le rayon documentaire


LE RAYON DOCUMENTAIRE : une sélection de brochures et petits opuscules conservés à la bibliothèque municipale de Lisieux.

CONNEXIONS INTERNET ET INTERTEXTUELLES (11.VII.00) : Vous pouvez voir et examiner tous les contextes d'un mot, d'un nom de lieu ou de personne, dans l'ensemble des textes en interrogeant les bases LexoTor (textes lexoviens indexés à Toronto). Pour vous donner une idée de l'intérêt de LexoTor, vous pouvez regarder aussi deux modèles de pistes indicatives d'explorations individuelles : le mot lettres dans les Archives des Sélections mensuelles; accusateur public et maîtresse dans Le Réquisitionnaire de Balzac.

Nouveau texte Annecy (1930) par Albert Besnard (1849-1934) : " IL y a des voyages dramatiques ; il y en a de doux - qui pourraient être terribles : celui de la Haute-Savoie est de cette catégorie. C’est un pays de montagnes parfois assez hautes qui, pendant l’été se drapent des lambeaux du premier nuage qui passe ; mais se coiffent de neige à l’automne ce qui leur donne un aspect redoutable. Au-dessus d’elles le roi de la contrée, le fantôme éternel, le géant des Alpes, le mont Blanc, hiver comme été, avertit les indiscrets qui prétendent à voir de près son visage, qu’au-dessus du plaisir de violer le silence des hautes solitudes planent toujours le vertige et le froid, frères de la mort. Comme pour tempérer la sévérité du paysage, tout en bas, s’étend un lac couleur d’espérance..."

Nouveau texte Napoléon au Panthéon de l'Histoire : Résumé de tout ce grand homme a fait de Merveilleux (1830) par Pierre Colau (1763-183..) : " Honneur à la liberté qui sur tous les théâtres de la capitale, ressuscite le grand homme dont l'ombre seule effrayait le gouvernement anti-national que la valeur des immortels enfans de Lutèce vient de renverser. Les destinées de Napoléon sont accomplies ; il n'est plus ! Cependant, il est encore de ces hommes à qui la nature sembler n'avoir donné des yeux que pour`ne point voir, qui demandent ce que deviendra sa mémoire ? C'est en résumant ce que le vainqueur des Rois de l'Europe a fait de grand, que nous répondons..."

Nouveau texte Derniers efforts du jésuitisme expirant : ses infamies, ses crimes et ses complots, définition de ce qu'on appelle la congrégation... (1830) par Pierre Colau (1763-183..).

Nouveau texte Crimes de la superstition et du fanatisme, occasionnés par l’intolérance religieuse... (1831) par Pierre Colau (1763-183..).

Paray-le-Monial (1926) par Henri de Régnier (1864-1936) : "PUISQUE j’ai parlé de Bouchu, il « faut que j’achève l’étrange singularité qu’il donna en spectacle, autant qu’un homme de son état en peut donner. C’était un homme qui avait une figure fort aimable et dont l’esprit, qui l’était encore plus, le demeura toujours. Il en avait beaucoup et facile au travail et fertile en expédients. Il avait été intendant de l’armée de Dauphiné, de Savoie et d’Italie, toute l’autre guerre et celle-ci. Il s’y était enrichi ; homme d’ailleurs fort galant et de très bonne compagnie. Lui et sa femme, qui était Rouillé, soeur de la dernière duchesse de Richelieu et de la femme de Bullion, se passaient très bien l’un de l’autre..."

La Touraine (1926) par René Boylesve (1867-1926) : " COMME Ronsard, nous allons faire « le voyage de Tours ». Nous ne le ferons pas en vers. Je n’en ai point à ma disposition qui vaillent ceux du poète vendômois : C’était au mois d’avril, Francine, il m’en souvient, | Quand tout arbre florit, quand la terre devient | De vieillesse en jouvence, et l’estrange arondelle | Fait contre un soliveau sa maison naturelle. | Nous risquerions, sur ces douze pieds, si alertes qu’ils soient, de trouver l’excursion un peu longue. Cependant, si j’ai prononcé le nom d’un poète, ce n’est pas sans dessein..."

Strasbourg (1929) par André Hallays (1859-1930) : "" JE n’avais fait que traverser l’Alsace au retour d’un voyage en Allemagne et ne connaissais guère que la cathédrale de Strasbourg et le musée de Colmar : je redoutais de me sentir un étranger sur une terre autrefois française. Au printemps de 1903, la Société industrielle de Mulhouse m’invita à donner une conférence chez elle. Je me décidai à profiter de cette occasion pour visiter le reste de l’Alsace..."

Cluny (1928) par Albert Thibaudet (1874-1936) : " AU Français qui voyage en Allemagne, vous savez quelle est la première question que l’on pose : « Êtes-vous de Paris ? » Une réponse négative vous fait considérer comme un Français de deuxième zone, et même comme rien du tout. Ces Germains ignorent que, sauf des exceptions, en France on n’est pas de Paris. On va à Paris, ou on en vient, ou on y passe, ou vos parents y sont venus, ou vous y êtes venu, mais enfin, dans le monde de l’esprit tout au moins, Paris est associé à des valeurs de mouvement, de conquête, de départ, d’arrivée, de circulation..."

Les musiciens les philosophes et les gaietés de la musique en chiffres : Réponse à Monsieur Francisque Sarcey (1870) par Oscar Comettant (1819-1898) : " Vous n’êtes pas heureux quand vous parlez musique, monsieur et très-honoré confrère. Vous la comprenez mal. Il est vrai que vous l’avez apprise sur le tard, par la méthode Chevé..."

Les guérisseurs et les éclopés dans l’oeuvre de Quast (ca1922) ; Trois pharmacies de poche (1922) ; Une épidémie de hoquet à Tournai en 1413 (1922) par Jean-Joseph Tricot-Royer (1875-1951).

Un Bal d’Etudiants (Bullier) : notice historique... par un ancien contrôleur du droit des pauvres (1908) :  "Il y a quelques années, on pouvait lire à la quatrième page des journaux l’annonce de la mise en vente dans l’étude de Me Prudhomme, notaire à Paris, de BULLIER, le célèbre bal de la jeunesse des Ecoles, connu de nos pères sous le nom de CLOSERIE DES LILAS. Certes, cette grave nouvelle ne tarda pas à faire son tour de France, et nombre de compassés magistrats, solennels notaires ou sévères médecins, du fond de leur province, n’ont pu se défendre d’un soupir de regret en songeant que la vieille salle mauresque de l’avenue de l’Observatoire, témoin de leurs ébats capiteux de la vingtième année, allait peut-être disparaître à jamais !.."

De la sériciculture en France (1865) par Georges Renaud : " La question séricicole n’est pas absolument nouvelle. Maintes fois déjà, elle avait fixé l’attention des divers gouvernements qui se sont succédé en France, quand, à des intervalles très-éloignés, de violentes épidémies s’étaient abattues sur nos races de vers à soie. Cependant, jamais l’état de souffrance n’avait été aussi grave qu’il l’est de nos jours ; jamais on n’avait vu la récolte annuelle des cocons tomber de 100 millions de francs (chiffre moyen d’une année) à 34..."

Passions et vanités (1926) par la Comtesse Anna de Noailles (1876-1933) :  " LES femmes m’en voudront-elles de leur dire que je ne m’habitue pas à leur grand mépris de la chevelure d’Yseult, voile d’or sur le vaisseau de Tristan ; à leur dédain de la fringante coiffure de Diane, et même de cet étroit anneau bombé, délicat comme la châtaigne, qui repose sur le col grec de la « Jeune fille aux osselets » ? Silencieuse par politesse devant tant de subits pages florentins et de japonais aux joues roses, je leur fais pourtant un grief de leurs cheveux courts, de cette suppression de rêve, d’ingéniosité, de réussite autour du visage. Je leur reproche ce dépouillement de la nuque, lieu secret, amoureux de l’ombre, modelé pour supporter le coquillage soyeux, rêche, sombre, doré, ou bien pour paraître effronté par l’élancement, jusqu’au sommet de la tête, de la parure vivante qui vient s’y abattre ou s’y épanouir..."

 Notice sur l'île d'Elbe, contenant la description de ses villes, ports, places fortes, villes, bourgs, villages, l’état de sa population, ... (1814) : "ELBE, nommée en grec Æthalia, Ilva en latin, Elba en italien, est une île située dans la mer Méditerranée, sur les côtes de la Toscane, à 4 lieues de la terre ferme de l’Italie ; à 13 lieues de l’île de Corse, à 45 de Rome, à 85 de Naples, et à environ 230 de Paris. Elle était connue des anciens, puisqu’on rapporte qu’elle était déjà peuplée que Rome n’était pas encore bâtie. Cette île forme un triangle presque équilatéral ; elle a vingt-six lieues de circonférence, à raison des enfoncements et des recoins qu’en présentent le côtes. En 1778, sa population était à peine de 8,000 habitants, aujourd’hui elle s’élève à 11,380. Le plus long jour y est de quinze heures, et le pôle s’y élève à la hauteur de 41 degrés et demi. Outre les cartes particulières où l’on trouve cette île, il en a paru une à Venise, qui a pour éditeur Bertelli, et qui se distingue par son exactitude de toutes les autres cartes de la Toscane..."

Les grandes erreurs judiciaires par Marcel Nadaud & Maurice Pelletier : Les grandes erreurs judiciaires : Un drame paysan (Petitdemange) ; Il ne s’était pas rendu (Lieutenant Chapelant) ; Le pigeonnier du vieux flamand (Strimelle) (1926).

Les pauvres : physiologie de la misère (1841) par Louis Mathurin Moreau-Christophe (1799-1881) : "DANS la distribution des maux de cette terre, chaque peuple a eu son fléau, chaque époque sa plaie. Tantôt ç’a été la famine, tantôt la peste, tantôt la guerre, tantôt les inondations, tantôt le bouleversement des idées, des fortunes, des religions, des empires. Sous quelque forme que ces maux se soient produits, ils ont toujours eu pour effet un autre mal, - le seul qui toujours ait survécu à tous les autres ; - mal chronique, enraciné, persistant ; mal qui prend chaque jour une extension terrible, fatale, immense… LA MISÈRE !..."

Les grandes erreurs judiciaires par Marcel Nadaud & Maurice Pelletier :  L’empoisonneuse de Choisy (Julie Jacquemin) ; Le couteau du boucher (Pacotte) ; Le calvaire d’un instituteur (Pierre Vaux) ; Une petite oie blanche (La Roncière) ; L’incendiaire au village (Maximilien Flament) (1926).

 Images de Majorque (1925) par Louis Codet (1876-1914) : "Qu’il est donc délicieux d’arriver, à l’aurore, dans un port inconnu ! c’est une des plus douces choses de la vie, et je ne crois pas qu’on puisse se blaser sur cette surprise. Tandis que le vapeur glisse silencieusement sur les flots calmes de la rade, on contemple alentour ces rivages dentelés, ces monuments, ces maisons étrangères ; le demi-jour leur laisse un air d’apparition ; l’on goûte un étonnement d’une qualité rare ; ces montagnes et cette ville, sorties des eaux, c’est la nouveauté en sa fleur..."

 Le bas-bleu (1842) par Jules Janin (1804-1874) : "ON cherche encore l’origine de cette très-expressive et très-juste dénomination : le Bas-bleu. D’où vient ce mot et que veut-il dire ? Dans un de ses magnifiques accès de mauvaise humeur, lord Byron s’en est servi pour désigner la race, toute moderne, des malheureuses créatures féminines qui, renonçant à la beauté, à la grâce, à la jeunesse, au bonheur du mariage, aux chastes prévoyances de la maternité, à tout ce qui est le foyer domestique, la famille, le repos au dedans, la considération au dehors, entreprennent de vivre à la force de leur esprit. On les a appelées bas-bleus pour deux ou trois motifs que Byron n’explique pas, mais qu’il est facile d’expliquer..."

Le maître de chausson (1842) par Théophile Gautier (1811-1872) : "VOUS avez sans doute vu, si le hasard ou toute autre raison vous a conduit aux barrières, aux Funambules, sur la place Maubert, dans la rue Mouffetard, ou tout autre lieu fréquenté par cette intéressante partie du peuple français que l’on désigne sous les dénominations de gamins, de titis et de voyous, deux champions en attitude, agitant les bras et les jambes avec des gestes bizarres, et prononçant la phrase sacramentelle : « Numérote tes os, que je te démolisse ! » et vous avez passé en détournant la tête, car au bout de quelques secondes le sang jaillissait des nez réciproques, et de larges iris ne tardaient pas à cercler d’auréoles prismatiques les yeux des combattants..."

