BONAPARTE, Napoléon (1769-1821) : Lettres de Napoléon à Joséphine.- Paris : M. Vox, 1945.- 56 p. ; 17 cm.- (Brins de plume. 1ère série ; 4).
Saisie du texte : S. Pestel pour la collection électronique de la Bibliothèque Municipale de Lisieux (08.X.1998)
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Lettres de Napoléon à Joséphine

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I. L'AMANT
 

Paris, le 6 brumaire an IV

Je ne conçois pas ce qui a pu donner lieu à votre lettre. Je vous prie de me faire le plaisir de croire que personne ne désire autant votre amitié que moi, et n'est plus prêt que moi à faire quelque chose qui puisse le prouver. Si mes occupations me l'avaient permis, je serais venu moi-même porter ma lettre.

7 heures du matin

Je me réveille plein de toi. Ton portrais et le souvenir de l'énivrante soirée d'hiers n'ont point laissé de repos à mes sens. Douce et incomparable Joséphine, quelle effet bizzare faite vous sur mon coeur ! Vous fâchez-vous ? Vous vois-je triste ? Êtes-vous inquiète ? mon âme est brisé de douleur, et il n'est point de repos pour votre ami... Mais en est-il donc davantage pour moi, lorsque, me livrant au sentiment profond qui me maîtrise, je puise sur vos lèvres, sur votre coeur, une flame qui me brûle. Ah ! c'est cette nuit que je me suis bien aperçu que votre portrait n'est pas vous ! Tu pars à midi, je te verai dans 3 heures. En attendant, mio dolce amor, reçois un millier de baisé ; mais ne m'en donne pas, car il brûle mon sang.

Chanceaux, le 24 ventôse, en route pour l'armée d'Italie

Je t'ai écrit de Châtillon, et je t'ai envoyé une procuration pour que tu touches différentes sommes qui me reviennent... Chaque instant m'éloigne de toi, adorable amie, et à chaque instant je trouve moins de force pour supporter d'être éloigné de toi.
Tu es l'objet perpétuel de ma pensée ; mon imagination s'épuise à chercher ce que tu fais. Si je te vois triste, mon coeur se déchire et ma douleur s'accroît ; si tu es gaie, folâtre avec tes amis, je te reproche d'avoir bientôt oublié la douloureuse séparation de trois jours ; tu es alors légère et, dès lors, tu n'es affectée par aucun sentiment profond.
Comme tu vois, je ne suis pas facile à me contenter ; mais, ma bonne amie, c'est bien autre chose si je crains que ta santé soit altérée ou que tu aies des raisons d'être chagrine que je ne puis deviner ; alors je regrette la vitesse avec laquelle on m'éloigne de mon coeur. Je sens vraiment que ta bonté naturelle n'existe plus pour moi, et que ce n'est que tout assuré qu'il ne t'arrive rien de fâcheux que je puis être content. Si l'on me fait la question si j'ai bien dormi, je sens qu'avant de répondre j'aurais besoin de recevoir un courrier qui m'assurât que tu as bien reposé. Les maladies, la fureur des hommes ne m'affectent que par l'idée qu'elles peuvent te frapper, ma bonne amie.
Que mon génie, qui m'a toujours garanti au milieu des plus grands dangers, t'environne, te couvre, et je me livre découvert. Ah ! ne sois pas gaie, mais un peu mélancolique, et surtout que ton âme soit exempte de chagrin, comme ton beau corps de maladie : tu sais ce que dit là-dessus notre bon Ossian.
Écris-moi, ma tendre amie, et bien longuement, et reçois les mille et un baisers de l'amour le plus tendre et le plus vrai.

Nice, le 10 germinal

Je n'ai pas passé un jour sans t'aimer ; je n'ai pas passé une nuit sans te serrer dans mes bras ; je n'ai pas pris une tasse de thé sans maudire la gloire et l'ambition qui me tiennent éloigné de l'âme de ma vie. Au milieu des affaires, à la tête des troupes, en parcourant les camps, mon adorable Joséphine est seule dans mon coeur, occupe mon esprit, absorbe ma pensée. Si je m'éloigne de toi avec la vitesse du torrent du Rhône, c'est pour te revoir plus vite. Si, au milieu de la nuit, je me lève pour travailler, c'est que cela peut avancer de quelques jours l'arrivée de ma douce amie, et cependant, dans ta lettre du 23 au 26 ventôse, tu me traites de vous.
Vous toi-même ! Ah ! mauvaise, comment as-tu pu écrire cette lettre ! Qu'elle est froide ! Et puis, du 23 au 26, restent quatre jours ; qu'as-tu fait, puisque tu n'as pas écrit à ton mari ?... Ah ! mon amie, ce vous et ces quatre jours me font regretter mon antique indifférence. Malheur à qui en serait la cause ! Puisse-t-il, pour peine et pour supplice, éprouver ce que la conviction et l'évidence (qui servit ton ami) me feraient éprouver ! L'Enfer n'a pas de supplice ! Ni les Furies, de serpents ! Vous ! Vous ! Ah ! que sera-ce dans quinze jours ?...
Mon âme est triste ; mon coeur est esclave, et mon imagination m'effraie... Tu m'aimes moins ; tu seras consolée. Un jour, tu ne m'aimeras plus ; dis-le-moi ; je saurai au moins mériter le malheur... Adieu, femme, tourment, bonheur, espérance et âme de ma vie, que j'aime, que je crains, qui m'inspire des sentiments tendres qui m'appellent à la Nature, et des mouvements impétueux aussi volcaniques que le tonnerre. Je ne te demande ni amour éternel, ni fidélité, mais seulement... vérité, franchise sans bornes. Le jour où tu dirais «je t'aime moins» sera le dernier de ma vie. Si mon coeur était assez vil pour aimer sans retour, je le hacherais avec les dents.
Joséphine, Joséphine ! Souviens-toi de ce que je t'ai dit quelquefois : la Nature m'a fait l'âme forte et décidée. Elle t'a bâtie de dentelle et de gaze. As-tu cessé de m'aimer ? Pardon, âme de ma vie, mon âme est tendue sur de vastes combinaisons. Mon coeur, entièrement occupé par toi, a des craintes qui me rendent malheureux... Je suis ennuyé de ne pas t'appeler par ton nom. J'attends que tu me l'écrives. Adieu ! Ah ! si tu m'aimes moins, tu ne m'auras jamais aimé. Je serais alors bien à plaindre.

