Les bibliothèques publiques des cinq départements de l'ancienne Normandie


Texte établi sur un exemplaire (BmLx : br norm 850) de l'Annuaire des cinq départements de l'ancienne Normandie, année 1835 (p.262 à 276), publié par l'Association normande à Caen.
Saisie et relecture par M. Bougard (18.06.03)




Seine-Inférieure.

ROUEN. - La bibliothèque a été ouverte au public le 4 juillet 1809. Elle possède actuellement 32,000 volumes et plus de 1,200 manuscrits. Parmi ces manuscrits, il s'en trouve beaucoup qui sont fort rares et très-curieux, soit par leur ancienneté, soit par leurs miniatures dont ils sont ornés, soit enfin par les renseignements qu'ils fournissent : plusieurs remontent au onzième siècle. Les livres imprimés avant 1500 sont au nombre de 328, dont 240 avec date ; le plus ancien est de 1468. Le premier livre imprimé à Rouen, avec une date certaine, a pour titre, les Chroniques de Normandie : Letalleur, 1487, in-folio.
Le catalogue pour la partie des belles-lettres, a été imprimé en 1830 par les soins de Th. Licquet, alors conservateur de la bibliothèque : il forme un volume in-octavo de 500 pages, et renferme 3,168 articles. Le catalogue, pour la partie des sciences, a été publié à la fin de 1833 par M. A. Pottier, conservateur actuel : il forme aussi un volume in-octavo, qui contient 547 pages et 3,219 articles.
La bibliothèque de Rouen occupe, dans l'hôtel-de-ville, plusieurs grandes salles. Le public y est admis tous les jours, excepté les dimanches et les fêtes, depuis 11 heures jusqu'à 4 : les vacances sont de deux mois, du 15 août au 15 octobre.

LE HAVRE. - Après la bibliothèque publique de Rouen, la plus importante du département est celle du Havre, dont la fondation remonte aux années 1792 et 1793, et qui fut ouverte le 21 avril 1800. Formée de livres provenant, pour la plus grande partie, de l'abbaye de Fécamp et de quelques autres maisons religieuses, elle renferme 14 à 15 mille volumes, parmi lesquels se trouvent 8 manuscrits. Elle est placée au rez-de-chaussée d'un bâtiment du palais de Justice, où elle occupe trois salles et un cabinet : l'une des salles est ornée d'un buste de Bernardin de SAINT-PIERRE, en marbre blanc.
Les ouvrages les plus remarquables sont : les Classiques latins de Lemaire, la Biographie universelle, l'Histoire universelle par les Savants anglais, l'Encyclopédie (édition de Panckoucke), Buffon (édition de Sonnini), le Dictionnaire technologique, le grand ouvrage sur l'Egypte, les oeuvres d'Aldrovande, les Glossaires de Ducange, les Portulans ou Routiers, et la Polyglotte de Walton. Les manuscrits traitent tous de théologie.
Une faible somme est allouée chaque année par le Conseil général pour l'entretien de cette bibliothèque. Le public y est admis, de 11 heures du matin à 3 heures du soir, les lundis, mercredis, jeudis et samedis. Conservateur honoraire, M. Thuillier ; bibliothécaire, M. Roubin.

BOLBEC. - Par un acte authentique, en date du 20 février 1833, M. Fauquet-Pouchet, maire de Bolbec, a légué à la ville, pour la fondation d'une bibliothèque publique, 1,000 volumes concernant l'histoire, la littérature et les arts. Cette bibliothèque sera placée au-dessus d'une halle à l'avoine, récemment construite et attenant à l'hôtel-de-ville. Une ordonnance royale, du 18 juillet 1833, a autorisé la ville à accepter cette donation.

DIEPPE. - Jusqu'en 1832, la ville de Dieppe ne possédait point de bibliothèque publique proprement dite : il y avait seulement au collège un dépôt de 3,000 volumes, traitant la plupart de théologie et d'histoire. M. le Préfet du département, par une circulaire du 27 septembre 1832, a conseillé au maire de faire un appel à la générosité des auteurs ou des imprimeurs qui habitent chaque commune, afin de les engager à faire hommage aux bibliothèques publiques d'un exemplaire des ouvrages qu'ils publieraient. Cet appel a été entendu par un grand nombre de savants et d'artistes, dont les dons vont ainsi former un noyau, que les communes augmenteront sans doute. La bibliothèque de Dieppe est peu fréquentée. M. Feret aîné en est le conservateur.