La belle-mère (1842) par Anna Marie : " IL existe ici-bas une pauvre créature assez généralement insupportable à ceux qui l’entourent, et détestée par tradition de génération en génération, depuis que la terre en produit ; un être dont le nom déplaît, dont la présence importune, qu’on veut fuir à cent lieues et même à mille, et que pour toutes ces raisons peut-être, et pour bien d’autres encore, nous plaignons pourtant de toute notre âme..."

L’homme sans nom (1842) par Taxile Delord (1815-1877) : " IL est une classe d’hommes que la société rejette de son sein, tribu maudite qui se perpétue dans le vice, caste anathématisée dont tout le monde évite le contact. Sous le péristyle des théâtres, chez le marchand de vin à double industrie, au milieu de tous les grands centres où la débauche s’étale sous la surveillance de la police, on rencontre ces parias que l’on reconnaît à leurs traits flétris, à leur langage cynique, et même à leur costume. Leur existence est vagabonde ; ils passent d’une femme à l’autre pour un peu d’or ; ce sont les condottieri de l’amour ignoble, ils naissent de la prostitution comme ces insectes qui sortent de la boue ; ils en forment la partie la plus honteuse : c’est infamie de l’infamie, et la pourriture de la pourriture...."

La première amie (1842) par Charles Paul de Kock (1793-1871) : "NE vous méprenez pas à ce titre ; ne croyez pas qu’il s’agisse ici pour un homme de sa première connaissance, de sa première maîtresse, de ses premières amours enfin. A ce compte, comme tous les hommes ont eu plusieurs liaisons galantes, chacun d’eux aurait eu une première amie. Ce n’est pas ainsi que je l’entends : nos connaissances les plus intimes n’ont pas toutes été nos amies ; ce titre, si doux quand il est mérité, ne doit pas se prodiguer aussi facilement que les noms d’amants et de maîtresses..."

Bulletin des modes et de l'industrie, 25 février 1849 par V. de R....

Les enfants à Paris (1841) par Mathurin- Joseph Brisset (1792-1856) : "PARIS, l’Eldorado des femmes opulentes, le lieu d’épreuves des maris, qu’est-il pour les enfants du riche ? Une serre chaude,  un de ces fours qui, pour quelques poulets qu’ils font sortir de leurs coquilles avant le temps, étouffent les autres dans leur oeuf cuit à ce souffle de précocité, meurtrier, à force d’être actif..."

Le tyran d’estaminet (1841) par Charles Rouget : "IL n’y a plus en France de tyran couronné, mais une moitié de la population est occupée à tyranniser l’autre. Quelle est à cette heure, je ne dis pas la nation, mais la famille qui ne soit, à des degrés différents, soumise au despotisme de l’un de ses membres ? Et d’ailleurs, que gagnerait le peuple aux révolutions, si chacun n’appliquait à son usage particulier la tyrannie précédemment monopolisée au profit d’un seul ?.."

La maîtresse de maison de santé (1841) par Frédéric Soulié (1800-1847) : "AVANT de faire le portrait de l’individu, essayons de donner une description de l’endroit où on le trouve, du cadre où il pose, ou, si vous l’aimez mieux, de la contrée où il règne. La maison de santé est presque toujours logée dans quelque vieil hôtel dont les vastes appartements du rez-de-chaussée sont affectés au service commun, au grand et au petit salon, à la salle à manger, au parloir, etc. Les étages supérieurs sont divisés en une foule de petits appartements qui sont affectés aux malades de première qualité. Ceux du second ordre sont casernés dans les chambres que l’on a pratiquées sous les combles..."

Le second mari (1841) par Frédéric Soulié (1800-1847) : "LA nature a ses types, la société a ses types, toute nation a ses types, et enfin chaque époque a ses types. L’avare, le vaniteux, le fanfaron, appartiennent à la nature, et elle les a semés partout où elle a jeté des hommes. Dès que la société a été organisée, elle a tout aussitôt créé les siens. Ainsi le juge, soit qu’il applique la loi de Dracon ou le Code pénal ; le commerçant, soit qu’il vende des nègres ou des rentes sur l’état ; le militaire, soit qu’il marche le pot en tête ou le fusil à l’épaule ; le médecin, soit qu’il suive la doctrine d’Hippocrate ou celle de Hannman, ont des traits caractéristiques généraux qui se retrouvent toujours et partout. Au contraire de ceci, le climat, les productions du sol, la disposition géographique, ont fait à chaque peuple des types particuliers ; ainsi le mangeur d’opium, le buveur de bière..."

 Le gniaffe (1841) par Petrus Borel (1809-1859) : "LE gniaffe arrivé, le gniaffe maître, le gniaffe possédant un établissement est trop généralement répandu, et trop à la portée de tout le monde, pour que nous nous y appesantissions beaucoup. Ce n’est pas de cet enfant du siècle, bon lecteur, que nous avons à t’entretenir ; tu le connais de reste ce débitant vulgaire qui parle à la troisième personne, qui dit : « Monsieur veut-il ses bottes plus carrées ? Que souhaite madame ? Offrirai-je un siége à monsieur ?... » Nature servile et bâtarde, polie par son frottement aux honnêtes gens qu’elle chausse ; épine dorsale flexible et docile ; bouche assouplie, faite au mensonge et professant le mot flatteur !... Non, non, ce n’est pas là l’objet de notre choix ; ce n’est pas là notre héros, ce n’est pas là notre Ulysse… Notre Priam à nous, c’est le gniaffe au coeur noble, à l’âme élevée et ombrageuse, qui, en dépit de toutes les sirènes de la corruption, s’est maintenu dans l’indépendance la plus absolue et la plus primitive !.."

Le goguettier (1841) par Louis-Auguste Berthaud (1810-1847) : " LES électeurs parisiens à 200 francs et au-dessus, les hommes d’ordre et de boutique ont entendu prononcer le nom du goguettier une ou deux fois au théâtre des Variétés, et ils savent, c’est-à-dire ils croient qu’il se nomme Loupeur ou Balochard. Pour eux, c’est l’ouvrier imprévoyant et viveur, hâbleur, conteur, gaudrioleur et mauvaise tête, allant boire à la barrière et dépenser en deux jours, le dimanche et le lundi, ses économies de toute la semaine ; c’est encore celui qui, sans sortir de Paris, use sa journée et les manches de sa chemise à rouler de cabaret en cabaret, se frottant à tous les murs et se brûlant l’estomac avec les compositions lithargineuses du marchand de vin. Hors de là, les Parisiens ne voient plus de goguettiers, mais déjà des goipeurs, déjà des vauriens, déjà des gens à tout faire, et devant lesquels il est prudent d’allonger le pas entre minuit et cinq heures du matin..."

La Dévote (1841) par Jules Janin (1804-1874) : " GRACE à Dieu, il n’est pas de révolution en ce monde qui, à le bien prendre, n’ait en soi quelque chose de bon. La révolution de juillet, par exemple, nous a délivrés à tout jamais d’un abominable fléau qui menaçait de reparaître dans nos moeurs, je veux dire l’hypocrisie religieuse, la pire espèce de toutes les hypocrisies. Quand tous les honnêtes gens qui croient encore en Dieu, et qui n’ont pas relégué l’Évangile avec les livres des philosophes, ont pu aller à l’église tête levée sans être soupçonnés d’ambition ou de flatterie, l’église s’est remplie, à toutes les heures du jour, d’une noble foule. Les honnêtes gens ne se sont plus cachés pour y venir. La religion catholique, n’étant plus protégée par personne, rentrait dans le droit commun, ou, pour mieux dire, dans le droit divin. A nous aussi, puisque maintenant il est bien reconnu que la loi est athée, puisqu’il n’y a pas de roi dévot, de cour dévote, plus de congrégations religieuses qui nous espionnent et qui comptent sur nos signes de croix, il nous est bien permis de célébrer le type féminin le plus charmant qui se puisse présenter à l’étude et à l’observation des moralistes contemporains..."

 Dîneurs et dîners d'autrefois (1910) par Victor Du Bled (1848-1927) : "La science de gueule, qui n'est pas aussi dégénérée que l'affirment certains pessimistes, qui n'a pas de plus cruel ennemi que le féminisme, et demeure la science sociale par excellence, fut consacrée par les religions de l'antiquité, et garda même dans les temps modernes un caractère presque hiératique, par la gravité solennelle des rites et du cérémonial qui l'entourait notamment à la Cour. Faut-il voir un ressouvenir de cette étiquette mystique dans ce trait de Du Guesclin, avant de marcher à un combat singulier, avalant trois pommes « en l'honneur des trois personnes de la très sainte trinité » ?... "

Les visites (1910) par Victor Du Bled (1848-1927) : "Il en est un peu des visites comme de la langue, de l'argent, du régime parlementaire, des chemins de fer, de la mode ; elles présentent beaucoup d'avantages et maint inconvénient, elles prouvent souvent l'amitié et souvent aussi la futilité, l'envie de se décharger sur les autres de son propre ennui ; elles suscitent d'admirables improvisations, des traits d'esprit tombés du ciel ou venus en droite ligne de l'enfer, et en général elles n'aboutissent qu'à un échange de lieux communs, de formules consacrées. Je sais des visites d'où ont jailli l'amour, le mariage de deux êtres qui une heure avant ne pensaient nullement l'un à l'autre..."

L'Élite et la foule (1910) par Gustave Le Bon (1841-1931) : "Le monde moderne se trouve en présence d'un problème, lentement grandi à travers les siècles et qu'il faudra résoudre sous peine de voir certains peuples sombrer dans la barbarie. Une des caractéristiques les plus certaines, quoique fort méconnue de la civilisation moderne, est la différenciation progressive des intelligences et par conséquent des situations sociales. Malgré toutes les théories égalitaires et les vaines tentatives des codes, cette différenciation intellectuelle ne fait que s'accentuer, parce qu'elle résulte de nécessités naturelles que les lois ne sauraient changer..."

Le Fatalisme moderne et la dissociation des fatalités (1910) par Gustave Le Bon (1841-1931) : "On ne peut pressentir les destinées d'une génération qu'en étudiant les idées directrices qui orientent ses volontés et déterminent sa conduite. Mais où les découvrir, ces idées ? Ce n'est certes pas dans les actes des multitudes. Elles possèdent des appétits et non des pensées. Sera-ce chez les intellectuels qui font des livres et prononcent des discours ? Ils ne nous donnent le plus souvent que le reflet d'opinions adoptées pour séduire leurs auditeurs ou leurs lecteurs. Malgré la difficulté de dégager nettement les idées d'une génération, on peut cependant en acquérir une notion approximative par l'enseignement des maîtres les plus écoutés. De récents discours académiques, ceux notamment de MM. Lavisse et Pierre Loti, trahissent clairement les préoccupations actuelles des guides de la jeunesse..."

Les Illusions des théories politiques (1910) par Gustave Le Bon (1841-1931) : "Un épais brouillard entourait le pont jeté sur le fleuve qui divise l'antique cité de Huy, en Belgique, et sur lequel je m'étais arrêté un instant. Derrière l'épais manteau de brume l'enveloppant s'entrevoyaient des masses monumentales imposantes. C'était pour moi l'inconnu et j'attendis qu'il se dévoilât. Soudain, un clair rayon de soleil dissipa les nuages et, dans une vision imprévue, surgirent, séparés par le fleuve, deux mondes, deux expressions de l'humanité dressées en face l'une de l'autre et qu'au premier coup d'oeil on devinait menaçantes, inconciliables et terribles..."

Les Premières armes du Symbolisme (1889) par Jean Moréas (1856-1910) : "… Tandis que le Naturalisme essaye vainement de casser les ailes à la fantaisie et de mettre l’imagination sous clef, la fantaisie s’enfonce dans le pays des rêves d’un vol fou et l’imagination vagabonde dans les plus étranges sentiers. Jamais on n’aura mieux vu combien l’esprit humain est incompressible, et combien il est chimérique de prétendre l’enfermer dans les règles étroites d’un système qu’à notre époque, où à côté d’une brillante école de romanciers uniquement épris de réalités, s’est formée une école de poètes réfugiés, comme le savant de Hawthorne en sa serre, dans un monde absolument artificiel. Point d’antithèse plus tranchée..."

Paysages et sentiments (1905) par Jean Moréas (1856-1910) : "L'Automne va céder à l'Hiver, et, bientôt, les derniers rayons de novembre s'éteindront avec mélancolie. Douce et féconde saison, ô déesse ! déjà les pampres de ta chevelure se délient et la belle grappe de raisin que lève ta dextre s'égrène à tes pieds. Les présents que tu offres aux mortels n'envahissent plus tes corbeilles et les cris joyeux de la vendange ont cessé de retentir autour de la cuve..."