P.-S. - La guerre, cette année, n'est plus reconnaissable. J'ai fait donner de la viande, du pain, des fourrages ; ma cavalerie armée marchera bientôt. Mes soldats me marquent une confiance qui ne s'exprime pas ; toi seule me chagrine ; toi seule, le plaisir et le tourment de ma vie. Un baiser à tes enfants dont tu ne parles pas ! Pardi ! cela allongerait tes lettres de moitié. Les visiteurs, à dix heures du matin, n'auraient pas le plaisir de te voir. Femme !!!

Albenga, le 18 germinal

Je reçois une lettre que tu interrompt pour aller, dis-tu, à la campagne ; et, après cela, tu te donne le ton d'être jalouse de moi, qui suis ici accablé d'affaires et de fatigue. Ah ! ma bonne amie !...
Il est vrai que j'ai tort. Dans le printemp, la campagne est belle ; et puis, l'amant de 19 ans s'y trouvait sans doute. Le moyen de perdre un instant de plus à écrire à celui qui, éloigné de 300 lieues de toi, ne vit, ne jouit, n'existe que pour ton souvenir, qui lit tes lettres comme on dévore, après 6 heures de chasse, les mets que l'on aime.
Je ne suis pas content. Ta dernière lettre est froide comme l'amitié. Je ni ait pas trouvé ce feu qui allume tes regards, et que j'ai cru quelque fois y voir. Mais quelle est ma bizarerie !
J'ai trouvé que tes lettres précédentes oppressaient trop mon âme ; la révolution qu'elles produisaient attaquait mon repos, et asservissait mes sens.
Je désirais des lettres plus froides ; mais elles me donnent le glacé de la mort. La crainte de ne pas être aimé de Joséphine, l'idée de la voir inconstante, de la... Mais je me forge des peines. Il en est tant de réel ! Faut-il encore s'en fabriquer !!! Tu ne peux m'avoir inspiré un amour sans bornes, sans le partager ; et avec ton âme, ta pensée et ta raison, l'on ne peut pas, en retour de l'abandon et du dévouement, donner en échange le coup de la mort.
J'ai reçu la lettre de madame de Châteaurenaud. J'ai écris au ministre pour (illisible). J'écrirai demain à la première ? à qui tu feras des compliments d'usage. Amitié vraie à madame Tallien et Barras.
Tu ne me parles pas de ton vilain estomac ; je le déteste. Adieu, jusqu'à demain, mio dolce amor. Un souvenir de mon unique femme, et une victoire du destin : voilà mes souhaits. Un souvenir unique, entier, digne de celui qui pense à toi et à tous les instants.
Mon frère est ici ; il a apris mon mariage avec plaisir ; il brûle de l'envie de te connaître. Je cherche à le décider à venir à Paris. Sa femme est accouché ; elle a fait une fille. Il t'envoient pour présent une boîte de bonbons de Gênes. Tu recevras des oranges, des parfums et de l'eau de fleurs d'oranger que je t'envoye.
Junot, Murat te présentent leur respect.
Un baiser plus bas, plus bas que le sein.

Milan, le 29 floréal, 2 heures ap. midy

Je ne sais pourquoi depuis ce matin je suis plus content. J'ai un pressentiment que tu es partie pour ici cette idée me comble de joie. Bien attendu que tu passera par le Piémont le chemin est beaucoup meilleur et plus court. Tu viendras à Milan où tu sera très contente ce pays ci étant très beau. Quand à moi cela me rendra si heureux que j'en serai fol. Je meur danvie de voir comment tu porte les enfants. Cela doit te donner un petit aire majestueux et respectable qui me parait devoir être très plaisant ; ne vas pas surtout être malade. Non ma bonne amie tu viendras ici, tu te porteras très bien, tu feras un petit enfant jolie comme sa mère qui t'aimera comme son père et quand tu seras bien vieille bien vieille que tu auras 100 ans il sera ta consolation et ton bonheur, mais d'ici à ce tems là garde toi de l'aimer plus que moi, je commence déjà à en être jaloux. Adio mio dolce amor adio la bien aimée, viens vit attendre la bonne musique et voir la belle Italie. Il ne lui manque que ta vue tu l'embelira à mes yeux du moins tu le sais quand ma Joséphine est quelque part je ne vois plus qu'elle.

