Histoires de Lexoviens au XIXème par la classe de 4ème 4 du collège Marcel Gambier de Lisieux.- Programme de Travaux croisés de l'année scolaire 2000-2001 sous la direction de Véronique Lehuédé, documentaliste, Angéla Bogros, professeur d'histoire et Danièle Reberga, professeur de français.
 
En avant la musique !
par
Sophie Chéron, Charlotte Bliaux,
Elodie Noël, Laetitia Chartier.
 
I

Pierre Half, jeune garçon de quatorze ans, avait des cheveux blonds frisés ainsi que de grands yeux marron, doux et fiers. Tout le monde le remarquait avec sa si belle silhouette, fine et élancée qui lui donnait une allure vive et déterminée.

Apprenti rattacheur dans l'usine Samson, boulevard Sainte Anne, à Lisieux, depuis deux ans, il était apprécié pour ses qualités et sa gentillesse par les personnes qui le connaissaient et travaillaient avec lui.

Pierre habitait dans une petite maison de briques avec ses parents et ses trois frères et soeurs, rue de La Chaussée. Il vivait heureux même s'il ne gagnait que soixante centimes par jour.

Tous les dimanches, il allait à la messe à l'église de Saint-Désir. Le curé Peltier l'appréciait beaucoup car c'était un enfant sage et doué pour la musique. Il lui laissait l'orgue de l'église tout le dimanche après-midi pour qu'il puisse progresser.

Ce dimanche-là, dans l'église vide, alors que Pierre perfectionnait son morceau préféré de Bach, le curé Peltier l'écouta un long moment puis s'avança vers lui et lui dit: "Toi, tu feras de la musique!"

Depuis ce jour, Pierre allait dans toutes les fanfares de la ville de Lisieux pour savoir s'il pouvait jouer dans leur groupe.

Un jour, pendant son travail, un de ses camarades vint le voir et lui parla d'une fanfare que son père dirigeait et qui cherchait un trompettiste, à Saint-Désir.

Fou de joie, Pierre s'y rendit le soir même. Le lendemain, son camarade revint le voir et lui annonça qu'il était engagé et qu'il allait jouer le samedi même. Le vendredi arriva. Pierre était tout excité à l'idée de jouer dans la fanfare. Il était tellement enchanté qu'il ne faisait plus attention au travail qu'il exécutait. Un ouvrier l'appela pour qu'il aille rattacher un fil de sa trame qui venait de casser. Pierre accourut, se glissa en rampant sous le métier à tisser et commença à saisir les fils quand soudain le fil de la main droite lui échappa. En essayant de le rattraper, Pierre glissa sa main plus en avant et elle fut happée. Pierre hurla de douleur et son camarade qui était à côté de lui stoppa aussitôt la machine. Il accourut auprès du jeune garçon qui était évanoui et il appela son patron qui conduisit celui-ci à l'hôpital.

Les infirmières soignèrent Pierre comme elles le purent mais il était gravement blessé.

A son réveil, Pierre s'aperçut qu'il lui manquait deux doigts à la main droite. Il pensa tout de suite qu'il ne pourrait plus jouer de la trompette, que son avenir de musicien était terminé, que plus jamais il ne jouerait de cette musique qu'il aimait tant.

II

Ses parents qui l'aimaient beaucoup venaient lui rendre visite tous les jours et ils s'aperçurent qu'il n'allait pas bien, car il pleurait sans cesse.

Le dimanche suivant, ils allèrent trouver après la messe, le père Peltier pour lui parler de Pierre.

Le père Peltier fut très peiné d'apprendre que son protégé était malheureux. Désolé, par cette horrible nouvelle, il décida de rendre visite à Pierre.

Arrivé à l'hôpital, le père Peltier, Henri de son prénom, accourut dans la chambre du garçon, celui- ci n'osa pas lui montrer sa main ni lui parler de son accident et essaya de le distraire.

Après le départ du prêtre, Pierre remarqua qu'un enfant passait devant la porte de sa chambre tous les jours.

