[Prospectus] Les erreurs de mon siècle sur l'agriculture et les arts avec le recueil de mes procédés économiques, de mes inventions et découvertes par le patriote Cointeraux [1740-1830].- Paris : Chez l'auteur..., [1793].- 4 p. ; 26,5 cm.
Saisie du texte et relecture: O. bogros pour la collection électronique de la Médiathèque André Malraux de Lisieux (02.II.2004)
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Orthographe et graphie conservées.
Texte établi sur l'exemplaire de la Médiathèque (BmLx : Vx Jo 12).
 

LES ERREURS DE MON SIÈCLE
SUR L’AGRICULTURE
ET
SUR LES ARTS,
AVEC
LE RECUEIL DE MES PROCÉDÉS ÉCONOMIQUES,
DE MES INVENTIONS ET DÉCOUVERTES.

Nota. Ce recueil a été faits pendant 40 années d’études et d'expériences,
par le patriote COINTERAUX (1), professeur d'architecture rurale,
membre de plusieurs sociétés libres d'artistes, mais autrefois
Qui ne fut rien, PAS MÊME ACADÉMICIEN.
 
A PARIS,
Chez l'auteur, au bureau d'architecture rurale, rue du faubourg
Saint-Honoré, n°. 108
 
Premier mois, seconde année républicaine.
 
PRIX DE CE RECUEIL.

JE ferai mon possible pour donner à mes chers contemporains, dans chaque décade, une feuille in-4°. de mes nouveaux procédés, étayés de planches gravées : je vendrai chaque feuille 10 s. et chaque planche 20 s., franches de port, dans toute la République ; mais, à raison de mon éloignement du centre de Paris, j’offre une remise à tous les citoyens qui feront prendre chez moi cet ouvrage, je ne pourrai en faire à ceux, chez lesquels je serai obligé de le faire porter.

ÉCONOMIE POUR LES CITOYENS QUI, SOUSCRIRONT A CET OUVRAGE.

LES 36 feuilles annuelles composant les 36 décades, qui coûteront en détail 18 liv. ne se payeront par les abonnés que 15 liv. par an. A l'égard des gravures qui se vendent en détail 20 sous la pièce, elles ne coûteront aux souscripteurs que 15 sous.

Nota. Je n'inscrirai personne au rang de mes abonnés, qu'elle ne m'envoie d'avance la somme de 20 liv., à compte de son abonnement.

P.S. Puisque les personnes en place ne veulent pas m'aider, et que je passe ma vie à solliciter, je propose aux agriculteurs de le faire, et je leur promets des découvertes dont ils tireront un grand profit pour leurs domaines, si j'ai un nombre suffisant d'abonnemens pour pouvoir compléter ce recueil.

DÉCRET DE LA CONVENTION NATIONALE.
Du 19 juillet 1793.

ART. VI. Tout citoyen, qui mettra au jour un ouvrage, soit de littérature ou de gravure, dans quelque genre que ce soit, sera obligé d'en déposer deux exemplaires à la bibliothèque nationale ou au cabinet d'estampes de la République, dont il recevra un reçu signé par le bibliothécaire, faute de quoi il ne pourra être admis en justice pour la poursuite des contrefacteurs.

AVIS
 
L'auteur, pour tous ses ouvrages, s’est conformé à ce décret.
 
PLAN DE CET OUVRAGE

L'ACADÉMIE D'AMIENS, après s'être assurée de la réalité et du grand nombre de mes procédés pour la construction des bâtimens incombustibles, ne se contentant pas de m'adjuger le prix de la question proposée, pour prévenir les incendies des villages, fit encore insérer dans les papiers publics un article qu'elle rédigea ainsi : « Nous naissons tous ou presque tous avec une passion dominante, avec un goût décidé pour un objet plutôt pour que un autre : la passion dominante de l'architecte Cointeraux a toujours été de bâtir avec économie , elle va chez lui jusqu'à la fureur.

Depuis que le hasard lui a fait connoître le programme de la question des incendies, tout son tems a été employé à la résoudre ; il a fait cent et cent épreuves pour réussir à bâtir avec économie, solidité et incombustibilité, il a eu le courage de se transporter en Picardie et de visiter, lors de ce voyage, plusieurs autres provinces, ce qui a augmenté ses connoissances, et l'a mis en état de bâtir contre les incendies, en tous lieux et par tous pays ».

