DU BOIS, Louis (1773-1855) : Glossaire du patois normand, augmenté des deux tiers, et publié par M. Julien Travers.- Caen : Typographie A. Hardel, 1856.- XL-440 p. ; 22 cm.
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Glossaire du patois normand
par
Louis Du Bois

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I-J-K


I.

I : il, ils. I court , i marchent , etc. : il court , ils marchent. Il s'emploie explétivement : ch'esi-i-me ? est-ce moi ?
IAN : gland. Par aphérèse. Voyez ENS.
IANS ; IAS : eaux. C'est comme taurias pour taureaux. On trouve cette sorte de pluriel dans nos vieux écrivains ; par exemple, dans le fabliau du Tonneau que La Fontaine a imité dans son conte du Cuvier, on lit ces vers :

Au valet vint, et li proya
Qu'une partie li prestast
De sa maison , et li gardast
Ses dix toniax en son celier.

Dans ses Dictons du XIIIe siècle, Crapelet rapporte ces questions (page 76), faites en Normandie : Qui estiaus ? où aliaus ? dont veneaus ? orthographiées ainsi dans les meilleurs manuscrits : où aliax ? que quériax ? dont veniax ?
IARD : liard.
IAU : eau.
IAU DE MOURET : jus de fumier; parce qu'il a la couleur des morets ou baies d'airelle. (Manche.)
IAULOUX : plein d'eau, très-humide, marécageux. (Vire.)
IAUSSIR : pisser.
ICHIN : ici. B.
ICHITE : ici. S.-I.
ICI : ci. Ce temps ici pour ce temps-ci.
IDLO ( D') : d'ici , de là. (Avranches.) Voyez ILO.
IDOUX , SE : maladif, qui éprouve de fréquentes douleurs.
IÊBE : gale du chat.
IETTE. Aphérèse de liette. Voyez LIETTE.
IEU ! IEU ! cri dont on se sert pour appeler les cochons Voyez TIOT.
IEUCOLIER : écolier. S.-I.
IEUTUDIANT : étudiant. S.-I.
IEUN : un. S. -I.
IEUX : leur, à eux. S. -I.
IGNAU ; IGNOT (adv.) : sans cérémonie. A.
IGNORE (s. f.) : ignorance d'une chose. Être en ignore : ignorer. A.
IGRE (s. L ) : griffe, ongle. Voyez INGRE. A.
ILA : là. Martial d'Auvergne dit :

Quand les conducteurs ila virent.

ILEC ( adv. ) : ici, là.
ILET : îlot, petite lie. Métaphoriquement, pâté de maisons, groupe formant une sorte d'île.
ILEU : là. B.
ILO : là. B.
IMMENSE (s. f.) : très-grande quantité. J'en ai une immense pour j'en ai beaucoup. L.
IMPORTUNATION : importunité.
IMPOTHÈQUE : hypothèque.
INBERLIAN : Irlandais. Du latin hibernia : Irlande. B.
INDE : terne, noirâtre, de couleur bise ou sale.

Ne fleur inde, jaune ne blanche.
(Rom. de la R.)

INDITER : indiquer, instruire. Voyez ENDITER.
INDOINE : privé d'aptitude. In négatif. C'est l'opposé d'idoine.
INDUQUER : éduquer.
INEL : alerte. Du Roman isnel. Brunetto-Latini a dit, dans le XIIIIe. siècle : « D'un home pereceus je dirai : ce est une tortue ; de un isnel, je dirai : ce est un vent .» A.
INGRE : griffe. Voyez IGRE.
INNOCENT : idiot, fou. Walter-Scott, dans son Waverley (t. I , ch. 9) , dit qu'en Écosse on donne aux fous le nom d'innocents.
INN'TOUT : non plus ; pas davantage.
INSOUFFRABLE : insupportable, qu'on ne saurait souffrir.
INTÉ ; INTEL : tel, pareil, semblable, égal.
INTERGIE (s. f.) : léthargie. S.-I.
INTERGODER ou INTERGOUDER : interloquer, intimider. S.
INTERMINE. Voyez ÉTERMINE. A.
INTRODUIRE (v. a.) : interrompre. L.
INTROPIQUE : hydropique. L.
INTROPISIE : hydropisie. L.
INVECTIF : vif et remuant. De invectus : emporté. L.
IORD : sale. De ord. Voyez ce mot.
IOU (prononcé i-iou) : où, en quel lieu.
IOUSOUX : aqueux, en parlant des fruits et des légumes.
IOUSQUE : où.
IQUEUL, E : quel, quelle.
IRAGNIE ; IRAIGNÉE ; araignée.
ITIEUL (TOUT) : tout d'un coup, tout entier. A.
ITOU : aussi. De l'adverbe latin item. Too, en anglais.
IU : pièce de rapport qui fait disparate avec l'étoffe sur laquelle on l'applique. (Coutances.)
IVRER ; S'IVRER : s'enivrer.
IXE (s. m.) : chevalet pour scier le bois à brûler.

