Notice sur les ouvrages relatifs à l'histoire du Cotentin et de la Normandie qui se trouvent à la bibliothèque de Coutances,

par G. LETERTRE, officier de l'université, bibliothécaire de la ville de Coutances et membre de l'Association normande.


Texte établi sur un exemplaire (BmLx : br norm 850) de l'Annuaire des cinq départements de l'ancienne Normandie, année 1845 (p.387 à 412), publié par l'Association normande à Caen.
Saisie et relecture par M. Bougard (19.06.03)



On doit aux morts la vérité impartiale, aux vivants la vérité bienveillante.

Ce serait une nomenclature peu attrayante, et qui, d'ailleurs, ne vous offrirait rien de nouveau, que l'analyse ou catalogue explicatif des ouvrages que la bibliothèque de Coutances acquiert chaque année, soit par l'emploi des fonds votés par le Conseil municipal, soit par l'envoi d'ouvrages fait, à titre de don ou d'échange, aux bibliothèques publiques par la munificence éclairée du Gouvernement, soit enfin par l'hommage bienveillant que lui font de leurs productions estimables des écrivains qui honorent la Normandie et la France, ou par la libéralité patriotique de citoyens recommandables qui aiment à lui offrir des volumes imprimés ou des manuscrits qu'elle recueille avec empressement et reconnaissance.

Je crois devoir, par cette considération d'opportunité, me restreindre à traiter des seuls ouvrages qui offrent des documents historiques, biographiques ou littéraires, sur la Normandie et le Cotentin en particulier.

Mais, profitant de cette solennelle réunion, qui voit heureusement rassemblés les députés des deux Associations normande et bretonne, je parlerai quelques instants des savants et hommes de lettre de la Bretagne, dont les lecteurs peuvent consulter les écrits à la bibliothèque de Coutances.

Vous connaissez, Messieurs, l'Histoire ecclésiastique de la province de Normandie, avec des observations critiques et historiques par Charles Trigan, docteur de Sorbonne, né à Quettreville, près Coutances, et curé de Digoville, paroisse voisine de Cherbourg (in-4°, imprimé à Caen de 1756 à 1761). Cet ouvrage, qui renferme, suivant le docte M. Weis, bibliothécaire de la ville de Besançon, de l'érudition et une critique judicieuse, se termine à la fin du XIIe siècle, à peu près à la conquête ou réoccupation de la Normandie sur les Anglais par Philippe-Auguste (1203 et 1204).

Trigan fournit d'intéressants détails sur nos premiers historiens normands : Dudon de Saint-Quentin, Orderic Vital, Guillaume de Jumièges, et sur tous les hommes célèbres que le clergé de Normandie a donné à l'Eglise de France.

A cette époque, l'histoire laïque n'existe pas, ou du moins elle n'est encore écrite que par des auteurs ecclésiastiques. C'est qu'en effet, la science seule illustre les individus comme les nations, et que le clergé possédait alors exclusivement les lumières répandues aujourd'hui par le bienfait d'une instruction plus développée dans toutes les classes de la société ; car, si nos lois proclament l'égalité civile, c'est la science et le talent qui font naître et qui maintiennent l'égalité morale, qui en garantit la durée.

De notre temps, l'histoire, devenue éminemment nationale, constitue une intéressante partie des études classiques, et d'illustres écrivains la cultivent avec succès. Ce sera, sans doute, une des gloires de notre âge, dans le déclin de quelques autres parties de notre littérature, que de nous l'offrir enrichie par l'érudition, éclairée par la critique.

C'est encore à un écrivain ecclésiastique normand (1) que nous devons l'Histoire sommaire et l'Etat géographique de la province de Normandie (in-12 ; Rouen, 1690 et 1722).

Cet ouvrage, moins estimé que le précédent, renferme néanmoins plus de documents pour l'histoire civile de cette province. On trouve, à la fin de chaque volume, des remarques et additions qui ne sont point à négliger pour l'érudition historique ou géographique ; mais, sans doute, l'ouvrage laisse à désirer pour la méthode et le choix des matériaux, ainsi que pour le style, qui nous a paru prolixe plutôt qu'abondant.

Omettons nous-même, pour nous préserver d'un pareil reproche, grand nombre de livres, plus ou moins intéressants, sur l'histoire locale de Normandie, persuadé que l'histoire de chaque cité, fort curieuse et fort instructive pour ceux qui l'habitent, n'offre pas les mêmes titres aux recherches et à l'attention des étrangers. Nous citerons pourtant les origines de Caen, par le célèbre Huet ; Essais historiques sur la ville de Caen, par feu l'abbé de La Rue, qui fut plus d'une fois son continuateur, en l'éclairant lui-même par une critique qui n'a pas toujours été à l'abri de toute observation. Parmi les historiens des autres villes de la Normandie, je remarque, entre plusieurs autres, l'abbé Béziers, qui a écrit l'Histoire de Bayeux (imprimée en 1773 et 1769) ; la Chronologie historique des baillis et des gouverneurs de Caen (2).

Un des plus anciens monuments, qui se rapporte à la fois à l'histoire de la Normandie et à la conquête de l'Angleterre, c'est le Domsday book vel libers censualis, ou le registre des fiefs et tenures cadastrés. Il renferme, en effet, la liste de tous les domaines appartenant à la couronne, soit en propre, soit concédés à charge d'hommage et de redevances, de services réels ou personnels.