Je dois ajouter à l'observation de l'académie d'Amiens, que dès mon jeune âge, je me plaisois à faire des notes sur toutes les constructions et réparations que je faisois faire, ainsi que sur différentes cultures, parce que mes parens jouissoient d'un grand domaine, dont ils me confioient le soin. Les occupations alternatives sur les constructions et entretiens des bâtimens pour différens propriétaires soit à la ville, soit à la campagne, et sur les travaux journaliers de mon domaine me mirent dans la nécessité de consulter les livres d'architecture et d'agriculture. J'y apperçus des auteurs qui traitoient en général de tout, mais superficiellement. Je redoublai alors de zèle et fis des recherches multipliées : je continuois ainsi mon recueil, lorsque l'amour propre, inné dans l'homme, vint me déranger. J'achetai une charge d'expert et arpenteur juré, heureusement que cet office contribua beaucoup à m'éclairer : faisant l'estimation des biens ruraux et urbains, j'ajoutai à mes notes celles qui y sont relatives, et qui sont nécessaires pour faire valoir d'avantage les propriétés : les des fripponneries des procureurs et sur-tout de nos greffiers, dit greffiers de l'écritoire, qui assistoient constamment à tous nos rapports, même à notre arpentage où ils n'avoient que faire, je revendis ma charge d'arpenteur voyant, avec trop de douleur, que je ne pouvois arrêter la ruine qu'occasionnoient aux plaideurs tant de vacations prodiguées pour la moindre estimation. Je repris mes anciennes occupations, et vingt fois j'entrepris de publier le résultat de mes recherches ; mais vingt fois diverses circonstances malheureuses me forcèrent d'y renoncer. Mes manuscrits, plans et dessins, faits essentiellement pour l'économie, méritoient sans doute d'être mis au jour, et je m'y serois enfin décidé de moi-même, si le programme contre les incendies que je lus par hasard dans la gazette de France ne m'eût tellement frappé, que je me regardai dès-lors comme criminel envers la nation, si je ne m'occupois à résoudre cette importante question. Dès cet instant, il ne me fut plus possible de m'occuper d'aucun autre travail : heureuse impuissance, puisque dans les dernières années que j'employai à étudier la possibilité de rendre les maisons incombustibles, je fis plus de progrès pour l'utilité de l'agriculture que je n’en avois fait en 30 ans employées à méditer sur le moyen de ne pas se ruiner en bâtissant. Satisfait de mes nouvelles découvertes, je cherchai à les communiquer à ma patrie, non comme j'avois voulu le faire précédemment, par des livres, mais par la pratique elle-même la plus significative, la plus sûre, par conséquent la plus salutaire. Hélas! je n'ai pu réussir dans aucune de mes entreprises pour le bien public : à Grenoble, mon école a été culbutée ; à Amiens, ma seconde école fut renversée ; et actuellement à Paris malgré mes justes réclamations, ma troisième école va être anéantie, comme si ceux qui sont à la tête de la république avoient le droit de priver tout un peuple de ce qui lui est si utile ; comme s'il leur étoit permis de favoriser exclusivement les peintres, et quelques autres arts frivoles, les littérateurs, etc. dont les talens ne servent pas comme les miens à la classe la plus nombreuse de la nation.

C'est donc pour rendre service à ma patrie qui je publie le résultat de 40 années d'études et d'expériences : j'espère que mes compatriotes m'en sauront gré, avec d'autant plus de raison, que je leur éviterai la dépense de cette multitude de livres, et de feuilles périodiques ou journaux qui souvent laissent à l'écart ce qu'il y a de plus indispensable et de plus urgent aux travaux de la campagne : la plûpart des auteurs savent mieux que moi faire des phrases ; mais c'est aux faits que je les égalerai, je ne craindrai point d'ouvrir mon avis sur les parties qu'ils ont traité et sur celle qu'ils traiteront à l'avenir.

Je serai circonspect dans le choix des articles, parce que je veux épargner aux propriétaires jusqu'à ce tems précieux qu'ils employent à étudier mes nouveaux procédés ; je ne traiterai que de ce que je saurai leur être le plus nécessaire et le plus profitable, je ne relèverai que ce que les anciens auteurs et les modernes n'auront pas bien saisi ou auront oublié dans leurs écrits, mon ouvrage sera donc le complément des livres d'agriculture, feuilles périodiques et journaux ; il fera suite à mon traité sur l'architecture rurale, il insistera principalement sur la pratique.

P. S. J'invite tous ceux qui sort abonnés à la feuille du cultivateur, et aux autres journaux d'agriculture de se procurer au moins les premiers numéros de cet ouvrage ; alors ils pourront de plus en plus s'assurer des meilleurs procédés, et sur-tout de ceux dont ils doivent se garder de faire usage.


(1) Si jamais Artiste a mérité l’honorable titre de patriote, C'est ce citoyen ! Bien avant la révolution et dès l'année 1784, époque du programme publié en France contre les incendies, COINTERAUX s'est occupé de garantir de ce fléau les cabannes des pauvres : non-seulement il a travaillé pour eux dans le cabinet, non-seulement il s'est transporté de villages en villages, sur-tout dans ceux où les incendies éclatoient ; mais encore il a formé quantité d’élèves au PISÉ qu'il a envoyé bâtir dans divers départemens, par ce moyen il a fait élever des modèles de maisons presque sans bois et incombustibles, qui restent toujours devant les yeux des incrédules habitans de la campagne.


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