LE
RAYON DOCUMENTAIRE :
une sélection de brochures et petits opuscules
conservés
à la bibliothèque municipale de Lisieux.
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le
mot
lettres
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accusateur
public
et
maîtresse
dans
Le
Réquisitionnaire de
Balzac.
Essai sur l'art de faire le vin rouge, le vin blanc et le cidre.... (1767) par Maupin (17..-17..) : "L’ART de préparer les boissons naturelles, & surtout le vin, est
encore si incertain, & cependant si important en tous pays à la
conservation des hommes, qu'on ne peut mieux faire que de s'occuper du
soin d'en éclaircir & fixer les vrais principes. C'est le but que
je me propose dans cet Essai. Pour y parvenir avec ordre, je commencerai par deux observations
préliminaires ; l'une sur les défauts du commun de nos vins, &
l'autre sur les manières de les faire, les plus usitées ; ensuite de
quoi, après avoir remarqué l'insuffisance & le préjudice de ces
dernières, je proposerai en partie, d'après mes expériences, deux
Méthodes nouvelles, dont la seconde convient non-seulement au vin
rouge, mais encore au vin blanc & au cidre. Tous ces objets, avec
des vuës sur l'introduction de la Vigne en Normandie & dans
quelques autres de nos Provinces septentrionales, seront la matière des
quatre Chapitres qui composent cet Ecrit..."
Jacques Bonhomme (1871) par Victor Édmond Vital Régnier (1822-1886) : "La guerre est à la politique ce qu'est à la médecine une opération
chirurgicale : un mal ayant pour motif la suppression d'un mal plus
grand. Autant on admire l'habile opérateur, pouvant en quelques
secondes de moins qu'un autre obtenir un résultat qui sauve la vie ou
prolonge l'existence, autant l'on doit toute son admiration à l'habile
gouvernant qui, par une guerre promptement et habilement dirigée, amène
des résultats heureux et décisifs dont le but sera de tirer une nation
d'un marasme mortel ou de lui permettre de croître en pleine vigueur..."
Catulle Mendès - Les Hommes d'Aujourd'hui n°203 (ca1898) : "Catulle Mendès est l'un des
plus parfaits artistes de notre époque. Poète, il n'est inférieur à aucun des poëtes nouveaux. Si vous relisez Hesperus, les Soirs moroses, les Contes épiques, les Sérénades, le Soleil de minuit, et ses autres
livres de vers, et surtout son dernier poëme : les Imprécations d'Agar,
qui sont un superbe et généreux chef-d’œuvre ; si vous savez apprécier,
à leur juste mesure, cette inspiration si puissante et si diverse, ce
talent si souple et si magistral, cette forme si pure et si claire,
vous serez pris d'une admiration très vive, et vous ferez déjà à
Catulle-Mendès entre les poëtes du dix-neuvième siècle la place que la
postérité lui réserve..."
Le fumier de ferme et
les engrais chimiques (1891)
par Louis Danguy : "La question de la fertilisation des terres arables
est certainement une
de celles qui attirent le plus vivement l’attention de l’agriculteur
depuis quelques années. Aussi ne devez-vous pas être surpris de voir ce
sujet exposé dans la première séance d’un congrès où seront discutés
les moyens de retirer du sol une plus grande quantité de produits. A
une époque encore peu éloignée de nous, la seule matière fertilisante
que possédait l’agriculture était le fumier de ferme. Le fumier de
ferme peut être considéré comme formé du résidu des
récoltes qui ont servi à l’alimentation et au couchage des animaux
domestiques. Tous les fumiers ne sont pas identiques. Il y a fumiers et
fumiers..."
Le combat à pied de la cavalerie au moyen âge (1885) par Jules de La Chauvelays : "Il ne sera pas sans intérêt d’examiner sommairement quelle fut la
tactique des chevaliers français, anglais, écossais, etc., depuis le
onzième jusqu’au quinzième siècle. On a considéré à tort, selon nous, chevalerie comme en tout temps
synonyme de cavalerie, et c’est une erreur de représenter les milites
du moyen âge montés toujours sur leurs destriers. A la vérité, la
noblesse de Charlemagne, abandonnant l’usage des milices qui conquirent
la Gaule, tint à honneur de combattre à cheval. Le guerrier frank
devint cavalier ainsi que le noble gallo-romain. Les Allemands au
contraire en revinrent souvent au combat à pied ; cependant leur
cavalerie fut célèbre de tout temps, les auxiliaires germains à cheval
contribuèrent au triomphe de César à Alésia, et enfoncèrent partout les
cavaliers gaulois. Les chevaliers allemands et les reîtres maintinrent
à cet égard la haute réputation de leurs ancêtres..."
Les plantes qui nourrissent - Les plantes qui guérissent - Les plantes qui tuent (1904) par Henri Coupin (1868-1937)
La Loi du Mâle, à propos de l'enfant du Barbare (1915) par Paul Rabier (18..-19..) : "Un auteur célèbre s’est heureusement attaché, voici quelques années, à
mettre en relief, au point de vue sentimental et social, toute
l’inexorabilité de la loi de l’homme, laquelle n’est que l’expression
humaine de la loi animale, de la loi du Mâle. Les poignantes heures que
nous traversons viennent d’en confirmer douloureusement, en même temps
que la violence, toute la fatalité. Alors qu’après neuf mois, nous
entrevoyons dans un lointain encore flou une glorieuse issue à cette
lutte titanesque qui ensanglante l’Europe ; en même temps que les mois
qui viennent vont nous apporter avec les joies de l’Eté, une floraison
de lauriers, d’autres prémices hélas ! ignominieuses celles-là, nous
sont promises. A l’heure présente, en effet, des milliers de seins de femmes
françaises recèlent d’indésirables fruits qui vivent malgré elles, à
leurs dépens, du fait d’abominables souillures. Nombre de ces
gestations touchent même à leur terme, pour lesquelles déjà certaine
solution serait trop tardive. Celle-ci ne pouvant être appliquée qu’à
celles récentes, qu’à celles toujours possibles imposées par l’ennemi
qui occupe encore notre sol..."
Observations sur la vente des forêts de l'Etat
(1865) par Alexandre d'Arbois de Jubainville (1835-1916) : "Un projet
d’aliénation des forêts domaniales a récemment ému l’opinion
publique. Nous nous sommes alors demandé si l’État avait raison de
conserver ses forêts plutôt que de les vendre aux particuliers qui,
stimulés par l’amour du gain et la crainte de la perte, sauraient
peut-être, au grand avantage de la prospérité publique, mieux les
administrer, en leur faisant produire des bois meilleurs et plus
abondants, afin d’obtenir un revenu plus élevé. A cet égard, voici le
résultat de nos recherches..."
Traité de l'origine des glaires... (1832) par Sébastien Guillié (1780-1865) : "FILS d’un père goutteux et d’une mère douée
d’une constitution lymphatique, à peine sorti de l’enfance, je fus
assailli par des maladies graves, qui mirent ma vie dans un imminent
danger. On attribua aux effets de la croissance, à la présence des vers
intestinaux, aux rachitis, un état qui n’était dû qu’à la surabondance
des glaires qui neutralisaient toutes mes fonctions, et dont il aurait
suffi de me délivrer pour me rendre les forces et la santé ; mais bien
au contraire, ceux qui furent appelés pour me donner des soins,
prétendirent que ma maladie était le résultat de ce qu’il leur a plu
d’appeler une fièvre
muqueuse, dénom[i]nation vide de sens, qui, ne fournissant
[r]ien à leur esprit, devait tout naturellement ne rien produire non
plus dans leur intelligence pour me guérir, puisque dans ces tems-là on
avait tout dit lorsqu’on avait affirmé qu’un individu était affecté de
la fièvre
muqueuse, comme aujourd’hui lorsqu’on a conseillé les
sangsues et l’eau gommée, tristes effets de la mode et du caprice qui
s’introduisent dans les têtes de ceux qui exercent le plus grave et le
plus important de tous les ministères pour le bonheur des hommes..."
La Danse des morts de la Chaise-Dieu : fresque inédite du XVe siècle (1862) par Achille Jubinal (1810-1875) : "
On a beaucoup écrit en France, depuis quelques années, sur les
anciennes peintures à fresque tracées dans les cloîtres ou sur les
murailles des églises, et connues sous le nom de danses des morts, danses macabrées, danses macabres.
Malheureusement, tout en dissertant beaucoup sur l'origine de ces
œuvres singulières, on a négligé de reproduire celles qui étaient
restées inédites. Nous ne venons pas, à notre tour, apporter une
opinion personnelle sur ce point encore obscur de notre archéologie
nationale, ni rechercher si la danse macabre était la même chose, comme
semble le dire Dom Carpentier dans son dictionnaire, que la danse des Macchabées (Maccabeorum chorea), ou si son nom vient de Macabre, qui aurait été le poëte ou le peintre
de cette danse, etc..."
Pour écrire de la main gauche : conseils pratiques (1917) par André Charleux (18..-19..) : "La guerre actuelle va laisser derrière
elle, outre
des deuils et des ruines, des mutilés. Il est du devoir de tous de
coopérer à l’œuvre de réeducation de ces braves. A cet effet des écoles
ont été fondées. Leurs enseignements leur procureront une profession
honorable. Cependant tous ne pourront pas
exercer une
profession manuelle. Les amputés d’un bras entre autres sont destinés à
remplir des fonctions, soit de dessinateurs, soit d’employés de bureau.
Or ceux qui ont subi l’ablation du bras droit sont obligés d’adapter
leur bras gauche à un travail nouveau pour lui. A ceux-là nous avons
pensé venir en aide en écrivant ce recueil de conseils. Ils sont le
fruit de notre expérience personnelle. Nous les avons pratiqués et des
résultats obtenus nous n’avons qu’à nous féliciter. Qu’ils satisfassent
pareillement ceux qui sont dans la pénible, mais non désespérante,
obligation de s’en inspirer, c’est le seul succès que nous leur
souhaitons..."