La confection de ce grand terrier d'Angleterre offrait à Guillaume-le-Conquérant, suivant l'observation des traducteurs et annotateurs, une connaissance exacte des immeubles situés dans ses nouveaux états. "Elle lui avait révélé le nom, l'état et l'influence que pouvaient exercer sur le peuple les anciens et les nouveaux propriétaires, en raison de l'étendue et de la nature de leurs possessions." Les auteurs de ces recherches sur le Domsday, MM. Lechaudé d'Anisy et le marquis de Sainte-Marie, ont donné, en outre, sur les familles nobles qui possédaient ces fiefs et ces tenures, des notices généalogiques d'un grand intérêt.

Quoique l'un des doctes collaborateurs manque désormais à cette oeuvre, il est permis d'espérer qu'elle se poursuivra jusqu'à son entier achèvement, et que l'accueil qu'on devait à cette importante publication encouragera l'antiquaire distingué, qui reste chargé de ce travail, à continuer de mettre à la portée des lecteurs la collection entière de ce monument original.

Puisque nous parlons de l'histoire de Normandie, n'oublions pas de faire observer que la bibliothèque de Coutances possède la collection d'André Duchesne, intitulée : Historioe Normannorum scriptores. Là se lisent les chroniques de Dudon, doyen de Saint-Quentin ; d'Orderic Vital, de Guillaume de Jumièges, et d'autres fragments plus ou moins étendus, mais également curieux, relatifs à l'histoire de cette province : c'est, je crois, le recueil le plus complet des historiens qui ont écrit en latin l'histoire de Normandie. Dédié par l'auteur clero, senatui, populoque Rothomagensi, il fut imprimé et parut à Rouen en 1619. (Senatui-au Parlement.)

Cet ouvrage, assez rare, le devient chaque jour davantage, et en rend, par suite, l'acquisition plus précieuse.

Parmi ces anciens monuments de l'histoire de Normandie, comme celle de tous les peuples au berceau, il faut compter les chroniques en vers ou plutôt en rimes. C'est ainsi que maître Robert Wace, poète ou trouvère en même temps qu'historien, né à Jersey, élevé dans les écoles de Caen, a écrit l'histoire rimée, en langue romane, des chefs ou ducs de Normandie, depuis Hastings (867) jusqu'à la bataille de Tinchebray (1106), racontant en détails tous les faits qui ont signalé cette période de deux cent trente-neuf ans, dans un récit presque aussi long que l'Illiade, puisqu'il renferme 16,547 lignes rimées.

La critique littéraire a remarqué que, dans ces temps si différents de notre siècle, les vers étaient préférés, du moins pour la langue vulgaire, aux annales écrites en prose.

Orderic Vital, à peu près contemporain de Robert Wace, a écrit en latin. Il destinait surtout son livre au clergé, tandis que Robert Wace se servit de la langue romane, plus familière aux seigneurs et aux peuples qui devaient y lire l'histoire de leurs ancêtres. Orderic Vital s'occupe plus particulièrement de l'histoire ecclésiastique, de la vie des pieux cénobites, tandis que le trouvère Robert Wace, suivant son allure poétique et aventureuse, se plie davantage aux récits des exploits variés et des faits d'armes des héros normands.

Mais les uns et les autres parmi ces vieux historiens narrateurs, à qui leur bonne foi crédule et la simplicité de leur langage donnent le mérite, aujourd'hui si peu commun, de la naïveté, ont offert dans leurs chroniques les origines, les traditions et les annales de ces premiers temps, et ils ont été pour leurs successeurs en histoire normande ce que Grégoire de Tours a été et est encore pour les historiens français. Parmi les oeuvres historiques qui sont plus ou moins redevables à la collection latine des vieux chroniqueurs normands, nous indiquerons, comme se trouvant à la bibliothèque de Coutances, l'Histoire des Normands, depuis les temps les plus reculé jusqu'à la conquête de l'Angleterre, en 1606 (in-8° ; Rouen, 1835) ; par M. Théodore Licquet, ancien conservateur de la bibliothèque publique de Rouen, et auquel nous devons d'autres productions estimables. Cette histoire est précédée d'une introduction sur la littérature, la mythologie, les moeurs des hommes du Nord, par G.-B. Depping, connu par son érudition dans les langues, les monuments et la littérature du Nord, qui lui ont mérité des distinctions honorables. Les lecteurs trouveront des notions intéressantes sur la cosmogonie des Scandinaves, et cette idolâtrie belliqueuse que les peuples du nord de l'Europe apportèrent et firent régner dans le Cotentin pendant plus de soixante dix ans (de 841 à 912). C'était ce culte d'Odin que la poésie a entrepris, sans beaucoup de succès, de substituer aux riantes fictions, aujourd'hui usées il est vrai, du paganisme grec et des dieux d'Homère. Quoiqu'il y ait, entre les deux systèmes mythologiques, une filiation peu difficile à saisir, notre faible vue a cru y reconnaître l'empreinte diverse des climats de la Grèce et de la Calédonie.

M. Licquet a eu la précaution, si instructive pour les lecteurs, et que l'école historique moderne a eu raison d'adopter, de citer ou d'indiquer au bas des pages les textes des vieux historiens normands dont il traduit ou développe les passages. Ce caractère, d'irrécusable authenticité, recommande, en général, les historiens de notre époque ; il donne la facilité de recourir aux sources antiques où ils ont puisé, et de pouvoir juger en même temps de leur exactitude et de leur fidélité.