EU. - La bibliothèque de cette ville appartient au collège, et fut fondée en faveur des Jésuites, dans l'année 1582, par Henri de Lorraine, duc de Guise, et par Catherine de Clèves, son épouse. Elle se compose d'environ 2,000 volumes, parmi lesquels on remarque tous les classiques grecs et latins ainsi qu'une précieuse collection des Pères de l'Eglise.

NEUFCHATEL. - Cette bibliothèque, encore très pauvre, puisqu'elle ne renferme guère plus de 2,000 volumes, va sans doute s'accroître très rapidement, grâce à la sollicitude du sous-préfet et du maire de Neufchâtel, qui s'occupent activement d'en augmenter les ressources. Il s'y trouve 4 manuscrits, et entre autres une Bible latine du XVI.e siècle, sur vélin. Elle est ouverte tous les jours, excepté les dimanches. Conservateur, M. Hubard ; bibliothécaire, M. Mathoy.

GOURNAY. - Cette ville se glorifie d'avoir aussi une bibliothèque ; mais l'état en est extrêmement misérable. C'est tout au plus si elle contient 1,200 volumes, dont un grand nombre sont dépareillés.

YVETOT. - Ce n'est que depuis 1832 que, sur l'invitation du Préfet, on s'occupe de rassembler des ouvrages pour en former une bibliothèque publique.

ELBEUF. - Lorsque des bibliothèques se formaient dans diverses villes de la Seine-Inférieure, celle d'Elbeuf, l'une des plus importante par sa population et par sa richesse, ne devait point rester en arrière de cette émulation. Le Conseil municipal a pris une délibération portant qu'il sera créé une bibliothèque publique, et que la somme nécessaire à cette dépense sera votée dans le budget de 1834.



Eure.

EVREUX. - La bibliothèque publique, dont le conservateur est M. Ruault, renferme environ 10,000 volumes. Les manuscrits, au nombre de 162, sont presque tous en mauvais état ; les plus anciens remontent au XI.e siècle. Elle est ouverte trois fois par semaine, savoir : les dimanches, de midi à quatre heures ; les mardis et les jeudis, depuis dix heures du matin jusqu'à quatre heures du soir.

LOUVIERS. - La bibliothèque de cette ville a été ouverte au mois d'avril 1833. Depuis cette époque, le public y est admis le dimanche et le jeudi de chaque semaine, depuis 10 heures du matin jusqu'à 4 heures du soir : les étrangers peuvent la visiter tous les jours, en s'adressant soit au maire, soit au conservateur, M. Bréauté.
On y compte 5,200 volumes imprimés, dont un grand nombre relatifs à la théologie : parmi ceux-ci, on peut citer une magnifique Bible polyglotte, et une belle collection des conciles en 37 volumes grand in-folio. Quant aux ouvrages modernes, les plus remarquables sont l'Expédition scientifique de la Morée et le grand ouvrage sur l'Egypte. Outre un manuscrit du X.e siècle, on y trouve sept beaux manuscrits du XIV.e et du XV.e siècle, sur vélin avec vignette : il en existe une vingtaine d'autres, qui sont tout-à-fait insignifiants.

PONT-AUDEMER. - On y travaille à l'établissement d'une bibliothèque, qui sera ouverte dans le courant de 1834. Déjà 4 à 5 cents volumes sont à la disposition du conservateur, M. Canel. Le Conseil général de l'Eure a voté 600 francs pour l'augmentation de cette bibliothèque ; mais ces fonds ne sont pas encore employés. Joints à ceux qu'accordera sans doute le Conseil municipal, ils aideront à acquérir de bons ouvrages, dont l'utilité puisse attirer les lecteurs, surtout le dimanche, où tant de gens, ne sachant à quoi s'occuper, vont passer leur temps dans les cafés.

BERNAY, VERNEUIL et VERNON possèdent aussi un commencement de bibliothèque : celle de Vernon paraît devoir être uniquement composée de bons livres parmi les ouvrages modernes.