Almanach de la politesse - Nouveau guide pour se conduire dans le
monde
(1853) par Louis Verardi (1789-1859) : " Duclos dit que la politesse
est l’expression ou l’imitation des vertus
sociales. Labruyère prétend que l’esprit de politesse est une certaine
attention
à faire que, par nos paroles et nos manières, les autres soient
contents de nous et d’eux-mêmes, et ceci est vrai. La politesse, selon
nous, comprend : La morale, les bienséances,
l’honnêteté, la civilité, et, en un mot, toutes les douces vertus qui
forment les liens les plus puissants de la société civilisée ; c’est, à
proprement parler, la morale en action. 1. La politesse est
l’expression de la bonté de la morale et du cœur,
abstraction faite de toute vanité mondaine et d’égoïsme. Il n’est point
de véritable politesse sans morale, sans bonté, sans
bienveillance, et sans une certaine sensibilité. 2. Elle est uniquement
fondée sur l’amour du prochain ou sur l’envie de
s’en faire aimer comme on l’aime soi-même. C’est l’envie de plaire. 3.
Avec les gens que l’on n’aime pas, il est fort difficile d’être poli
si l’usage du monde ne vient à votre secours. 4. L’usage du monde est
le plus puissant auxiliaire de la politesse. 5. Si la politesse n’est
qu’un masque, comme disent les mauvais
philanthropes, mettez ce masque, car il vaut mieux, dans tous les cas,
se faire aimer que se faire haïr : tout le monde y gagne.... "
Livret de propagande pour le travail volontaire en Allemagne (ca 1941) [.PDF]
Les Amuseurs de la rue
(1875) par Augustin
Challamel (1819-1894) : " - Allons, voyons, Augustin, ne fais donc pas
comme cela le Bobèche ! Telle fut l’apostrophe que ma bonne mère me
lança, un jour que je me
signalais, devant elle, par toutes sortes d’extravagances, en gestes et
en paroles. J’étais niais au suprême degré. J’avais alors onze ans,
l’âge où l’on a déjà la prétention de se
compter parmi les personnages. - Bobèche ! bobèche ! qu’est-ce que cela
veut dire ? me demandai-je,
après avoir obéi aux injonctions maternelles. Dès que je me trouvai
seul, j’eus cette curiosité de chercher l’origine
des choses, si naturelle à votre âge ; je courus à la bibliothèque de
mon père, pour y prendre un dictionnaire français. C’était le Dictionnaire de l’Académie française, celui qui a le
monopole du langage, et qui fait loi dans les discussions grammaticales. Au mot Bobèche, je ne trouvai qu’un substantif féminin, signifiant «
une petite pièce cylindrique et à rebord, qu’on adapte aux chandeliers,
aux lustres, aux girandoles, etc., et dans laquelle on met la bougie ou
la chandelle. » - Évidemment, ce n’est pas de cette bobèche qu’il s’agit, me dis-je
aussitôt..."
Le Prisme, encyclopédie morale du dix-neuvième siècle (1841) - 3 :
Les Maîtres chanteurs (Francis Guichardet) ; Le Colporteur (Amédée Achard) ; Les Incomplets (Andréas) ; Les Écoles de natation (Charles Friès) ; Le Porteur de Journaux (Louis Roux) : "C’EST quelque chose de fâcheux, en vérité, que de naître
borgne, boiteux, acéphale, de clocher, de se faire remarquer par un
front proéminent, des yeux sensiblement chassieux, un nez turgescent et
couperosé, des mains taillées dans des semelles d’hippopotame, et
l’apparence de toutes ces difformités physiques rendue plus sensible
par une paire de lunettes d’un vert foncé. L’homme incomplet est celui
que la nature a moulé sur ce patron disgracieux, sans préjudice des
embellissements de l’art dont la plupart des incomplets au naturel
paraissent encore susceptibles au figuré...
La légende du Parnasse contemporain (1875-1876) par Henry Laujol (i.e. Catulle Mendès) : " Par une belle matinée de juin, – car cette fantasque histoire peut
commencer comme un roman, – un être extraordinaire projetait
d’interminables jambes sur l’un des grands chemins qui aboutissent à
Paris. Si longue que fut la route, ces jambes, certes, en atteindraient
le bout ! Maigre, plus maigre qu’en aucun temps il n’a été donné à
aucun, homme de l’être, transparent même, si son étroite redingote,
quoique amincie par l’usage, n’eut offert encore quelque apparence
d’opacité, il allait, ses courts cheveux dressés par le vent qui
rebroussait sa course, sa narine de faune relevée comme si elle eut
flairé quelque nymphe prochaine. Parfois, sans s’arrêter, il paraissait
écouter le bruit que fait sur les cailloux le clair ruisseau qui court,
et souriait avec un air d’attendrissement délicieux. Aux petites
hirondelles qui volent, il faisait des signes de menace amicale, et
cueillait, toujours courant, des touffes d’herbes fleuries. Aucun
bagage, d’ailleurs. Quoi de plus gênant qu’un bagage ? Une poche de sa
redingotte, pourtant, – celle sous laquelle le coeur bat, – était
renflée comme par quelque paquet. Il marchait toujours, avec les
allures rectangulaires du Matamore dessiné par Théophile Gautier. «
Qu’avez-vous à déclarer ? » lui demanda un employé de l’octroi ; le
voyageur, fièrement, répondit : « Rien ! » Rien, en effet, voilà ce qu’avait Albert Glatigny..."
La Ménagère parisienne (1841) par Mathurin-Joseph Brisset (1792-1856) : "LES femmes de province ont pendant longtemps paru posséder des droits
exclusifs au titre glorieusement bourgeois de bonne ménagère. Et, en
effet, la régularité des habitudes intérieures, la rareté de
distractions extérieures, les traditions léguées de mère en fille, le
besoin d’une occupation, d’une activité journalière, la nécessité
d’entretenir et de consolider par les minutieux efforts de chaque jour
une fortune à laquelle le temps ne semble devoir apporter aucun
accroissement soudain, par-dessus tout le désir ardent qu’elles ont de
surpasser ou d’égaler, à force d’économies intérieures, le luxe des
femmes plus riches qu’elles, et de pouvoir soutenir sans crainte la
surveillance inquisitoriale qu’elles exercent sans cesse les unes sur
les autres, tout contribue à faire des femmes de province les ménagères par excellence, ménagères corps et âme, esprit et coeur,
dans toutes les circonstances de la vie, et à toutes les heures de la
nuit et du jour..."
La Modiste (1841) par Mademoiselle Maria d'Anspach (18..-18..) "IL est dix
heures : Paris s’éveille, les magasins sont ouverts. Quelques
promeneurs longent le boulevard pour respirer l’air du matin et secouer
l’engourdissement du sommeil ; des commis se rendent à leurs bureaux ;
des femmes d’extérieur modeste, des jeunes gens en habit du matin vont
au bain ou en reviennent ; de diligents célibataires entrent dans les
cafés pour déjeuner et lire leurs journaux. Si, parmi tous ces
individus d’aspect différent, vous voyez passer une jeune fille à la
tournure dégagée et libre, qui marche vite, est mise avec plus de
coquetterie que de bon goût, jette un coup d’oeil curieux sur tout ce
qui l’entoure, et prête, chemin faisant, l’oreille aux galants propos
des jeunes gens qui la suivent ou s’arrêtent sur son passage ; – c’est
la modiste. Suivez-la vous-même un instant, et vous la verrez se rendre
à un magasin où les demoiselles de
vente l’ont déjà devancée pour faire leur brillant étalage..."
La Portière (1841) par Henry Monnier (1799-1877) : "QUAND nous
venons au monde, nous autres modestes enfants de Paris, peu de
personnes assistent à notre arrivée : ce sont ordinairement
l’accoucheur, la garde et la portière de la maison où nous avons reçu
le jour. La servante, si la dame du lieu ne fait pas elle-même son
ménage, va, vient ; tourne et rattourne
de la cuisine à la chambre à coucher, de la chambre à coucher à la
cuisine, et le mari n’est jamais là. Toutes les formalités usitées en pareil cas une fois terminées, le sexe
du petit bonhomme bien et dûment constaté, on le purifie, on
l’empaquette, on le ficelle, on le reficelle, on lui brise bras et
jambes pour qu’il occupe le moins de place possible dans ses langes ;
puis on le présente à la maman, qui le reçoit des mains de la garde. Le
docteur, dont les soins ne sont plus nécessaires, plie bagage, tire sa
révérence, et la portière reprend le nouveau-né, l’inonde de caresses,
l’humecte de baisers, et lui voue, à dater de ce jour, une affection
des plus vives, un dévouement sans bornes..."
Le Garçon d'amphithéâtre (1841) par P. Bernard (18..-18..) : "NOUS l’aimions tous ; elle était si jolie, Cécile, la
perle du quartier latin ! Lorsqu’elle passait sous nos fenêtres,
fraîche et pimpante, nous avions coutume d’envoyer la fumée de nos
cigares, comme un encens vers le ciel : nous voulions le remercier deux
fois, car il faisait toujours beau, et c’était fête ! Nous ne connaissions jamais d’avance l’hôtel... l’hôtel garni bien
entendu, où la jeune fille devait s’arrêter, ni le numéro exact de la
chambre dont elle allait augmenter le désordre, avec son chapeau, son
châle, son fichu, cette infinité de riens qui nuisent beaucoup plus
qu’ils ne servent, dans un intérieur d’étudiant, et qu’on jette en
entrant, çà et là, sur la table, sur les chaises, rarement sur le lit,
un peu partout. Mais on n’est pas jaloux, à l’école, on n’y est guère
prude non plus ; il nous sera donc permis d’ajouter que le nom de
l’époux nous importait peu. Nous étions bien sûrs que les noces se
feraient à la Grande-Chaumière, que nous y danserions au quadrille de
la mariée, peut-être même avec elle !... Cette chance et vingt ans !
figurez-vous donc quelle source il y avait là d’illusions et d’espoir..."
