A propos d'un portrait de Jean Le Hennuyer / Etienne Deville.- Rouen,1933 - (Extrait du Journal de Rouen).

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A PROPOS D'UN PORTRAIT
DE JEAN LE HENNUYER




par
Etienne Deville


Au moment de la Révolution, la cathédrale Saint-Pierre de Lisieux possédait un portrait peint de l'évêque Jean Le Hennuyer, ou plutôt Haynuyer, car c'est ainsi qu'il signait ordinairement, commémorant la belle conduite de ce prélat lors de tragiques événements de la Saint-Barthélemy.

Ce portrait s'y trouvait encore en 1792 ; nous en avons la preuve dans une requête adressée le 12 septembre de cette année, aux administrateurs du Conseil général du district, maire, officiers municipaux et notables réunis, par les citoyens Langueneur, Bellière et Orey, députés des Amis de la Liberté et de l’Egalité.

Cette société demandait qu'il lui soit permis de conserver l'image de l'évêque et de la placer dans la salle de ses séances. De plus, l'inscription latine, placée au bas du portrait, devait être traduite en français, pour devenir intelligible à tous les citoyens.

La municipalité ayant fait droit à cette requête, le portrait fut transféré sans délai dans la salle de réunion des patriotes d'alors. Depuis ce moment, on perd sa trace et on ignore ce qu'il est devenu.

L'iconographie de Jean Le Haynuyer est actuellement représentée par cinq pièces, dont trois ont une origine commune. Les deux premières en date sont : un portrait en médaillon, gravé en couleurs par Ridé, d'après un dessin de Sergent, et une autre gravure, également en couleurs, exécutée d'après le même artiste par Roger. Cette dernière représente l'évêque de Lisieux sauvant la vie aux protestants de son diocèse. La scène se passe dans le cabinet du prélat, en présence d'un chanoine assis à une table devant l'évêque debout, signant l'acte qu'il va remettre au lieutenant du roi, lequel lui présente un parchemin scellé d'un sceau sur simple queue. Près de la porte se tiennent deux portes-lances accompagnant le lieutenant. Ces deux gravures sont datées de 1788 et furent publiées à « Paris, chez Blin, imprimeur en taille-douce, place Maubert, n° 17 vis-à-vis la rue des Trois-Portes ». Un abrégé de la vie de Le Haynuyer, se lit, en 35 lignes sur deux colonnes, au-dessous de la légende de la gravure.

Plus tard, Landon, toujours d'après Sergent, publia un portrait, gravé au trait, du prélat que le chanoine Hardy a reproduit dans sa belle monographie de la cathédrale de Lisieux. Inutile de dire que ces trois portraits sont identiques puisqu’ils procèdent de la même source.

Un autre portrait, reproduit dans le Magasin pittoresque de 1876,  p. 288, d'après un portrait du temps appartenant alors à M. de la Sicotière, représente Jean Le Haynuyer en buste, de trois quarts à droite, en costume de dominicain, sa mitre sur une table, près de lui. Au-dessous du portrait, on lit : « Jean Hennier confesseur d'Henry second évêque de Lisieux, 1560 ». Ce n'est donc pas celui que la société populaire de Lisieux installa dans la salle de ses séances en 1792, mais plutôt un des portraits de la collection, qui se trouvait au palais épiscopal, dont 1e Musée du Vieux Lisieux possède quatre curieux spécimens.

L'auteur anonyme de l'article accompagnant cette reproduction, dit que deux autres portraits de Le Haynuyer existaient à Paris avant la révolution, l'un    au collège de Navarre et l'autre chez les Dominicains de la rue Saint-Jacques ; on ne sait ce qu’ils sont devenus.

Enfin, je ne cite que pour mémoire la grande composition peinte en 1834 par Nicolas Gosse, exposée au Salon de 1835, et actuellement conservée au Musée de peinture de Lisieux. Au point de vue documentaire, la valeur de cette œuvre est absolument nulle, seul le récit de la tradition a inspiré l’artiste, qui n'a même pas cherché a y introduire un peu de couleur locale en encadrant ses personnages dans un décor lexovien.

Pour en revenir au tableau réclamé et obtenu par les patriotes de 1792, n’aurait-il pas servi à Sergent pour l'exécution de ses deux dessins ? L'artiste a pu voir le portrait en question dans la cathédrale, il y était en 1788, date de la publication des deux gravures que je viens de citer.

C'est une hypothèse que je me permets de formuler, en attendant que la découverte du tableau original, s'il existe encore quelque part, vienne nous révéler la valeur iconographique du dessin de Sergent.


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