Il Libro della mia Memoria (1905) par Marcel Schwob (1867-1905) : "Le souvenir de la première fois où on a lu un livre aimé se mêle étrangement au souvenir du lieu et au souvenir de l'heure et de la lumière. Aujourd'hui comme alors, la page m'apparaît à travers une brume verdâtre de décembre, ou éclatante sous le soleil de juin, et, près d'elle, de chères figures d'objets et de meubles qui ne sont plus. Comme, après avoir longtemps regardé une fenêtre, on revoit, en fermant les yeux, son spectre transparent à croisières noires, ainsi la feuille traversée de ses lignes s'éclaire, dans la mémoire, de son ancienne clarté..."

Jean de Tinan (1905) par Henry Delormel (18..-1930) : "Ceci est un essai de Biographie passionnée et eut dû comporter comme sous-titre « la Passion de Notre Ami Jean de Tinan » ou « Un Héros selon le nouvel évangile », héros dans le sens qu'y attachait Carlyle et Evangile selon Nietzsche..."

Le Notaire (1840) par Honoré de Balzac (1799-1850) : "VOUS voyez un homme gros et court, bien portant, vêtu de noir, sûr de lui, presque toujours empesé, doctoral, important surtout ! Son masque bouffi d’une niaiserie papelarde qui d’abord jouée, a fini par rentrer sous l’épiderme, offre l’immobilité du diplomate, mais sans la finesse, et vous allez savoir pourquoi. Vous admirez surtout un certain crâne couleur beurre frais qui accuse de longs travaux, de l’ennui, des débats intérieurs, les orages de la jeunesse et l’absence de toute passion. Vous dites : Ce monsieur ressemble extraordinairement à un notaire..."

Le Modèle (1840) par Émile Gigault de La Bédollière (1812-1883) : " VOULEZ-VOUS un Spartacus, un César, un Cicéron, un saint Étienne, un Clovis, un Molière, etc. ? Souhaitez-vous faire revivre sur la toile une notabilité quelconque de l’antiquité ou des temps modernes ? Vous faut-il un baron féodal ou un serf, un Européen ou un sauvage, un martyr ou un Jupiter-Olympien, un discobole ou un soldat de la république française ? Allez-vous-en dans une de ces rues sales et tortueuses dont fourmille notre belle capitale ; montez un escalier qui tient le milieu entre une échelle et un mât de cocagne, et là, au fond de quelque grenier, vous trouverez la notabilité demandée, le saint, l’empereur, le roi, le poëte, le guerrier, ad libitum, dans la personne du modèle..."

L'Humanitaire (1840) par Raymond Brucker (1800-1875) : "L’HUMANITAIRE est le zélateur d’une secte récente, née du dégoût de nos troubles politiques, et qui n’a de barbare que le nom ; mais les noms inusités blessent le tympan du vulgaire et sont frappés d’anathème, car l’inusité fait peur aux enfants. Or, les peuples sont des enfants irascibles et de piètre tolérance, témoin Socrate, empoisonné légalement pour avoir eu l’audace de faire planer un seul Dieu, l’éternel géomètre, sur la cohue lascive et déréglée des dieux de l’Olympe ; témoins les adeptes du Christ livrés aux jeux du Cirque..."

Le Facteur de la poste aux lettres (1840) par J. Hilpert (18..-18..) : "VOUS avez passé la nuit au bal. - Il est midi. - Vous vous levez, l’oeil encore appesanti par le sommeil. On sonne à votre porte. « Qui est-ce qui est là ? - Le Facteur qui demande à parler à monsieur. - Le diable t’emporte ! » Et tout en murmurant ces paroles d’un fatal augure pour le visiteur, vous ouvrez. « Monsieur, c’est votre Facteur qui prend la liberté de vous souhaiter la bonne année et de vous offrir un almanach..."

Un mot sur la politique française en Algérie (1870) : "Si nous demandons aux colons algériens pourquoi leur situation est si précaire, ils nous répondront que la faute en est au régime militaire. En apparence, les colons ont raison : L’esprit militaire, qui est un esprit de subordination, exclut l’initiative individuelle qui crée la richesse sociale et fait la grandeur réelle des empires. La discipline militaire, qui produit l’unité essentielle à une forte armée, a pour inconvénient grave de neutraliser les forces productives du soldat et de le rendre très imprévoyant. On conçoit aisément que si une semblable disposition d’esprit prédomine dans les institutions civiles d’un pays conquis, elle doit tout stériliser..."

La Fruitière (1840) par François Coquille : "QUAND on s’est promené dans Paris, et que l’on a passé en revue ces boutiques étincelantes de dorure, aux marbres précieux, aux glaces richement encadrées, véritables salons où le chaland confus n’ose pas entrer, et dont il s’éloigne avec son argent, on s’arrête avec plaisir devant le modeste étalage de la fruitière. Rien n’est plus frais, et ne repose plus agréablement les yeux et la pensée..."

La Loueuse de chaises (1840) par François Coquille : "A ne considérer une église que sous le point de vue terrestre et temporel (notre profond respect nous commande d’écarter l’autre avec soin), on pourrait la désigner ainsi : - un édifice orné d’une loueuse de chaises. Aujourd’hui que la forme d’architecture ne dit plus rien, ce signe est fidèle et sûr. Voyez nos modernes basiliques : elles veulent, les orgueilleuses, se passer de cloches et de clocher, cette enseigne longtemps proverbiale ; mais aucune ne prétend se passer de loueuse de chaises. C’est l’être nécessaire sans lequel une église ne se conçoit pas, qui la distingue des autres monuments, qui lui donne le mouvement et la vie, en un mot, qui la fait église..."

L'Employé (1840) par Paul Duval : "IL en est de l’employé comme de ces lépidoptères dont les naturalistes comptent des variétés innombrables. Il existe mille nuances d’employés, mais pour l’observateur qui les examine avec soin, la loupe à l’oeil, toutes ont entre elles de nombreuses ressemblances, de frappantes analogies. A quelque espèce de la grande famille administrative qu’ils appartiennent, on reconnaît toujours en eux l’influence d’un but unique, les mêmes préoccupations, une commune destinée..."

Le Croque-mort (1840) par Petrus Borel : (1809-1859) : " SI c’était au jardin des Plantes ou sous les voûtes de la Sorbonne que j’eusse à parler de notre héros, je le scinderais dans tous les sens, je le ramifierais à l’infini, j’en formerais mille combinaisons des plus ingénieuses ; mais ici où nous ne recevons point d’appointements royaux pour troubler la limpidité de notre sujet, je dirai simplement qu’il n’y a que trois espèces de croque-morts réellement distinctes, à savoir : le croque-mort de la mairie, le croque-mort suppléant et le croque-mort de raccroc..."

A nos Amis (1848) par Alfred Nettement (1805-1869) : " Nous arrivons à une situation qui doit imposer aux propriétaires des meilleurs crus la nécessité de vendre eux-mêmes leurs produits. La fraude et l'altération des vins, ces deux fléaux qui nuisent, par suite de la solidarité commerciale, même aux maisons les plus honnêtes, portent une atteinte fâcheuse à la confiance que les intermédiaires pourraient d'ailleurs inspirer. Il convient donc que des rapports directs s'établissent entre le producteur et le consommateur..."

La Nourrice sur place (1840) par Amédée Achard (1814-1875) : "SI j’avais l’honneur d’être père de famille, je n’oserais pas écrire cet article, tant je craindrais d’exposer ma race au ressentiment des nourrices futures ; il y a trop de petits vices, trop de péchés mondains, trop de qualités négatives à dévoiler. La seule chose qui pourrait peut-être accroître mon courage, c’est cette pensée consolante qu’en général les nourrices ne savent pas lire..."

Polichinelle (1831) par Charles Nodier (1780-1844) : "Polichinelle est un de ces personnages tout en dehors de la vie privée, qu’on ne peut juger que par leur extérieur, et sur lesquels on se compose par conséquent des opinions plus ou moins hasardées, à défaut d’avoir pénétré dans l’intimité de leurs habitudes domestiques. C’est une fatalité attachée à la haute destinée de Polichinelle. Il n’y a point de grandeur humaine qui n’ait ses compensations..."

L'Institutrice (1840) par Louise Colet (1808-1876) : "DANS l’institutrice nous ne comprendrons pas la maîtresse de pension, type fort distinct de celui que nous allons analyser. La maîtresse de pension a presque toujours de quarante à soixante ans : elle est plutôt l’administrateur que le professeur de l’établissement qu’elle dirige. Elle en soigne les revenus mieux que les études ; et il est plus utile et plus productif pour elle d’être une bonne ménagère qu’une femme instruite. Pour la surveillance des leçons, elle s’en repose sur les sous-maîtresses à ses gages..."

Un Voyage en omnibus de la Barrière du Trône à la Barrière de l'Étoile (1831) par Ernest Fouinet (1799-1845) : "Le 6 août 1670, en présence de Colbert, Claude Le Pelletier, prévôt des marchands, assisté de ses échevins, posa, au nom de la ville de Paris, la première pierre d’un grand arc de triomphe consacré par la cité reconnaissante à Louis XIV, le roi victorieux : ce fut à la barrière du Trône. Le 15 août 1806, en présence du comte Montalivet, le comte Frochot, préfet de la Seine, assisté de ses douze maires, posa, au nom de la ville de Paris, la première pierre d’un grand arc de triomphe consacré par la cité reconnaissante à Napoléon, l’empereur victorieux : ce fut à la barrière de l’Étoile..."

Chroniques (1895) par Jean-François Renkin (1872-1906), versions wallonne et française

Croquis (1894-1898) par Jean-François Renkin (1872-1906), versions wallonne et française

La police littéraire (1859) par Charles Monselet (1825-1888)  : "Il vient de mourir un homme, bien connu de M. le baron Taylor, qui laisse après lui des plans bizarres, des projets de toute sorte. Entre autres choses, cet homme avait rêvé une organisation nouvelle pour la Société des Gens de Lettres, organisation fondée sur les habitudes et les moeurs de chacun de ses membres. Pour arriver à un ensemble suffisant d’études, il n’avait pas reculé devant l’établissement d’une petite police particulière, chargée de le renseigner jour par jour sur les illustrations et les quarts d’illustrations de notre temps. Nous avons obtenu communication de quelques-uns de ces rapports ; leur singularité, leur nouveauté nous engagent à les placer sous les yeux de nos lecteurs..."

Mon ennemi (1859) par Charles Monselet (1825-1888) : "Il y a longtemps de cela ; mettons cinq ans, mettons huit ans même. Je faisais alors de la littérature singulière, c’est-à-dire, je ne m’occupais en aucune façon de mes confrères ; je ne songeais nullement à regarder par-dessus leurs épaules pour surprendre leurs procédés ; leurs habitudes et leurs manies m’étaient entièrement indifférentes. Comme un élève, le dernier venu dans un atelier de peinture, je m’étais modestement assis loin d’eux, me contentant de copier les portions les plus élémentaires du modèle qui posait pour tout le monde. Lorsque j’y pense, je devais paraître un être bizarre : j’avais l’admiration, la timidité, le silence..."

La rosière, ballet-d'action en deux actes (1783) par Maximilien Gardel (1741-1787) : "LE Théâtre représente la Place du Village, garnie d’Arbres et de Maisons. A droite est celle du Bailli, vis-à-vis est une Fontaine, et au fond un Côteau, sur lequel il y a plusieurs Chaumières. A gauche on voit un Mur, une Grille et de grands Arbres qui annoncent le Parc du Château. Au milieu de la Place est une Statue de l’Innocence, couronnée de fleurs, tenant une espèce de légende, sur laquelle on lit le vers suivant ..."

La bibliothèque (1859) par Charles Monselet (1825-1888) : "... (La grande salle de lecture de la Bibliothèque, rue Richelieu. On entend un bruit de portes. Les gardiens sortent. Au dehors, on lit sur un écriteau : - LA BIBLIOTHÈQUE SERA FERMÉE DU 1er au 30 SEPTEMBRE.).
M. DE BACHAUMONTdescendant, le premier, de son rayon. - Ouf ! les voilà partis ! ont-ils assez, depuis un an, déchiré mes feuilles et compromis mes dentelles ! Quelle rage de chroniques et de nouvelles à la main les a donc saisis ? Il ne me reste plus à présent une seule anecdote, un seul quatrain ; ils m’ont tout dérobé ; je suis à sec..."