L'Enfant de fabrique (1841) par Arnould Frémy (1809-189.) : "IL est un édifice humble, honorable, qui se construit
sous nos yeux, et dont nous ne nous glorifions pas assez, peut-être
parce qu’il ne s’adresse qu’à notre reconnaissance, et non à notre
orgueil. Cet édifice n’est autre que la collection des établissements
de bienfaisance et de charité, les salles d’asile, les caisses
d’épargne, les conservatoires d’industrie, les sociétés de prévoyance,
de patronage et de secours mutuels, les écoles primaires, les écoles
normales primaires, et tant d’autres fondations toutes consacrées à
l’amélioration et au soulagement des classes pauvres..."
Le Pensionnat de filles en province (1841) en province par Écarnot (18..-18..) : "APRÈS la prose du maire et l’orchestre du spectacle, la
chose du monde la plus bouffonne, c’est un pensionnat de filles. Nous
supposons une ville de cinq à dix mille âmes, bâtie en long, pignons
sur rue, hôtel du Grand-Cerf et cabinet de lecture ; avec son
commissaire de police aviné, ses gardes champêtres à bandoulières, ses
réverbères borgnes, ses rues mi-parties de pavés et de boue, son
tambour de ville et sa doublure de commères ; celles-ci pourvoyant à
l’édification des parents, comme le pensionnat à celle des enfants ;
déchirant les réputations avec l’histoire du jour, comme le pensionnat,
les oreilles avec celle de Le Ragois ; brouillant les meilleurs amis
avec leurs calomnies, comme le pensionnat les meilleures dispositions
avec son enseignement. – Dites-nous un peu la bataille de Tolbiac et en
quelle année ? Voyons..."
Le Jardinier de cimetière (1841) par Edouard d'Anglemont (1798-1876) : "LA classe si
intéressante des horticulteurs se subdivise en un grand nombre de
variétés : les Christophe Colomb des fleurs, les multiplicateurs des
végétaux, les pères nourriciers de plantes exotiques, les créateurs de
pépinières, les Soulanges-Bodin, les Pyrolle, le Keteléer, les Bachoux,
les Billard, les Martine, etc. Mais, de toutes ces variétés, la plus
curieuse et la moins connue est sans contredit le jardinier de
cimetière. D’abord, le jardinier de cimetière ne jardine jamais ; il y a plus,
s’il jardinait, son métier, qui est prodigieusement lucratif, ne lui
rapporterait pas de quoi vivre comme un maçon ou un figurant de
l’Ambigu-Comique..."
La Femme adultère (1841) par Hippolyte Lucas (1807-1878) : "ON disait un jour devant une femme spirituelle que tromper son mari
commençait à devenir bien vieux au théâtre, et que les auteurs
devraient renoncer à ce moyen.« Que voulez-vous ? répondit-elle malicieusement, c’est une chose aussi
ancienne que le monde, et qui durera autant que lui. Le théâtre est
l’expression de la société. » Beaucoup de femmes se persuadent, en effet, que l’adultère est un
corollaire du mariage ; elles se figurent n’avoir pas eu une existence
complète si elles ne se sont, pour ainsi dire, élevées à leurs yeux du
rang d’épouses à celui de maîtresses, comme à un degré supérieur dans
l’échelle des passions. L’adultère ! nous venons d’écrire là un mot qui se prononce rarement,
même en ce temps, où la chose est si commune, et que l’on tient même
pour un mot de mauvaise compagnie ; mais qu’il nous soit permis de
l’employer..."
Le Prisme, encyclopédie morale du dix-neuvième siècle (1841) - 2 :
Les appartements à louer
(Auguste de Lacroix) ; Le propriétaire campagnard (Joseph Bard) ; Le conducteur d'omnibus (Charles Friès) ; Le blasé (Auguste de Lacroix) ; Le décrotteur (Louis-Auguste Berthaud) ; La journée d'un médecin (Louis Roux) : "PARIS est la ville des déménagements et des appartements à louer.
Quatre fois par an, c’est un déplacement de la population, un
va-et-vient perpétuel de tapissières, des voitures d’administration,
un remue-ménage général. Les fortunes s’élèvent et s’écroulent si vite,
et les déplacements se font avec tant de facilité ! L’employé mis à la
réforme, l’industriel, le spéculateur, changent de logement selon les
variations de l’aveugle déesse ; ils descendent ou montent d’un étage,
selon que leur position financière hausse ou baisse ; mais le mouvement
se fait toujours en sens inverse. Les filles d’Opéra et toute la grande
famille des femmes qui spéculent sur l’amour ont mille et une raisons
qui les poussent à faire voyager incessamment leurs pénates. L’artiste
qui a deux jours de fortune se hâte de prendre un appartement
confortable. L’étoile d’or vient-elle à pâlir, l’artiste va planter sa
tente sur les hauteurs inaccessibles de quelque masure ignorée. En
province, l’usage plus fréquent des baux met bon ordre à cette manie
d’émigration périodique : la Saint-Jean et Noël sont les seuls termes
adoptés entre les locataires et les propriétaires départementaux..."
Le Prisme, encyclopédie morale du dix-neuvième siècle (1841) - 1 : Le Vigneron (François Fertiault) ; Les Lions de contrebande (Francis Guichardet) ; La Cacoletière (Germain Delavigne) ; La Rue des Lombards (Andréas) ; Les Hôtels du Quartier latin (Louis Roux) : " DE tous les hôtels de Paris, ceux
du quartier latin ont assurément le caractère le
plus excentrique ; ils n’ont rien de commun avec ceux des
autres quartiers, et leur physionomie est toute spéciale. Il est admis en principe que partout où
l’étudiant dresse sa tente, il doit trouver
sécurité, bien-être, aisance et abandon
: le confortable n’est pas de rigueur. Le premier soin de l’étudiant de
première année est de bien choisir son
hôtel, en consultant les affinités de temps, de
lieux et de propriétaire. Un étudiant de seconde
année a d’ordinaire jeté son
dévolu sur un hôtel bien débraillé,
bien régence,
c’est-à-dire ouvert à toute heure de la
nuit à un homme seul, oui suivi d’un masque. Il
est des hôtels où le domino
n’est reçu qu’à la pointe du
jour, et à la condition expresse de ne point passer la nuit,
comme si le soleil devait être le complice obligé
de toutes les franches
repues qui ont lieu dans cet honnête
séjour..."
Célébrités contemporaines par Jules Claretie (1840-1913) : Alexandre Dumas fils (1882) ; Alphonse Daudet (1883) ; Jules Sandeau (1883) ; Jules Verne (1883) : "
S’IL
reste une gloire incontestable à notre pays, une suprématie
évidente, c’est la gloire du théâtre. L’étranger ne la discute même pas
; il la subit. Le théâtre français contemporain, partout traduit,
adapté, pillé, applaudi, demeure une des forces vives de la nation. On
peut comparer à nos peintres français des peintres étrangers, anglais,
italiens, espagnols ou hongrois. On n’a pas d’auteur dramatique
exotique à mettre en parallèle avec nos maîtres de la scène. L’homme
qui a le plus fait pour donner à notre théâtre cette renommée
éclatante et cette puissance souveraine, c’est M. Alexandre Dumas fils
- ou plutôt, car depuis onze ans il est seul à porter ce nom illustre -
M. Alexandre Dumas. Le premier, dans la comédie, dans cet art exquis du
théâtre qui, avant lui, était par ceux de sa génération fidèles aux
traditions de la génération précédente, regardé comme un aimable
passe-temps, un plaisir digestif, un jouet, il apporta, il fit courir
dans le drame cette chaleur de vie moderne, ce sentiment de vérité,
cette haine de la convention qui n’ont fait que s’accentuer depuis et
qui datent de lui..."
Le Propriétaire (1842) par Amédée Achard (1814-1875) : "INCLINEZ-VOUS devant les douze lettres de ce mot-là ;
toutes les
puissances se résument en elles ; en elles sont le commencement et la
fin, l’alpha et l’oméga de ce qui est. Qui n’est pas propriétaire veut
le devenir, qui l’est veut l’être toujours. Le monde pivote autour de
ce substantif ; c’est l’arche sainte des royaumes constitutionnels, le
fétiche de l’univers, la clef de voûte de la société ; tout passe, le
propriétaire seul ne passe pas ; les empires croulent, mais les
propriétaires restent. Ils sont plus forts que le temps et que les
révolutions, deux choses qui usent les trônes et le granit...."
Le Flâneur (1841) par Auguste de Lacroix (1805-1891) : "CONNAISSEZ-VOUS un signe plus approprié à son idée, un
mot plus exclusivement français pour exprimer une personnification
toute française ? Le flâneur ! type gracieux, mot charmant éclos, un
beau jour de printemps, d’un joyeux rayon de soleil et d’une fraîche
brise, sur les lèvres d’un artiste, d’un écolier ou d’un gamin, – ces
trois grandes puissances néologiques ! Le flâneur est, sans contredit, originaire et habitant d’une vaste
cité, de Paris assurément..."
L'Amateur de livres
(1841) par Charles Nodier (1780-1844) : "Ce que La Fontaine a dit du
loup, je le dirai volontiers du pédant.