Calvados.

Dans le Calvados, les villes de Caen, de Bayeux, de Falaise et de Vire, sont les seules qui possèdent des bibliothèques.

Les premières bibliothèques de Caen furent celles de Saint-Etienne, de l'église du Sépulcre et de l'Université. Celle-ci, dont le premier établissement remonte à l'an 1457, ne contenait en 1515 que 278 volumes, qui, avec ceux qu'on y avait ajouté depuis, furent pillés en partie par les religionnaires, 47 ans après. Cette bibliothèque fut supprimée en 1701. On en forma une nouvelle en 1736, sous le ministère du cardinal de Fleury, qui y affecta quelques sommes. Grâce à cette libéralité et aux dons d'un imprimeur de Caen, nommé Cavelier, elle commençait à prendre quelque importance, lorsque M. Lesueur de Colleville l'enrichit de la bibliothèque de son grand-père, Samuel BOCHART, laquelle consistait en 2,005 volumes, d'autant plus précieux que la plupart sont chargés de notes de la main de ce savant. Elle s'est augmentée ces derniers temps, soit des livres qui ont été sauvés du pillage des monastères, soit de ceux qu'elle a reçu du Gouvernement, en sorte qu'elle renferme aujourd'hui environ 25,000 volumes. Depuis qu'elle est devenue la propriété de la ville, le Conseil municipal y consacre chaque année un fonds spécial. Elle est ouverte depuis la fin de 1809 ; le public y est admis tous les jours, de 10 heures à 3, excepté les dimanches et les fêtes. Conservateur, M. Hébert.

La ville de Bayeux n'a point de bibliothèque publique, mais seulement trois dépôts littéraires. Une quantité considérable de livres de toute espèce, provenant en grande partie des établissements religieux, avait été accumulée, pendant la révolution, dans la grande salle capitulaire de la cathédrale. Vers 1796, on y établit un certain ordre ; et le catalogue fit connaître l'importance de quelques ouvrages qui se trouvaient en quelque sorte perdus dans ce vaste chaos. Bientôt après, M. Moysant, bibliothécaire de la ville de Caen, muni des ordres de l'autorité supérieure, vint à Bayeux et enleva tous les livres qui lui parurent avoir quelque prix. Parmi ceux qui restaient, une certaine quantité fut vendue à l'encan. A l'égard des ouvrages qui méritaient d'être conservés, une partie fut affectée au chapitre de la cathédrale, une autre fut donnée au séminaire diocésain ; et la plus faible portion fut laissée à la ville, qui la fit déposer dans les bâtiments du collège.
Le dépôt le plus important est la bibliothèque du chapitre, qui contient environ 8,000 volumes. Entre autres grands ouvrages, on y trouve le Recueil des historiens de France, par D. Bouquet ; la Bible polyglotte, de le Jay ; la collection des Bollandistes ; l'Encyclopédie in-folio ; le Gallia Christiana ; l'Histoire de Paris, par Félibien ; l'Antiquité expliquée et les Monuments de la monarchie française, de Montfaucon ; la belle édition des Fables de la Fontaine, avec les figures d'Oudry. Cette bibliothèque possède, en outre, une centaine de cartulaires et d'autres manuscrits.
La bibliothèque du séminaire, d'après le dernier catalogue dressé en 1817, offre un total de 7,178 volumes, dont 3,613 appartiennent à la théologie, 2,037 à l'histoire, 67 à l'histoire naturelle, 45 à l'histoire des arts, 305 à la poésie et aux théâtres, 324 à la philosophie, etc.
La bibliothèque du collège, beaucoup moins nombreuse, ne présente que 1,341 volumes, répartis de la manière suivante : théologie, 401 ; histoire, 200 ; géographie et voyages, 150 ; histoire des arts, 300 ; grammaire, 100 ; beaux-arts, 30 ; etc. Les ouvrages les plus importants sont la collection des Historiens normands par André Duchesne, et les Mémoires de l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres. (2)