Le siège de la Revue des Deux-Mondes (1859) par Charles Monselet (1825-1888) : "Le théâtre représente le cabinet de la rédaction de la Revue des Deux Mondes, au premier étage d’une sombre maison de la rue Saint-Benoît. Décoration d’une simplicité austère. Au lever du rideau, les principaux rédacteurs sont groupés dans des positions différentes autour du secrétaire, le fidèle de Mars. Ils lui témoignent par leurs gestes un respectueux empressement. Celui-ci les accueille avec bonté et leur apprend que le maître va bientôt se rendre dans cette galerie : s’il est en retard, c’est que sans doute il aura veillé plus que de coutume en lisant un travail de Saint-René-Taillandier..."

Principes du socialisme (1895) par Anatole Baju (1861-1903) : "Pour qu'un système social prétende à la perfection, il doit embrasser dans ses cadres les homme de tous les pays, les conduire à leurs fins présentes et préparer leurs fins futures. Quelles sont donc ces fins, c'est-à-dire quel doit être le but de nos efforts? Est-ce pour jouir ou pour souffrir que nous vivons ? Les prêtres et les philosophes officiels affirment que nous sommes nés pour les privations, pour les douleurs, et que nous devons nous résigner à notre triste sort..."

Rapport sur les remontes de l'armée par Monsieur le Lieutenant général marquis d'Oudinot, rapporteur de la Commission spéciale des remontes : 18 mars 1842 : " Pénétré de la nécessité d’assurer, en tout temps, de bonnes remontes indigènes à nos corps de troupes à cheval, résolu de ne rien négliger pour affranchir le pays du tribut que nous payons si souvent à nos voisins, par l’importation de chevaux étrangers en France, vous avez adopté, depuis quinze mois, des dispositions qui ont une grande importance : elles ne peuvent être trop connues. Pour en apprécier la portée et les conséquences, il faut les envisager dans leur ensemble..."

A propos du Nouveau Manuel d’Équitation et de Dressage (1912) par Lieutenant-colonel Henri Blacque-Belair : " Le décret du 17 juillet 1876, portant règlement sur les exercices de la cavalerie, qui a servi de guide à cette arme depuis trente-cinq ans, posait en principe - comme ses devanciers - que l’instruction militaire comprend deux branches principales : l’instruction équestre et l’instruction militaire proprement dite. En résumant en quelques pages succinctes les règles destinées à l’éducation équestre des recrues et au dressage des jeunes chevaux, la Commission chargée d’élaborer le Règlement de 1876, dans sa hâte de mettre sur pied une œuvre indispensable à la réorganisation de la cavalerie, allait au plus pressé..."

Physiologie de la femme (1842) par Etienne de Neufville  (1815-1869)  : " A la voix du Créateur, le paradis terrestre était sorti tout paré de verdure et de fleurs du sein du chaos ; l’eau tombait en cascade des rochers ; la cime des arbres se balançait voluptueusement sous les limpides rayons de l’astre nouveau-né ; tout respirait le bonheur et l’ivresse ; le premier homme seul languissait dans son isolement, et se demandait pourquoi les poissons dans les eaux, les oiseaux dans les airs, et tous les animaux sous les ombrages des forêts, folâtraient deux à deux en se prodiguant mille caresses, car il n’avait rien compris à ces paroles..."

Les Locutions nantaises (1884) par Paul Eudel (1837-1911) : " Ah ! quel monde de souvenirs vous venez de réveiller en moi avec votre petit dictionnaire ! Toute mon enfance y a passé ; je me suis vu revivre dans la partie de ma vie qui m'est la plus chère, et j'ai vu réapparaître aussi ma ville natale, ma ville que j'aime tant et que je n'ai jamais oubliée après tant d'autres cités parcourues. Une expression m'a rendu une sensation, un mot m'a rappelé un quartier. On devrait faire pour chaque ville un vocabulaire intime ; le coeur en battrait plus fort à quelques-uns, comme il vient de me battre tout à l'heure, en lisant les épreuves du petit livre si curieux que vous avez bien voulu me communiquer..."

L'épicier (1840) par Honoré de Balzac (1799-1850) : "D’AUTRES, des ingrats passent insouciamment devant la sacro-sainte boutique d’un épicier. Dieu vous en garde ! Quelque rebutant, crasseux, mal en casquette que soit le garçon, quelque frais et réjoui que soit le maître, je les regarde avec sollicitude et leur parle avec la déférence qu’a pour eux le Constitutionnel. Je laisse aller un mort, un évêque, un roi, sans y faire attention ; mais je ne vois jamais avec indifférence un épicier. A mes yeux, l’épicier, dont l’omnipotence ne date que d’un siècle, est une des plus belles expressions de la société moderne..."

La femme comme il faut (1840) par Honoré de Balzac (1799-1850) : "PAR une jolie matinée, vous flânez dans Paris. Il est plus de deux heures, mais cinq heures ne sont pas sonnées. Vous voyez venir à vous une femme. Le premier coup d’oeil jeté sur elle est comme la préface d’un beau livre, il vous fait pressentir un monde de choses élégantes et fines. Comme le botaniste à travers monts et vaux de son herborisation, parmi les vulgarités parisiennes vous rencontrez enfin une fleur rare..."

Notice et documents historiques sur les chevaux orientaux (1862) par Émile Duhousset (1823-18..) : " Ayant été chargé de la direction générale des manoeuvres du camp de Sultanieh, où étaient réunies des troupes de toute la Perse (de la mer Caspienne au golfe Persique, et de la frontière kurde à celle qui touche les Afghans et les Beloutches), la nature de mes fonctions m'a mis en rapport avec les principaux chefs venus pour présenter leur hommage au souverain, suivis d'un grand attirail de cadeaux, de serviteurs, et des plus beaux chevaux des régions qu'ils quittaient. C'est en dessinant et mesurant ces chevaux, que j'ai pensé à publier cette courte Notice ; mon intention n'est pas de modifier l'histoire du cheval oriental, au point de vue scientifique, mais de présenter le résumé de mes recherches, persuadé que toute observation, si minime qu'elle soit, mérite d'être prise en considération quand elle a été faite consciencieusement..."

Question chevaline (1860). par le Comte Antoine d'Aure : "Encore une commission chargée d'élucider la question chevaline ! Il semblerait que l'élevage du cheval en France fût une chose toute nouvelle ["En effet on n'a jamais bien élévé."]. Cependant, depuis longtemps tout a été dit sur cette question ["Non"]. Ce qui doit aujourd'hui servir de guide, c'est le souvenir de ce que l'on a fait jadis, et de ce qui a amené les changements qui ont eu lieu en France depuis deux siècles..."

Rapport fait au nom de la première Commission des pétitions, par M. le général marquis de Grouchy, sur deux pétitions présentant des considérations sur l'amélioration de la race chevaline (1860). : " MESSIEURS LES SÉNATEURS, Plusieurs pétitionnaires adressent au Sénat des réclamations et observations dans l'intérêt de l'espèce chevaline ; tous éleveurs, habitants du Calvados et de l'Eure, se plaignent de l'abus du pur sang, de l’exagération des courses et des mauvais résultats obtenus par l'emploi d'étalons achetés dans l'intérieur et ayant couru trop jeunes sur les hippodromes. Ils signalent unanimement l'insuffisance numérique des étalons de l'Administration des haras..."

Lettre à Alphonse Karr (1857) par Alphonse de Lamartine (1790-1869) : "Esprit de bonne humeur et gaîté sans malice | Qui même en le grondant badine avec le vice, | Et qui, levant la main sans frapper jusqu'aux pleurs, | Ne fustige les sots qu'avec un fouet de fleurs ! | Nice t'a donc prêté le bord de ses corniches | Pour te faire au soleil le nid d'algue où tu niches ; | C'est donc là que se mêle au bruit des flots dormants | Le bruit rêveur et gai de tes gazouillements !..."

La sage-femme (1840) par Louis Roux : "SI vous avez rencontré, dans une des rues les plus fréquentées de Paris, une jeune personne ornée d’un tartan vert, d’un bonnet de tulle à rubans orangés, et d’une imposante dignité de dix-huit printemps, vous l’avez suivie par instinct : la vie parisienne a de ces entraînements. Croyant toucher, sur ses traces, aux portes du Conservatoire, vous vous êtes livré à mille rêves décevants : la jambe permet d’espérer une danseuse,  le visage n’exclut point l’idée d’une cantatrice..."

Paris vu tel qu'il est (1781) : "JE m’ennuie en Province, dit un jour la Baronne de *** à son mari ; tout m’y paraît lourd, pesant, ridicule. J’ai entendu parler de Paris, je veux y aller. Point de replique ; vous ne m’avez pas épousé pour me faire mourir….Partons. A ce début on connaît le caractère de la Baronne ; vive, tranchante, décidée, de l’esprit sans jugement : avec ces défauts elle faisait cependant les délices de son mari ; il était homme complaisant, & elle étoit jolie femme..."

Petites béquilles spirituelles à l'usage quotidien du chrétien (papiers divers, XIXe-XXe siècles).

Un dit d'aventures, pièce burlesque et satirique du XIIIe siècle, publiée pour la première fois d'après le manuscrit de la bibliothèque royale (1835) par Guillaume-Stanislas Trébutien (1800-1870) : [mode texte et mode image]

Histoire du théâtre érotique de la rue de la Santé par l'illustre Brisacier (1864) [par Poulet-Malassis] : " Si l'hypocrisie n'était pas, par excellence, la vertu théologale de notre triste époque, ce Théâtre, conçu d'après l'idée simple de Molière, de réjouir les honnêtes gens, n'aurait aucunement besoin d'introduction. On lèverait la toile, et le spectacle commencerait, après l'ouverture exécutée par les violons. Mais, hélas! l'esprit criminaliste de nos contemporains, tous magistrats stagiaires à la sixième chambre, voit matière à procès et à scandale dans les actions les plus ingénues, et réclame à grands cris des explications. Ce sont ces explications que nous allons ne pas leur fournir."

Les Enfants-Trouvés (1831) par André Delrieu : " Voici, à mon sens, le résumé des moeurs actuelles. D’autres, mieux prodigues de leur plume, et surtout mes maîtres, diront en se jouant cet infini panorama de la cité qui fait le monde à son moule, cette vie nombreuse où le Parisien se berce ainsi qu’au roulis d’un vaisseau. Moi, observateur jeune, j’ai cherché naïvement le résultat ; j’ai brodé sur le fond. Ce livre est une histoire, dont mon texte, étudié savamment, pourrait clore le drame en dernier chapitre. Dieu veuille que mon ébauche se pardonne ! Ailleurs sont les curieuses spécialités, les investigations mordantes, le coloris chaud de la ruelle, la fine langue des salons ; ici, la vérité crue, le détail honteux et le chiffre sanglant couvriront la faiblesse du narrateur. Et ce n’est pas ma faute si un sujet, pris au hasard dans le roman de la grande ville, rattache à une idée seule la source, le noeud et le progrès de la société contemporaine ; il y a même, dans le fait unique de l’existence de l’hospice des Enfants-Trouvés..."

L'amour des livres (1866) par Jules Janin (1804-1874) : " Georges, mon jeune confrère en bibliophilie, il faut tout d'abord que je vous félicite de ce grand amour qui vous a pris, si jeune encore, pour les beaux livres. « Les livres ont toujours été la passion des honnêtes gens ! » disait Ménage. Une aimable passion dont le charme est toujours nouveau ; variée, inépuisable, élégante, mais il est rare qu'elle soit le partage de la jeunesse. Ordinairement elle arrive à l'homme heureux, quand cet homme heureux touche aux premières limites de l'âge sévère, à l'heure où, revenu de toutes les passions stériles,..."

Advertissement a la Royne mere du Roy. Touchant les miseres du Royaume au temps present, et de la conspiration des ennemis de sa Majeste (1562) : " LES anciennes sectes des Philosophes, Grecs & Romains, Madame, & les historiens des siecles passez ont souvent deplore la calamite de leur temps, comme l'on veoit par la memoire de leurs livres, afin de ramener chacun a soy, & a la consideration des choses pour lors presentes que le vulgaire ne pouvoit veoir : & descouvrir aussi la maniere d'y remedier ou pour le moins remonstrer a leur posterite qu'ils avoient cogneu telles choses, & que le mal leur avoit despleu. Mais si jamais condition de Royaume ou province, de temps ou de regne fut estrange & calamiteuse, l'estat ou je voy pour le jourd'huy vostre France est extremement dangereux & lamentable..."

