BOGROS, Olivier (1957-....) : La bibliothèque électronique de Lisieux, une bibliothèque virtuelle francophone et normande, (1999).
Saisie du texte et relecture : O. Bogros (version 1 : 16.XII.1999 ; révision : 11.04.00)
Adresse : Bibliothèque municipale, B.P. 7216, 14107 Lisieux cedex
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Mél : bmlisieux@mail.cpod.fr, [Olivier Bogros] bib_lisieux@compuserve.com
http://www.bmlisieux.com/

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Colloque international
"Les études françaises valorisées par les nouvelles technologies d'information et de communication"
Université de Toronto
12-13 mai 2000
 
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La bibliothèque électronique de Lisieux,
une bibliothèque virtuelle francophone et normande

Olivier Bogros

Conservateur de la bibliothèque municipale de Lisieux
 
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Bibliothèques numériques, collections virtuelles – – La bibliothèque électronique de Lisieux, une bibliothèque virtuelle francophone et normande : 1. Objet ; 2. Production ; 3. Contenu ; 4. Public et francophonie – – Le repérage de ressources numériques sur le réseau  
 

Bibliothèques numériques, collections virtuelles.

En 1997 dans un numéro du bulletin de l'Association des Bibliothécaires Français (1) Dominique Lahary, directeur de la bibliothèque départementale de prêt du Val d'Oise a dressé une première typologie de la présence des bibliothèques publiques françaises sur Internet. Trois ans après ce classement est toujours pertinent (et pourtant tout peut sembler vite obsolète lorsque l'on évoque Internet) : de la simple fiche signalétique, avec ou sans historique des collections, à la mise en ligne du catalogue de la bibliothèque, en passant par la réalisation d'expositions virtuelles, les répertoires thématiques de ressources liées, les collections de documents patrimoniaux (textes et images) numérisés... l'addition de chacun de ces éléments constitue ce que devraient être prochainement les bibliothèques publiques numériques : un ensemble de ressources électroniques ordonnées autour du catalogue informatisé et accessible aussi bien à l'intérieur de l'établissement que sur le réseau, à distance (2).

Mon intervention se limitera à la présentation d'une collection virtuelle en cours de constitution à la bibliothèque municipale de Lisieux et à dire quelques mots sur le repérage des réservoirs de textes numériques dispersés sur le réseau.

La bibliothèque électronique de Lisieux, une bibliothèque virtuelle francophone et normande.

     1.- Objet :

La bibliothèque électronique de Lisieux (3) est un site web, sous-ensemble d'un site plus vaste à venir (4), qui a pour objet la diffusion en ligne et sans condition de textes littéraires et documentaires de langue française relevant du domaine public à partir d'exemplaires conservés dans nos collections patrimoniales.

Il s'inscrit en complément dans un réseau informel et peu hiérarchisé de sites institutionnels, associatifs, privés ou individuels qui ont pour ambition (la prétention, c'est au choix) de constituer des réservoirs de textes numériques afin de permettre à chacun "d'accéder à la culture [la lecture] en tous temps, à toutes heures et en tous lieux" (5).

     2.- Production :

Les principes de mise en oeuvre des textes sont très proches de ceux élaborés dans le cadre du projet Gutenberg (6) et du projet ABU (7). Les textes sont enregistrés le plus simplement possible par saisie au clavier dans un banal traitement de texte, enregistrés au format .txt (8) et après relecture encodés en .html. Il s'agit d'une approche très linéaire, qui est globalement satisfaisante compte tenu de notre propos et de nos moyens : les textes numérisés sont d'abord des supports de substitution permettant de faire connaître et de diffuser une partie de nos collections (9).

Autrement dit il n'y a dans ce projet, local, aucune ambition d'édition scientifique : pas d'encodage enrichi du texte (tei, sgml), juste un balisage de structure (chapitre, paragraphe,...) et de forme (gras, italique,...) et non un balisage de sens (thèmes, arguments,...) (10). C'est dire aussi que la valeur ajoutée des textes numériques que nous produisons est réduite au minimum au regard de la linguistique statistique, de l'analyse sémantique, de l'analyse morpho-syntaxique,...