L'établissement de la bibliothèque de FALAISE ne remonte pas au-delà de l'année 1825. Il est dû à quelques amis des lettres, qui conçurent l'idée de s'associer pour en former une à l'aide d'une souscription annuelle. Le nombre des abonnés, qui s'est élevé jusqu'à 128, est encore de 93. Chacun d'eux paie 12 francs ; et moyennant cette cotisation, il a le droit d'emporter des livres. Ce droit, restreint par le règlement primitif à un seul volume à la fois, s'est étendu par l'usage, à mesure que la bibliothèque s'est accrue ; de sorte qu'il est certains souscripteurs qui ont entre leurs mains douze à quinze ouvrages.
Actuellement, on y compte environ 5,000 volumes : point d'ouvrages doubles, ni dépareillés. Toutes les nouveautés un peu remarquables sont immédiatement acquises. Malheureusement, pour satisfaire la majorité des abonnés, les administrateurs sont contraints d'acheter une foule de bagatelles pompeusement annoncées dans les journaux, et qui ne coûtent pas moins de 7 francs le volume. Aussi, en fait de littérature éphémère, contes, nouvelles, romans, la bibliothèque de Falaise est peut-être mieux fournie qu'aucune de celles qui existent dans les cinq départements de l'ancienne Normandie. Mais on y chercherait vainement les ouvrages immortels qu'on produit les deux derniers siècles. Le Conseil Municipal ne devrait-il pas seconder le zèle de ses concitoyens, en consacrant à l'achat de ces ouvrages une somme de six à huit cents francs ?
Jusqu'à présent la bibliothèque était à la disposition des souscripteurs seuls, qui, le mardi et le vendredi, de midi à une heure, venaient chercher les livres dont ils avaient besoin. A dater du 1.er janvier 1834, le public en jouira sans que les abonnés soient privés de l'avantage qui leur était réservé. Elle sera ouverte deux fois par semaine, le dimanche et le jeudi, pendant quatre heures à chaque séance.
Le Conseil municipal accorde 200 francs pour l'entretien des livres : le cartonnage exige au moins 150 francs. En outre, il a été voté une somme de 200 francs pour le bibliothécaire, dont les fonctions avaient été gratuites jusqu'à ce moment : c'est M. Guilmard, l'un des régents du collège.

La bibliothèque de VIRE a été primitivement formée des livres légués par M. Thomas Pichon, né dans cette ville en 1700, et mort à Jersey en 1777. Par testament olographe, ratifié et confirmé en 1781, M. Pichon, connu sous le nom de Tyrrell, qu'il avait pris en Angleterre, donna à sa ville natale environ 3,000 volumes, qui traitaient principalement de l'économie politique et de la philosophie. Ces livres furent apportés de Jersey à Vire en 1783; et, faute d'un local pour les recevoir, ils restèrent enfermés dans des caisses jusqu'au mois de janvier 1799.
Cette bibliothèque s'est augmentée de livres donnés en 1790 par les officiers du bailliage et le collège des avocats ; elle contenait alors 5,302 volumes, et formait en jurisprudence une collection assez bien choisie.
M. Goutard, né au Mans, et mort curé de Neuville près de Vire, avait, en 1731, légué sa bibliothèque au couvent des Cordeliers, à condition qu'elle serait ouverte au public. En 1791, l'administration municipale réclama en vertu de testament, et obtint cette bibliothèque comme propriété de la ville. Malheureusement on ne prit aucun moyen pour la conserver. Sur 3,000 volumes, dont elle se composait, 2,000 seulement ont été retrouvés ; et même un grand nombre d'ouvrages n'étaient plus complets.
Depuis le 5 mars 1811, la bibliothèque de Vire est ouverte au public, qui y est admis les mardi, jeudi et samedi de chaque semaine, de 10 heures du matin à 1 heure après midi. Le Conseil municipal a d'abord consacré 300 francs à son augmentation et à son entretien ; depuis quatre ans, l'allocation a été portée à 500 francs. Conservateur, M.Desmortreux.



Manche.

Il y a dans la Manche cinq bibliothèques publiques, qui sont établies à Avranches, à Coutances, à Saint-Lo, à Valognes et à Cherbourg.