Milan, le 23 prairial

Joséphine, où te remettra-t-on cette lettre ? Si c'est à Paris, mon malheur est donc certain, tu ne m'aimes plus ! Je n'ai plus qu'à mourir... Serait-il possible ?... Tous les serpents des Furies sont dans mon sein et déjà je n'existe qu'à demi... Oh ! toi !... mes larmes coulent. Plus de repos ni d'espérance. Je respecte la volonté et la loi immuable du sort. Il m'accable de gloire pour me faire sentir mon malheur avec plus d'amertume. Je m'accoutumerai à tout dans ce nouvel état de choses ; mais je ne puis m'accoutumer à ne plus t'estimer ; mais non ! Ce n'est pas possible ! Ma Joséphine est en route ; elle m'aime au moins un peu ; tant d'amour promis ne peut pas être évanoui en deux mois.
Je déteste Paris, les femmes et l'amour... Cet état est affreux... et ta conduite... mais dois-je t'accuser ? Non. Ta conduite est celle de ton destin. Si aimable, si belle, si douce, devais-tu être l'instrument de mon désespoir ?
Celui qui te remettra cette lettre est le duc de Serbelloni, le plus grand seigneur de ce pays, qui va, député à Paris, pour présenter ses hommages au gouvernement.
Adieu, ma Joséphine, ta pensée me rendait heureux ; tout a changé. Embrasse tes aimables enfants. Ils m'écrivent des lettres charmantes. Depuis que je ne dois plus t'aimer, je les aime davantage. Malgré les destins et l'honneur, je t'aimerai toute ma vie. J'ai relu, cette nuit, toutes tes lettres, même celle écrite de ton sang. Quels sentiments elles m'ont fait éprouver !

Même jour

Joséphine, tu devais partir, le 5, de Paris ; tu devais partir, le 11, tu n'étais pas partie, le 12... Mon âme s'était ouverte à la joie ; elle est remplie de douleur. Tous les courriers arrivent sans m'apporter de tes lettres...
Quand tu m'écris, le peu de mots, le style n'est jamais d'un sentiment profond. Tu m'as aimé par un léger caprice ; tu sens déjà combien il serait ridicule qu'il arrête ton coeur. Il me paraît que tu as fait ton choix et que tu sais à qui t'adresser pour me remplacer. Je te souhaite bonheur, si l'inconstance peut en obtenir ; je ne dis pas la perfidie... Tu n'as jamais aimé...
J'avais pressé mes opérations ; je te calculais, le 13, à Milan, et tu es encore à Paris. Je rentre dans mon âme ; j'étouffe un sentiment indigne de moi ; et si la gloire ne suffit pas à mon bonheur, elle fournit l'élément de la mort et de l'immortalité...
Quant à toi, que mon souvenir ne te soit pas odieux. Mon malheur est de t'avoir peu connue, le tien, de m'avoir jugé comme les hommes qui t'environnent.
Mon coeur ne sentit jamais rien de médiocre... il s'était défendu de l'amour ; tu lui as inspiré une passion sans bornes, une ivresse qui le dégrade. Ta pensée était dans mon âme avant celle de la Nature entière ; ton caprice était pour moi une loi sacrée ; pouvoir te voir était mon souverain bonheur ; tu es belle, gracieuse ; ton âme douce et céleste se peint sur ta physionomie. J'adorais tout en toi ; plus naïve, plus jeune, je t'eusse aimée moins.
Tout me plaisait, jusqu'au souvenir de tes erreurs et de la scène affligeante qui précéda de quinze jours notre mariage ; la vertu était pour moi ce que tu faisais ; l'honneur, ce qui te plaisait ; la gloire n'avait d'attrait dans mon coeur que parce qu'elle t'était agréable et flattait ton amour-propre. Ton portrait était toujours sur mon coeur ; jamais une pensée sans le voir et le couvrir de baisers.
Toi, tu as laissé mon portrait six mois sans le retirer ; rien ne m'a échappé. Si je continuais, je t'aimerais seul, et de tous les rôles, c'est le seul que je ne puis adopter. Joséphine, tu eusses fait le bonheur d'un homme moins bizarre. Tu as fait mon malheur, je t'en préviens. Je le sentis lorsque mon âme s'engageait, lorsque la tienne gagnait journellement un empire sans bornes et asservissait tous mes sens. Cruelle !!!
Pourquoi m'avoir fait espérer un sentiment que tu n'éprouvais pas !!! Mais le reproche n'est pas digne de moi. Je n'ai jamais cru au bonheur. Tous les jours, la mort voltige autour de moi... La vie vaut-elle la peine de faire tant de bruit !!!

Adieu, Joséphine, reste à Paris, ne m'écris plus, et respecte au moins mon asile. Mille poignards déchirent mon coeur ; ne les enfonce pas davantage. Adieu, mon bonheur, ma vie, tout ce qui existait pour moi sur la terre.