Pour chaque oeuvre mise en ligne on indique dans une étiquette qui précède le texte (sorte de notice catalographique, dont les éléments pourraient être repris en méta données) : la date de saisie, le nom de l'opératrice, le nom de la relectrice, les coordonnées de la bibliothèque, la source imprimée qui a servi à l'établissement de la copie (date, lieu, nom et année de l'édition), éventuellement le numéro de version. L'auteur est identifié chaque fois que cela est possible. La pagination de l'édition de référence n'est ni indiquée ni respectée (les textes sont sauf exception présentée sur une seule page html). L'apparat critique n'est pas repris ainsi que les illustrations, sauf exceptions. L'orthographe est respectée. Dans certains cas sont reproduits des éléments extérieurs aux textes mais intéressants pour l'histoire de l'édition : 4° de couverture donnant la liste des autres titres de la collection ou de l'auteur, particularités d'exemplaires (envoi autographe signé,...) (11).

L'ensemble du processus de fabrication du site est réalisé en interne à la bibliothèque. Il concerne 3 personnes environ 20 heures par mois. Les textes sélectionnés, une fois établis, sont chargés sur le serveur, extérieur à la bibliothèque, qui héberge le site. Les coûts financiers sont réduits au minimum.

Les textes affichés sur le site sont librement redistribuables et modifiables, avec (c'est mieux) ou sans mention d'origine (maintien de l'étiquette catalographique).

     3.- Contenu :

Par goût, par nécessité aussi (il fallait alimenter rapidement le site en nouveautés) nous avons fait le choix de ne présenter que des textes courts, mais toujours en version intégrale et relevant du domaine public : nouvelles, brochures, tirés à part de revue. Les collections anciennes de la bibliothèque en comptent un assez grand nombre tant dans le fonds général que dans le fonds local.

Le site se veut généraliste à l'image du fonds d'une bibliothèque publique d'une ville moyenne. Les premiers textes retenus et republiés ont été pris dans l'oeuvre de quelques grands écrivains français : Allais, Flaubert, Maupassant, Mirbeau, Gourmont... par ailleurs tous d'origine normande. Parallèlement et pour renforcer l'identité du site des textes documentaires représentatifs du fonds normand ont aussi été mis en ligne (12).

Notre souci n'est pas d'imiter les grands projets de bibliothèques numériques mais d'offrir un corpus original qui se donne la liberté de redécouvrir des œuvres totalement épuisées et rares aux contenus excentriques et improbables. Sans abandonner totalement les grands auteurs, pour lesquels nous ne mettons en ligne que des œuvres mineures, nous prenons beaucoup de plaisir à diffuser des auteurs comme Charles Rabou, Henri Beauclair, Eugène Chavette, Edmond Picard ou Philotée O'Neddy,...

Les mises à jour mensuelles essaient de respecter un équilibre entre documents d'intérêt régional et littérature générale. Le programme de travail est établi sur environ 6 mois.

Un des projets à venir est l'ouverture d'un rayon d'inédits destiné à accueillir des textes universitaires sur des thèmes littéraires et documentaires en rapport avec des œuvres ou des auteurs déjà représentés dans le corpus. Il pourrait prendre la forme d'un espace de prépublication temporaire, moins contraignant que les lieux institutionnels de l'édition.

Au fil des mois le site s'est structuré autour de plusieurs rubriques pour permettre une orientation plus facile dans l'ensemble des textes disponibles : sélection mensuelle, archives des sélections précédentes, rayon littéraire, fonds local, rayon documentaire, index des auteurs et moteur de recherche en texte intégral (13). Comme dans une vraie bibliothèque l'organisation interne du site permet de trouver rapidement le document recherché, mais aussi de flâner et de se perdre dans les rayons virtuels pour y faire son miel.