Cette méthode de citation a été également suivie par M. Depping dans l'ouvrage qui fait suite à celui de M. Théodore Licquet : Histoire de Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre (1066) jusqu'à la réunion de la Normandie au royaume de France (1204) (3).

Les deux ouvrages dont nous venons de parler, et qui se recommandent par l'exactitude et la clarté, nous présentent, pour le temps où la Normandie formait un état gouverné par ses propres lois, une histoire enfin laïque et qui a dépouillé cet ancien caractère ecclésiastique, type presque général de l'histoire au moyen-âge.

Citons, après ces histoires, qui embrassent l'ensemble des fastes de la Normandie, des épisodes, plus ou moins brillants, tirés des diverses périodes qu'elles renferment.

Le plus récent, et tout-à-fait propre au Cotentin, c'est l'Histoire des guerres de religion dans le département de la Manche, par M. Delalande, avocat à Valognes (in-8°, imprimé en 1844).

Ce livre, d'une lecture facile et qui n'est pas dénué d'intérêt, atteste la connaissance de documents imprimés ou manuscrits que nous ont laissé sur ce sujet tant d'écrivains animés de passions si diverses et d'intérêts si opposés. On y retrouve avec plaisir les traits distinctifs de ces capitaines normands du XVIe siècle (1562, et années suivantes, jusqu'au milieu du règne de Henri IV), qui, dans des camps rivaux et avec des fortunes diverses, ont également consigné dans les chroniques du Cotentin les titres d'une durable renommée : l'intrépide et malheureux Montgommery ; le politique, le prudent, l'heureux Matignon ; l'inflexible protestant Bricqueville de Colombières ; l'infatigable et aventureux ligueur Dutourp, mais partout la politique se couvrant, comme toujours, du manteau sacré de la religion.

Nous pouvons louer encore, dans cet ouvrage, le mérite d'avoir fait marcher de front, sans les confondre, tant d'actions simultanées, tant d'intérêts communs en apparence et différents en réalité ; de les avoir dégagés du caractère indélébile de l'esprit de secte ou de parti, le plus fréquent écueil des historiens, mais le plus funeste à leur gloire comme aux intérêts de la vérité.

Un épisode plus brillant et plus heureux pour notre patrie, et que l'antique Neustrie place au premier rang parmi ses gloires nationales, c'est la remarquable Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands, d'Augustin Thierry (in-8° avec atlas ; Paris, 1836). La réputation de cet ouvrage est désormais trop bien établie pour qu'elle puisse avoir besoin d'éloges, louée qu'elle a été par les modèles et par les maîtres de son art ; nous préférons transcrire ici un fragment de l'introduction, qui nous révèle le plan et la pensée de cet historien érudit, penseur et éloquent, qui nous intéresse à la cause des vaincus que le vulgaire des historiens avait désertée et proscrite pour flatter les vainqueurs : "Les classes supérieures et inférieures qui s'observent avec défiance et luttent ensemble pour des systèmes d'idées et de gouvernements, ne sont autres, dit-il, dans plusieurs pays, que les peuples conquérants et les peuples asservis d'une époque antérieure. Ainsi, l'épée de la conquête, en renouvelant la face de l'Europe et la distribution de ses habitants, a laissé sa vieille empreinte sur chaque nation, crées par le mélange de plusieurs races. La race des envahisseurs est restée une nation privilégiée, dès qu'elle a cessé d'être une nation à part.

"La race envahie.... a formé comme une société séparée à côté de l'association militaire des conquérants. Cette classe s'est révélée à mesure que s'est affaiblie l'organisation féodale de la noblesse issue des anciens conquérants."

Voilà des vues vraies et profondes ; c'est le génie de l'observation qui caractérise les grands historiens.

Notre honorable compatriote, M. Gauthier d'Arc, qui a laissé, jeune encore, une mémoire recommandée par les travaux de la diplomatie, l'étude des langues de l'Orient et la culture approfondie de notre histoire, s'était, sans doute, efforcé de marcher sur les traces de l'illustre auteur de la conquête de l'Angleterre dans son Histoire de la conquête des Normands en Italie, en Sicile, en Grèce (in-8° ; Paris, 1830, avec atlas). On peut du moins le conclure de l'aveu modeste qu'il a consigné dans sa préface : "Loin de moi l'orgueilleuse prétention de remplir cette vaste lacune historique (celle qu'a laissée l'absence d'une histoire qui rajeunit les antiques récits de Guillaume de Tyr) : la manière supérieure dont quelques parties de nos annales ont été récemment présentées offrirait un pont de comparaison trop dangereux."

En convenant des dangers du parallèle que ne s'est point dissimulés l'auteur lui-même, nous lui devons de la reconnaissance pour avoir uni aux matériaux que lui offraient nos historiens normands, les chroniques des religieux du Mont-Cassin ; la plupart avaient été témoins des faits d'armes prodigieux qu'ils racontaient, accomplis dans la Calabre par l'intrépide Robert Guiscard et les autres fils belliqueux de Tancrède de Hautteville.

M. Gauthier d'Arc, chargé plusieurs années de fonctions diplomatiques à Naples, avait pu consulter par lui-même les manuscrits de l'abbaye célèbre, qu'il visitait avec la religion de l'antiquaire. Il en a traduit de nombreux passages, aussi bien que l'histoire écrite en grec par Anna Commène, fille de l'empereur Alexis Ier, qui régnait à Constantinople, depuis 1080 jusqu'en 1118.