Savez-vous rien de plus lourd qu’un pédant qui veut
être léger, de plus
maussade qu’un pédant qui veut être gracieux ? et
s’il me prenait envie
de faire de l’esprit en huit pages, moi qui ai juste ce
qu’il faut
d’esprit pour distinguer le prétérit de
l’aoriste, ne me
renverriez-vous pas à mes diphtongues ? J’aime mieux vous
prévenir tout d’abord que cet article sera piquant
comme un colloque de Mathurin Cordier ou comme un chapitre de
Despautère..."
Le Pharmacien (1841) par Émile de La Bédollierre (1812-1883) : "LE
pharmacien est un enfant de la révolution. Elle a,
dans ses transformations régénératrices,
substitué au procureur
l’avoué, au traitant le banquier, au perruquier le
coiffeur, au roi de
France le roi des Français, à l’apothicaire le
pharmacien. Beaucoup de fonctions sociales ont changé de nom
sans être
intrinséquement altérées : le préfet
rappelle l’intendant ; le commis
des contributions n’est pas moins inquisiteur que le
préposé aux
gabelles ; les volumineux dossiers de l’avoué ont beaucoup
d’analogie
avec les sacs du procureur. Mais entre l’apothicaire et le
pharmacien
il y a un abîme, un bouleversement social et médical..."
Le Joueur d'échecs (1840) par Joseph Méry (1797-1866) : "L
E monde est la patrie du joueur d’échecs ; c’est une profession ou un
amusement cosmopolite. L’échiquier est un alphabet universel à la
portée de toutes les nations. Le bonze joue aux échecs dans la pagode de Jagrenat ; l’esclave,
porteur de palanquins, médite un
mat contre un roi de caillou, sur un
échiquier tracé dans la sable de la presqu’île du Gange ; l’évêque
d’Islande charme le semestre nocturne de son hiver polaire avec les
combinaisons du
gambit du roi, et le début du capitaine Évans ; sous
toutes les zones, les soixante-quatre cases du noble jeu consolent les
ennuis du genre humain..."
Le Phrénologiste (1841) par Eugène Bareste (1814-1861) : "L
E type du phrénologiste ou du cranologiste, quoique assez commun
aujourd’hui, ne remonte pas à une très-haute antiquité. On peut même
dire que le dix-neuvième siècle, le nôtre, lui donna naissance : voici
comment. A la fin du siècle dernier, siècle de protestations et de luttes, une
secte composée de quelques hommes jeunes, hardis, enthousiastes, se
formait en Autriche et en Allemagne : c’était celle des élèves de Gall,
des partisans du fameux cours professé à Vienne sur le déplissement des
circonvolutions du cerveau. – Plus tard, ces sectaires prirent le titre
de
phrénologistes..."
Les Chiffonniers (1841) par Louis-Auguste Berthaud (1810-1847) : "V
OICI des types monstrueux, d’ignobles figures, d’abominables moeurs :
la forme, le fond, le dessus, le dessous, tout est pourri chez les
chiffonniers. Pour faire un mur, il faut du sable, de la chaux, des
pierres et un maçon ; on fait un chiffonnier avec une hotte, un
crochet, une lanterne et le premier gueux venu. Le gueux est appelé un
homme, la lanterne un
fallot, le crochet une
canne à bec, la
hotte un
hotteriot. Avant de se voir légalement constituées en
individu, c’est-à-dire en chiffonnier, il faut encore que ces matières
premières trouvent deux parrains, deux témoins qui répondent de leur
moralité ; il faut en outre qu’elles possèdent 40 sous. Ces conditions
remplies, la transfiguration est opérée ou à peu près."
Description de
trente-une fleurs avec un conte familier à Mlle Émilie, sur le Jeu du
Pied-de-Boeuf (1770) : "
L
E plus savant des Auteurs & le plus croyable en fait de Fable,
rapporte que Cloris étoit une Nymphe des Isles Fortunées, de laquelle
Zéphir, qui est le Dieu des Fleurs, devint tellement amoureux, qu’il
l’enleva, en fit sa Maîtresse, changea son nom en celui de Flore, &
l’épousa ; c’est pour cela qu’elle est appellée la
Reine des Fleurs..."
Étrennes fourées,
dédiées aux jeunes frileuses ou les Pelisses sympathiques (1770)
par Antoine Fabio Sticotti (1708-1772) : "T
OUT Ecrivain d’une certaine espece, ne peut plus se
dispenser de donner son Portrait gravé au Lecteur, toujours habile à
juger des beautés & des défauts d’un Ouvrage sur la seule
inspection d’une physionomie inepte ou savante. Cet usage des têtes en
taille-douce, consacré d’abord aux seuls Grands Hommes, s’est étendu de
nos jours indistinctement à tous les Artistes. Par cette industrie, les
petits paroissent grands, & les grands deviennent petits. Quoi
qu’il en soit, le défunt ne s’est point fait peindre ; pour suppléer à
cette perte irréparable, voici, du moins, les débris de son Oraison
funèbre, qu’on a trouvée dans ses papiers..."
[AFFICHE] Nouvelles des Armées :
Capitulation de Paris (1814).
[FORMULAIRE] Lettres
patentes de la très-véridique Cour de Cracovie (ca1780).
Croquis rustiques
(1901-1902) par Antony
Valabrègue (1844-1900) : "C'est une longue avenue, où se dressent,
d'une façon assez
uniforme, des tilleuls au sommet arrondi, taillés avec soin par les
jardiniers du bourg, qui n'ont eu souci que de se conformer à la
tradition. On retrouve ici je ne sais quel aspect ancien, qui non
seulement se révèle dans la coupe des arbres, mais se découvre encore
dans la forme surannée de quelques maisons à perron et à porte cintrée.
Et pourtant cette avenue s'étend, s'allonge en plein, au milieu des
fins horizons de la campagne parisienne ; elle est bordée de villas
coquettes, d'habitations élégantes, et là-bas, par une échappée entre
des pelouses et des jardins, on voit la Seine briller au soleil...."
Croquis du Nord (1905) par Antony Valabrègue
(1844-1900) : "Comme je me trouvais à Bailleul, petite ville du
département du Nord,
je remarquai un samedi, tout au bout de la rue d’Ypres, un mouvement
inusité. Des gens des environs, tout endimanchés, venus au moment où
finissait le marché, se réunissaient au cabaret de la
Cantine. Ils
avaient laissé çà et là leurs carrioles, comme si rien ne les pressait,
et ils tenaient à la main des cages qu’ils introduisaient dans le
cabaret..."
L'Éditeur (1841)
par Élias Regnault (1801-1868) : "É
DITEUR
! Puissance redoutable qui sers au talent d’introducteur et de
soutien ! talisman magique qui ouvres les portes de
l’immortalité, chaîne aimantée qui sers de conducteur à la pensée et la
fais jaillir au loin en étincelles brillantes, lien mystérieux du monde
des intelligences ; éditeur, d’où vient que je ne sais de quelle
épithète te nommer ? Je t’ai vu invoqué avec humilité et attaqué avec
fureur, poursuivi du glaive et salué de l’encensoir ; j’ai vu les
princes de la littérature t’attendre à ton lever comme un monarque
puissant, et les plus obscurs écrivains te jeter la pierre comme à un
tyran de bas étage. Objet d’espoir et de colère, de respect et de
haine, comment te qualifier sans injustice et sans préoccupations ?.."
Le Sportsman parisien
(1841) par Rodolphe d'Ornano (1817-1865) : "O
N
disait autrefois : Le Français né malin créa le vaudeville ; je propose
de réformer cet adage en disant : le Français né Français créa
l’anglomanie : si cette vérité notoire et ce fait patent pouvaient être
mis en discussion, le titre seul de cet article, en serait la
démonstration la plus convaincante ? Nous voudrions esquisser un type,
l’analyser, le nuancer même ; il est destiné à une collection
éminemment
française, et sous quel titre le présentons-nous à nos lecteurs
français ; sous un titre tellement anglais qu’il est composé d’un
adjectif welsche et d’un substantif d’origine saxonne, sorte de
contraction grammaticale..."
Le Garçon de bureau (1840) par J.-V. Billioux : "O
N
est destiné par son aptitude ou sa vocation à prendre place dans la
société soit comme magistrat, prêtre, soldat, industriel ou artisan :
mais je ne sache pas qu’un jeune homme ait jamais été élevé dans la vue
d’en faire un employé ou garçon de bureau, deux états sans
apprentissage que l’on n’embrasse, d’ordinaire, qu’après avoir manqué
ou usé plusieurs carrières, et parce que pour vivre il faut bien qu’on
fasse quelque chose..."
La Lionne (1840)
par Eugène Guinot (1812-1861) : "M
ADEMOISELLE
de Verneuil avait dix-huit ans, et son entrée dans le monde datait déjà
de deux années, lorsqu’un beau jour son père lui dit : Ma chère Alix,
il est temps que tu te maries ; je n’ai rien négligé pour ton éducation
; tu as eu les meilleurs maîtres de Paris, et voilà deux ans que je te
mène dans le monde, où je n’étais guère allé depuis mon veuvage. J’ai
rempli avec exactitude tous les devoirs d’un bon père, et je veux
couronner l’oeuvre en t’établissant convenablement. Tu es jolie, tu as
des talents, je te donne cent mille écus de dot et je te laisserai le
double, le plus tard possible, il est vrai, mais enfin tu es ma fille
unique, et tu auras toute ma fortune. Avec cela tu peux choisir, et je
ne prétends gêner ni ton goût ni ton inclination. Dans quelques jours
nous reprendrons cet entretien, et je te demanderai si tu as distingué
quelqu’un..."