La bibliothèque d'AVRANCHES contient de 8 à 9 mille volumes (3), parmi lesquels se trouvent des éditions très précieuses. Indépendamment des volumes imprimés, elle possède 204 manuscrits, provenant en grande partie de l'ancienne abbaye du Mont Saint Michel. Il est à désirer que l'on mette à exécution le projet, conçu depuis longtemps, de la transférer dans un autre local : celui qu'elle occupe est humide, et les livres s'y endommagent. D'ailleurs, on ne pourra la regarder comme publique, tant qu'elle restera dans l'intérieur du collège.
La ville alloue 800 francs pour sa bibliothèque ; le conservateur, M. Motet, en reçoit 600. Malgré la modicité de ses ressources, cette bibliothèque a fait depuis quelques années des acquisitions utiles : entre autres ouvrages, elle s'est procurée les dernières livraisons de l'Encyclopédie méthodique, dont les 66 premières lui avaient été données par le Gouvernement. Elle est ouverte pendant toute l'année scolaire, les lundi, mardi, jeudi et vendredi de chaque semaine, de 9 heures à midi.

A COUTANCES, la bibliothèque occupe le second étage de l'hôtel-de-ville : aux avantages extérieurs du local elle réunit la commodité et l'élégance de la distribution intérieure. On y compte plus de 4,000 volumes, composant environ 1,800 ouvrages, parmi lesquels il s'en trouve d'assez rares. L'histoire, la littérature et la géographie (en y comprenant les voyages) forment la partie la plus précieuse de cette bibliothèque. Quant aux manuscrits, il ne lui reste que deux ou trois livres de prières, écrits en lettres gothiques : elle en possédait jadis un plus grand nombre, qui lui furent enlevés pour être transportés à Avranches, lorsqu'on établit une école centrale dans cette dernière ville. Depuis 1828, elle s'est enrichit de plusieurs ouvrages importants, tels que les Fastes universels, de Buret-de-Longchamps ; le Nouvel Atlas de France, par Perrot ; le Répertoire de jurisprudence et les Questions de droit, par Merlin ; etc.
Coutances alloue pour sa bibliothèque 400 francs ; et pour le conservateur, M. Letertre, un traitement de 1,200 francs. Cette bibliothèque est ouverte tous les jours de l'année scolaire (à l'exception des dimanches, des fêtes et des lundis), depuis 10 heures jusqu'à 1 heure.

La bibliothèque de SAINT-LO est la plus pauvre du département ; mais c'est la seule dans laquelle se trouve le grand et magnifique ouvrage sur l'expédition d'Egypte. Elle se compose d'environ 800 articles, qui forment près de 2,500 volumes. Il n'y a point de manuscrits. En 1829, elle obtint du gouvernement les premières livraisons de plusieurs grands ouvrages : malheureusement, les livraisons postérieures ne lui point été envoyées. Depuis cette époque, elle a reçu quarante volumes in-8° parmi lesquels on remarque l'Histoire de France de Mézeray.
Le Conseil municipal vote annuellement une somme de 500 francs pour acheter des livres ; le bibliothécaire, M. Chuquet, régent au collège, n'a que 250 francs. La bibliothèque est ouverte le jeudi, de 9 heures à midi, et de 2 à 5 heures du soir.

VALOGNES possède la bibliothèque la plus nombreuse du département, on y compte plus de 15,000 volumes. L’Histoire et la théologie sont les deux parties sur lesquelles elle offre le plus de bons ouvrages. Quant aux manuscrits, au nombre de 88, ils ont peu de mérite. Cette bibliothèque est située dans un vaste local, qui était autrefois l'église du collège. Quoique le Conseil municipal n'assigne pas, dans son budget, des fonds particuliers pour les achats de livres, il vote les sommes nécessaires pour les emplettes que propose le bibliothécaire. Entre autres ouvrages que la ville a payé de ses deniers, on remarque le Dictionnaire de Ducange, l'Antiquité expliquée par Montfaucon, la Collection de chroniques sur l'histoire de France, l'histoire littéraire de la France, etc.
Une somme annuelle de 400 francs est allouée au conservateur, M. Baillache, qui y joint le traitement de régent de rhétorique. La bibliothèque est ouverte le mardi, le jeudi et le samedi, de 10 heures à 1 heure.