La Société des antiquaires de Normandie et la Société royale académique de Cherbourg le comptaient au nombre de leurs membres.

La gloire de ces guerriers normands est en quelque sorte un patrimoine de notre cité (Coutances), et les souvenirs de Tancrède et de ses fils nous rappellent toujours ces héros majestueux nés plus encore pour commander que pour combattre : non ad pugnandum, sed ad regnandum genitos, suivant les termes de Fazel ou Fazelli, dans son livre de Rebus siculis, decades duoe.

Le livre de M. Gauthier d'Arc me ramène assez naturellement à l'histoire de la ville de Coutances ; nous avons parlé ailleurs des manuscrits de Toustain de Billy, de l'abbé Le Franc, de M. Demons ; mais nous croyons devoir nous arrêter sur deux histoires des évêques de Coutances, dont les auteurs ont puisé, avec raison, dans les mémoires inédits que nous venons de citer.

La première, au moins par ordre de date, est l'Abrégé de la vie des évêques de Coutances, depuis St-Ereptiole à l'épiscopat de Léonard de Matignon ; par Rouault, curé de St-Pair. (In-12 ; Coutances, 1742.)

Cet auteur ne nous a paru manquer ni de sincérité, ni même d'érudition, particulièrement dans l'Histoire ecclésiastique.Il pourra paraître crédule à bien des lecteurs, mais son impartialité le rend estimable : un peu exagéré dans ses éloges, du moins il reste fidèle à la vérité dans les jugements sévères qu'il a dû porter de certains prélats. Nous nous dispenserons de citations qui ne prouveraient que trop la véracité de l'historien. Nous trouvons entre Rouault et Toustain de Billy, dont le manuscrit est antérieur à l'histoire imprimée du premier, une grande analogie dans le caractère, les sentiments et le style.

Mais de même que cet historien des évêques de Coutances ne croit point devoir couvrir leurs défauts d'un voile trop officieux, il loue avec candeur et sans réticence leurs vertus évangéliques et les monuments de leur piété. Sa bonne foi lui fait pardonner l'exagération de ses louanges, dont nous ne citerons qu'un exemple, tiré de l'éloge de l'illustre famille des Matignon : "ce serait s'engager dans un labyrinthe dont on ne sortirait pas, si on entreprenait de rapporter, en détail, les honneurs, la gloire et les trophées dont la maison des Matignon a toujours été et est encore aujourd'hui comblée. (Page 394)." Voilà un style peu élégant, mais c'est le langage d'un écrivain persuadé.

Le second livre, sur le même sujet, d'une impression plus récente (in-8° ; Coutances, 1839), c'est l'Histoire des évêques de Coutances, depuis la fondation de l'évêché jusqu'à nos jours ; par M. l'abbé Le Canu, curé de Bolleville.

A la lecture de cet ouvrage, on s'aperçoit que l'histoire locale a puisé à des sources plus nombreuses, plus modernes et plus savantes ; l'auteur a également consulté les historiens profanes et ecclésiastiques. Ces deux sortes de documents, qui se complètent les uns par les autres, donnent à l'histoire plus de confiance et d'autorité, et il manque en général à nos vieux chroniqueurs et aux écrivains ecclésiastiques, qui n'empreintent guère leurs citations qu'à des textes de l'histoire sacrée ou religieuse. Nous ne pouvons qu'approuver le système des notes historiques et critiques placées dans l'ouvrage de M. l'abbé Le Canu, et les tableaux synchroniques de l'histoire contemporaine dont le président Hénault donna, je crois, le premier, et l'exemple et le modèle.

L'histoire des évêques est terminée par un tableau des paroisses dont les noms ont été, pour l'auteur, l'occasion de rappeler d'instructives ou d'ingénieuses étymologies, mérite que l'on retrouve aussi dans les Etrennes coutançaises, de M; l'abbé Pitton-Després.

Ce ne sont pas des érudits vulgaires que ceux qui, dans notre province, ont travaillé avec succès à ces recherches savantes. Bochart (4), dans sa Géographie sacrée ; Huet, dans ses Origines de Caen ; feu l'abbé de La Rue et M. Gerville se sont montrés leurs continuateurs dans cette partie philologique des origines où l'on interroge le nom des localités pour s'instruire des peuples qui les habitèrent.

Sans pousser plus loin l'examen ou le critique de productions estimables sous plus d'un rapport, nous nous permettrons une seule observation générale que nous soumettons au jugement des lecteurs éclairés, et qui rentre, nous le pensons du moins, dans l'esprit avoué et professé par l'Association normande : c'est que l'impartialité, caractère essentiel de l'histoire, défend que des passions ou des intérêts, qui ne sont pas ceux de la vérité, puissent trouver place dans des ouvrages de pure érudition, qu'ils déparent au lieu d'enrichir.

Cette remarque ne peut s'appliquer à l'histoire du Mont St-Michel, par M. l'abbé Desroches, curé de Folligny, maintenant d'Isigny. (In-8°, avec atlas ; Caen, 1838.)

Elle annonce et prouve de longues études historiques et une connaissance approfondie des livres imprimés et des nombreux manuscrits qui offrent des rapports ou présentent des renseignements relatifs au sujet qu'il a traité avec une étendue qu'on rencontrerait difficilement dans les histoires déjà publiées de cette abbaye célèbre et du diocèse d'Avranches, dont il a recueilli, avec une patiente recherche, les annales religieuses.