Le Secret de triompher des femmes et de les fixer, suivi des signes qui annoncent le penchant à l'amour (1825) par Louis de Saint-Ange : " L’OUVRAGE que j’offre au public est loin d’avoir le mérite littéraire de celui de Gentil Bernard, qui semble avoir été dicté par les Grâces ; mais son Art d’aimer est plus agréable qu’utile. Il manque d’ailleurs dans son poëme une multitude de préceptes et d’observations importantes, que la poésie ne pouvait orner de ses riches couleurs. J’ai pensé que le sujet était digne d’être plus approfondi, et loin de me paraître frivole, je le crois d’une utilité presque générale, car les jeunes gens y trouveront le secret de plaire et de triompher ; les maris, celui de préserver leurs épouses des dangers de la séduction..."

La Maîtrise de soi-même par l'autosuggestion consciente (1926) par Émile Coué (1857-1926) : "La suggestion ou plutôt l'autosuggestion est un sujet tout à fait nouveau, en même temps qu'il est aussi vieux que le monde. Il est nouveau en ce sens que, jusqu'à présent, il a été mal étudié et, par conséquent, mal connu; il est ancien parce qu'il date de l'apparition de l'homme sur la terre. En effet, l'autosuggestion est un instrument que nous possédons en naissant et cet instrument, ou mieux cette force, est doué d'une puissance inouïe, incalculable, qui, suivant les circonstances, produit les meilleurs ou les plus mauvais effets. La connaissance de cette force est utile à chacun de nous, mais elle est plus particulièrement indispensable aux médecins, aux magistrats, aux avocats, aux éducateurs de la jeunesse.

Coutumes singulières, chroniques, légendes documents curieux et inédits concernant la noblesse (18..) par Amédée de Caix de Saint-Amour (1843-1920) : "JE suis persuadé qu’aucun des lecteurs de la Revue Nobiliaire ne soupçonne que le proverbe Ranger en rang d’oignons ait quelque rapport avec la Noblesse ? Rien n’est plus vrai, cependant ; et si la Noblesse n’eût pas existé, ce proverbe bizarre n’aurait jamais pris naissance. Voici cette piquante étymologie, qui non seulement est restée comme tradition dans le pays où est situé le hameau qui y a donné lieu, mais qui encore est consignée en substance dans un grave historien, l’abbé Carlier."

Les jeux devant les lois (18..) par Eugène Lebrun : " Les jeux, tels qu’ils avaient été imaginés à leur origine, consistaient en spectacles, courses, luttes et représentations théâtrales. Athènes, le berceau de la liberté, Rome, la capitale classique des arts, les célébraient avec une solennité merveilleuse. En Grèce, c’étaient les jeux olympiques où Hérodote lut son immortelle histoire, les jeux Isthmiques où Flaminius proclama l’indépendance de la patrie de Thémistocle, les jeux Pithyques institués par Apollon lui-même, si on en croit la légende, et enfin les jeux Néméens, fondés par Hercule, en mémoire de la mort du lion de Némée qu’il avait tué..."

 Autour d'Elles, le lever - le coucher (1899) par Henri Boutet (1851-1919) : "Quand elle se fut bien étirée, quant elle eut frotté ses yeux de ses petites mains aux jolies fossettes et aux griffes roses, elle fit ouvrir les rideaux. Un jour clair et doré pénétra dans la chambre, filtrant au travers la mousseline légère, baignant la pièce coquette, semant de la gaîté partout, accrochant sur les meubles et aux contours des draperies comme des noeuds de rubans et des traînées de lumière. On était en novembre. Dehors, il devait faire très froid ; et quand, au lit, on a la sensation qu’il gèle dehors, on s’y trouve bien mieux. On y prolonge, à loisir, la délicieuse paresse des matins. Alors, à quoi bon se presser et quitter vite l’endroit où l’on est si bien quand rien ne vous y oblige ! Où peut-on être mieux pour penser à ce qu’on aime ? Pour caresser ses désirs et faire passer devant ses yeux tout ce qu’il y a de bon dans la vie ! Les souvenirs s’y imprègnent de quelque chose de très tendre et les espoirs y naissent dorés par les rayons du soleil qui monte, derrière les maisons, et emplit la pièce de toute sa splendeur et de toute sa joie..."

Une parodie curieuse de l’art poétique de Boileau tirée d’un almanach de poche du XVIIIe siècle réimprimée pour les Pantagruélistes (1879) :"La parodie, fort goûtée de tout temps en France, n'a pas craint de s'attaquer aux auteurs les plus illustres. Boileau, qui, dans son Chapelain décoiffé, s'était égayé aux dépens du grand Corneille, a été juste retour, Monsieur, des choses d'ici bas, parodié lui-même nombre de fois, au XVIIIe siècle et dans le nôtre. Une des imitations les moins connues de son Art poétique est certainement celle que nous réimprimons pour l'« esbattement » du petit nombre de pantagruélistes modernes qui ont conservé le goût de nos aïeux pour certains racontars de « haulte graisse »..."

Monographie de la police correctionnelle (1881) par Jules Moineaux (1824-1895) : "Rien, en justice, n’est risible ! disent certains présidents de police correctionnelle, en réprimant l’hilarité de l’auditoire, qui prouve justement le contraire ; tant il est vrai que la façon de voir les choses est affaire de tempérament. Je crois volontiers à la conviction d’un défunt magistrat, répondant sévèrement à un voleur qui invoquait le bénéfice du proverbe – la faim fait sortir le loup du bois : - Quand le loup a faim, il travaille ! ou encore à une vagabonde se disant sans domicile ni moyens d’existence : Quand on est jeune et forte comme vous, on se fait nourrice ! Mais je doute que ces réflexions aient été accueillies, par le public, aussi gravement qu’elles étaient faites..."

Bulletin des modes et de l’industrie du 15 janvier 1849 par V. de R... : "Nous voici réellement dans la saison des plaisirs. Les salons s’illuminent de mille bougies éclatantes ; les réceptions commencent, et Paris reprend peu à peu de cette animation qui le rendait naguère la ville la plus attrayante et la plus recherchée. Les Italiens vont également rouvrir leurs portes. Pauvres Italiens ! nous désirons sincèrement du fond de notre âme que la présidence leur porte bonheur ! Verront-ils revenir à eux ces belles et gracieuses jeunes filles, aux blanches épaules, aux boucles soyeuses, au sourire doux et charmant ?... Il faut oser l’espérer, car les grandes dames ont abandonné leurs châteaux, et elles viendront bien certainement applaudir le talent grandiose de madame Alboni..."

Monologie du mois d'Avril, poissons d'avril (1843) par Théodore de Jolimont (1787-18..)  : " Il faut ici, comme certains savants, grands explorateurs d'étymologies nébuleuses, rechercher, d'abord, de quel idiome antique est dérivé le nom français donné au mois que quelques poètes ont appelé le plus beau de l'année, sans doute, quand il n'en est pas le plus triste, le plus humide et le plus crotté. S'il faut, dans l'esprit de cette sentence classique et passée en proverbe, qui proclame heureux celui qui, en toutes choses, a pu connaître l’origine et les causes premières (felix qui potuit rerum cognoscere causas) ; s'il faut, je le répète, faire ici de l'érudition avec l'érudition de nos devanciers, je dirai que dans leurs profondes investigations, et à l'aide de quelques complaisantes substitutions et transformations de lettres, ils ont découvert que le mot AVRIL était parfaitement formé du mot latin april, aprilis ou aperelis, qui lui-même était né d'un autre mot latin, aperire, qui veut dire ouvrir ; de sorte que le mot avril serait à peu près synonyme de porte , entrée, ouverture..."

Madame Edmond Adam, Juliette Lamber (1882) par Adolphe Badin (1831-19..) : " Un des jeunes peintres les plus justement célèbres de ce temps-ci, à qui l’on disait : « Vous devriez faire le portrait de Mme Adam », répondit : « Mme Adam ? Jamais ! Mme Adam appartient à Bonnat ou à Carolus Duran . » Je serais volontiers tenté de faire comme le spirituel artiste, et de m’écrier à mon tour : « Pour esquisser cette physionomie originale et complexe, très fine et très puissante à la fois, très grande dame et en même temps très femme, il faudrait la plume d’or d’un Théophile Gautier, ou d’un Paul de Saint-Victor, ou d’un Goncourt. » A défaut de ces éminents docteurs de beauté, voici un léger croquis assez prestement troussé par le chroniqueur en titre d’un de nos grands journaux parisiens.. "

Naissance de Monseigneur Henri-Charles-Ferdinand-Marie-Dieudonné, Duc de Bordeaux, Fils de France, né à Paris, le 29 Septembre 1820 : "MADAME LA DUCHESSE DE BERRY s’était promenée la veille, selon sa coutume, sur la terrasse du bord de l’eau, au jardin des Tuileries. Rentrée dans son appartement, elle sentit quelques douleurs légères ; mais, trompée par son courage, elle ne crut pas que le moment fut encore arrivé. Toutes les personnes attachées à son service se couchèrent comme à l’ordinaire. Sur les deux heures de la nuit la Princesse éprouva de nouvelles douleurs qui lui firent présager sa prochaine délivrance. S.A.R. ayant sonné ses femmes, elles accoururent ; ce fut alors que le travail de l’enfantement s’annonça..."

Un nouvel épisode de l’affaire Libri ou Lettre à M. le directeur du journal l'Athenaeum (1851) par Achille Jubinal (1810-1875) : " Voulez-vous permettre à un étranger qui se trouve momentanément en votre pays, de vous révéler, dans l’intérêt de la justice et de la vérité, un fait qui vient de se passer au British Museum, en présence de vingt témoins, et qui est relatif à la triste et misérable accusation dirigée en France, par ses ennemis politiques et scientifiques, contre un illustre savant ?"

Les armes et les outils préhistoriques reconstitués (1872) par Ludovic Napoléon Lepic (1839-1890) : "Lorsque l’on parcourt les salles du musée de Saint-Germain et que l'on voit alignés dans les vitrines cette énorme quantité de haches en pierres, ces marteaux, ces pointes de lances, ces flèches, ces percuteurs, on se demande comment tout cela pouvait s'utiliser, et à quoi pouvaient être bons de semblables outils ou de pareilles armes..."

Le choléra-morbus à Paris (1832) par Anaïs Bazin (1797-1850) : "On nous l'avait cependant annoncé bien longtemps à l'avance ; on nous avait fait suivre sur la carte sa marche rapide et menaçante. Le fléau voyageur n'était plus séparé de nous que par cette mer étroite qui nous ramène et nous remporte, avec la mobilité de ses flots, nos rois rétablis ou déchus. Et pourtant, ce voisinage nous inquiétait moins que ne l'avaient d'abord fait les récits venus des pays lointains, doublement terribles par la distance et par la nouveauté..."

La grande colère du Père Duchesne, n°290 (1793) par Jacques-René Hébert (1757-1794) : "CONTRE le palefrenier Houchard qui, comme son maître Custine, a tourné casaque à la Sans-Culotterie. Sa grande joie de voir bientôt ce butor mettre la tête à la fenêtre. Ses bons avis aux braves soldats républicains pour qu’ils lui dénoncent tous les jean-foutres qui regrettent l’ancien régime, et qui préfèrent de porter la livrée du tyran, plutôt que d’endosser l’habit des hommes libres..."

Petit carême de l'abbé Maury : sermons 1 & 2 (1790) par Jacques-René Hébert (1757-1794) : "Les tentations que le démon osa susciter au fils de Dieu, doivent avertir les grands de la terre, que l’ange des ténèbres ne s’occupe qu’à les environner d’illusions, & à les égarer dans la voie du salut, c’est-à-dire, du pouvoir. Circuit quaerens quem devoret. Tantôt il les séduit par les prestiges du plaisir, & il leur dit comme à J. C. changez ces pierres en pain ; tantôt il les environne de flatteurs qui s’insinuent dans leur esprit, & leur font goûter une morale d’autant plus dangereuse qu’elle est plus douce & plus charmante ; puisque vous êtes le fils de Dieu, il enverra ses anges pour vous garder : tantôt enfin, leur faisant oublier ce qu’ils sont, ce qu’ils peuvent, il leur promet une gloire trompeuse & des biens chimériques. Je vous donnerai les royaumes du monde & toute leur gloire..."

Le Gloria in excelsis du peuple, auquel on joint l’épître et l’évangile, avec la réflexion et la collecte (1789) par Jean-Baptiste Cordier (1770-1793) :  "GLoire au Roi, honneur à ses Ministres, & paix aux bons Citoyens ! Digne, Successeur de Henri, nous vous louons, nous vous bénissons, nous vous glorifions, nous vous rendons graces à la vue de la gloire dont vous jouissez déjà, & de celle dont vous êtes sur le point de vous couronner. Vous qui êtes assis à la droite du Trône, protégez-nous. Vous qui avez refusé de signer le fameux Mémoire, protégez-nous..."

