'm'inviter à vos noches vot paque de filache s'ra filé pour à c'sé (pour ce soir).

Le lendemain l'moussieu li donnit aco un paque de filache à filer.

La fille se mit su la porte à pleurer.

Y passit pa là une bonne femme qu'avait d'grosses lippes et qui dit à la fille :

- Qui vous avez donc à pleurer, ma paure éfant ?

- On m'a donné un paque de filache à filer et j'sais pas comment faire.

- Si vous voulez m'inviter à vos noches vot paque de filache s'ra filée pour a s'cé.

L'moussieu li en r'donnit encore eune.

Elle se mit aco à pleurer su la porte, y passit pa là eune bonne femme qui traînait sa couraie (coeur et poumons) et qui dit à la fille :

- Qui qu'vous avez donc à pleurer ?

- On m'a donné une grande paque de filache à filer et je n'sais pas comment faire.

- Si vous voulez m'inviter à vos noces, vot' paque de filache s'ra filée pour a c'sé.

Le moussieu n'donna plus de filache à la fille et l'épousa. Alors, elle appela  :

- Bonne femme grandes dents, v'nez à mes noches, v'nez, v'nez.

Et l'moussieu li dit :

- Ma paure bonne femme, pourquoi qu'vous allongez les dents comme cha ?

- Chest pa c'que j'ai trop filé, trop travaillé.

La fille app'la aco :

- Bonne femme grosses lippes, v'nez à mes noches, v'nez, v'nez.

Et l'moussieu li dit :

- Ma paure bonne femme, pourquoi qu'vous allongez les lippes comme cha ?

- Chest pa c'que j'ai trop filé, trop travaillé.

Et la fille app'la co :

- Bonne femme traîne-couraie, v'nez à mes noches, v'nez, v'nez.

Et l'moussieu li dit

- Ma paure bonne femme, pourquoi qu'vot' couraie vous est sortie du corps ?

- Chest pa c'que j'ai trop filé, trop travaillé.

Alors, l'moussieu brisit le rouet et j'dansîmes, et j'fricotimes et je n'filîmes pus.

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(1) Sous le titre Les Trois Fileuses, il existe en Allemagne une version de ce conte étrange.

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