J.

J' ; JE : nous. J'l'erons : nous l'aurons.
JACA : paille de sarrasin. A.
JACASSE : bavarde. Dans le patois Rennais, jacasse s'entend d'une femme dont le caractère est contrariant.
JACASSER : jaser à tort et à travers. De l'italien gazza (pie), d'où nous avons tiré notre vieux mot agace, que La Fontaine a employé dans la fable de l'Aigle et la Pie :

L'agace eut peur ; mais l'aigle, ayant fort bien dîné,
La rassure et lui dit : Allons de compagnie.

JACQUEDALE ; JOCQUEDALE : imbécile, jocrisse.
JACQUET : écureuil. De Jacques, petit Jacques. Ces noms de saints donnés aux animaux ne sont pas rares dans nos usages, comme Margot (Marguerite), à une pie ; Samsonnet (petit Samson ), à l'étourneau et au maquereau ; Richard, au geai ; Martin, à l'âne; Coco (Jacquot ), au singe. On dit : dés le pétro ou pétron Jacquet, pour : à la pointe du jour.
JADE (s. f.) : jatte. A.
JAFFE (s. f.) : soufflet. Voyez GUIAFFE et GUIAFFER.
JAFFER : souffleter. L.
JALET ; JALÉE : propos inconvenant, bavardage. De l'islandais jula : crier à tort et à travers.
JALOUSIE : œillet de poète (Dianthus barbatus).
JAMAIS (A) : beaucoup. Il a des fruits, des écus à jamais : à n'en finir jamais.
JAMBILLER : remuer les jambes convulsivement, les agiter outre mesure.
JANOTTE : bulbe du Bunium bulbo-castaneum. En Roman, anote.
JANGLER : habler, mentir, railler, plaisanter. Du vieux français jangler, joculari. Voyez le Glossaire de Roquefort.
JANNIÈRE : plant d'ajoncs. Voyez BOIS-JAN et JION.
JANS : dedans. B.
JAP ; JAPE : babil, bavardage. De japper. Dans le patois Lorrain, on dit de la jappe. - S.-I.
JAR : langage, jargon. S.-I.
JARD : écailles de poisson. Voyez ÉCHARDE.
JARDIAU. Voyez GERZIAU. A.
JARDRIN : jardin. A.
JARNICOTON. Juron.
JARNIDIEU. Juron. C'est-à-dire :je renie Dieu. B. L'auteur de Pathelin, p. 62, dit :

Il a mon drap, ou je r'gnie Dieu.