Pistoia, le 8 messidor

Depuis un mois, je n'ai reçu de ma bonne amie que deux billets de trois lignes chacun. A-t-elle des affaires ? Celle d'écrire à son bon ami n'est donc pas un besoin pour elle ? Dès lors celle d'y penser... Vivre sans penser à Joséphine, ce serait pour ton ami être mort et ne pas exister. Ton image embelit ma pensée et égaye le tableau sinistre et noir de la mélancolie et de la douleur...
Un jour peut-être viendra où je te verai ; car je ne doute pas que tu ne sois encore à Paris. Eh ! bien, ce jour-là, je te montrerai mes poches pleines de lettres que je ne t'ai pas envoyé parce qu'elle étaient trop bêtes - bien, c'est le mot. Bon Dieu ! Dis-moi, toi qui sais si bien faire aimer les autres sans aimer, saurais-tu comment on guérit de l'amour ??? Je pairai ce remède bien chère. Tu devais partir le 5 prairial ; bête que j'étais, je t'attendais le 13. Comme si une jolie femme pouvait abandonner ses habitudes, ses amis, sa madame Tallien, et un dîner chez Baras, et une représentation d'une pièce nouvelle, et Fortuné, oui, Fortuné !
Tu aime tout plus que ton mari ; tu n'as pour lui qu'un peu d'estime, et une portion de cette bienveillance dont le coeur abonde. Tous les jours récapitulant tes tord, tes fautes, je me bat le flancs pour ne te plus aimer, bah ! voilà-t-il pas que je t'aime davantage. Enfin, mon incomparable petite mère, je vais te dire mon secret : moque-toi de moi, reste à Paris, aie des amants, que tout le monde le sache, n'écris jamais, eh bien ! je t'en aimerai dix fois davantage.
Si ce n'est pas là folie, fièvre, délire ! Et je ne guérirai pas de cela (oh ! si pardieu, j'en guérirai) ; mais ne va pas me dire que tu es malade, n'entreprends pas de te justifier. Bon Dieu ! Tu es pardonnée ; je t'aime à la folie, et jamais mon pauvre coeur ne cessera de donner son amour. Si tu ne m'aimais pas, mon sort serait bien bizarre. Tu ne m'as pas écrit, tu étais malade, tu n'es pas venue. Le Directoire n'a pas voulu, après ta maladie, et puis ce petit enfant qui se remuait si fort qu'il te faisait mal ? mais tu as passé Lion, tu seras le 10, à Turin ; le 12, à Milan où tu m'attendras. Tu seras en Italie, et je serai encore loin de toi. Adieu ma bien-aimée, un baiser sur ta bouche ; un autre, sur ton coeur, et un autre sur ton petit absent.
Nous avons fait la paix avec Rome qui nous donne de l'argent. Nous serons demain à Livourne, et, le plus tôt que je pourrai, dans tes bras, à tes pieds, sur ton sein.

Roverbella, le 18 messidor

J'ai battu l'ennemi. Kilmaine t'enverra la copie de la relation. Je suis mort de fatigue. Je te prie de partir tout de suite pour te rendre à Vérone ; j'ai besoin de toi, car je vois que je vais être bien malade. Je te donne mille baisers. Je suis au lit.

Vérone, premier jour complémentaire

Je t'écris, ma bonne amie, bien souvent, et toi peu. Tu es une méchante et une laide, bien laide, autant que tu es légère. Cela est perfide, tromper un pauvre mari, un tendre amant ! Doit-il perdre ses droits parce qu'il est loin, chargé de besogne, de fatigue et de peine ? Sans sa Joséphine, sans l'assurance de son amour, que lui reste-t-il sur la terre ? Qu'y ferait-il ?
Nous avons eu hier une affaire très sanglante ; l'ennemi a perdu beaucoup de monde et a été complètement battu. Nous lui avons pris le faubourg de Mantoue.
Adieu, adorable Joséphine ; une de ces nuits, les portes s'ouvriront avec fracas : comme un jaloux, et me voilà dans tes bras.
Mille baisers amoureux.

Vérone, le 1er frimaire, an V

Je vais me coucher, ma petite Joséphine, le coeur plein de ton adorable image, et navré de rester tant de temps loin de toi ; mais j'espère que, dans quelques jours, je serai plus heureux et que je pourrai à mon aise te donner des preuves de l'amour ardent que tu m'as inspiré. Tu ne m'écris plus ; tu ne penses plus à ton bon ami, cruelle femme ! Ne sais-tu pas que sans toi, sans ton coeur, sans ton amour, il n'est pour ton mari ni bonheur, ni vie. Bon Dieu ! Que je serais heureux si je pouvais assister à l'aimable toilette, petite épaule, un petit sein blanc, élastique, bien ferme ; par-dessus cela, une petite mine avec le mouchoir à la créole, à croquer. Tu sais bien que je n'oublie pas les petites visites ; tu sais bien, la petite forêt noire. Je lui donne mille baisers et j'attends avec impatience le moment d'y être. Tout à toi, la vie, le bonheur, le plaisir ne sont que ce que tu les fais.
Vivre dans une Joséphine, c'est vivre dans l'Élysée. Baiser à la bouche, aux yeux, sur l'épaule, au sein, partout, partout !