Le jeune garçon surnommé Charles, âgé de treize ans, se demandait pourquoi Pierre n'allait jamais avec les autres enfants discuter dans les couloirs.

Un jour, Charles qui passait devant sa porte assis dans une caisse à savons montée sur des roulettes et qu'il faisait avancer par la force des bras, s'arrêta, curieux, et demanda à Pierre : " Pourquoi ne parles-tu jamais avec nous ? " Pierre resta silencieux. Voyant qu'il ne répondait pas, Charles pour changer de conversation lui dit : " Comment t'appelles tu ? "

En se méfiant le jeune homme dit : " Je m'appelle Pierre et toi ? Moi, dit le jeune homme, c'est Charles. " A ce moment là, une infirmière arriva dans la chambre de Pierre, celui-ci en la voyant alla se recoucher. Charles comprit qu'il devait rejoindre les autres enfants.

S'approchant de Pierre, l'infirmière lui dit : " tu as fait la connaissance de Charles ?

- Oui, c'est un garçon qui à l'air d'être assez sympathique. " L'infirmière confirma l'impression de Pierre : " Oui, Charles est très gentil mais c'est un garçon assez réservé. Tu sais, il est là depuis six mois ! Il a subi un accident qui l'a paralysé des deux jambes... Ah ! oui, j'oubliais, s'exclama soudain l'infirmière, tes parents et le père Peltier t'attendent dans le couloir. " Pierre sortit de sa chambre et alla rejoindre ses parents ainsi que le père Peltier venus lui rendre visite.

Après deux semaines d'hospitalisation, Pierre sortit le même jour que son ami Charles. Il proposa au jeune garçon de se revoir. Il lui demanda si le vendredi suivant ils pourraient se retrouver chez lui, rue de La Chaussée.

III

Ce jour arriva très vite. Pierre et Charles parlèrent des heures et des heures assis sur un banc. Quand soudain Pierre aborda le sujet de la musique. Charles lui confia qu'avant son accident, il avait fait partie d'une fanfare et qu'il jouait du tambour. A son tour, Pierre lui expliqua qu'avant de perdre deux doigts, il avait failli jouer de la trompette dans la fanfare de Saint Désir. Soudain, Charles eut l'idée qu'ils pourraient continuer de jouer de la musique tous les deux en échangeant leurs instruments. Pierre surpris, trouva aussitôt cette idée fantastique. Ils étaient tellement contents qu'ils décidèrent de monter un petit groupe de musique.

Les deux jeunes garçons cherchèrent un endroit où jouer. Ils décidèrent de mettre une petite annonce dans le journal. Après trois jours d'attente, un homme leur prêta un local un peu sombre, sale et humide, mais les jeunes garçons enchantés acceptèrent aussitôt.

Pendant quelques jours ils essayèrent chacun leur nouvel instrument : Pierre devait apprendre à se servir du tambour de Charles qui lui, devait se familiariser avec la trompette de Pierre.

Un après midi, une femme passa devant leur local et entendit la musique qu'ils avaient composée. Elle eut tout de suite l'idée de les employer pour animer le mariage de sa fille qui avait lieu le dimanche suivant. Elle alla aussitôt les trouver pour leur proposer ce travail. Très heureux, ils acceptèrent l'offre avec joie.

Le dimanche arriva, tout le monde les écouta avec plaisir et les applaudit très fort. Le mariage fut très réussi car l'animation avait été très appréciée. Ils devinrent connus dans Lisieux et on les invita souvent pour les mariages ou les fêtes de village.

Un matin, ils reçurent une lettre de monsieur Longeon leur disant :
    " Messieurs, votre réputation dans Lisieux a fait que j'aimerais beaucoup vous avoir comme musiciens, au mariage de ma fille Jeanne qui aura lieu le dimanche 13 mai 1870. Je compte sur vous, soyez présents. Bien sûr, votre prix sera le mien.
          Monsieur Longeon, propriétaire et directeur de l'usine Longeon "

Le jour du mariage de Jeanne, Pierre ainsi que Charles eurent la joie de retrouver Henry, Margueritte et plein d'autres gens qu'ils connaissaient.


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