Le Second mari (1841) par Frédéric Soulié
(1800-1847) : "L
A
nature a ses types, la société a ses types, toute nation a ses types,
et enfin chaque époque a ses types. L’avare, le vaniteux, le fanfaron,
appartiennent à la nature, et elle les a semés partout où elle a jeté
des hommes. Dès que la société a été organisée, elle a tout aussitôt
créé les siens. Ainsi le juge, soit qu’il applique la loi de Dracon ou
le Code pénal ; le commerçant, soit qu’il vende des nègres ou des
rentes sur l’état ; le militaire, soit qu’il marche le pot en tête ou
le fusil à l’épaule ; le médecin, soit qu’il suive la doctrine
d’Hippocrate ou celle de Hannman, ont des traits caractéristiques
généraux qui se retrouvent toujours et partout. Au contraire de ceci,
le climat, les productions du sol, la disposition géographique, ont
fait à chaque peuple des types particuliers..."
La Fille d'auberge
(1841) par François
Coquille : "Q
UOI
qu’on puisse dire, l’antiquité avait du bon ! Si, parmi tant d’autres
inventions, les auberges étaient inconnues des anciens, c’est que
chaque maison servait d’auberge. Certes, il était doux pour le
voyageur, arrivant, épuisé de fatigue, dans une ville étrangère, de se
voir entouré d’une foule d’amis qu’il ne se savait pas, et qui
briguaient l’honneur de l’avoir pour hôte ! On l’emmenait en triomphe ;
de belles esclaves lui lavaient les pieds, et lui prodiguaient les
parfums les plus rares. La place d’honneur lui était réservée à table :
on se fût gardé de lui demander son nom, comme d’une grave
incivilité..."
L'Écolier (1841)
par Henri Rolland : "L’
ÉCOLIERn’est
pas seulement un type, c’est un principe. L’école,
c’est le creuset où s’élabore l’avenir
d’une génération, où fermentent
toutes les imaginations que la science éclaire de sa flamme
vive, et
dont elle fait ou un métal commun qu’on rejette, ou un
joyau précieux
qui éblouit. Par le mot
ÉCOLIER nous
entendons tout ce qui reçoit un
enseignement, depuis le bambin déguenillé qui épèle l’alphabet sous le
doigt d’un frère
ignorantin,
jusqu’au dandy de philosophie, qui, sur
les gradins d’un cours public, écoute avec une complaisance nonchalante
les dissertations filandreuses du professeur sur Locke, Hobbes ou
Spinosa..."
Le Garçon de café
(1840) par Auguste Ricard
(1799-1841) : "U
N homme porte des chemises en toile de
Hollande, des bas de Paris ; ses souliers vernis ont été faits sur les
dessins d’un bottier de la rue Vivienne ; il n’emploie, pour sa barbe,
que du savon onctueux, pour ses mains que de la pâte d’amandes douces ;
ses dents sont entretenues par Desirabode, sa chevelure par Michalon ;
il a appris l’art du sourire perpétuel dans la classe d’un vieux mime
de l’Opéra ; il est patient, poli, aimable..... Vous croyez qu’il est
question d’un grand-écuyer de prince, d’un
diplomate, d’un chanteur de romances ? Du tout, il s’agit d’un garçon
de café..."
La Revendeuse à la
toilette (1840) par Arnould
Frémy (1809-189.) : "U
NE
femme passe, puis derrière elle un jeune homme provincialement gauche
et timide ; cette femme est de celles qui méritent d’être
audacieusement escortées et suivies, mais suivies sans réflexion
d’abord, puis d’instinct et comme on suit d’un oeil distrait les élans
capricieux de la demoiselle ou l’essor fantasque du papillon. Elle
voltige, se cadence en marchant plus qu’elle ne marche ; sa taille
souple et sinueuse tient à la fois de la guêpe et de la couleuvre ; son
pied est mignonnement relié dans un brodequin en maroquin cuivré. Si
vous vous approchez d’elle, vous respirez le patchouli et le musc..."
La Femme de province
(1841) par Honoré de
Balzac (1799-1850) : "E
N acceptant pour femmes celles-là
seulement
qui satisfont au programme arrêté dans la Physiologie du mariage,
programme admis par les esprits les plus judicieux de ce temps, il
existe à Paris plusieurs espèces de femmes, toutes dissemblables : il y
a la duchesse et la femme du financier, l’ambassadrice et la femme du
consul, la femme du ministre qui est ministre et la femme de celui qui
ne l’est plus ; il y a la femme comme il faut de la rive droite et
celle de la rive gauche de la Seine. Foi de physiologiste, aux
Tuileries, un observateur doit parfaitement reconnaître les nuances qui
distinguent ces jolis oiseaux de la grande volière..."
Le Comédien de
province (1841) par Louis
Couailhac (1810-1885) : "J
E veux peindre le comédien pur
sang, celui
qui descend en droite ligne du
La
Rancune de Scarron, celui qui est né, dans les coulisses,
d’un premier rôle et d’une soubrette ; celui qui peut se dire avec
orgueil
enfant de la
balle, et qui a passé ses premières années à parcourir la
France entière à la suite des auteurs de ses jours, gaminant sur les
places publiques avec les gamins de toutes nos sous-préfectures, et
jouant les anges, les amours et les petits démons, à la satisfaction du
public de province..."
Le Rédacteur en chef
d'un journal de province
(1841) par Raymond Brucker (1800-1875) : "O
N s’abuse
comme à dessein, de nos jours,
sur l’impulsion que
l’imprimerie donne à la circulation des
idées. Il faut que
le
dix-neuvième siècle ait un intérêt sournois à l’exagération des choses.
Les journalistes donnent en aveugles dans cette illusion, sous ce
prétexte, si plausible pour eux, que leur mérite en vaut la peine.
Hélas ! à quoi sert le mérite au milieu de la confusion ? Dans le champ
de la publicité, tout vient pêle-mêle, les épis et les ronces. Que de
roses meurent dans les chardons !... J’avoue l’énorme consommation
d’encre, de papier et de caractères ; au besoin, si je m’inscrivais en
faux, le canon de la statistique vomirait contre moi son éloquente
mitraille de chiffres ; mais sous le feu de ce canon, je maintiens mon
dire. L’
idée
est absolument en dehors de tout ceci : ne confondons
pas le moyen avec le but, la presse avec le pensée ; ce serait décréter
l’égalité de l’esprit et de la matière..."
La femme sans nom
(1840) par Taxile Delord (1815-1877) : "Q
UEL nom, en
effet, lui donner, à ce type si
fécond et si misérable, si poétique et si abject, si moral et si
repoussant ; énigme vivante que n’ont pu éclairer ni les recherches de
la science, ni les dévouements de la charité, ni les efforts de
l’intelligence ? Pendant bien longtemps encore cette femme, dans
laquelle viennent se résumer tous les dévouements et toutes les
bassesses, toutes les délicatesses de la passion et toutes les
corruptions de l’âme, se dérobera à la triple investigation de la
science, de la religion et de la morale ; elle demeurera toujours comme
un des plus grands mystères du coeur humain et des nécessités
sociales..."
La grisette
(1840) par Jules Janin (1804-1874) : "D
E tous les
produits parisiens, le produit
le plus parisien sans
contredit, c’est la grisette. Voyagez tant que vous voudrez dans les
pays lointains, vous rencontrerez des arcs de triomphe, des jardins
royaux, des musées, des cathédrales, des églises plus ou moins
gothiques ; comme aussi, chemin faisant, partout où vous conduira votre
humeur vagabonde, vous coudoierez des bourgeois et des altesses, des
prélats et des capitaines, des manants et des grands seigneurs ; mais
nulle part, ni à Londres, ni à Saint-Pétersbourg, ni à Berlin, ni à
Philadelphie, vous ne rencontrerez ce quelque chose si jeune, si gai,
si frais, si fluet, si fin, si leste, si content de peu, qu’on appelle
la grisette..."
L'aubergiste
(1840) par Amédée Achard (1814-1875) : "I
L n’y a pas
d’aubergistes à Paris, il n’y a
que des maîtres d’hôtel, qui sont des produits de la civilisation mûris
dans les serres chaudes des grandes villes. Le maître d’hôtel parisien
se tiendrait pour gravement insulté si quelque provincial malavisé
s’oubliait jusqu’au point de l’appeler aubergiste ; nous ne savons même
pas si, n’était la législation adoptée par les cours royales, il ne
traînerait pas l’impertinent sur le terrain belliqueux du bois de
Boulogne, ce classique parc des duels innocents. Le maître d’hôtel est
un grand seigneur qui ne connaît guère mieux son établissement que les
marquis de la régence ne connaissaient leurs terres..."
Le Gamin de Paris
(1841) par Jules Janin (1804-1874) : "I
L est le frère
de la grisette : frère légitime ou illégitime qu’importe ? il est
enfant de bonne race : car, à coup sûr, son grand-père était à la prise
de la Bastille ; à la révolution de juillet, son père est entré le
premier aux Tuileries, et il s’est assis sur le trône du roi ; c’est
une race de gentilshommes dont les titres se sont perdus. Mais
cependant suivez le gamin de Paris dans la rue : cet oeil fier, cette
démarche hardie, ce sourire moqueur, ces petites mains, ces petits
pieds, cette tête bouclée, ne retrouvez-vous pas tous les souvenirs de
cette nation à part dans la nation française, qui depuis le
commencement de la monarchie a joué le rôle principal dans tous les
mouvements qui ont changé la face du monde ; c’est surtout le gamin de
Paris, qui pourrait dire comme Figaro :
Si le ciel l’eût voulu, je serais fils
d’un prince. Mais le ciel ne l’a pas voulu ; notre héros est
bien mieux que le fils d’un prince, il est le gamin de Paris..."