Aujourd'hui le site, ouvert en juin 1996, contient plus de 450 textes. La consultation du site s'établit à environ 4.000 connexions mensuelles sur la page d'accueil et correspond, par le biais des ressources liées (indexation directe des textes par d'autres sites), à une consultation mensuelle d'environ 45.000 pages. Les connexions sont pour 50 % d'entre elles géographiquement originaires de l'étranger.

     4.- Public et francophonie :

La création de la Bibliothèque électronique de Lisieux est due en partie à la difficulté de trouver un public local en 1995 lors de nos premiers essais de diffusion sur disquettes de textes électroniques : à cette époque le public local n'était pas au rendez-vous des bibliothèques virtuelles.

Le public a été trouvé parmi la communauté des internautes : public francophone, universitaire et étudiant, amateur de littératures et public distant empêché de lire dans sa langue d'origine ou d'adoption. Ce public est très demandeur de documents qu'il peine à trouver en librairie comme sur le réseau. Le succès relatif de la bibliothèque électronique de Lisieux est si l'on peut dire un succès par défaut. Défaut d'une présence des bibliothèques aux fonds anciens importants sur le réseau. Défaut qui en engendre un autre : pour un observateur lointain, la présence orpheline de la bibliothèque municipale de Lisieux sur le réseau avec une offre de textes déjà conséquente peut laisser penser que le fonds patrimonial de l'établissement est d'une grande richesse (14).

Il faut bien le dire dans de ce mouvement de mise à disposition du patrimoine écrit les bibliothèques publiques françaises sont encore trop peu présentes ou privilégient dans un premier temps la mise à disposition des catalogues et la numérisation des documents iconographiques patrimoniaux. Il existe une forte attente de ce que pourrait être un réseau de bibliothèques virtuelles régionales et locales regroupées autour d'un portail ou d'une passerelle qui en recenserait les richesses dans un cadre thématique.

Au-delà la mise en ligne de documents numérisés, l'essentiel de la valeur d'un site réside, me semble-t-il, dans l'échange qu'il permet par courrier électronique avec des usagers disséminés dans le monde entier et pour lesquels la francophonie n'est pas un mot vain.

En effet un des enjeux majeurs des bibliothèques virtuelles est de participer à la diffusion et au rayonnement d'une langue et d'une culture. On a trop tendance à considérer à l'intérieur de l'hexagone que la francophonie concerne ceux qui sont à l'extérieur et que son maintien (ne parlons pas de développement) relève uniquement de l'Etat. Le réseau démontre au contraire que la défense de la langue que l'on parle est aussi une affaire individuelle et que chacun y participe. Les bibliothèques publiques françaises, qui ont massivement ouvert dans leurs locaux des "espaces culture multimédia", sont plus aujourd'hui tournées vers une consommation passive du réseau et pas assez ou trop peu encore les actrices d'un parlé / écrit français sur l'Internet.

Contrairement à une opinion commune, je ne crois pas que le développement des bibliothèques numériques relègue le bibliothécaire au niveau de simple concepteur de pages Web et que son interaction avec le public se résume à une interface informatique. Une partie de la profession a sans doute peur de perdre son âme en participant à cette dématérialisation du livre.

Le repérage de ressources numériques sur le réseau.

Si internet peut être considérés comme une des plus vastes bibliothèques qui soient (une étude a montré qu'en 1997 l'information disponible sur le Web était équivalente en nombre de signes aux 20 millions de volumes conservés à la bibliothèque du Congrès), c'est aussi la plus mal classée que l'on connaisse : la formule le web est "La" bibliothèque et "Yahoo" son catalogue n'a pas beaucoup de sens. Les moteurs de recherches ne remplaceront pas, et pour encore longtemps, le travail d'indexation des bibliothécaires.