Les lecteurs, curieux de la poésie romane, trouveront, à la fin du second volume, des poèmes et fragments de poèmes du XIVe siècle : Extraits des archives du Mont-Saint-Michel.

C'est un prieur du Mont-Saint-Michel qui a composé ces poésies dans lesquelles la simplicité des pensées n'est point inférieure à la naïveté du style. Si le consciencieux archéologue, auquel nous devons l'Histoire du Mont-Saint-Michel et de l'ancien diocèse d'Avranches, peut rencontrer des contradicteurs sur le nouveau champ de bataille qui lui a plu, le premier, d'assigner, dans l'Avranchin, à la guerre maritime de Jules César et des Vénètes de l'Armorique, nous aimons à croire qu'il n'en trouvera point sur l'incontestable érudition dont ses laborieuses recherches offrent l'irrécusable témoignage.

Mais il des ouvrages d'une nouveauté instructive et non contestée, et qui sont également au-dessus de toute prévention historique, soit dans l'érudition, soit dans la littérature et les arts.

Il est permis de ranger dans cette classe le grand et dernier ouvrage du feu l'abbé de La Rue : son Histoire des bardes, des jongleurs, des trouvères normands et anglo-normands. Cette mémorable composition a été, pour me servir des expressions de M. Frédéric Vaultier, de respectable et littéraire mémoire, la pensée et comme l'objet de sa vie entière.

La collection des poèmes du moyen-âge, écrits en langue romane, qu'il découvrit, le premier, à la tour de Londres, ouvrit aux Anglais ces richesses littéraires dont ils ne soupçonnaient pas ou dont ils dédaignaient la possession. Nous avons à regretter que cette mine si abondante pour la poésie des trouvères ne nous ait rien révélé des monuments des anciens bardes, ni des poèmes écrits en langue celtique. Mais le prospectus de la bibliothèque nationale des bretons, imprimé à Rennes en 1844, nous promet des fragments du Myroirian ou Recueil des bardes gallois, avec le texte et la traduction (5). Du moins, on chercherait vainement ailleurs plus de richesses historiques et littéraires sur les trouvères normands, que dans l'ouvrage de leur exact et savant historien. Vous parcourez, sans interruption, dans les deux derniers volumes, cette longue galerie de poètes normands, depuis Richard Ier, fils de Guillaume-Longue-Epée (933), jusqu'à Pierre Gringore (6), né à Caen, et dont les pièces, nommées Sotties ou Sottises, furent représentées à la fin du XVe siècle ou au commencement du XVIe, sous le règne de Louis XII. C'est lui qui fit jouer la Mère sotte, pièce allégorique, où le pape Jules II, en guerre alors avec la France, était tourné en ridicule, par ordre du Roi.

Ainsi, la comédie politique, dont le théâtre d'Aristophane nous fournit tant d'exemples, n'était point inconnue à nos aïeux, et c'était alors la seule tribune ouverte au peuple pour se venger de ses oppresseurs par des peintures malignes et satiriques qui les exposaient à la risée publique.

C'est l'abbé de La Rue qui, confirmant par son érudition, en même temps qu'il la rectifiait par sa critique, l'opinion émise par Legrand-d'Aussy, a établi, sur des bases désormais durables, l'antique renommée des trouvères, dont, à la vérité, les productions ne l'emportent pas sur les poésies des troubadours par les richesses de l'imagination et du langage, mais qui offrent beaucoup plus de variété et de naïveté dans leurs ouvrages en vers, conçus sur un plus vaste plan et souvent d'un plus haut intérêt, et qui laissant à leurs rivaux le mérite d'avoir servi de premier type à la poésie italienne, se sont réservé la gloire d'avoir formé la langue française.

La bibliothèque de Coutances renferme encore, sur l'histoire ou la littérature de notre province, un grand nombre de livres dignes, sans doute, d'une analyse critique et raisonnée, mais que les bornes de cette notice ne nous permettent de mentionner qu'avec une brièveté que nous regrettons nous-mêmes. Tel est l'estimable Recueil auquel avait consacré ses dernières années un vieillard respectable, honoré de nos regrets, feu M. Lange, de Caen, de l'académie des sciences, arts et belles-lettres de Caen, et de la Société des antiquaires de Normandie. Les Ephémérides normandes (in-8° ; Caen, 1833, 1834) contiennent, sans doute, des faits intéressants, des noms distingués dans les sciences, dans les lettres, dans la carrière des armes, dans la magistrature et le sacerdoce. On doit savoir gré au patriotisme studieux qui les a recueillis dans les archives publiques ou privées. Ce livre, protégé par les gloires diverses qu'il rappelle et par les vertus de son auteur, ne sera point laissé dans l'oubli ; il aura toujours des droits à la sympathie des lecteurs qui s'intéressent à la patrie illustrée par tant d'hommes célèbres.

Telles sont encore les Recherches et antiquités de la province de Neustrie, à présent duché de Normandie..., par Charles de Bourgueville, sieur de Bras (in-8° ; Caen, 1833).

Cette réimpression de l'édition de 1588 (chez Jacques Le Fébure ou Fèvre, à Caen), qu'on doit au zèle érudit de M. G. S. Trébutien, qui avait déjà donné, en 1824, une édition des poésies de Sarrasin, est précédée d'une notice sur Charles de Bourgueville et ses ouvrages.