La Vieille fille
(1841) par Marie d'Espilly : "
S
I nous avions mission de faire une histoire
complète de la vieille fille, dans tous les temps et chez tous les
peuples, si nous devions la prendre à son premier berceau, la suivre
dans tous ses développements, sous toutes ses formes, il nous faudrait,
le flambeau de l’analyse philosophique à la main, remonter la route
obscure du passé jusqu’à l’origine des antiques civilisations, secouer
la poussière amoncelée sur leurs débris, évoquer leur esprit, ranimer
l’Inde, l’Égypte, la Grèce et Rome, et redescendre par le christianisme
à travers toutes les misères du moyen age. Un tel travail nous
entraînerait sur un terrain immense, il toucherait à toutes les hautes
questions sociales, politiques et religieuses. Il nécessiterait une
analyse rationnelle de la nature humaine ; il ajouterait à la longue
litanie des douleurs de l’humanité..."
Le Maquignon
(1841) par Albert Dubuisson : "B
IEN
que notre époque ait donné naissance à une effrayante quantité
de
floueursde
toute espèce, et qu’elle ne paraisse pas
s’arrêter dans cette voie
éminemment progressive, elle ne peut cependant usurper la gloire
d’avoir enfanté le maquignon. Le maquignon est né
depuis longtemps et a
eu l’avantage très-mérité de servir de
modèle aux plus fins exploiteurs
de la crédulité française et surtout parisienne.
Mais quoiqu’il ne
sorte pas du grand moule des Roberts-Macaires du dix-neuvième
siècle,
ce n’est pas à dire pour cela qu’il prétende
leur être inférieur. Il
les vaut tous ; il sourit de pitié en songeant aux roueries
à lui
connues qu’on donne pour invention récente, et vient
merveilleusement
confirmer cet adage, qu’il n’y a rien de nouveau sous le
soleil, et que
la moitié de la société a été de
tout temps destinée à être dupée par
l’autre. Le maquignon s’acquitte de cette dernière
tâche avec
infiniment d’esprit et d’agrément...
Le Chicard (1841) par Taxile Delord
(1815-1877) : "
T
OUTES les époques ont dansé : l’ère
hébraïque, l’ère romaine, l’ère française ; David, Néron, Louis XIV.
Après les rois, les peuples ; quel peuple, quel pôle civilisé n’a pas
sa danse individuelle et caractéristique, sa bourrée, sa tarantelle, sa
gigue ou son fandango ? Paris seul, jusqu’à présent était sans type de
danse, sans chorégraphie inter-nationale, et prime-sautière. Paris ne
dansais pas, il bâillait ; témoin les raouts de l’hiver dernier, et
probablement ceux de l’hiver futur. – C’est au point que les
invitations pour une contredanse se formulaient ainsi : « Madame me
fera-t-elle l’honneur de marcher avec moi ? » Heureusement « un homme
s’est rencontré, d’une profondeur de génie incroyable, » comme aurait
pu dire Bossuet. Ce génie profond, ce pseudonyme incomparable, est
aujourd’hui essentiellement populaire et trop haut monté dans l’opinion
publique et les bals masqués, pour que nous ne lui ouvrions pas à deux
battants la case la plus exceptionnelle de notre musée.
Chicard est
Français de coeur, sinon de grammaire, et bien qu’il ne soit pas encore
du dictionnaire de l’Académie..."
Une dame patronesse
(1833) par Léon Halévy (1802-1883) : " Une brillante
société était réunie dans le salon du banquier Montfort, l’un des
heureux millionnaires de la Chaussée-d’Antin. Sept heures venaient de
sonner, et un domestique à grande livrée venait de prononcer ces mots
si doux à l’oreille d’un gastronome altéré : « Madame est servie. » Je
ne décrirai pas la salle à manger d’un millionnaire, ce sanctuaire
où s’élaborent tant de conceptions et de projets, tant de révolutions
financières et politiques. Je ne décrirai pas la royale somptuosité
d’un festin qui aurait fait pâlir tous ceux de Lucullus. Qu’il vous
suffise de savoir que Montfort traitait ce jour-là un diplomate
étranger, dont il captait la protection pour la conclusion d’un emprunt
; le secrétaire-général d’un ministère, qui était en position de lui
faciliter l’adjudication d’une grande entreprise ; et trois députés du
centre, dont le vote pouvait doter la France d’un canal qui devait
verser l’abondance et la fertilité...."
La Bourse (1833)
par Philippe Busoni (1804-1883) : "Je suppose que vous êtes étranger ou
de province, ce qui est la même
chose pour ma supposition. Vous êtes venu à Paris, dans cette capitale
des arts et de la civilisation, et c’est la première fois. Artiste,
vous courez au Louvre, à Saint-Germain-l’Auxerrois, s’il n’est pas
démoli, ou à l’hôtel de Cluny, rue des Mathurins ; industriel, vous
visitez les belles manufactures du faubourg Saint-Antoine et du
Gros-Caillou ; naturaliste, vous allez au Jardin des Plantes ; savant,
à la Sorbonne et aux bibliothèques ; solliciteur, c’est aux ministères
et à la chambre que vous vous faites conduire ; curieux et désoeuvré,
vous avez les spectacles, les cafés, le bois de Boulogne, les
Néothermes de la rue Chantereine, etc., etc..... Que si, par le hasard
de votre condition, vous vous trouvez tout simplement rentier, ou même
financier et quelque peu économiste, ou bien encore badaud au suprême
degré, alors vous demandez la Bourse : « Où est la Bourse ? » ..."
Les cochers de Paris
(1833) par Nicolas Brazier (1783-1838) :"Il est loin de nous ce temps
où Henri IV écrivait à Sully : « Mon
cousin, je ne pourrai aller vous trouver ce soir à l’Arsenal, attendu
que ma femme m’a pris ma coche. » Sous Henri III, le président Achille
de Harlay se rendait à cheval de
son hôtel au Palais-de-Justice. Le vieux président Brisson y allait
monté sur une mule, ce qui ne l’a pas empêché « d’être pendu par son
cou à une poutre de l’une des salles du Petit-Châtelet, le 15 novembre
1591. » Que Dieu vous donne merci, vieux président Barnabé Brisson ! Si
nos pères revenaient au monde, ils seraient fort surpris de voir des
milliers de voitures sillonner dans tous les sens les rues de la
capitale..."
Les jeunes personnes
sans fortune à Paris (1832) par Victorine Collin : "Dans le siècle
où
nous vivons, surtout en France, une portion de la société est condamnée
au malheur en naissant ; classe de Parias, êtres délaissés, et pourtant
intéressants et aimables, dignes d’un meilleur sort, si tout ce qui est
bon trouvait sa récompense dans cette vie ; je veux parler des jeunes
personnes bien nées et sans fortune. Pauvres filles, quel âge mûr vous
attend !... quel avenir vous est réservé !... à quoi vous servent votre
douceur, vos vertus, vos talents ? que vous revient-il de posséder une
charmante figure, d’avoir un noble maintien, et « la grâce plus
touchante encor que la beauté ? La plupart d’entre vous sont destinées
à végéter inutiles sur la terre, à ne jamais porter le titre d’épouse,
à ne caresser que l’enfant de l’étrangère..."
La vie d'un député
(1832) par Viennet : "C’est un beau jour
que celui d’une élection populaire pour l’heureux mortel qui en est
l’objet. L’empressement de ses amis, les félicitations de ses
concitoyens, la confusion même de ses adversaires, les acclamations du
bon peuple qui se réjouit de cet avènement au petit pied, comme si le
lendemain ne devait pas ramener le travail de la veille, l’invasion de
la foule joyeuse dans les salons du nouvel élu, les protestations de
dévouement, les roulements des tambours, les sons harmonieux de la
sérénade ; tout cela fait un ensemble étourdissant qui ravit et
transporte, une suite rapide d’émotions vives, désordonnées, dont on ne
saurait se rendre compte, et qui ne laisse place à aucune réflexion sur
la nature et la sincérité de ces bruyants hommages..."
Les vices à la mode
(1832) par J. Lesguillon (1800-1873) : "J’avoue qu’en
commençant ce chapitre, je suis embarrassé par le titre
même. Qu’est-ce qu’un vice ? En physique, autant que je puis me le
figurer, c’est l’absence ou la défectuosité d’une partie qui altère ou
paralyse le tout. Ma définition peut être inexacte, mais je la crois
suffisante. Eh bien ! nous voyons des machines humaines qui, loin
d’être altérées ou paralysées par des vices, leur doivent leur
position, leur équilibre, leur usage : ma définition est donc mauvaise
: en voici une autre : le vice est le complément de l’homme..."
Les tables d'hôte
parisiennes (1832) par L. D. Derville (1802-1868) : "Paris a
ses
théâtres, ses musées, ses académies, ses Chambres, ses émeutes et ses
revues, toutes choses fort curieuses à voir ; mais la province a ses
tables d’hôte ; et cela seul la place au même degré de civilisation. Je
ne serais même point étonné que de nombreuses gens préférassent les
tables d’hôte ; mais ce serait là un de ces goûts exclusifs qui ne
doivent pas nous influencer. Il est sûr, en effet, que les tables
d’hôte provinciales l’emportent de
beaucoup sur la plupart de celles qu’offre Paris à l’appétit vagabond
de ses ruinés, de ses célibataires et de ses étrangers. La table
d’hôte, à Paris, c’est l’omnibus de la fringale..."