Le carnaval des auteurs ou les masques reconnus et punis (1773) par Nicolas-Joseph-Laurent Gilbert (1750-1780) : "DEPUIS quinze jours mon corps se refusoit au sommeil : vainement j'avois lu le poëme des Saisons, la nouvelle Iliade franco-gauloise, les odes du Pindare gascon, les Mélanges du littérateur-géomêtre ; je bâillois, bâillois..... mais je ne pouvois m'assoupir, lorsqu'on m'apporta l'Éloge de Racine, ouvrage de M. Anti-Chaleur. J'ouvre la brochure ; à peine mes veux se sont-ils reposés sur les premières pages, voilà déjà qu'ils se ferment ; je suis endormi. O l'excellente chose que le sommeil ! En vérité, M. Anti-Chaleur, de tous les plaisirs que peuvent causer vos écrits, le sommeil est le plus ordinaire, mais le plus doux. Combien d'agréables songes vinrent flatter mon imagination, tandis que je m'abandonnois aux douceurs de ce repos si longtemps attendu..."

La librairie à Paris (1832) par Frédéric Soulié (1800-1847) : " Pour les esprits curieux de toutes les faces d'une chose, Paris n'est pas seulement dans les existences qui s'agitent à sa surface, et qui les premières, appellent la plume, le crayon et le pinceau de l'artiste. Après ses théâtres moribonds soumis au régime sur-excitant du moyen âge, où les médecins astrologues mêlaient toujours un peu de sang et de fiel à leurs noirs médicaments ; après ses palais dont les drapeaux changent aussi vite que les girouettes ; après ses prisons si vastes pour le despotisme , si étroites pour notre liberté ; après ses admirables hôpitaux où l'on guérit, ses tables d'hôte où l'on meurt de faim ; après Sainte-Périne et l'Académie ; après son Père Lachaise si élégamment triste, et ses salons d'ambassade si tristement élégants..."

Flaubert et la passion de la prose (1905) par Emile Blémont (1839-1927) : " Gustave Flaubert naquit, en 1821, à Rouen, où son père était chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu. Il fit brillamment ses classes et commença l'étude de la médecine. Mais ses goûts et ses aptitudes le portaient irrésistiblement vers la carrière des lettres. Le romantisme brillait de toute sa splendeur. Flaubert fut éperdument romantique. Il se sentait une surabondance de forces vives, qu'il brûlait d'épancher en généreux efforts. Il fit des vers. Il avait pour camarade Louis Bouilhet ; et tous deux, jeunes, passionnés, enthousiastes, insouciants et fiers, ils allaient à travers champs, traçant, dit-on, et marquant de leur sang sur l'écorce des arbres le nom de Victor Hugo..."

Le Gamin de Paris (1832) par Gustave d'Outrepont (1811-1842) : " Naples a ses lazaroni, Venise ses condottieri, toutes les villes de France ont une classe de leur population qui sort du cadre ordinaire; mais nous autres Parisiens, que pouvons-nous leur envier ? n'avons-nous pas notre gamin ? Faire l'histoire de Paris sans d'abord parler du gamin ! . . . autant vaudrait commencer celle de Rome à Brutus, en passant sous silence les rois qui l'ont fondée ; autant vaudrait prendre un peuple tout formé, sans s'occuper de son origine..."

Le Repassage : Article extrait de l' Almanach de la servante chrétienne (1935) : "La question du repassage est souvent pour la bonne à tout faire une question difficile. Nous vous donnerons donc, cette année, chères Servantes, quelques notions sur le repassage. Cet article, bien que nous ne prétendions pas tout dire, pourra aussi rendre service aux femmes de chambre. Nous divisons en trois parties nos petites données sur le repassage : 1° Linge de cuisine. 2° Linge de table et de ménage. 3° Linge personnel des maîtres.  Avant de parler du repassage proprement dit, disons un mot du matériel de la repasseuse et des conditions générales d’un bon repassage."

Chronique de Mode du Conseiller des Dames et des Demoiselles, journal d'économie domestique et de travaux d'aiguille : Novembre 1862. Décembre 1862. Janvier 1863. Février 1863. Mars 1863 par Blanche de Sérigny : "Je ne sais par quel temps de soleil ou de pluie vous recevrez mon courrier, ma chère Isabelle; mais il est certain que je vous l'écris par une journée magnifique: un air tiède, un ciel pur, enfin une journée qui fait songer à la mousseline, au barége, et point, je vous assure, au drap, au velours ou à la tartanelle  ; j'ai chaud rien que d'écrire ces mots !..."

Bulletin des modes et de l'industrie - 25 janvier1849 par V. de R... : "Enfin, nous avons vu les Italiens d’autrefois, les Italiens avec de jolies femmes, d’élégantes toilettes, avec ce parfum d’aristocratie qui double la grâce et la beauté. Rien n’est plus splendide, comme coup d’oeil, que la coquette salle des Italiens, avec ses mille bougies diaphanes, reversant leurs jets de lumière sur de blanches épaules et sur des parures de brillants rubis ; rien n’est plus frais que tous ces gros bouquets de fleurs naturelles posés avec art sur l’appui des loges, et formant, dans un ensemble charmant, comme une corbeille de camélias et de roses. Aux premières loges surtout, les toilettes étaient ravissantes."

Cigares et cigarettes (1926) par Georges Dubosc (1854-1927) : " Savez-vous que les Cigares et cigarettes que le fisc vient d'augmenter dans des proportions si lourdes, ne sont pas en France d’une origine très ancienne ? Par contre en Espagne, cigares et cigarettes remontent à la découverte de l'Amérique, et c'est, alors que les Espagnols empruntèrent aux indiens ce mode de fumerie..."

Considérations sur le principe malfaisant du tabac (1866) par M. Monsaint : "Jamais, à aucune époque, il ne fut plus nécessaire, peut-être, d'apporter une surveillance active sur tout ce qui est destiné à entrer dans le régime alimentaire ; car il n'y a pas un aliment nouveau qui n'ajoute ou ne retranche au caractère de l'individu qui en fait usage. Il agit sur l'esprit, modifie la manière de penser, de sentir ; il n'y a pas un aliment qui n'apporte avec soi quelque maladie ou qui ne soit propre à la guérison de quelqu'autre. Mais, laissons de côté ces considérations pour passer immédiatement à l'étude d'une substance qui joue, depuis trop longtemps, un rôle important dans l'économie animale : à l'étude du tabac, que tout le monde prise, fume, mâche ; avec lequel une multitude d'individus s'empoisonnent et laissent leurs enfants s'empoisonner.

Recherches relatives à l’influence de la continence sur l’économie animale : thèse présentée et soutenue à la Faculté de Médecine de Paris le 29 août 1817 par François-Charles Quesnel : "SUR le point de terminer leurs études, les élèves ont un dernier devoir à remplir, afin d’exercer l’art auquel ils se destinent. Ils sont obligés de choisir un point quelconque de médecine, de le travailler et de le discuter devant les illustres professeurs qui ont formé leur éducation. C’est un compte qu’ils viennent leur rendre de l’emploi qu’ils ont fait du temps consacré à leur instruction ; c’est la dernière preuve qu’ils donnent de leur force ou de leur faiblesse. A peine imbu des principes de la science, l’élève qui présente sa thèse à ses examinateurs ne peut leur offrir ni le fruit de ses réflexions, parce qu’il n’a point assez médité, ni le fruit de ses observations, parce qu’il n’a pas assez vu..."

Chronique élégante de la Comtesse de Marly .- Revue de Paris, Nouvelle série – Numéro 49 - 1er Juin 1868 : "Si l’on écrivait la chronique du temps, on aurait à dire : Beau, beau, toujours beau ! – Pour la mode, cela se traduit par : Mousseline, mousseline, toujours mousseline ! Elle est, en effet, blanche, unie, rayée, à pois, à fleurs ou autrement encore, mais elle est toujours jolie et aussi fraîche à l’oeil qu’au porter..."

Eloge de la frivolité (1925) par André Beaunier (1869-1925) : "Balbine, je vous enseignerai la frivolité. Je me vante ? et vous y êtes mieux entendue que moi ? Sans doute ! Mais, si je vous approuve et je vous donne quelques motifs de refuser le blâme que l’on fait de vous, peut-être m’en saurez-vous gré. Puis, toute frivole que vous êtes, plus que vous ne le croyez, moins qu’on ne le dit, je ne crois pas que vous soyez à un tel point de frivolité parfaite où peu nous chaut d’avoir raison..."

Convention entre le gouvernement français, et sa sainteté Pie VII, (1802).

Journal de ce qui s’est passé au Canada depuis le mois d’Octobre 1755 jusqu’au mois de Juin 1756 : "PAR une lettre du Détroit, en date du 18, tous les Sauvages de ce pays paraissent disposés à frapper sur les Anglais. Les Miamis & Poutoüamis sont dans les mêmes dispositions ; ces derniers ont toujours eu des partis en campagne, ils avoient tué, ou pris, lors de la date de cette lettre,..."

Ordonnance du Roy portant déclaration de guerre contre le Roy d’Angleterre. Du 9 Juin 1756 : "TOUTE l’Europe sçait que le Roi d’Angleterre a été en 1754 l’agresseur des possessions du Roi dans l’Amérique septentrionale, & qu’au mois de Juin de l’année dernière, la Marine angloise, au mépris du droit des gens & de la foi des Traités, a commencé à exercer contre les Vaisseaux de Sa Majesté, & contre la navigation & le commerce de ses sujets, les hostilités les plus violentes."

Principes généraux du cavalier arabe (1861) par le Général Eugène Daumas (1803-1871) : "On ne peut nier la compétence, en matière chevaline, du peuple chez qui le cheval est l'objet de l'affection la plus vive et de la plus constante préoccupation. Les maximes arabes que nous reproduisons ici, joignent à la justesse du fond, le pittoresque de la forme. Cette dernière qualité servira puissamment à les graver dans les esprits auxquels elles s'adressent. L'originalité du langage a eu, de tout temps, pour les imaginations populaires, un attrait dont il nous a semblé qu'on pourrait tirer un utile parti..."

Le Bal au cinquième étage (1833) par Alphonse Karr (1808-1890) : "- Il est neuf heures et vous n'êtes pas habillé ? - Nous avons du temps encore devant nous. Ces souvenirs de jeunesse qu'un hasard nous a fait rappeler ; ces jours que nous dépensions sans compter, à cet âge où on se croit d'années et de bonheur un trésor inépuisable, tiennent mon esprit sous un tel charme, que j'ai peine à le rompre. La vie se partage en deux moitiés : l'une pleine d'espérances qui ne doivent pas se réaliser ; l'autre, livrée aux regrets de bonheurs dont nous n'avons pas joui ; car ce qui nous semblait si beau dans l'avenir, ce qui, lorsque nous l'avons atteint, ne nous a donné que désappointement et dégoût, reprend sa magie dans le passé. L'espérance et le souvenir ont le même charme et le même prestige : c'est l'éloignement..."

Les grisettes à Paris (1832) par Ernest Desprez : "Autrefois on appelait Grisette la simple casaque grise que portaient les femmes du peuple. Bientôt la rhétorique s'en mêla. Les femmes furent appelées comme leur habit. C'était le contenant pour le contenu. Les grisettes ne se doutent guère que leur nom est une métonymie. Mais voyez un peu ce que deviennent les étymologies et les grisettes ! La grisette n'est pas même vêtue de gris. Sa robe est rose l’été, bleue l'hiver. L'été, c'est de la perkaline ; l’hiver, du mérinos..."

Bulletin des modes du 15 janvier 1846 par A. Le Clerc : "Là où l’on danse, les robes de bals ont les manches très courtes et très garnies. Les volans et les berthes en font toujours les principaux ornemens. Les corsages drapés sont devenus plus rares. Les robes de satin se sont ouvertes à quelques soirées d’apparat sur des jupes de drap d’argent garnies de réseaux de Venise, également en argent. Une femme aussi distinguée par son nom que par sa grâce, portait une robe de satin vert brodée d’argent, ayant de chaque côté deux grandes écharpes avec chefs et franges d’argent..."

Bulletin des modes du 6 juillet 1847 par A. Le Clerc : "L'influence pluvieuse de saint Médard semble passée, cependant le ciel n'a pas repris sa robe bleue et le gris y domine encore. Ces nuages nuisent grandement au développement complet des toilettes d'été. Aussi les mantelets de mousseline brodée qui avaient réjoui notre vue pendant les quelques vrais jours d'été que nous avons eu, ont disparu pendant que le vent du nord a régné ; en revanche, les mantelets de taffetas de toutes les couleurs sont en pleine vogue..."

