LA CONDITION OUVRIERE AU XIXème siècle


Laurence Levannier, Magali Coieffey et Yohan Pasquet
Saisie informatique par : Stéphanie Ernoult, Yohan Pasquet, Magali Coieffey et Laurence Levannier


Au XIX ème siècle, les ouvriers sont très mal payés, les conditions de travail sont très dures, certains gémissent sous le poids de l'exploitation sans cesse accrue : privés d'argent, affamés, ils manquent de logements, et vivent dans une horrible promiscuité. Corruption et vices règnent, et l'existence de ces malheureux, auxquels une étincelle pourrait rendre leur dignité d'hommes, se passe entre l'alcool et les femmes. Telle est la vision que nous propose Zola.

I-FORMATION D'UNE CLASSE OUVRIERE AU XIX ème SIECLE

1-La classe ouvrière chez Zola

Il n'est pas facile de représenter la société telle qu'elle existait avant la révolution industrielle. En Europe, au Moyen-Age, le travail de la mine était dans le domaine de l'agriculture. Les mineurs sont exploités, peu importe leur ancienneté. L'exploitation minière en est venue à réunir son personnel dans des agglomérations particulières (villages de mineurs) où le mode d'existence diffère beaucoup. Beaucoup considèrent les mineurs comme des animaux. Ils vivaient à l'étroit dans de misérables cabanes groupées en plusieurs villages où seule la misère règnait. Ils n'avaient quasiment pas de liens avec les hommes pratiquant un métier autre que ceux de la mine.

2- L'apparition de la classe ouvrière

C'est la machine qui crée la classe ouvrière. Les ouvriers modernes sont donc des usines où, en élargisssant l'expression de la classe ouvrière pour y inclure les mineurs et les ouvriers du bâtiment : les ouvriers d'usine forment le gros du prolétariat industriel, 'élément essentiel de la classe ouvrière. Villerue donne la description suivante : "Il faut les voir arriver chaque matin en ville, et en partir chaque soir. Il y a parmi eux une multitude de femmes pâles, maigres, marchant pieds nus dans la boue....et un nombre considérable de jeunes enfants couverts de haillons tous gras de l'huile tombée sur eux pendant qu'ils travaillaient..."

II-LA CLASSE OUVRIERE S'ORGANISE : DES REALISATIONS COLLECTIVES

Au XIX ème, si des idées sociales nouvelles se répandent, elles ne restent pas théoriques mais des ouvriers les concrétisent par des réalisations diverses.

1-Les mutuelles pour s'entraider

Pour survivre, dès le début du XIX ème siècle, les ouvriers ont l'idée de s'entraider. Ils fondent dans ce but les premières mutuelles. Pour en être membre, il faut payer un droit d'entrée puis une cotisation mensuelle. Cette mise en commun d'une partie de leurs ressources permet de constituer un fond de réserve qui peut être utilisé pour secourir l'un d'eux, malade, accidenté ou au chômage.
Le nombre des mutuelles s'accroît assez rapidement. On en compte quarante-cinq à Paris en 1815 et cent trente-deux en 1823.
L'Etat les tolère mais il les surveille. Elles peuvent devenir des "sociétés de résistances".L'argent qu'elles possèdent peut servir à aider des travailleurs en grève. Elles ont aussi parfois comme but déclaré d'améliorer les conditions de vie de leurs membres. En 1828, la "Société du devoir mutuel", fondée à Lyon par les carnets de donnent comme objectif d'obtenir pour ses membres des salaires plus élevés et de meilleures conditions de travail.
Pourtant, la plupart du temps, les mutuelles pratiquent seulement l'entraide. D'ailleurs le gouvernement y veille. En tant que représentant de l'Etat, le maire ou le commissaire de Police peut assister de droit aux réunions qu'elles organisent entre leurs membres.
Cette solidarité organisée a l'inconvénient d'être souvent limitée à un métier très précis comme les approprieurs chapeliers fouleurs. D'autre part le paiement du droit d'entrée, parfois assez élevé, et de cotisations mensuelles en écarte les plus pauvres.
Mais les mutuelles amorcent quand même un premier éveil du mouvement ouvrier.