Les Demoiselles à
marier (1832) par Régnier Destourbet (1804-1832) : "Quand on a
élevé un jeune poulain, qu’il est en âge de courir avec son
cavalier, on conduit la petite bête au marché, et l’on dit : « Qui en
veut ? J’en demande tant : voyez, il a le jarret fin, le crin fourni,
l’échine droite ; portant bien sa tête ; large du poitrail : pour la
vivacité c’est une biche ; si vous voulez savoir son âge, regardez ses
dents ; si vous doutez de la douceur de ses allures, essayez-le. » J’ai
souvent entendu des hommes de bon sens, se plaindre qu’il n’en fût pas
de même pour les demoiselles, et qu’on ne pût pas mettre un écriteau
sur sa porte :
A marier, une
jolie demoiselle alezan doré, prenant
dix-sept ans à la Saint-Martin, bien dressée, pouvant aller à la
cuisine et au salon. S’adresser au portier..."
Les musiciens
(1831) par Castil-Blaze (1784-1857) : "Quel est ce fashionable aux
cheveux frisés, dont on admire l’élégance ?
son habit taillé par les plus habiles mains servira de modèle ; la
forme, la couleur, en seront adoptées ; un habit si bien porté mérite
les honneurs de l’impression, nous le verrons estampé sur le Journal
des Modes. Son gilet, largement échancré, laisse voir un plastron de
batiste d’un éclat éblouissant, plissé, empesé avec un soin extrême. La
chaîne d’or où pend sa montre, le ruban du lorgnon, se croisent sur
cette cuirasse de lin où brillent des agrafes dont l’or enchâsse les
rubis, les saphirs. Sa cravate est un chef-d’oeuvre de l’art ; dix,
quinze, peut-être vingt carrés de mousseline ont été froissés,
torturés, et renvoyés à la blanchisseuse avant qu’il ait pu ajuster ce
noeud dont les seuls connaisseurs peuvent apprécier l’artifice et
détailler les perfections. Un castor superfin, des bas de soie au tissu
transparent, un escarpin juste et reluisant comme l’acier d’Angleterre,
des gants plus blancs que la neige, une badine où l’or brille,
complètent la toilette de ce beau fils. Son menton n’est rasé qu’à
demi,..."
Des soirées
littéraires, ou les poètes entre
eux (1831) par Sainte-Beuve (1804-1869) : "Les soirées
littéraires, dans lesquelles les poètes se réunissent pour se lire
leurs vers et se faire part mutuellement de leurs plus fraîches
prémices, ne sont pas du tout une singularité de notre temps. Cela
s’est déjà passé de la sorte aux autres époques de civilisation
raffinée ; et du moment que la poésie cessant d’être la voix naïve des
races errantes, l’oracle de la jeunesse des peuples a formé un art
ingénieux et difficile, dont un goût particulier, un tour délicat et
senti, une inspiration mêlée d’étude ont fait quelque chose
d’entièrement distinct, il a été bien naturel et presque inévitable que
les hommes voués à ce rare et précieux métier se recherchassent,
voulussent s’essayer entre eux et se dédommager d’avance d’une
popularité lointaine, désormais fort douteuse à obtenir, par une
appréciation réciproque, attentive et complaisante..."
Le cimetière du
Père-Lachaise (1832) par Eugène Roch : "Vers la fin de l’été, je me
trouvais en proie à un accès de cette
mélancolie profonde, qui est comme l’instinct d’un ressentiment secret
contre les hommes, le souvenir amer d’un passé vague, et une lassitude
des choses du moment. Livré à cette disposition, l’on aime à sortir de
l’enceinte des villes, à laisser derrière soi les formes trop positives
de la vie sociale, à s’éloigner de ce qui est faux, artificiel, en
désharmonie avec la nature, enfin à fuir ses semblables.... –
Et si, encore plein de cette humeur sombre, mais d’une tristesse déjà
plus douce, vous gravissez une colline dont le sommet vous fasse
dominer sur la grande cité populeuse, sur le vaste Paris, alors votre
rêverie se laisse entraîner à cette direction philosophique qui mena
Volney méditer sur les ruines ! Vous admirez la puissance du temps, de
l’industrie, de la civilisation, dans cet amas surprenant de maisons,
qui, sous leurs bases, dérobent à vos yeux des plaines, les rives d’un
fleuve et de nombreux coteaux, de ces maisons que seize siècles ont
apportées une à une, et jour par jour, l’une à côté de l’autre ! Vous
lisez l’histoire sur le fronton des bâtiments royaux et sur la toge
noirâtre des monuments..."
Un café de
vaudevillistes en 1831 (1832)
par Félix Pyat (1810-1889) : "La Sibérie et un atelier d’élèves en
peinture ne sont pas plus
inhospitaliers qu’un café de vaudevillistes. Si vous n’avez commis ni
roman, ni mémoire, ni un couplet dans toute
votre vie ; si l’on n’écrit pas à l’adresse de votre nom au moins
homme de lettres,... je ne vous
conseille pas d’entrer dans ce café,
où tout le monde se connaît comme à l’estaminet d’une ville de province
: vous y serez observé, pressé par les regards de tous, mal à l’aise
autant qu’une jeune fille, le premier jour du corset..."
Les amitiés
littéraires en 1831 (1832)
par Astolphe de Custine (1790-1857) : "J’étais seul,
assis à ma table ; je taillais mes plumes, ce qui veut dire que je
n’avais guère d’envie d’écrire, quoique le loisir ne me manquât pas
!..... Mais bientôt les souvenirs ranimèrent ma pensée : je me reportai
vers les lieux que j’ai parcourus il y a peu de temps, et les noms
fameux, et les sites extraordinaires de l’Andalousie, de l’Afrique, me
rendirent toutes les inspirations de la poésie !.."
L'apprenti
journaliste par Alexandre Duval (1767-1842) : "Dans ces temps de
révolution où les journaux ont tant d’influence sur
les esprits, je crois utile de raconter naïvement au public comment,
épris de la littérature, je me fis auteur par circonstance et apprenti
journaliste par nécessité. Les événements de ma vie n’ayant rien de
romanesque, je n’ai pas besoin d’avertir mon lecteur que mon récit ne
contiendra que la plus exacte vérité. On me nomme Alfred de R***, et je
dois la naissance à un juge de la
ville de B..."
Une maison de fous
par Jacques Arago (1790-1855) : "Deux belles choses, deux choses
curieuses à voir et à étudier dans
notre vieille Europe : un palais de rois, une maison de fous. De ces
deux demeures, laquelle préféreriez-vous habiter ? Les insensés
qui vivent auprès des monarques sont trop méthodiques, trop monotones ;
ceux qu’on relègue à Charenton ou chez le docteur Blanche, me semblent
moins à plaindre. On a pitié de leur état ; ils mangent, à leur gré,
assis ou debout ; ils saluent sans se courber jusqu’à terre ; il leur
est permis quelquefois d’avoir une volonté, de la manifester, de la
soutenir. Ils parlent haut ; ils contrôlent les actions du chef ; ils
résistent aux menaces, ils ne cèdent qu’à la force... Ce sont presque
des hommes..."
L'ouvreuse des loges
par Paul David : "Voici un sujet de théâtre, sur lequel il est
impossible de faire de
l’érudition. Les Romains et les Grecs, toujours cités en fait de choses
d’art, et toujours admirables quand il s’agit de l’art en lui-même,
n’avaient pas l’idée d’une ouvreuse de loges. Comment auraient-ils
compris cette mesquine invention de nos siècles d’argent, eux dont la
magnificence large et éclairée ouvrait un cirque à vingt mille
spectateurs, et faisait applaudir Aristophane ou Térence à tout un
peuple, assis sans distinction sur les vastes dalles de leurs théâtres
géants !.."
La journée d'un
journaliste par Gustave Planche (1808-1857) : "
Le
journalisme est une royauté nouvelle, la plus jeune à coup sûr de
toutes celles qui couvrent aujourd’hui l’Europe ; plus vivace et plus
hardie, plus souple et plus alerte que toutes les cours et tous les
cabinets qui se liguent sans pouvoir se soutenir, qui prodiguent les
serments et les parjures, les protestations de franchise et les
arrière-pensées sans réussir à se tromper ; elle est née le jour où la
vieille royauté a reçu le premier coup, le coup mortel qui a blessé à
mort, en 1789, sa légitimité de quatorze siècles..."
Le coureur
d'héritages par Moléri (1802-1877) : "Il arrive un moment dans la
vie
où l'homme, soit nécessité, soit ambition, soit ennui, se résout à
faire choix d'une profession. C'est alors qu'il consulte sa vocation et
peut devenir un génie, ou bien qu'il se soumet aux exigences des
circonstances et des personnes qui le dominent; d'où il résulte que le
monde se trouve affligé d'une innombrable quantité d'avocats bavards
plutôt qu'éloquents, de médecins empiriques, de juges ineptes,
d'architectes maladroits, en un mot, d'ignorants autorisés par les
brevets de l'École ou par les patentes du ministère des finances..."
Le
boulevart du Temple (1832) par Nicolas Brazier (1783-1838) :
"Charles Nodier a dit, en parlant de la route du Simplon, que Napoléon
fit creuser d’une manière si miraculeuse :
Le malheureux !... il m’a gâté
mes Alpes !.... Ce mot n’a rien d’exagéré. Or, il en est
des plus petites choses comme des plus grandes. Moi aussi, j’ai eu mes
phrases d’indignation ; et, lorsque je me promène aujourd’hui de
l’emplacement où était Paphos au café Turc, et que je reviens de la rue
d’Angoulême à l’ancien hôtel Foulon, je m’écrire à mon tour :
Les malheureux ! ils m’ont gâté
mon boulevart du Temple !.."
La vie de café
(1832) par Merville (1785-1853) : "Avant de dire au lecteur (que ce
titre étonne peut-être un peu) ce que
c’est que
la vie de café,
il convient de lui dire deux mots des cafés
eux-mêmes. Ces établissements succédèrent aux cabarets fréquentés, sous
Louis XIV, par la jeunesse élégante de Paris. Le siècle était dévot,
guerrier ; il aimait les arts ; la cour de France était la plus
brillante, la plus polie de l’Europe ; et, à Paris, les jeunes gens,
les femmes s’enivraient ! Il y avait certainement dans ce phénomène
moral quelque chose qui tenait de la Fronde et qui menait à la
Régence..."