Vérone, le 3 frimaire

Je ne t'aime plus du tout ; au contraire, je te déteste. Tu es une vilaine, bien gauche, bien bête, bien cendrillon. Tu ne m'écris pas du tout, tu n'aimes pas ton mari ; tu sais le plaisir que tes lettres lui font, et tu ne lui écris pas six lignes jetées au hasard !
Que faites-vous donc toute la journée, madame ? Quelle affaire si importante vous ôte le temps d'écrire à votre bien bon amant ? Quelle affection étouffe et met de côté l'amour, le tendre et constant amour que vous lui avez promis ? Quel peut être ce merveilleux, ce nouvel amant qui absorbe tous vos instants, tyrannise vos journées et vous empêche de vous occuper de votre mari ? Joséphine, prenez-y garde, une belle nuit, les portes enfoncées, et me voilà.
En vérité, je suis inquiet, ma bonne amie, de ne pas recevoir de tes nouvelles ; écris-moi vite quatre pages, et de ces aimables choses qui remplissent mon coeur de sentiment et de plaisir.
J'espère qu'avant peu je te serrerai dans mes bras, et je te couvrirai d'un million de baisers brûlants comme sous l'équateur.

Vérone, le 4 frimaire

J'espère bientôt, ma douce amie, être dans tes bras. Je t'aime à la fureur. J'écris à Paris par ce courrier. Tout va bien. Wurmser a été battu hier sous Mantoue. Il ne manque à ton mari que l'amour de Joséphine pour être heureux.

 

II. LE MARI

Malmaison, le 4 messidor, an XI

J'ai reçu ta lettre, bonne petite Joséphine. Je vois avec peine que tu as souffert de la route ; mais quelques jours de repos te feront du bien. Je suis assez bien portant. J'ai été hier à la chasse à Marly, et je m'y suis blessé très légèrement à un doigt en tirant un sanglier.
Hortense se porte assez bien. Ton gros fils a été un peu malade, mais il va mieux. Je crois que ce soir ces dames jouent Le Barbier de Séville. Le temps est très beau. Je te prie de croire que rien n'est plus vrai que les sentiments que j'ai pour ma petite Joséphine.
Tout à toi.

Camp de Boulogne, le 25 thermidor, an XIII

J'ai voulu savoir comment on se portait à la Martinique. Je n'ai pas souvent de vos nouvelles. Vous oubliez vos amis ; ce n'est pas bien. Je ne savais pas que les eaux de la Plombières eussent la vertu du fleuve Léthé.
Il me semble que c'est en buvant ces eaux de Plombières que vous disiez : «Ah ! Bonaparte, si je meurs, qui est-ce qui t'aimera ?» Il y a bien loin de là, n'est-ce pas ? Tout finit, la beauté, l'esprit, le sentiment, le soleil lui-même ; mais ce qui n'aura jamais de terme, c'est le bien que je veux, le bonheur dont jouit... et la bonté de ma Joséphine. Je ne serai pas plus tendre si vous en faites des risées.
Adieu, mon amie, j'ai fait hier attaquer la croisière anglaise ; tout a bien été.

Brunn, le 28 frimaire, an XIV

Grande Impératrice, pas une lettre de vous depuis votre départ de Strasbourg. Vous avez passé à Bade, à Stuttgart, à Munich, sans nous écrire un mot. Ce n'est pas bien aimable, ni bien tendre ! Je suis toujours à Brunn. Les Russes sont partis ; j'ai une trêve. Dans peu de jours, je verrai ce que je deviendrai. Daignez, du haut de vos grandeurs, vous occuper un peu de vos esclaves.

Géra, le 13 octobre 1806, à 2 heures du matin

Je suis aujourd'hui à Géra, ma bonne amie ; mes affaires vont fort bien, et tout comme je pouvais l'espérer. Avec l'aide de Dieu, en peu de jours cela aura pris un caractère bien terrible, je crois, pour le pauvre roi de Prusse, que je plains personnellement, parce qu'il est bon. La reine est à Erfurt, avec le roi. Si elle veut voir une bataille, elle aura ce cruel plaisir.
Je me porte à merveille ; j'ai déjà engraissé depuis mon départ ; cependant je fais, de ma personne, vingt et vingt-cinq lieues par jour, à cheval, en voiture, de toutes les manières. Je me couche à huit heures, et suis levé à minuit ; je songe quelquefois que tu n'es pas encore couchée.
Tout à toi.

Posen, le 2 décembre

C'est aujourd'hui l'anniversaire d'Austerlitz.
J'ai été à un bal de la ville. Il pleut. Je me porte bien. Je t'aime et te désire.
Mes troupes sont à Varsovie. Il n'a pas encore fait froid. Toutes ces Polonaises sont Françaises ; mais il n'y a qu'une femme pour moi. La connaîtrais-tu ? je te ferais bien son portrait ; mais il faudrait trop le flatter pour que tu te reconnusses ; cependant, à dire vrai, mon coeur n'aurait que de bonnes choses à en dire. Ces nuits-ci sont longues, tout seul.
Tout à toi.