La ville de CHERBOURG conservait dans une salle de la mairie un fonds de 700 volumes, restant de ceux qui avaient été confisqués pendant la révolution, et dont la plupart avaient été restitués aux anciens propriétaires. L'acquisition qu'elle a récemment faite de la bibliothèque de M. Duchevreuil a porté le nombre des volumes à 3,000, qui forment des ouvrages complets sans aucun double. L'histoire, et surtout l'histoire de France, les antiquités, les curiosités bibliographiques, composent en grande partie cette bibliothèque, dans laquelle se trouve plus de 600 volumes relatifs à l'histoire de la Normandie ou écrits par des Normands. Elle possède plusieurs livres imprimés avant l'an 1500, et 8 manuscrits, parmi lesquels on remarque le cartulaire de l'abbaye de Cherbourg. Le conservateur est M. Ragonde, l'un des régents du collège (4).



Orne.

Bibliothèque d'ALENCON. La bibliothèque de l'ancienne école centrale du département de l'Orne devint, au commencement de l'année 1803, en vertu d'un arrêté du Gouvernement, la propriété de la ville d'Alençon, qui demeura chargée de pourvoir à sa conservation. Elle est placée dans l'ancienne église des Jésuites, dont la partie inférieure sert de chapelle pour le collège. La distribution de cette bibliothèque est bien entendue, et les décors en sont très-élégants. Suivant l'annuaire de l'Orne pour 1808, elle se composait alors de 18,000 volumes. Mais comme il y avait beaucoup de doubles et de livres dépareillés, on en fit la vente en 1816 ; et le nombre des volumes se trouva réduit à 7,020, parmi lesquels 172 manuscrits. Au moyen des acquisitions qui ont eu lieu depuis cette époque, on y compte aujourd'hui près de 10,000 volumes. Conservateur, M. Daulne, régent de rhétorique au collège.
Le Gouvernement a donné quelques ouvrages importants, tels que le grand ouvrage sur l'Egypte, l'Expédition scientifique de la Morée, le Voyage pittoresque de Taylor et de Nodier. La ville n'accorde que 600 fr. pour l'augmentation de sa bibliothèque ; quelquefois même elle diminue cette somme.
Quant aux manuscrits, l'un des plus précieux est l'Histoire ecclésiastique d'Orderic Vital, moine de Saint-Evroult, mort vers 1141 : on croit que ce manuscrit est autographe. Il faut y joindre un traité sur les notions que les philosophes avaient de la Trinité avant Jésus-Christ : cet ouvrage, en très-bon latin, a été composé par le célèbre abbé de Rancé, réformateur de la Trappe, et il est écrit de sa main.



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Notes :

(1) Le Ministre de l'instruction publique a porté son attention sur les bibliothèques des départements, qui, dit-il, sont depuis quarante ans dans une situation qu'on peut appeler provisoire. Par une circulaire adressée aux Préfets, sous la date du 22 novembre 1833, il annonce qu'il se propose de prendre ou de provoquer des mesures qui lui permettent de vivifier ces établissements, et d'en faire un puissant moyen d'instruction, non-seulement en coordonnant leurs richesses, mais encore en les augmentant, et surtout en les appropriant aux besoins spéciaux des populations. S. Exc. essaiera en même temps, dans l'intérêt général de la science, de tirer de la poussière et de mettre en circulation les trésors inconnus que ces bibliothèques ne peuvent manquer de recéler.

(2) Cette notice est extraite d'un article fourni à la Revue normande (2.e volume, I.e partie) par M. Lambert, qui indique les moyens de créer à Bayeux une bibliothèque publique, dont le noyau serait le dépôt existant au collège. Le Conseil municipal, adoptant ces vues, vient de consacrer à l'établissement d'une bibliothèque le local de l'ancien hôtel-de-ville, dont elle occupera le premier étage. M. Lambert, qui en est nommé conservateur avec un traitement de 1,200 francs, est déjà parvenu à réunir près de 4,000 volumes.

(3) Sur 10,000 volumes ou environ, dont se composait cette bibliothèque, il y avait plus de 1,600 doubles, triples, etc., dont elle a été débarrassée par une vente publique au mois de septembre 1831.

(4) C'est dans les annuaires de la Manche pour 1829, 1832 et 1833, qu'a été puisé la notice sur les bibliothèques de ce département.

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