Dans les jurons , pour atténuer l'énormité de l'expression , on dit bleu et dié. D'où parbleu, morbleu, jarnidié.
JAROSSE ; JAROUSSE (s, f.) : vesce, gesse cultivée (Dathyrus sativus),qu'Olivier de Serres appelait jarrus. Dans la basse latinité, jarrossia. Les cultivateurs du département du Gers donnent le nom de jarosses aux différentes espèces de vesces. (Annuaire du Gers pour l'an XII. ) A.
JARRETELER : attacher les jarretières. P. R.
JARRETER : se heurter les mollets en marchant. O.
JALOT : baquet, petit cuvier.
JARROTIN : jarret de veau. Terme de boucherie. A.
JAS : jars , oison. C'est le mâle de la pige. Voyez ce mot. Jas, par suppression de l'r, comme dans gas pour gars.
JASCARDER : jaser mal à propos, bavarder. A.
JASPINER : babiller, taquiner, jaser, plaisanter.
JASSETOISER : jaser sans mesure. L.
JATÉ : gentil. BÉ JATÉ : bien gentil. L.
JAU : coq. De gallus. Voyez GAU.
JAUNET : renoncule des prés ( Ranunculus pratensia ). Voyez BASSIN. L. - Un peu jaune. - Pièce d'or. H. -N.
JAVOTER : jaboter, jaser, babiller, caqueter.
JAVRELINE : javeline, dard. S.-I.
JE pour nous. Je ferons ; je sommes arrivés. Patois Walon. Voyez ONS. L.
JEAN-QUIN : mélange de café, de sucre et d'eau-de-vie. Voir sur l'origine de ce mot le Dict. de M. l'abbé Decorde.
JEMENT : jument.
JENNE : Jeune.
JENNESSE : jeunesse.
JÉNOTTE. Voyez JANOTTE. A.
JENS ! mot exclamatif. S.-I.
JERCIR : sarcler. Du latin sarcire.
JERGONN ER : jaser, babiller. De jargon.
JERQUÉ : perché, juché, placé désagréablement.
JÉSUET : hypocrite. De jésuite. L'abbé Furetière prononça ainsi sur la question de savoir si on devait écrire jésuiste ou jésuite : « Il faut dire jésuite, comme on dit hypocrite, sodomite. » B.
JÉSUITE : dindon ; parce qu'on attribuait aux Jésuites l'introduction de cet oiseau en Europe. L.
JETER (v. n. ): suppurer. Eu patois Walon, jeté à matière. L.
JEU (FAIRE SON) : jouer son rôle, paraître, figurer. Voilà une belle robe, elle fera son jeu à la prochaine fête.
JEU D'EAU : jet-d'eau. Patois Lorrain. L.
JEUN (A COEUR) : à jeun. L.
JEUNDI : jeudi. A.
JEUNESSE : jeune fille.
J'VA ; J'VAL : cheval. L.
J'VEU : cheveu. L.
JIFAILLER : folâtrer mal à propos. Voyez JIFER.
JIFALIER, ÈRE : qui aime à jifer. L.
JIFER : jouer en folâtre. L.
JIFFE : soufflet.
JIFFER : donner une jiffe, jifle ou soufflet.
JIFLE (s. f.) : soufflet. Patois du Jura.
JIFLER (v. a.) : souffleter.
JILE , (s. f.) : diarrhée des animaux. L.
JILÉE (s. f.) : eau ou tout autre liquide qu'on a fait jaillir
JILER : lancer, faire jaillir un liquide. A.
JILOIRE : petite seringue de sureau. Voyez ÉCLIPE. A.
JION (s. m.) : jomarin (Ulex Europaeus ). A.
JOB (BATTRE LE) : perdre son temps, ne rien faire.
JOCER : se moquer, jaser, niaiser. Du latin jocari.
JODANE (s. m.) : sot, niais, jocrisse. B.
JODU : sourd , au propre ; inintelligent, au figuré. De j'ouïs dur : j'entends ferme. M.
JOE : joue.
JOFIN : poupée ou mannequin que l'on met par amusement dans un lit, pour faire croire qu'une personne y est couchée. Du latin jocus, jeu. A.
JOGANE : espèce de coiffure d'enfant composée d'un fond et d'une passe sans papillon. Comme la jogane laisse la joue (la joe) à découvert, c'est du mot patois joe qu'elle tire sa dénomination. A.
JOJO : cheval. Comme dada. De jo et de jor des anciennes langues du Nord.
JOLET : jeu, mouvement. O.
JONFIEUX, SE : oppressé, e. Du verbe patois jonfler. Jonfieux pour jonfleux, comme bieu pour bleu, fieur pour fleur.
JONFLER : respirer avec pein e; ronfler ; souffler de l'haleine en expirant l'air. Probablement de sufflare, comme le conjecturent MM. Duméril.
JONQUERAIE : terrain où l'on fait croître du jonc.
JONQUETTE : fleurs qu'on jette dans les fêtes et dont on jonche la terre. C.
JONQUIÈRE : terrain où le jonc croît spontanément.
JORER : se parer avec luxe, avec affectation.
JOSTER : jouter , folâtrer, plaisanter. De jocus, jeu.
JOSTEUR : gai, amusant et farceur.
JOUBIBOT ; JOUBJEOT : tasse de café. De joué : guère, et de bibere : boire. O.
JOUCET : soufflet. claque sur la joue. O.
JOUÉ (adv.) : guère, peu. Cet homme n'a joué de pommiau, guère de gras de jambe. Voyez POMMIAU. A.
JOUG-A-COUE : joug double pour deux boeufs attelés côte à côte à une charrue. Ce joug tient à la charrue au moyen d'une longue pièce de bois, nommée coue (queue) et chevillée dans le joug. 
JOUGLER : gambader. Se dit des chevaux reposés qui sortent de l'écurie en gambadant.
JOUGUET : petit joug pour un seul boeuf.
JOUIR DE : venir à bout de. On ne saurait jouir de cet enfant indocile : on ne peut en venir à bout. Voyez CHEVIR.
JOUJOUTE (FAIRE) : se jouer.
JOUQUAY ; JOUQUÉ : juché, perché. S.-I.
JOUR-FAILLI (A) : au soir.
JOURNAL (de terre) : ce qu'on peut labourer de terre pendant une journée de travail. A.
JOUSTE ; JOUXTE : auprès de, attenant à. Du latin juxta.
JOUTER : toucher à. Cet herbage joûte à la rivière.
JOUVEUX , SE : aquatique. L.
JUC (s. m.) : perchoir du poulailler. En Roman, joc. Ce mot, qui vient de jugum, perche, se trouve dans Des Perriers (Nouvel. 16 et 31). L.
JUDAS (BRAN DE) : taches furfuracées qui paraissent,  au printemps, sur le visage de certaines personnes. M. Decorde.
JUGAIN : jomarin. Voyez JION. A.
JUIF : espèce d'hirondelle, le martinet.
JUIS : juif, israélite. De judoeus. Dans le Pédant joué de Cyrano de Bergerac (acte II , scène 3), Matthieu Gareau s'exprime ainsi : « Ous équiais un vrai jui d'Avignon. » L.
JUPÉE : courte distance. Interrogés sur la distance d'un lieu à un autre, les paysans répondent souvent au voyageur « II n'y a qu'une jûpée. » La jûpée peut varier d'un à cinq ou six kilomètres.
JUPER. Voyez HUPET. A.
JUPET. Voyez HUPET.
JUQUER ; JUQUIER : percher, jucher.
JUQUOUX : juchoir. Sembler tomber du juquoux : paraître tout étonné.
JUS (adv. ) : à terre.
JUS D'OCTOBRE : liqueur préparée avec un mélange d'eau-de-vie et de poiré doux, réduit en sirop. L.
JUSÉE (de fumier) : liquide qui s'écoule du fumier, en forme de jus.
JUSER : sortir par compression, en parlant des fruits.
JUSEUX : juteux, en parlant des fruits. L.
JUSSE : juste. H.-N.
JUTER : produire du jus.
J'VA : cheval.
J'VAS ; J'VAUX : chevaux.