2-Les coopératives pour mieux acheter ou produire

Les premiers, les Anglais, ont l'idée d'ouvrir des magasins contrôlés par des ouvriers. Ce sont les premières coopératives. Elles apparaissent dès 1815. Une autre forme de coopération se développe à partir de 1848 : il s'agit des coopératives de production. A . Corbon, auteur du journal "L'atelier", a écrit dans son numéro du 12 mars 1848 : "Il faut que dans un proche avenir disparaisse la catégorie des maîtres et celle des ouvriers et qu'on ne voie plus partout que des travailleurs associés".
En France, le mouvement coopératif reste marginal. Pourtant, en cas de grave conflit avec leur employeur, les ouvriers ont parfois recours à la création de coopératives de production.
Le 29 avril 1900, Jean Jaurès inaugure la création d'une usine ouvrière au Creusot. Mais, c'est un échec car la concurrence avec la société Schneider est très forte.
Enfin, à partir de 1883, les premières coopératives apparaissent dans l'agriculture.

3-Les syndicats pour unir les ouvriers

Au départ, la classe ouvrière est formée surtout d'individus déracinés, illettrés, sans tradition de luttes, habitués à subir les évènements avec résignation. Ce sont donc surtout les artisans et les compagnons qui constituent l'avant garde et jettent les bases du mouvement ouvrier.
En France, la suppression du délit de coalition et la reconnaissance du droit de grève n'ont lieu qu'en 1864.
En 1879, au congrès de Marseille, le mouvement ouvrier définit son idéologie. des syndicats se constituent alors petit à petit. le premier est celui des chapeliers en 1871. Ce sont ensuite celui du livre en 1881 et celui des mineurs en 1883.
En 1884, l'existence légale des syndicats est reconnue.

4-Les Bourses du travail

En 1887, la première Bourse du travail est créée à Paris. D'autres suivent bientôt. Dans leurs locaux, souvent fournis par les municipalités favorables, les ouvriers peuvent se rencontrer et s'entraider. En 1892, les Bourses du travail se fédèrent. L'influence anarchiste y est grande. La grève générale est proposée comme arme de destruction du capitalisme. Cette idée progresse et gagne peu à peu les syndicats qui en adoptent le principe au congrès de Nantes en 1894. En 1895, la Fédération des Bourses du travail et celle des syndicats organisent un congrès commun à Limoges. Elles décident de se fondre en une seule organisation, la Confédération générale du travail (C.G.T). Par la charte d'Amiens, en 1906, celle-ci se définit un double objectif : améliorer les conditions de vie des travailleurs dans l'immédiat et préparer leur émancipation intégrale par l'avènement d'un monde plus juste.

III-LA CONDITION OUVRIERE AU 19eSIECLE

Au cours du XIXème siècle, les sciences et les techniques se développent considérablement.
Les machines se perfectionnent sans arrêt. Avec ce nouveau système de production se créé le machinisme qui permet d'augmenter la fabrication. Mais les machines n'améliorent en rien les conditions de travail des ouvriers.

1-La condition ouvrière

L'ouvrier ne se plaint pas des conditions de travail : "Pensez donc, on vient ici en sortant de l'école et on s'en va que quand on n'est plus bon à rien". Ils ont tout de même des conditions déplorables. Dans les usines, le bruit est permanent, la température est élevée l'été et glaciale l'hiver. La malpropreté règne dans tous les ateliers, entre autres à cause de l'utilisation d'huile. L'insécurité est présente tout au long des journées, l'ouvrier est toujours menacé par la chute de pièces, les courroies des machines qui cassent...la sécurité est mal assurée. Le travail dans les fabriques est très éprouvant physiquement comme moralement. Aux déplorables conditions de travail s'ajoute la fatigue des trajets : comme la plupart des ouvriers habitent à la campagne, ils ont de longues distances à parcourir à pied, qui leur infligent des efforts supplémentaires. Ces faiblesses physiques et morales sont alors très propices au développement de maladies. Les usines manquent d'endroits où les gens se reposent ou prennent leur repas. Ce travail pénible provoque un taux de mortalité plus élevé dans la classe ouvière que dans les autres classes sociales.