Posen, le 3 décembre, 6 heures du soir

Je reçois ta lettre du 27 novembre, où je vois que ta petite tête s'est montée. Je me suis souvenu de ce vers :

Désir de femme est un feu qui dévore.
Il faut cependant te calmer. Je t'ai écrit que j'étais en Pologne, que, lorsque les quartiers d'hiver seraient assis, tu pourrais venir ; il faut donc attendre quelques jours. Plus on est grand et moins on doit avoir de volonté ; l'on dépend des événements et des circonstances. Tu peux aller à Francfort et à Darmstadt. J'espère sous peu de jours t'appeler ; mais il faut que les événements le veuillent. La chaleur de ta lettre me fait voir que vous autres jolies femmes vous ne connaissez pas de barrières ; ce que vous voulez, doit être ; mais moi, je me déclare le plus esclave des hommes : mon maître n'a pas d'entrailles, et ce maître c'est la nature des choses.
Adieu, mon amie ; porte-toi bien. La personne dont je t'ai voulu parler est Madame L..., dont tout le monde dit bien du mal : l'on m'assure qu'elle était plus Prussienne que Française. Je ne le crois pas ; mais je la crois une sotte qui ne dit que des bêtises.

Le 10 décembre, à 5 heures du soir

Un officier m'apporte un tapis de ta part ; il est un peu court et étroit ; je ne t'en remercie pas moins. Je me porte assez bien. Le temps est fort variable. Mes affaires vont assez bien. Je t'aime et te désire beaucoup.
Adieu, mon amie ; je t'écrirai de venir avec au moins autant de plaisir que tu viendras.
Tout à toi.
Un baiser à Hortense, à Stéphanie et à Napoléon.

Pultusk, le 31 décembre

J'ai bien ri en recevant tes dernières lettres. Tu te fais, des belles de la grande Pologne, une idée qu'elles ne méritent pas. J'ai eu deux ou trois jours le plaisir d'entendre Paër et deux chanteuses qui m'ont fait de la très bonne musique. J'ai reçu ta lettre dans une mauvaise grange, ayant de la boue, du vent, et de la paille pour tout lit. Je serai demain à Varsovie. Je crois que tout est fini pour cette année. L'armée va entrer en quartiers d'hiver. Je hausse les épaules de la bêtise de Madame de L... ; tu devrais cependant te fâcher, et lui conseiller de n'être pas si sotte. Cela perce dans le public et indigne bien des gens.
Quant à moi, je méprise l'ingratitude comme le plus vilain défaut du coeur. Je sais qu'au lieu de te consoler, ils t'ont fait de la peine.
Adieu, mon amie ; je me porte bien. Je ne pense pas que tu doives aller à Cassel ; cela n'est pas convenable. Tu peux aller à Darmstadt.

(Le lendemain 1er janvier 1807, Napoléon rencontrait Marie Walewska).

Varsovie, le 19 janvier 1807

Mon amie, je reçois ta lettre ; j'ai ri de ta peur du feu. Je suis désespéré du ton de tes lettres, et de ce qui me revient, je te défends de pleurer, d'être chagrine et inquiète ; je veux que tu sois gaie, aimable et heureuse.

Wittemberg, le 1er février, à midi

Ta lettre du 11, de Mayence, m'a fait rire.
Je suis aujourd'hui à quarante lieues de Varsovie ; le temps est froid, mais beau.
Adieu, mon amie ; sois heureuse, aie du caractère.

Février

Mon amie, ta lettre du 20 janvier m'a fait de la peine ; elle est trop triste. Voilà le mal de ne pas être un peu dévote ! Tu me dis que ton bonheur fait ta gloire : cela n'est pas généreux ; il faut dire : le bonheur des autres fait ma gloire ; cela n'est pas conjugal ; il faut dire : le bonheur de mon mari fait ma gloire ; cela n'est pas maternel ; il faudrait dire : le bonheur de mes enfants fait ma gloire ; or, comme les peuples, ton mari, tes enfants, ne peuvent être heureux qu'avec un peu de gloire, il ne faut pas tant en faire fi ! Joséphine, votre coeur est excellent, et votre raison faible ; vous sentez à merveille, mais vous raisonnez moins bien.
Voilà assez de querelle. Je veux que tu sois gaie, contente de ton sort, et que tu obéisses, non en grondant et en pleurant, mais de gaîté de coeur, et avec un peu de bonheur.
Adieu, mon amie ; je pars cette nuit, pour parcourir mes avant-postes.

Eylau, le 14 février

Mon amie, je suis toujours à Eylau. Ce pays est couvert de morts et de blessés. Ce n'est pas la plus belle partie de la guerre ; l'on souffre, et l'âme est oppressée de voir tant de victimes. Je me porte bien. J'ai fait ce que je voulais, et j'ai repoussé l'ennemi, en faisant échouer ses projets.
Tu dois être inquiète, et cette pensée m'afflige. Toutefois, tranquillise-toi, mon amie, et sois gaie.
Tout à toi.

Liebstadt, le 20 Février, à 2 heures du matin

Je t'écris deux mots, mon amie, pour que tu ne sois pas inquiète. Ma santé est fort bonne, et mes affaires vont bien.
J'ai remis mon armée en cantonnement.
La saison est bizarre ; il gèle et il dégèle ; elle est humide et inconstante.
Adieu, mon amie.
Tout à toi.

Finckenstein, le 10 avril, à 6 heures du soir

Mon amie, je me porte fort bien. Le printemps commence ici ; cependant rien n'est encore en végétation. Je désire que tu sois gaie et contente, et que tu ne doutes jamais de mes sentiments. Tout va bien ici.