Ce premier historien de la ville de Caen, qui vécut sous sept règnes différents (de 1504 à 1593), a raconté, dans un style naïf, et avec une bonhomie pleine de candeur, ce qui s'était passé de son temps et sous ses yeux.

Après une introduction, consacrée à l'histoire de la province, qu'il fait remonter jusqu'aux premiers ducs (7) qui gouvernèrent la Neustrie, sous l'autorité des Rois de la seconde race, il rappelle brièvement Rollon et ses descendants, et cite l'épitaphe du héros normand :" Dux Normannorum cunctorum normâ bonorum et Rollo herus. - Sous ce tombeau gist Rou, duc des Normands, puissant guerrier"

Aux faits historiques, se trouvent annexés des détails géographiques sur la province. Le cours des rivières y est sérieusement indiqué, ainsi que la liste des abbayes relevant de chaque évêché.

Charles de Bourgueville n'oublie point la cathédrale de Coutances : "Et audit Coustances il y a un fort beau temple et deux tours pyramides, et une au milieu que l'on appelle la lanterne (Page 84)."

Robert Cénalis (Cenal ou Cénau), évêque d'Avranches, dans son Gallica historia, imprimée en 1557, et qu'on peut lire à la bibliothèque de Coutances, rend, de son côté, un hommage éclatant à la beauté surprenante du dôme ou de la lanterne : "Spectaculum mirâ architecturâ contextum."

Dans le reste de son ouvrage, le sieur Bras s'attache tout entier à l'histoire de Caen, et, à ce titre, il peut être considéré comme le précurseur de Huet et de l'abbé de La Rue, dans leurs Origines et essais historiques de la ville de Caen.

Le lecteur sera bien aise de trouver ici le témoignage honorable que l'auteur des Essais s'est plu à rendre aux Recherches et antiquités de Charles de Bourgueville. La science de celui qui loue ajoute au poids de l'éloge : "il recueillit, le premier, tout ce qu'il put trouver d'intéressant pour l'histoire de Caen, et surtout sur le siècle où il vivait. Aussi, ses recherches sont un monument que la postérité accueillera avec d'autant plus de faveur, qu'elles furent écrites dans un temps de trouble et d'anarchie, au milieu des agitations de l'esprit de parti, et cependant toujours avec le ton simple et de bonhomie qu'emprunte quelquefois la vérité..."

C'est acquérir un titre à la bienveillante estime du pays que de consacrer ses loisirs à reproduire ses annales, à enrichir ses souvenirs, et, par une étude curieuses et savante, à rajeunir et à remettre en lumière des faits que le temps aurait peut-être effacés. C'est ainsi que M. Emile Lechanteur de Pontaumont, dans un voyage historique, artistique et littéraire, a fait revivre ingénieusement les faits, les moeurs et le style du XIVe siècle, pour peindre la Normandie en 1380, sous le règne de Charles V, dit le Sage. (Raoul de Rayneval, etc., in-8° ; Cherbourg, 1832.)

On trouvera dans l'Histoire du Bocage, dans l'Histoire militaire et archéologique des Bocains, par M. Richard Seguin (in-12 ; Vire, 1810, 1816, 1822), une érudition puisée dans l'étude des livres et même des manuscrits. L'Essai sur l'histoire de l'industrie du Bocage offre, sans doute, des notions utiles à recueillir pour la statistique des arts et métiers, et des fabriques de ce petit et intéressant territoire dans lequel l'auteur place Coutances, toujours citée comme la capitale ou le chef-lieu du Cotentin.

Nous regrettons que l'auteur se soit livré à de fréquentes digressions, que le défaut de méthode et l'imperfection de style n'aident pas à faire pardonner.

Dans ses Notes sur le département de la Manche (in-8° ; Caen, 1824), M. Houel a fait preuve de recherches consciencieuses et nombreuses sur l'histoire et l'archéologie ; il n'a pas négligé de consulter les origines, les moeurs et les traditions, et l'on s’aperçoit que les étymologies celtiques ne lui sont point étrangères.

Peut-être, en relisant son ouvrage, regrettera-t-il qu'en quelques endroits l'imagination a fait tort à la critique ; peut-être aura-t-il pensé que, sur les faits relatifs à la ville de St-Lo, il s'est étendu sur des détails qui n'étaient pas toujours assez dignes de son attention.

Mais c'est avec plaisir que nous rendons hommage à l'amour de la vérité, à l'érudition et au patriotisme qui caractérisent les productions de l'auteur des Notes sur l'histoire du département de la Manche.

Après avoir cité, avec plus ou moins de détails, les ouvrages des auteurs normands qui ont traité de l'histoire de Normandie, nous profiterons de cette solennité, qui réunit à l'Association normande les députés de l'Association bretonne, pour vous entretenir quelques instants des estimables productions que nous devons aux recherches et aux études de quelques-uns de leurs savants compatriotes. Parmi ceux de ces ouvrages qu'on peut lire à la bibliothèque de Coutances, je ne dois pas omettre l'intéressante dissertation de l'abbé Manet, de St-Malo : De l'état ancien et de l'état actuel de la baie du Mont St-Michel et de Cancale ; des marais de Dol et Châteauneuf.

Cet antiquaire géographe y expose la topographie ancienne et moderne du Cotentin jusqu'au cap Fréhel ; il offre des détails pleins d'intérêt sur les désastres quasi-diluviens de la grande marée de 709, qui changea toute la configuration du littoral primitif ; innondation mémorable dont les fastes des deux provinces, sous laquelle disparurent des grèves considérables, de vastes forêts, des îles entièrement submergées ou n'offrant plus que les âpres sommités de quelques rochers arides, à la place de plaines fertiles et de bois séculaires qu'y aperçurent nos ancêtres.