2-Les salaires et la hiérarchie

En 1832, les quatre personnes d'une famille ouvrière gagnent en tout avec les quatre salaires à peu près 760 francs. Les quatre salaires sont différents. Le père, pour 300 jours de travail ramène au foyer 450 francs. La femme, elle, travaille 200 jours pour une paie annuelle de 180 francs. Quant aux deux enfants, ils ne sont à l'usine que 80 jours pour un salaire de 65 francs chacun. Mais les salaires varient selon les régions. Le budget familial est divisé en fonction des besoins les plus pressants. Dans ces conditions, il est très difficile d'économiser car il n'y a jamais trop d'argent. Les salaires journaliers pour quinze heures de travail, pour un homme revient à deux francs, pour une femme à un franc. Pour les deux enfants, ils sont payés de 30 à 40 centimes selon leur âge. L'ouvrier doit être avant tout productif, pour qu'il puisse travailler le mieux possible; il doit bien se nourrir et, pour cela, il lui faut un salaire suffisant. Ainsi, il s'agit pour les patrons de payer suffisamment mais sans plus. Les salaires, très étalés, varient selon les primes, selon si l'on a une amende ou non.
Dans l'usine, il faut une hiérarchie bien installée pour maintenir la discipline et mieux organiser les différentes tâches. La hiérarchie, elle aussi, s'étale beaucoup. En bas de l'échelle se trouve les petits ouvriers. Ainsi, nous continuons à monter avec les agents de maîtrise, les chefs, les comptables, les dessinateurs, les ingénieurs et tout en haut, celui qui dirige tout ce petit monde : le directeur. L'échelle hiérarchique est plus ou moins grande selon la grandeur de l'entreprise.

3-La condition du mineur

Les dangers de la mine

Lorsque les mineurs parlent de la mine, ils la décrivent comme l'enfer. Il y a tout d'abord leur environnement : très humide et des températures étouffantes pouvant atteindre jusqu'à 50°c. Il fait tellement chaud dans la fosse que certaines personnes, pour se désaltérer, boivent l'eau sale coincée entre les rails et dans les abreuvoirs pour les chevaux. Déjà avec ceci, les conditions sont épouvantables. Mais à cela s'ajoute des positions inconfortables pour pouvoir travailler. Certains sont toujours courbés, d'autres se retrouvent coincés entre deux pierres dans des tailles de trente centimètres et même moins. Il y a encore les accidents qui arrivent involontairement. Dans la fosse, il y a un risque même minime. Les éboulements arrivent quand le boisage ne tient pas. Les mineurs portent des mouchoirs humides pour se protéger des dégagements de gaz comme le monoxyde de carbone. Ils ne sont jamais à l'abri d'une explosion de grisou... Quelquefois, mais heureusement très rarement, les câbles des cages d'ascenseurs cassent. Alors elle va s'écraser avec les occupant dans le fond de la fosse. Pour finir, les mineurs ont droit à leurs propres maladies ce qui n'est pas un privilège pour eux. Les poussières dans la mine comportent des substances qui provoquent des maladies. Le travail dans la mine comporte plus de menaces d'accidents que dans les usines. Les conditions de travail des mineurs sont tout de même assez mauvaises.

Les salaires des mineurs

Le mineur, en 1806, est comme l'ouvrier d'usine, il gagne très peu. A cette époque, il gagne à peu près un franc et quatre - vingt centimes pour une dure journée de travail. Ainsi, tout au long du XIXème siècle, le salaire journalier comporte une évolution. En 1919, alors il atteint treize francs et cinquante centimes. Tous les ouvriers, qu'ils soient de la mine ou d'usine sont très mal payés et ont un niveau de vie très faible. Ils ne peuvent pas économiser. Ils sont obligés de tout dépenser pour des choses de première nécessité. Les ouvriers ne peuvent pas se contenter de toutes ces conditions et vont être obligés de lutter pour que leurs droits soient respectés.