Le cocher de cabriolet (1831) par Alexandre Dumas (1802-1870) : "Je ne sais si, parmi les personnes qui liront ces quelques lignes, il en est qui se soient jamais avisées de remarquer la différence qui existe entre le cocher de cabriolet et le cocher de fiacre. Ce dernier grave, immobile et froid, supportant les intempéries de l'air avec l'impassibilité d'un stoïcien ; isolé sur son siège ; au milieu de la société, sans contact avec elle ; se permettant, pour toute distraction, un coup de fouet à son camarade qui passe ; sans amour pour les deux maigres rosses qu'il conduit ; sans aménité pour les infortunés qu'il brouette, et ne daignant échanger avec eux un sourire grimaçant..."

Charlatans, jongleurs, phénomènes vivants, etc. (1831) par Amédée Pommier (1804-18..) : "O vous, élégants dandys, riches fashionables de la Chaussée-d'Antin et du faubourg Saint-Honoré, femmes de cour, femmes du bon ton, qui ne sortez jamais qu'en équipage, et qui, du fond de vos carrosses dorés, apercevez à peine et en courant ce peuple innombrable qui bourdonne à vos pieds ; élus du sort, enfants gâtés de la fortune, qui ne hantez que les palais, et à qui la vie ne s'est jamais montrée qu'en toilette ; venez ! je veux vous introduire aujourd'hui dans un monde que vous ne connaissez point, monde grossier, trivial, monde des carrefours et des ruisseaux, monde en sabots et en guenilles,..."

Bulletin des modes du Mardi 15 février 1848 par A. Le Clerc : "Les velours de soie, le cachemire moelleux, le satin plein la main, voilà les étoffes que l'on voit le plus en ce moment. Les riches fourrures s'allient souvent à ces tissus qui ne peuvent pas tomber dans le domaine de la petite propriété. Aussi, si vous allez aux Champs-Elysées, vous verrez les grandes dames, dont les voitures stationnent dans l'avenue du milieu, se promener sur l'asphalte des contre-allées, ayant pour se défendre du froid, des pardessus et des redingotes que leurs couturières ont taillés dans les belles étoffes que nous venons de signaler,..."

La Morgue (1831) par Léon Gozlan (1803-1866) : "On doit à l'esprit philosophique, plus encore qu'à la piété religieuse, la consécration de ce monument. C'est dire que la Morgue (bâtiment dont l'appellation est sans étymologie précise) date d'une époque peu éloignée. Il n'y a guère plus de vingt ans qu'elle existe telle qu'elle est aujourd'hui. Auparavant les corps des personnes, mortes de mort violente, ailleurs que chez elles, étaient déposés au petit Châtelet,..."

Le bourgeois de Paris (1831) par Anaïs Bazin (1797-1850) : "Au milieu de cette population immense qui fourmille dans nos rues, qui se heurte sur nos trottoirs, qui s'entasse dans les cellules habilement distribuées de nos maisons nouvelles, il devient difficile de retrouver la race primitive, de reconnaître les traits de la famille indigène..."

Une maison du Marais (1831) par Henry Monnier (1799-1877) : "Dans toutes les maisons de second et de troisième ordre, la personne la plus influente est sans contredit la portière. Elle a sa cour, ses affections, ses antipathies. Elle tient sous sa domination immédiate les étages supérieurs, donne de son propre mouvement les congés aux gens qui n'ont pas le bonheur de lui plaire, et dont les opinions politiques ne peuvent sympathiser avec les siennes. Puis viennent après elle les commères..."

De la blague parisienne (1833) par le comte J. A. de Maussion : "Qui ne sait en France ce que l'on entend par le mot blague ? Et cependant le dictionnaire de l'académie ne l'a pas encore adopté ; il est toujours un peu arriéré le bon dictionnaire. Comment se passer d'un mot qui exprime tant, et qui explique tout en France, principalement à Paris ? Beaumarchais a dit que le goddam était le fond de la langue anglaise, et il a dit là une bêtise, ce qui ne lui arrivait pas souvent ; mais enfin, c'en était une. Le mot blague est d'une bien autre importance..."

Le marchand de Chiens (1832) par Jules Janin (1804-1874) : "Vous avez lu sans doute les Mémoires de lord Byron : une des choses qui m'a étonné le plus dans ces étonnants Mémoires, c'est la facilité avec laquelle le noble lord renouvelle ses boule-dogues et ses lévriers à volonté. -Envoyez-moi, dit-il, un boule-dogue d'Écosse ; les boule-dogues de Venise n'ont pas les dents assez dures. Envoyez-moi un beau chien de Terre-Neuve pour le faire nager dans les lagunes. Il écrit, il donne des ordres à son intendant, comme un autre écrirait à Paris : Envoyez-moi de l'eau de fleur d'oranger ou des gants..."

La Manie des albums (1832) par Henry Monnier (1799-1877) : "L'origine des albums remonte à une époque fort reculée, les premiers furent composés en Allemagne. Sur le point d'entreprendre un voyage de longue durée, il était d'usage d'envoyer un livre à ses amis, qui devaient recevoir des dessins, des vers, ou de la musique ; on y ajoutait encore des lettres de famille. Loin du pays, ce livre devenait un compagnon de voyage, un ami. Dans ces moments de tristesse où l'âme a tant besoin de s'épancher, où vous rêviez une âme qui aurait pu vous comprendre, vous ouvriez votre album, et vous retrouviez vos amis, les conseils d'une mère, la tendre sollicitude d'une soeur chérie, et les lettres de la première femme que vous aviez aimée..."

Code littéraire (1840) par Honoré de Balzac (1799-1850)

Pourquoi nous ne sommes pas socialistes (1895) par Anatole Leroy-Beaulieu (1842-1912) : "Si je n'avais consulté que mes forces et mon état de santé, je ne me serais pas risqué à prendre la parole, ce soir, devant vous. Mais je n'ai pas voulu me dérober à l'honneur de présider cette première réunion, - ne fût-ce que pour ne point paraître reculer devant les appréhensions, non justifiées, j'espère, des plus timides de nos amis..."

L'Ane par Edouard Drumont (1844-1917) : "Ane, je te salue, éternel porteur de bât, Ane utile, Ane patient, Ane toujours raillé, Ane à l'échine meurtrie, Ane aux longues oreilles, Ane, je te salue..."

La Chèvre par Fulbert Dumonteil (1830-1912) : "Commençons d'abord par son seigneur et maître, le Bouc : Mauvais caractère, mauvaise odeur et mauvaise réputation ; impudent et impudique, emblême de luxure et de brutalité ; l'air hautain, dédaigneux ; marchant d'un pied d'airain à la tête de son sérail, le front large,..."

Le Cochon par Bernard Prost (1849-1915) : "Méprisé de son vivant, apprécié seulement après sa mort, - à l'inverse de beaucoup de prétendus grands hommes, - le Cochon est un des nombreux exemples de l'ingratitude humaine..."

Le Chat par Théodore de Banville (1823-1891) : "Tout animal est supérieur à l'homme par ce qu'il y a en lui de divin, c'est-à-dire par l'instinct. Or, de tous les animaux, le Chat est celui chez lequel l'instinct est le plus persistant, le plus impossible à tuer. Sauvage ou domestique, il reste lui-même, obstinément, avec une sérénité absolue, et aussi rien ne peut lui faire perdre sa beauté et sa grâce suprême..."

Le Chien par Gaspard de Pekow marquis de Cherville (1821-1898) : "Le Chien fournira dans cent ans comme aujourd'hui, matière aux diatribes aussi bien qu'aux panégyriques. Comme l'amour, comme la femme, il représente un thème inépuisable, il aurait le droit d'être fier du rapprochement..."

Dissertation sur les idées morales des grecs et sur le danger de lire Platon par M. Audé, bibliophile (pseud. d'Octave-Joseph Delepierre, 1804-1875) : "UNE étrange anomalie que présentent les mœurs de la Grèce, d'autant plus étrange qu'elle était pour ainsi dire parvenue à être une sorte d'institution nationale, a attiré l'attention des plus célèbres écrivains de l'antiquité. Assez de passages nous restent dans les écrits des philosophes et des poëtes, pour nous prouver que l'amour était compris chez les Grecs d'une tout autre manière que chez nous, tant parmi les hommes que parmi les femmes..."

Eloges d'écrivains, discours prononcés aux obsèques de Gonzalès, Cladel, Maupassant, Houssaye, Goncourt, Daudet, Alexis (1891-1901) par Emile Zola (1840-1902) : "Au nom de la Société des Gens de Lettres, je viens apporter un suprême hommage à Emmanuel Gonzalès qui, après avoir été un des fondateurs de cette Société, consacra à sa prospérité et à sa grandeur vingt-quatre ans de sa vie. Je ne veux point éluder un devoir que je suis heureux de remplir comme président actuel du Comité, en passant rapidement sur l’œuvre littéraire d’Emmanuel Gonzalès. Certes, le champ du roman s’est élargi, de nouvelles formules sont venues, la postérité a remis chacun à son rang. Mais, ce qu’il faut louer toujours, ce qui reste quand même honorable, c’est l’effort, c’est le travail, c’est la production, lorsqu’elle est saine et digne..."

De l'usage de saluer et d'adresser des souhaits à ceux qui éternuent par Théodore de Jolimont (1787-18..) : "COMBIEN de pratiques et d'usages transmis de siècle en siècle jusqu'à nous, dont le motif et l'origine sont restés à peu près inconnus pour presque tout le monde, et n'ont excité un certain sentiment de curiosité, fort naturel du reste et fort louable, que chez le peu de personnes qui aiment à se rendre compte de tout, même des choses en apparence les plus frivoles et les plus insignifiantes..."

Histoire des oeufs. Oeufs de Pâques, etc par Théodore de Jolimont (1787-18..) : "LA fête des oeufs, commune à presque toutes les nations, principalement d'Asie et d'Europe, remonte aux temps les plus reculés de l'antiquité : elle tient à tout ce que les religions et la philosophie des sociétés naissantes a de plus respectable et de plus sacré, à la théologie primitive des Égyptiens, des Hébreux, des Chinois, des Perses, des Grecs, des Celtes, et des Latins..."

L'âne par Victor Hugo, conférence faite à Courbevoie, le 7 novembre 1880 au profit de la bibliothèque populaire par Louis Ulbach (1822-1889) : "Je devrais commencer par m'excuser d'avoir pris une tâche et revendiqué un honneur, assignés ordinairement à de plus dignes d'être écoutés. Mais le poème dont je veux vous donner l'analyse renferme en lui-même mon excuse. Victor Hugo fait trop bien parler un âne, pour ne pas m'enhardir à parler, et nous sommes dans un temps d'âneries épidémiques, qui me donne l'irrésistible tentation d'applaudir celui qui les dénonce, qui les châtie, au risque d'en commettre une à mon tour..."

Autour de l'Ecole décadente, trois articles de Jules Tellier (1863-1889) : "Donc, les décadents se sont imaginer de dresser leur vocabulaire ; et ils en ont formé un petit livre d’une centaine de pages. Sûrement, l’idée était prétentieuse et puérile. Même à considérer la quantité seule, et non la qualité, ce que les décadents ont ajouté de mots à la langue française est bien peu de chose. Si Hugo eût voulu dresser le lexique des mots qu’il avait mis ou remis en honneur, des termes techniques et rares qu’il avait employés, il serait arrivé à un tout autre total..."

Le véritable auteur du théâtre des boulevards (1881) par Georges d'Heylli : "Nous sommes ici en pleine farce, cette farce grasse et salée qui plaisait tant à nos pères, cette farce de la rue qui émerveillait le bas peuple, à qui on la servait gratis et qui constituait ce genre spécial qu'on a appelé les parades. C'est sur les tréteaux de la baraque même, à l'intérieur de laquelle devait être donné le spectacle plus sérieux, et pour y attirer le public, que se débitaient ces plaisanteries au gros sel, populacières, grossières, ordurières souvent, plus souvent encore graveleuses..."

Essai sur le goût (1757) par Charles-Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu (1689-1755) : "Dans notre manière d'être actuelle, notre âme goûte trois sortes de plaisirs ; il y en a qu'elle tire du fond de son existence même ; d'autres qui résultent de son union avec le corps ; d'autres enfin qui sont fondés sur les plis et les préjugés que de certaines institutions, de certains usages, de certaines habitudes, lui ont fait prendre..."