Peu de livres renferme une érudition plus variée et plus judicieuse que le petit in-8° de l'abbé Manet, plein de recherches et d'observations aussi curieuses qu'instructives.

Il y a peut-être moins de méthode et assurément moins de brièveté dans les trois volumes imprimés à St-Brieuc et à St-Guigamp (depuis 1832 à 1836), par M. Habasque, président du tribunal civil de cette première ville.

Mais si la critique peut regretter d'y rencontrer parfois des détails un peu prolixes et qu'on rencontre ailleurs, cet ouvrage, accueilli avec un juste intérêt, présente un grand nombre de documents intéressants et curieux, et il offre partout à applaudir les sentiments du plus sincère amour pour le pays et pour toutes les améliorations susceptibles de le rendre plus prospère et plus éclairé.

C'est avec une vertueuse indignation que l'auteur s'élève contre le droit d'épaves, héritage féodal des vieux barons, encore revendiqué et exploité par les habitants des côtes de la Basse-Bretagne, qui regarde comme une dépouille qui leur est due le pillage des navires naufragés sur leurs rives inhospitalières. (Tome 1er, page 104).

La mendicité, restée indigène dans ce pays ; les inhumations précipitées, l'antique et funeste coutume de sonner les cloches pendant l'orage, ne lui arrache pas un blâme moins motivé, ni moins sévère.

Mais, ce que l'auteur rappelle avec un véritable intérêt, "c'est l'attachement invincible de l'Armoricain ou Bas-Breton aux coutumes et au langage de ses aïeux, transmis de génération en génération avec une religieuse fidélité".

"Si un druïde, continue M. Habasque, parvenait à secouer la poussière qui le couvre depuis quatorze cents ans, il comprendrait encore la langue, il reconnaîtrait les coutumes, il trouverait en Basse-Bretagne le peuple aussi crédule qu'il l'était de son temps ; il y verrait établie la croyance aux fées, qui descendent se chauffer au foyer du laboureur ou méditent sur les rives des mers."

Ce passage confirme ce que l'historien normand des bardes et des trouvères avait dit du culte des fées, si célèbre dans le temps de la Basse-Bretagne : "D'après les auteurs du XIIe et du XIIIe siècle, les fées bretonnes résidaient aussi dans la forêt de Brecheliaut, près Quintin, et il n'était question que des prodiges qu'elles opéraient dans cette forêt sacrée." (Recherches sur les ouvrages des bardes, page 64.)

Ces moeurs naïves, mais pittoresques, si fidèlement décrites par M. Habasque, dans ses Recherches historiques sur le département des Côtes-du-Nord, nous rappelle la Galerie bretonne (in-8°, avec planches gravées ; Paris, 1835).

La collection de ces dessins, due à Olivier Perrin, né à Rostreneu, en 1761, offre une suite de scènes champêtres et patriarcales où se déroule, suivant les âges de la vie, l'histoire domestique du Breton armoricain, depuis le baptême Arvudisiaut jusqu'à la mort et aux funérailles de l'aïeul, maro am dad kos. La peinture de ces moeurs antiques, toujours subsistantes au sein et malgré les progrès d'une civilisation perfectionnée, offre une teinte originale et pour ainsi dire homérique, comme la description du combat de la lutte, près de tomber en désuétude, rappelle les cérémonies militaires et superstitieuses de la chevalerie au moyen-âge.

"Les deux adversaires, s'avançant l'un et l'autre, font le signe de la croix, se frappent dans la main et se jurent qu'ils resteront amis après le combat ; qu'ils sont chrétiens et n'ont eu recours à aucune herbe enchantée, ni à ces pactes avec le diable, grâce auxquels la force d'un cheval ou d'un taureau l'abandonne tout à coup pour passer dans le corps du lutteur." (Galerie bretonne, tome 2, page 127.)

Ces croyances absurdes, ou tout au moins frivoles, disparaissent et vont disparaître par le bienfait d'une instruction plus largement, plus également répandue, et les lecteurs sensés ne seront guère plus touchés de leur catastrophe que les littérateurs raisonnables ne l'ont été de la désuétude de ces patois ou dialectes informes et pittoresques, malgré les réclamations anti-classiques de l'ingénieux érudit Charles Nodier, qui les appelle : " la langue du père, la langue des pays, la langue de la patrie. " (Notions de linguistique des patois, page 246.)

Des antiquaires, auteurs de mémoires intéressants pour l'histoire et l'archéologie, ont bien voulu faire don de leurs dissertations à la bibliothèque de Coutances ; c'est donc un devoir pour nous de consigner, du moins ici, le titre de leurs écrits et le témoignage de notre reconnaissance :

Une Notice sur la découverte des restes d'une habitation romaine dans la mielle de Cherbourg, par M. Asselin, directeur de la Société royale académique de Cherbourg ;

Essai sur l'histoire littéraire de Caen aux Xe et XIe siècles, par M. Georges Mancel, conservateur de la bibliothèque de la ville de Caen ;

Notice sur un ancien manuscrit relatif au cours des fontaines de la ville de Rouen, par M. E. de la Quérière, de la Société des antiquaires de France et de Normandie ;