Malheureusement toutes ces ressources existantes, dispersées sur le réseau, ne sont encore qu'insuffisamment répertoriées et cataloguées (avec de vraies notices bibliographiques) par les bibliothèques. Il n'existe pas, par exemple, de catalogue collectif des ressources textuelles (15). Seules sont disponibles des listes plus ou moins ordonnées gérées en dehors des bibliothèques.

Pour le domaine littéraire francophone (entendu au sens large) on consultera d'abord le CCRTI - Catalogue critique des ressources textuelles sur internet, produit par l'Institut National de la Langue Française (INaLF) qui "a pour but d'aider les internautes en quête de textes littéraires en langue française à sélectionner les sites qui présentent les caractères les plus sérieux tant sur le plan du traitement éditorial que numérique des textes" (16). Ensuite on ira explorer ClicNet : Littérature francophone virtuelle (17) site crée en 1995 par Mme Carole Netter, professeur de français, pour ses élèves de l'université de Swarthmore en Pennsylvanie. C'est à mon sens le site le plus riche, dans ce domaine, et le mieux tenu des portails littéraires

En effet à défaut de vrais catalogues collectifs, le portail thématique reste le plus utile des moyens d'accès pertinents aux ressources d'internet.


Notes :
(1) Dominique Lahary : Les bibliothèques françaises sur internet : petite typologie in Bulletin d'informations de l'A.B.F., n° 174, 1er trimestre 1997.
(2) Le rapport 1999 du Conseil Supérieur des Bibliothèques consacre un chapitre entier au nécessaire développement des ressources électroniques dans les bibliothèques françaises (http://www.enssib.fr/csb/). Voir aussi l'ouvrage de référence d'Alain Jacquesson et Alexis Rivier : Bibliothèques et documents numériques, Paris, Cercle de la Librairie, 1999.
(3) http://www.bmlisieux.com/
(4) Un second élément encore à l'état d'ébauche est la photothèque lexovienne qui présente sous forme d'expositions virtuelles temporaires quelques unes des 2.700 images numérisées de la bibliothèque municipale (http://www.cpod.com/monoweb/bmlisieux/).
(5) Guy Teasdale : Le projet Gutenberg ou le portrait d'un original in La lettre du bibliothécaire québécois, n° 12, Juin-Juillet 1998 (http://www.sciencepresse.qc.ca/lbq/lbq12.4.html).
(6) http://promo.net/pg/
(7) http://cedric.cnam.fr/ABU/
(8) Nous avons éludé le débat format image contre format texte.
(9) Tout projet de numérisation en bibliothèque doit se fonder sur une triple exigence : démocratisation du savoir, diffusion de la culture, conservation des documents originaux.
(10) R. Walter : Quelle numérisation et quelle diffusion pour des produits du savoir sur internet ? (http://inalf.ivry.cnrs.fr/ccrti/reflexions/balisage.htm).
(11) Voir par exemple les pages consacrés aux Déliquescences d'Adoré Floupette d'Henri Beauclair et Gabriel Vicaire (http://www.bmlisieux.com/archives/deliqu03.htm).
(12) Textes sur l'histoire de Lisieux et de la Normandie, textes politiques, économiques, agronomiques,...
(13) A partir des pages indexées par le moteur français Voila (http://www.voila.fr), filiale de France Télécom.
(14) Il n'est qu'un fonds moyen d'une bibliothèque moyenne d'une ville moyenne (24.000 habitants).
(15) Voir le projet OCLC, Intercat (http://www.oclc.org/oclc/man/catproj/catcall.htm) et Corc (http://www.oclc.org/oclc/corc/index.htm). Deux projets européens sont en cours de constitution : Liguanet et Prince
(16) http://inalf.ivry.cnrs.fr/ccrti/index.htm
(17) http://clicnet.swarthmore.edu/litterature/litterature.html
Je n'oublie pas la liste alphabétique tenue par M. Perroud sur le site Athena qui recense par ordre alphabétique d'auteurs, toutes langues confondues environ 4000 textes (http://un2sg4.unige.ch/athena/html/francaut.html).


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