4-Les luttes sociales et politiques

La première grève éclate au Creusot le treize mars 1848 au moment où le droit de grève n'existe pas encore. Tous les travailleurs réclament une augmentation des salaires, une diminution de la journée de travail, des garanties contre le chômage, le maintien du même salaire aux ouvriers de plus de quarante ans. Des représentants du gouvernement interviennent, un accord est conclu, une augmentation de salaire est accordée le 17 mars 1848.
La seconde grève éclate le 6 mai 1850 et ne concerne que les mineurs qui veulent obtenir le maintien des prix fixés lors de la première grève, le droit pour les sociétés d'ouvriers dans l'entreprise de faire entendre leurs revendications, la réintégration de délégués renvoyés. Mais le gouvernement, qui a changé d'opinion n'intervient plus en faveur des mineurs. Cette grève est un échec.
En décembre 1869, les ouvriers du Creusot réclament la gestion de la caisse de solidarité. Les 15 et 16 janvier 1870, une forte majorité souhaite la gestion de la caisse de secours par les ouvriers. La grève est alors générale. La panique s'installe dans la population souffrant du manque d'argent. La travail reprend le 24 janvier.
Les mineurs du Creusot se mettent en grève le 21 mars 1870 car leur salaire a été diminué.
A partir de 1899, les ouvriers français font confiance au gouvernement de Waldeck-Rousseau. Ils veulent profiter de ces conditions favorables pour obtenir des avantages. La France connaît cette année là, une vague de grèves assez importante.

IV-LA CONDITION OUVRIERE VUE PAR ZOLA

Dans Germinal, Zola nous décrit les conditions de travail qui sont détestables, difficiles. Les accidents et maladies professionnelles sont fréquents, les salaires sont dérisoires. Les ouvriers sont payés à la semaine, à la journée, à la tâche.
Bonnemort explique les différentes étapes de son travail. Il est descendu dans la mine alors qu'il n'avait pas encore huit ans. Il a d'abord été galibot, puis hersheur lorsqu'il eut la force de rouler, ensuite haveur. Ayant des problèmes aux jambes il est devenu remblayeur, raccommodeur et il est maintenant charretier. Il a cinquante-huit ans et s'il prenait sa retraite il n'aurait qu'une pension de cent-cinquante francs. Bonnemort va donc attendre d'avoir soixante ans pour obtenir une pension de cent quatre-vingt francs . On peut donc remarquer que trente francs dans la vie des mineurs est extrêmement important.
L'espérance de vie est limitée. Bonnemort crache du charbon : "C'est du charbon...j'en ai dans la carcasse de quoi me chauffer jusqu'à la fin de mes jours...j'avais ça en magasin parait-il sans même m'en douter, bah! ça conserve."
Zola décrit la fosse, un lieu effrayant "Cette fosse, tassée au fond d'un creux, avec ses constructions trapues de briques, dressant sa cheminée comme une corne menaçante, semblait avoir un air mauvais de bête goulue, accroupie là pour manger le monde."
Les bâtiments sont mal éclairés, pleins de trous noirs inquiétants avec la complication de leurs salles et de leurs étages.
Zola raconte la façon dont Etienne Lantier découvre ces lieux effrayants. Après avoir monté un escalier obscur et à moitié détruit, il s'était trouvé sur une passerelle branlante, puis avait traversé le hangar du criblage, plongé dans une nuit si profonde qu'il marchait les mains en avant pour ne pas se heurter. Des courants d'air entraient de partout...
"Dès quatre heures la descente des ouvriers commençait. Ils arrivaient de la baraque, pieds nus, la lampe à la main, attendant par petits groupes d'être en nombre suffisant."
"Le travail des moulineurs consistent à sortir les berlines et à les remplacer par d'autres, vides ou chargées à l'avance de bois de taille. Et c'était dans les berlines vides que s'empilaient les ouvriers cinq par cinq".
Il y a une différence de salaire suivant le nombre de berlines. Le haveur est plus payé que le herscheur. Les vieux mineurs ont un salaire inférieur.
Travailler dans la mine est dangereux. Il y a des risques d'éboulement, des coups de grisou. Ce travail nécessite aussi des efforts physiques. Les ouvriers doivent se faufiler dans les mines, creuser dans des positions difficiles, passer les berlines, les remplir.
Le pays est très pauvre : "On se remet à se serrer le ventre. Une vraie pitié dans le pays, on renvoie le monde, les ateliers ferment les uns après les autres."
Dans son livre, Zola nous montre que les aspects négatifs de la condition ouvrière. Il nous décrit avec précision les lieux, le travail, les salaires... Il est donc possible de comparer la condition ouvrière vue par Zola et la condition ouvrière en réalité.


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