Notice sur les bas-reliefs qui décorent la partie la plus ancienne de la nef de la cathédrale de Bayeux, par M. Ed. Lambert, bibliothécaire de Bayeux, membre de la Société des antiquaires de Normandie ;

Réfutation des objections faites contre la tapisserie de Bayeux, à l'occasion de l'écrit de M. Bolton-Corney, par le même ;

Notice historique sur l'abbaye de Lonlay, arrondissement de Domfront ; par M. Renault, juge d'instruction à Domfront, aujourd'hui à Coutances, membre titulaire de la Société des antiquaires de Normandie, inspecteur divisionnaire de l'Association normande pour le département de la Manche ;

Notice sur l'état de l'agriculture, de l'industrie et de l'instruction primaire dans les cantons de Domfront et de Juvigny-sous-Andaine, par le même ;

Essai sur la véritable origine et sur les vicissitudes de la cathédrale de Coutances, par M. l'abbé Delamare, vicaire-général du diocèse de Coutances, chanoine honoraire de Bayeux, membre titulaire des antiquaires de Normandie, correspondant du ministre de l'instruction publique pour les travaux historiques, membre correspondant de l'académie de Caen et de plusieurs autres sociétés savantes ;

Le Mont-Saint-Michel au péril de la mer, par M. G.-S. Trébutien, l'un des conservateurs de la bibliothèque de Caen et membre de la Société ansiatique ;

Biographie du contre-amiral Dumont d'Urville, par M. Isidore Le Brun, membre de plusieurs sociétés académiques, nationales et étrangères ;

Les poésies d'Olivier Basselin et de Jean Lehoux, édité par M. Travers, secrétaire de l'académie des sciences, arts et belles-lettres de Caen.

La bibliothèque de Coutances a reçu en outre, entre autres communications, les Mémoires de la Société royale d'agriculture de Caen, ainsi qu'un grand nombre d'opuscules intéressants, de M. Lair, secrétaire de la Société, etc. ;

Les Mémoires de la Société d'agriculture et de la Société académique des sciences, arts et belles-lettres de Falaise ;

Les Mémoires de la Société d'agriculture , sciences et belles-lettres de Bayeux ;

La collection complète de l'Annuaire de l'Association normande, depuis 1835 (première année) jusqu'à 1844 exclusivement.

Les ouvrages des auteurs qui ont traité des sujets étrangers à l'histoire de la Normandie, lesquels ont été donné par eux à la bibliothèque de Coutances, feront la matière d'un article séparé.

Trop incompétent pour avoir un avis sur les matières qui concernent les monuments des beaux-arts aux ères celtiques, du moyen-âge ou de la renaissance, nous ne croyons pas nous hasarder en assurant que, parmi les ouvrages artistiques qui se trouvent à la bibliothèque de Coutances, le lecteur en trouvera un certain nombre où il pourra s'instruire et se recréer en s'éclairant.

Les Notes d'un voyage dans l'ouest de la France, par M. Prospert Mérimée, nous ont paru riches d'observations curieuses et nourries d'une érudition guidée par le goût.

L'ouvrage de M. E. de la Quérière, intitulé : Description des maisons de Rouen, a mérité les éloges de M. de Caumont, dans son Cours d'antiquités monumentales.

Ce cours d'antiquités monumentales, professé à Caen, en 1830, par M. Arcisse de Caumont, est devenu lui-même classique, et aide à former non-seulement des élèves, mais des maîtres, pour un enseignement qui manquait à l'archéologie, et qui sera désormais l'objet des études sérieuses de tous les antiquaires qui voudront reconnaître avec certitude les monuments de l'architecture religieuse, civile et militaire, aux trois ères celtique, romaine et du moyen-âge.

La bibliothèque de Coutances peut joindre aux ouvrages de M. de Caumont ceux de MM. Achille Deville, Auguste Leprévost, ses amis comme ses émules dans la science et l'histoire monumentales, et ses confrères à l'académie des inscriptions et belles-lettres.

Les antiquité anglo-normandes de Ducarel, traduites et souvent expliquées par M. Léchaudé-d'Anisy, qui se trouve également à la même bibliothèque, nous montrent l'alliance de l'histoire, de l'archéologie et de l'architecture. Cet ouvrage précédait et annonçait l'époque où l'on allait se livrer à l'histoire des arts, après avoir étudié l'histoire des peuples.


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Notes :

(1) Louis Le Vavasseur de Masseville, prêtre, né, selon les uns à Montebourg, selon d'autres à Joyanville, paroisse voisine (né en 1647, mort en 1733).

(2) L'abbé Béziers, chanoine du Saint-Sépulcre, appartenait à l'académie des sciences, arts et belles-lettres de Caen.

(3) M. Daunon (Journal des savants, janvier 1836) fait observer que, dans cette période de temps embrassée par M. Depping, la difficulté pour l'historien est de ne pas écrire à la fois les annales des Normands et des Anglais.

(4) Geographia sacra : prior pars Phaleg (vel dispersio Gentium) ; altera pars Chanaam, vel de coloniis et linguâ Phoenicum. (In-folio ; Cadomi, 1647).

(5) Huet avait déjà cité Thelesim ou Taliesin et Melkim, dans son traité de l'Origine des romans (Page 154).

(6)La Biographie universelle fait naître en Lorraine ce poète normand.

(7) Aubert, en 732, et Richard, son fils. Ils portaient l'oriflambe ou oriflamme au sacre des rois de la seconde race.


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