Finckenstein, le 14 mai, mort du fils aîné de Louis et d'Hortense

Je conçois tout le chagrin que doit te causer la mort de ce pauvre Napoléon ; tu peux comprendre la peine que j'éprouve. Je voudrais être près de toi, pour que tu fusses modérée et sage dans ta douleur. Tu as eu le bonheur de ne jamais perdre d'enfants ; mais c'est une des conditions et des peines attachées à notre misère humaine. Que j'apprenne que tu as été raisonnable, et que tu te portes bien ! Voudrais-tu accroître ma peine ?
Adieu, mon amie.

Finckenstein, le 24 mai

Je reçois ta lettre de Lacken. Je vois avec peine que ta douleur est encore entière, et qu'Hortense n'est pas encore arrivée : elle n'est pas raisonnable, et ne mérite pas qu'on l'aime, puisqu'elle n'aimait que ses enfants.
Tâche de te calmer, et ne me fais point de peine. A tout mal sans remède, il faut trouver des consolations.
Adieu, mon amie.
Tout à toi.

Friedland, le 15 juin

Mon amie, je ne t'écris qu'un mot, car je suis bien fatigué ; voilà bien des jours que je bivouaque. Mes enfants ont dignement célébré l'anniversaire de la bataille de Marengo.
La bataille de Friedland sera aussi célèbre et est aussi glorieuse pour mon peuple. Toute l'armée russe mise en déroute, 80 pièces de canon, 30.000 hommes pris ou tués ; 25 généraux russes tués, blessés ou pris ; la garde russe écrasée : c'est une digne soeur de Marengo, Austerlitz, Iéna. Le Bulletin te dira le reste. Ma perte n'est pas considérable ; j'ai manoeuvré l'ennemi avec succès.
Sois sans inquiétude et contente.
Adieu, mon amie ; je monte à cheval.
L'on peut donner cette nouvelle comme une notice, si elle est arrivée avant le Bulletin. On peut aussi tirer le canon. Cambacérès fera la notice.

Tilsitt, le 25 juin

Mon amie, je viens de voir l'empereur Alexandre ; j'ai été fort content de lui ; c'est un fort beau, bon et jeune empereur ; il a de l'esprit plus que l'on ne pense communément. Il vient loger en ville à Tilsitt demain.
Adieu, mon amie ; je désire fort que tu te portes bien, et sois contente. Ma santé est fort bonne.

Tilsitt, le 6 juillet

J'ai reçu ta lettre du 25 juin. J'ai vu avec peine que tu étais égoïste, et que les succès de mes armes seraient pour toi sans attraits. La belle reine de Prusse doit venir dîner avec moi aujourd'hui.
Je me porte bien, et désire beaucoup te revoir, quand le destin l'aura marqué. Cependant, il est possible que cela ne tarde pas.
Adieu, mon amie ; milles choses aimables.

Tilsitt, le 7 juillet

Mon amie, la reine de Prusse a dîné hier avec moi. J'ai eu à me défendre de ce qu'elle voulait m'obliger à faire encore quelques concessions à son mari ; mais j'ai été galant, et me suis tenu à ma politique. Elle est fort aimable. J'irai te donner des détails qu'il me serait impossible de te donner sans être bien long. Quand tu liras cette lettre, la paix avec la Prusse et la Russie sera conclue, et Jérôme reconnu roi de Westphalie, avec trois millions de population. Ces nouvelles sont pour toi seule.
Adieu, mon amie ; je t'aime et veux te savoir contente et gaie.

Dresde, le 18 juillet, à midi

Mon amie, je suis arrivé hier à cinq heures du soir à Dresde, fort bien portant, quoique je sois resté cent heures en voiture, sans sortir. Je suis ici chez le roi de Saxe, dont je suis fort content. Je suis donc rapproché de toi de plus de moitié du chemin.
Il se peut qu'une de ces belles nuits, je tombe à Saint-Cloud comme un jaloux ; je t'en préviens.
Adieu, mon amie ; j'aurai grand plaisir à te revoir.
Tout à toi.

Erfurt, octobre 1808

Mon amie, je t'écris peu ; je suis fort occupé. Des conversations de journées entières, cela n'arrange pas mon rhume. Cependant tout va bien. Je suis content d'Alexandre ; il doit l'être de moi : s'il était femme, je crois que j'en ferais mon amoureuse.
Je serai chez toi dans peu ; porte-toi bien, et que je te trouve grasse et fraîche.
Adieu, mon amie.

Le 31 mai 1809

Je reçois ta lettre du 26. Je t'ai écrit que tu pouvais aller à Plombières ; je ne me soucie pas que tu ailles à Bade ; il ne faut pas sortir de France. J'ai ordonné aux deux princes de rentrer en France.
La perte du duc de Montebello, qui est mort ce matin, m'a fort affligé. Ainsi tout finit !!....
Adieu, mon amie ; si tu peux contribuer à consoler la pauvre maréchale, fais-le.
Tout à toi.

Schoenbrunn, le 26 août

Je reçois ta lettre de Malmaison. L'on m'a rendu compte que tu étais grasse, fraîche et très bien portante. Je t'assure que Vienne n'est pas une ville amusante. Je voudrais fort être déjà à Paris.
Adieu, mon amie. J'entends deux fois par semaine les bouffons ; ils sont assez médiocres ; cela amuse les soirées. Il y a cinquante ou soixante femmes de Vienne, mais au parterre, comme n'ayant pas été présentées.