Talma et Lekain (1826) par Jules Janin (1804-1874) : "TALMA n'est plus. En répétant cette pénible nouvelle, chacun semble chercher un démenti. Cette incrédulité publique est un hommage rendu au génie. On a peine à concevoir qu'un feu céleste puisse s'éteindre..."

Frédérick Lemaître aux Folies-Dramatiques (1835) par Jules Janin (1804-1874) : "C'EST toujours le même comédien, il n'a fait que changer de théâtre ; c'est toujours le même acteur incisif, jovial, inspiré, procédant par sauts et par bonds, maître de son public ; c'est toujours le comédien du peuple, l'ami du peuple, adopté et créé par le peuple. Tant pis pour ce qu'on appelle les grands théâtres, s'ils ont refusé d'ouvrir leurs portes à Frédérick..."

Mlle Mars et Mme Dorval (1835) par Jules Janin (1804-1874) : "SOYEZ donc de grandes comédiennes pour servir de prétexte à une parade de M. Dumersan, à une parade digne des tréteaux de la foire !.."

L'Homoeopathe des familles et des médecins (1875) par Adrien Peladan : "Le but de l'Homoeopathe des familles est de mettre entre les mains des gens du monde un journal destiné à leur indiquer les moyens de traiter eux-mêmes les maladies les plus communes, et de guérir des cas graves, quand l'impossibilité de recourir à l'homme de l'art leur donnera le droit d'agir avec confiance d'après des indications sûres. Mise de la sorte à la portée de tous, l'homoeopathie rend des services inappréciables, en faisant disparaître promptement et doucement bon nombre d'affections fort douloureuses, et en permettant de neutraliser à leur début, souvent sans s'en douter, les maladies les plus redoutables..."

Manifeste de la jeune littérature : Réponse à M. Nisard par Jules Janin (1804-1874) : "Permettez-moi, mon cher Nisard, de répondre comme il convient à votre éloquente et chaleureuse philippique contre la littérature facile. Vous m'en avez fait le représentant, à mes risques et périls ; c'est un honneur que j'accepte avec toutes ses conséquences. Me voilà donc tout prêt à jouter avec vous, le rude jouteur ; me voici, moi, vêtu à la légère, contre vous, armé de pied en cap ; me voici, pauvre vélite de l'armée littéraire, contre vous, qui êtes placé dans la réserve ; moi, déjà tout hâlé par le soleil de la presse, tout froissé dans la mêlée, haletant et blessé, et tout saignant, contre vous, jeune homme, vous, homme fort, homme de sang-froid, qui vous hasardez rarement à combattre, qui vous contentez de faire une brutale sortie de temps à autre, et qui rentrez ensuite prudemment dans vos murs. Mais, quoi qu'il en soit, le gant est jeté de part et d'autre..."

Recherches sur le jeu des échecs par Louis Dubois (1773-1855) : "Le Jeu des échecs, dit Jaucourt dans le dictionnaire encyclopédique, le jeu des échecs que tout le monde connaît et que peu de personnes jouent bien, est le plus savant et celui dans lequel l'étendue et la force de l'esprit du jeu peut se faire le plus aisément remarquer. Ce jeu, qu'une tradition plus fabuleuse encore que celles qui nous ont transmis les détails du siège de Troie, attribué à Palamède l'un des assiégeans de cette cité, fut inventé dans l'Inde..."

Le comédien par un journaliste par Octave Mirbeau ; [suivi de] Les comédiens par un comédien par Constant Coquelin (1882) : "Le procès Mayer-Coquelin est revenu hier devant le tribunal de commerce. Il faut s'attendre à un débordement de comptes rendus, discussions, gloses et commentaires, comme s'il s'agissait d'un acte diplomatique d'où dépend le sort d'un peuple. Les journaux seront remplis d'anecdotes à ce sujet. Chacun prendra parti pour ou contre. Il y aura des gros mots, des disputes dans les cafés, des brouilles dans les familles, peut être des duels. Et le comédien, une fois de plus, aura bouleversé le monde..."

Discours de M. Guizot, ministre des affaires étrangères, dans la discussion générale du projet de loi relatif aux fortifications de Paris (Séance du 25 janvier 1841) : "La discussion se prolonge, et cependant, si je ne m'abuse, la perplexité de la chambre continue. Avant-hier, un honorable membre, M. de Rémusat, attribuait cette perplexité à de bien petites causes, à des méfiances de personnes, à des misères parlementaires. Je crois qu'il se trompe, et que la disposition de beaucoup de bons esprits dans la chambre a des causes plus sérieuses. La chambre croit à l'utilité, à la nécessité de la mesure qu'elle discute. Elle a des doutes, des inquiétudes sur ses résultats ; elle n'en prévoit pas clairement la portée et les effets ; elle craint que cette mesure ne devienne l'instrument d'une politique autre que celle qu'elle approuve et veut soutenir. Elle craint d'être entraînée dans une politique turbulente, belliqueuse, contraire à cette politique de paix, de civilisation tranquille et régulière qu'elle a proclamée et appuyée. Voilà la vraie cause de la perplexité et des inquiétudes de la chambre..."

Manuel du nageur ou de la pratique de l'art de nager, suivi d'un Traité sur les Eaux thermales ; terminé par des Observations intéressantes sur l'Art du Plongeur (1821) : "On s'est occupé utilement des moyens de rendre la vie à ceux que des accidens ou leur imprudence avaient mis en danger de la perdre dans les eaux, ne serait-il pas aussi bon de prévenir le mal que d'y chercher un remède. Le bain est de nécessité pour l'homme : la propreté est un des salubres avantages qui en résultent ; mais le plus grand, est la santé réparée ou conservée..."

L'art d'épurer les huiles pour veilleuses et quinquets par des moyens simplifiés et d'une pratique facile pour l'épicier comme pour les grandes manufactures (ca1820) par Ch. Lefebvre : "CET Ouvrage a pour but de propager les connaissances pratiques nécessaires à l'Epuration des Huiles végétales, et à les transformer en huiles convenables à la préparation des peaux chez les tanneurs. Nous n'ignorons pas que les procédés que nous allons décrire seront, pour quelques épurateurs, la répétition des moyens pratiqués dans leurs établissemens ; le soin que chaque manufacturier apporte dans la recherche des bonnes méthodes de travail, ne lui laisse pas long-temps ignorer les procédés qui, par leur perfection, peuvent contribuer à l'amélioration de l'industrie qu'il exploite..."

Petite biographie dramatique, faite avec adresse par un moucheur de chandelle (1826) : ADÈLE (Mlle), Porte-Saint-Martin, rue du Temple, n. 101. Sa danse voluptueuse promet plaisir, et l'on assure que Mlle Adèle tient tout ce que sa danse promet. ADÈLE BAZIRE, Ambigu, rue de Saintonge, n. 38 : « Jadis on voyait sur ses hanches | « Un simple jupon de tricot, | « Et pour parure des dimanches | « Un juste-au-corps en calicot ». Que les temps sont changés !"

Biographie des journalistes, avec la nomenclature de tous les journaux, et les mots d'argot de ces messieurs par une société d'écrivains qui ont fait tous les métiers, et qui se sont pliés à toutes les circonstances (1826) : "Dans le moment où les petites Biographies sont à la mode, on ne sera pas fâché, sans doute, d'avoir en un léger volume de cinquante centimes, de courtes notices sur Messieurs les Journalistes, ces organes de l'opinion publique, dont tout le monde se plaint, et à qui tout le monde cependant fait politesse. Ces indications pourront être utiles aux actrices qui ont besoin de mousser, aux auteurs qui cherchent des annonces, aux confiseurs qui souhaitent qu'on vante leurs douceurs, et aux jeunes filles à marier..."

Mémoire sur l'oblitération des artères ombilicales et sur l'artérite ombilicale (1855) par Alphonse Henri Notta (1824-1914) : "Dans les recherches que j'ai faites sur la cicatrisation des artères à la suite de leur ligature, l'étude des faits m'a amené à conclure que le caillot et la portion d'artère comprise entre la ligature et la première collatérale ne se transformaient pas en cordon fibreux, mais subissaient seulement une atrophie qui permettait néanmoins d'en reconnaître toujours les divers éléments. Je crois aussi avoir démontré à quoi était due la présence de ce cordon fibreux qui, unissant les deux bouts d'une artère liée dans sa continuité ou la surface de la cicatrice à l'extrémité du vaisseau, dans les amputations, avait pu en imposer pour une transformation de l'artère..."

Un tournoi au XIXe siècle (1872) par Ernest Legouvé (1807-1903) : "UN tournoi à Paris ! en 1872 ! Oui, vraiment. Jugez-en. Vous vous rappelez le cérémonial des tournois : un héraut d'armes proclamait, à son de trompe, à dix lieues à la ronde, que tel jour, à telle heure, en tel lieu, cinq ou six chevaliers se tiendraient, tout en armes, depuis le lever du jour jusqu'à la nuit, prêts à combattre tout adversaire qui se présenterait dans le champ clos. Eh bien, c'est ce que viennent de faire dix ou douze jeunes gens qui comptent dans le monde de Paris parmi les plus distingués et les plus élégants. Il ne s'agit pourtant ici ni de joutes à la lance ou à la rapière, ni de brillantes passes à cheval ; on combattra à pied,..."

Biographie des Archevêques de France par un ancien Donneur d'eau bénite (1826) : "Lorsque l'on lit l'Étoile et le Courrier français, la Quotidienne et le Constitutionnel, on est fort embarrassé pour se former une idée claire et juste du caractère politique de nos princes de l'église ; surtout lorsque l'on voit chaque jour, dans ces mêmes journaux, les apologies des uns et les satires des autres. Possédant depuis long-temps un recueil de pièces aussi rares que curieuses, concernant les archevêques du royaume, nous les avons réunies en leur donnant le titre et la forme d'une biographie qui, nous osons l'espérer, pourra éclairer le lecteur resté, jusqu'à ce jour, indécis..."

Emile Zola (1883) par Guy de Maupassant (1840-1902) : "Il est des noms qui semblent destinés à la célébrité, qui sonnent et qui restent dans les mémoires. Peut-on oublier Balzac, Musset, Hugo, quand une fois on a entendu retentir ces mots courts et chantants ? Mais, de tous les noms littéraires, il n'en est point peut-être qui saute plus brusquement aux yeux et s'attache plus fortement au souvenir que celui de Zola. Il éclate comme deux notes de clairon, violent, tapageur, entre dans l'oreille, l'emplit de sa brusque et sonore gaieté. Zola ! quel appel au public ! quel cri d'éveil ! et quelle fortune pour un écrivain de talent de naître ainsi doté par l'état civil..."

Rabelais et ses éditeurs (1868) par H. E. Chevalier : "Rabelais, le savant le plus complet, le penseur le plus profond, l'écrivain le plus habile du seizième siècle, Rabelais fut un homme heureux. Protégé par les rois et les grands, estimé des savants et des lettrés, aimé de tous, il se sentit assez fort pour attaquer les abus les plus imposants, les plus profondément enracinés, ceux mêmes que le bras séculier entourait d'une protection active, et il leur porta des coups dont ils ne se sont pas relevés. Ce contempteur de la Sorbonne, ce ferrailleur impitoyable qui, de son arme à deux tranchants, frappait à droite et à gauche, ici sur les «moines moinant de moinerie,» là sur les «demoniacles Calvins imposteurs de Genève», ce philosophe complétement émancipé s'éteignit dans son lit, tranquille et considéré, tandis que ses amis, de simples hérétiques, mouraient dans l'exil, comme Marot, ou sur le bûcher, comme Dolet. A peine au cercueil, il devient un personnage légendaire : son nom est dans toutes les bouches, son livre est entre les mains de tous. Pendant trois siècles, on le réimprime coup sur coup. En ce moment même, CINQ ÉDITIONS différentes sont en cours d'exécution..."

Procès intenté à M. Gustave Flaubert devant le tribunal correctionnel de Paris (6e Chambre) sous la présidence de M. Dubarle, audiences des 31 janvier et 7 février 1857 : réquisitoire et jugement. : "Messieurs, en abordant ce débat, le ministère public est en présence d'une difficulté qu'il ne peut pas se dissimuler. Elle n'est pas dans la nature même de la prévention : offenses à la morale publique et à la religion, ce sont là sans doute des expressions un peu vagues, un peu élastiques, qu'il est nécessaire de préciser. Mais, enfin, quand on parle à des esprits droits et pratiques. Il est facile de s'entendre à cet égard, de distinguer si telle page d'un livre porte atteinte à la religion ou à la morale. La difficulté n'est pas dans notre prévention, elle est plutôt, elle est davantage dans l'étendue de l'oeuvre que vous