K.

KAFIGNONS : corne qui se trouve à l'extrémité du pied des animaux qui l'ont fourchu, tels que la vache, le porc, le mouton, etc. M. l'abbé Decorde.
KAINE : chaîne.
KALIPÈTE : sorte de bonnet de nuit, qui couvre les joues des femmes, et qu'elles conservent le matin jusqu'à ce qu'elles fassent leur toilette.
KARAS : berger.
KARUE ; KAIRUE : charrue.
KÉ : quoi. Bé de ké : bien de quoi ! se dit ironiquement pour peu de chose.
KERDER : carder.
KERMINNE : charogne.
KÉROIX : croix.
KERSIR : mourir. Voyez CRESSIR. A.
KEVRON : chevron.
KIA VALET ! KIA VALET ! Cri pour appeler les porcs à la mangeoire. C'est la corruption de tiot, qui est l'abréviation par aphérèse de petiot, diminutif de petit. Voyez TIOT.
KIEF : pièce de bois à laquelle on assujettit le soc de la charrue.
KIEN : chien. Du grec χύωυ.
KIGNE-EN-COIN (DE) : d'un coin à l'autre.
K'MINAIE : cheminée.
K'MINSE : chemise.
K'VA : cheval.
K'VILLE : cheville.


TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACES
(de l'éditeur, de l'auteur, biographie de Louis Du Bois)

A - B - C - D - E - F - G - H - I - J - K - L - M - N - O - P - Q - R - S - T - U - V - W - X - Y - Z

SUPPLÉMENT.

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