A
propos d'un portrait de Jean Le Hennuyer
/ Etienne Deville.- Rouen,1933 - (Extrait du Journal
de Rouen).
Numérisation
et relecture
: Olivier Bogros pour la collection électronique de la
Médiathèque André Malraux (16.XI.2004).
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Texte
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l'exemplaire (Bm Lx : n.c.) de la Médiathèque.
A
PROPOS D'UN
PORTRAIT
DE JEAN LE HENNUYER
par
Etienne Deville
Au
moment de la Révolution, la
cathédrale Saint-Pierre de Lisieux possédait un
portrait
peint de l'évêque Jean Le Hennuyer, ou
plutôt
Haynuyer, car c'est ainsi qu'il signait ordinairement,
commémorant la belle conduite de ce prélat lors
de tragiques
événements de la
Saint-Barthélemy.
Ce portrait s'y trouvait encore en 1792 ; nous en avons la preuve dans
une requête adressée le 12 septembre de cette
année, aux administrateurs du Conseil
général du
district, maire, officiers municipaux et notables réunis,
par
les citoyens Langueneur, Bellière et Orey,
députés
des Amis de la Liberté et de l’Egalité.
Cette société demandait qu'il lui soit permis de
conserver l'image de l'évêque et de la placer dans
la
salle de ses séances. De plus, l'inscription latine,
placée au bas du portrait, devait être traduite en
français, pour devenir intelligible à tous les
citoyens.
La municipalité ayant fait droit à cette
requête,
le portrait fut transféré sans délai
dans la salle
de réunion des patriotes d'alors. Depuis ce moment, on perd
sa
trace et on ignore ce qu'il est devenu.
L'iconographie de Jean Le Haynuyer est actuellement
représentée par cinq pièces, dont
trois ont une
origine commune. Les deux premières en date sont : un
portrait
en médaillon, gravé en couleurs par
Ridé,
d'après un dessin de Sergent, et une autre gravure,
également en couleurs, exécutée
d'après le
même artiste par Roger. Cette dernière
représente
l'évêque de Lisieux sauvant la vie aux protestants
de son
diocèse. La scène se passe dans le cabinet du
prélat, en présence d'un chanoine assis
à une
table devant l'évêque debout, signant l'acte qu'il
va
remettre au lieutenant du roi, lequel lui présente un
parchemin
scellé d'un sceau sur simple queue. Près de la
porte se
tiennent deux portes-lances accompagnant le lieutenant. Ces deux
gravures sont datées de 1788 et furent publiées
à
« Paris, chez Blin, imprimeur en taille-douce, place Maubert,
n° 17 vis-à-vis la rue des Trois-Portes ».
Un
abrégé de la vie de Le Haynuyer, se lit, en 35
lignes sur
deux colonnes, au-dessous de la légende de la gravure.
Plus tard, Landon, toujours d'après Sergent, publia un
portrait,
gravé au trait, du prélat que le chanoine Hardy a
reproduit dans sa belle monographie de la cathédrale de
Lisieux.
Inutile de dire que ces trois portraits sont identiques puisqu’ils
procèdent de la même source.
Un autre portrait, reproduit dans le Magasin
pittoresque de
1876, p. 288, d'après un portrait du
temps appartenant alors à M. de la Sicotière,
représente Jean Le Haynuyer en buste, de trois quarts
à
droite, en costume de dominicain, sa mitre sur une table,
près
de lui. Au-dessous du portrait, on lit : « Jean Hennier
confesseur d'Henry second évêque de Lisieux, 1560
».
Ce n'est donc pas celui que la société populaire
de
Lisieux installa dans la salle de ses séances en 1792, mais
plutôt un des portraits de la collection, qui se trouvait au
palais épiscopal, dont 1e Musée du Vieux Lisieux
possède quatre curieux spécimens.
L'auteur anonyme de l'article accompagnant cette reproduction, dit que
deux autres portraits de Le Haynuyer existaient à Paris
avant la
révolution, l'un au
collège de
Navarre et l'autre chez les Dominicains
de la rue
Saint-Jacques ; on ne sait ce qu’ils sont devenus.
Enfin, je ne cite que pour mémoire la grande composition
peinte
en 1834 par Nicolas Gosse, exposée au Salon de 1835, et
actuellement conservée au Musée de peinture de
Lisieux.
Au point de vue documentaire, la valeur de cette œuvre est absolument
nulle, seul le récit de la tradition a inspiré
l’artiste,
qui n'a même pas cherché a y introduire un peu de
couleur
locale en encadrant ses personnages dans un décor lexovien.
Pour en revenir au tableau réclamé et obtenu par
les
patriotes de 1792, n’aurait-il pas servi à Sergent pour
l'exécution de ses deux dessins ? L'artiste a pu voir le
portrait en question dans la cathédrale, il y
était en
1788, date de la publication des deux gravures que je viens de citer.
C'est une hypothèse que je me permets de formuler, en
attendant
que la découverte du tableau original, s'il existe encore
quelque part, vienne nous révéler la valeur
iconographique du dessin de Sergent.