Nymphenbourg, le 21 octobre

Je suis ici depuis hier bien portant ; je ne partirai pas encore demain. Je m'arrêterai un jour à Stuttgart. Tu seras prévenue vingt-quatre heures d'avance de mon arrivée à Fontainebleau. Je me fais une fête de te revoir, et j'attends ce moment avec impatience. Je t'embrasse.
Tout à toi.

 

III. L'AMI

Trianon, le 25 décembre 1809, le divorce vient d'être décidé

Je me suis couché hier après que tu as été partie, mon amie. Je vais à Paris. Je désire te savoir gaie. Je viendrai te voir dans la semaine.
J'ai reçu tes lettres que je vais lire en voiture.

Paris, le 4 janvier 1810, jeudi soir

Hortense, que j'ai vue cette après-midi, m'a donné, mon amie, de tes nouvelles. J'espère que tu auras été voir aujourd'hui tes plantes, la journée ayant été belle. Je ne suis sorti qu'un instant, à trois heures, pour tuer quelques lièvres.
Adieu, mon amie ; dors bien.

Trianon, le 17 janvier

Mon amie, d'Audenarde, que je t'ai envoyée ce matin, me dit que tu n'as plus de courage depuis que tu es à Malmaison. Ce lieu est cependant tout plein de nos sentiments, qui ne peuvent et ne doivent jamais changer, du moins de mon côté.
J'ai bien envie de te voir, mais il faut que je sois sûr que tu es forte, et non faible ; je le suis aussi un peu, et cela me fait un mal affreux.
Adieu, Joséphine ; bonne nuit. Si tu doutais de moi, tu serais bien ingrate.

Mardi, à midi

J'apprends que tu t'affliges, cela n'est pas bien. Tu es sans confiance en moi, et tous les bruits que l'on répand te frappent ; ce n'est pas me connaître, Joséphine. Je t'en veux, et si je n'apprends que tu es gaie et contente, j'irai te gronder bien fort.
Adieu, mon amie.

Compiègne, le 21 avril

Mon amie, je reçois ta lettre du 19 avril ; elle est d'un mauvais style. Je suis toujours le même ; mes pareils ne changent jamais. Je ne sais ce qu'Eugène a pu te dire. Je ne t'ai pas écrit, parce que tu ne l'as pas fait, et que j'ai désiré tout ce qui peut t'être agréable.
Je vois avec plaisir que tu ailles à Malmaison, et que tu sois contente ; moi, je le serai de recevoir de tes nouvelles, et de te donner des miennes. Je ne t'en dis pas davantage, jusqu'à ce que tu aies comparé cette lettre à la tienne ; et, après cela, je te laisse juge qui est meilleur et plus ami de toi ou de moi.
Adieu, mon amie ; porte-toi bien, et sois juste pour toi et pour moi.

Juin

Mon amie, je reçois ta lettre. Eugène te donnera des nouvelles de mon voyage et de l'impératrice. J'approuve fort que tu ailles aux eaux. J'espère qu'elles te feront du bien.
Je désire bien te voir. Si tu es à Malmaison à la fin du mois, je viendrai te voir. Je compte être à Saint-Cloud le 30 du mois.
Ma santé est fort bonne ; il me manque de te savoir contente et bien portante. Fais-moi connaître le nom que tu voudrais porter en route. Ne doute jamais de toute la vérité de mes sentiments pour toi ; ils dureront autant que moi ; tu serais fort injuste si tu en doutais.

Saint-Cloud, le 14 septembre

Mon amie, je reçois ta lettre du 9 septembre. J'apprends avec plaisir que tu te portes bien. L'impératrice est effectivement grosse de quatre mois ; elle se porte bien, et m'est fort attachée. Les petits princes Napoléon se portent très bien ; ils sont au pavillon d'Italie, dans le parc de Saint-Cloud.
Ma santé est assez bonne. Je désire te savoir heureuse et contente. L'on dit qu'une personne chez toi s'est cassé la jambe en allant à la glacière.
Adieu, mon amie ; ne doute pas de l'intérêt que je prends à toi, et des sentiments que je te porte.

Paris, le 22 mars 1811

Mon amie, j'ai reçu ta lettre ; je te remercie. Mon fils est gros et très bien portant. J'espère qu'il viendra à bien. Il a ma poitrine, ma bouche et mes yeux. J'espère qu'il remplira sa destinée.
Je suis toujours très content d'Eugène ; il ne m'a jamais donné aucun chagrin.

Vendredi, 8 heures du matin, 1813

J'envoie savoir comment tu te portes, car Hortense m'a dit que tu étais au lit hier. J'ai été fâché contre toi pour tes dettes ; je ne veux pas que tu en aies ; au contraire, j'espère que tu mettras un million de côté tous les ans, pour donner à tes petites-filles, lorsqu'elles se marieront. Toutefois, ne doute jamais de mon amitié pour toi, et ne te fais aucun chagrin là-dessus.
Adieu, mon amie ; annonce-moi que tu es bien portante. On dit que tu engraisses comme une bonne fermière de Normandie.


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