Une agence
dramatique (1832) par Léon Halévy (1802-1883) : "Tout marche ; tout
suit le progrès du siècle. Quand je donnai au
théâtre mon premier ouvrage (c’était en 1826), l’agent dramatique
auquel m’adressa l’aimable et spirituel Emmanuel Dupaty, demeurait au
troisième, dans un étroit et sombre appartement. Depuis cette époque,
il a descendu deux étages ; la modeste table de noyer, surchargée de
vieux cartons, s’est métamorphosée en riche et élégant bureau d’acajou
; deux commis toujours occupés groupent les chiffres aussi bien que le
ferait M. Thiers ; et dans un arrière-petit cabinet résonne l’agréable
bruit des écus : vous vous croiriez chez un agent de change ou chez un
banquier. Tout annonce enfin une notable amélioration. Malheureusement
les recettes des auteurs n’ont pas suivi la même progression. Depuis
que les agents dramatiques sont mieux logés, les théâtres font de moins
brillantes affaires ; et depuis qu’on n’a plus à monter qu’un étage, on
redescend l’escalier bien plus légèrement : il y a compensation..."
Les traducteurs
(1833) par Edouard de La Grange (1796-1896) : "Parmi toutes les espèces
d’industries qui font gémir la presse à Paris
et qui se partagent les vastes champs de la littérature, il en est une
plus pénible que celle du manoeuvre qui broie le sable et la chaux ; il
en est une dont le salaire est quelquefois inférieur à celui du paveur
ou du tailleur de pierres ; je veux parler des traductions qui nous
inondent de tous côtés comme un torrent débordé, et qui envahissent à
la fois et les librairies les plus renommées et les étalages les plus
modestes des quais et des boulevarts ; tapisseries retournées qui nous
montrent les sujets à l’envers, le coloris effacé et les linéaments
raboteux qui composent la trame. Courbé sur la pensée d’autrui, et
semblable à une presse mécanique, le traducteur est forcé de
reproduire, dans un temps donné et dans un français trop souvent
barbare, les inspirations des auteurs exotiques ; labeur ingrat
d’ouvriers faméliques, sorte de grosse littéraire transcrite à tant le
rôle ; et les hommes qui vivent de cet ignoble métier, on les compte
par milliers dans la capitale du monde civilisé ; essaim bourdonnant,
troupe sans nom comme sans gloire, depuis celui qui traduit à la ligne
sous l’échoppe de l’écrivain public, jusqu’à celui qui travaille à la
feuille dans son galetas solitaire..."
L'étudiant
en médecine (1832) par Alfred Donné (1801-1878) : " Au sortir du
collège, la grande affaire pour un jeune homme est le choix d’un état.
Tant que la doctrine du docteur Gall ne sera pas décidément adoptée
comme un moyen infaillible de reconnaître les dispositions, le génie
particulier des enfants, on se donnera bien du mal pour étudier leurs
goûts et leurs instincts, avant de les lancer dans l’une des mille
carrières qui s’ouvrent devant eux à leur début dans le monde..."
Deux ménages
parisiens (1832) par Victorine Collin (1797-18..) : " Il faut être
bien
hardi pour toucher aux bourgeois, le plus petit peu du monde, quand on
a lu le spirituel et délicieux article de M. Bazin sur ce sujet. J’y ai
regardé à vingt fois ; j’hésite peut-être encore : une seule chose me
rend le courage ; c’est que le bourgeois de M. Bazin a, pour ainsi
dire, revêtu son habit des dimanches ; il est en visite, hors de chez
lui, à la revue, aux émeutes, aux fêtes publiques ; il court la bourse,
les affaires, se promène en fiacre ; enfin il est toujours occupé. Mais
le bourgeois chez lui, le bourgeois au coin de son feu, jouant le
piquet avec sa femme, additionnant son livre de dépense, le bourgeois
en bonnet de coton, vous ne le connaissez pas encore bien, ni lui, ni
sa femme, ni ses enfants, ni sa bonne..."
Le portier de
Paris (1832) par Jacques Raphaël : " Ce serait avoir à peine
entrevu l’une des opérations les plus vulgaires
auxquelles l’être qu’on nomme
portier
de Paris
daigne s’abaisser, que de s’imaginer que c’est tout simplement, et
suivant la signification exacte qu’un esprit logique peut déduire de ce
mot, un homme dont les fonctions se bornent à ouvrir et à fermer la
porte d’une maison à ceux qui entrent, ou qui sortent..."
Une
représentation à bénéfice (1832) par Auguste Luchet (1806-1872) : "
Une représentation à bénéfice ! Que c’est une douce chose, et combien
la pensée en est gracieuse et riante pour ces êtres rares, pour ces
artistes favoris qui, toute leur vie, ont possédé, ont enchaîné le
public de leur théâtre ; gens à qui leur théâtre doit de n’être pas
mort, de vivre riche et glorieux ! Heureux, cent fois heureux ceux-là
qui mènent, et remuent, et gouvernent tout ; qui sont plus directeurs
que le directeur ; ceux-là pour qui jamais la caisse n’a fermé sa
porte, ni baissé son guichet ; pour qui les feux et les suppléments de
feux... "
Du costume parisien,
et de son avenir par
Charles Lenormant (1802-1859) : "Je me suis souvent étonné que, dans le
plan tout spécial du livre des Cent-et-un, personne n’ait encore abordé
le sujet éminemment parisien de la Mode. Cette puissance, naguère
encore absolue, aurait-elle succombé comme tant d’autres puissances, et
ne resterait-il chez nous, à la mode, d’autre privilége que celui de
donner son nom à un journal de l’ancien régime ? Oh ! alors, qui ne se
garderait de remuer cette cendre refroidie ? qui ne renoncerait à la
prétention d’auteur original devant la crainte de passer pour un
plagiaire de Mercier ou de Sainte-Foix ? Il n’en est rien pourtant. La
frivolité, compagne obligée de la mode, n’a pas abdiqué son rôle de
souveraine : nous continuons d’être frivoles en révolutions, en
discussions, en émeutes, comme en tout le reste : nous n’avons de plus
qu’autrefois qu’un singulier avantage, celui de profaner un plus grand
nombre d’idées sérieuses. Mais, quelle que soit la direction de notre
esprit, le fond n’en change pas : le livre des Cent-et-un, qui peint
sous des couleurs si diverses, et avec des contradictions si amusantes,
nos passions, nos répugnances, toute notre vie actuelle, le livre des
Cent-et-un est un monument précieux dans lequel la postérité (si
postérité il y a) cherchera surtout quelles étaient, après la
révolution de 1830, les modes de Paris, en politique, en croyances,
comme on cherche ailleurs la façon des robes et des habits d’une
époque..."
Une scène de
magnétisme
par Félix Bodin (1795-1837) : "Monsieur l’éditeur du livre des
Cent-et-Un veut bien me demander un nouvel article ; c’est fort
obligeant, sans doute : mais il exige absolument que j’y parle du
magnétisme ; c’est fort embarrassant. D’abord, il n’est pas du tout
agréable de passer dans le monde pour s’occuper de magnétisme. Beaucoup
de vos meilleurs amis vous considèrent alors avec une sorte
d’inquiétude compatissante, comme celle que nous inspirent les gens
dont la tête n’est pas bien rassise. Je trouve cela tout naturel ; il y
a quelques années que j’en usais ainsi avec les autres, et aujourd’hui,
par la même raison, je suis presque honteux d’être signalé comme un
adepte de Mesmer, de Puységur, et du bon M. Deleuze..."
Les théâtres de
société par Edouard Mennechet (1794-1845) : "
Parmi
tous les amusements que multipliait la prospérité dont nous jouissions
avant la révolution de 1830, la comédie de société occupait le premier
rang. Les concerts et les bals pâlissaient devant une soirée
dramatique, et les mots On fera
de la musique, ou bien On
dansera, n’avaient pas, sur une invitation, l’attrait puissant
de cette courte et modeste annonce : On jouera des proverbes.
Il n’était pas de prières, pas de démarches, pas de ruses dont on ne se
servît pour être invité. On se réconciliait avec un ennemi, on donnait
la main à un homme de police, on écoutait sans bâiller un député du
centre : aucun sacrifice ne coûtait si l’heureux billet devait en être
le prix. C’était alors un billet de spectacle qui éveillait la
concurrence : c’est aujourd’hui un billet d’hôpital. Comme tout a
changé !.."
Un jour de paiement
de rentes au trésor public par Ernest Fouinet (1799-1845) : "
Quand,
après un long travail, vous allez vous promener aux Tuileries, sur la
terrasse des Feuillants, par un beau jour d’automne, dans ce doux état
de nonchaloir, de presque absence de pensée, que l’on a comparé souvent
au mouvement plein d’indolence d’un canot abandonné au flottement d’un
petit lac, votre esprit fatigué qui veut du repos, comme l’oeil ébloui
veut de l’ombre, en a assez pour l’occuper du tourbillon de feuilles
mortes qu’emporte un coup de vent, du léger froissement des pas dans
ces feuilles desséchées, du frôlement de la robe d’une jolie
promeneuse, ou d’un coup d’oeil vague jeté sur la longue façade du
ministère des finances..."
La faction des
ennuyés
(1832) par A[uguste] Jal (1795-1873) : "La plus terrible, la plus
cruelle, la plus dangereuse, la plus violente
des factions qui s’agitent à la surface de la société parisienne ! Ne
riez point ; car il n’y a pas de quoi rire, je vous assure. Vous vous
accommoderez avec toutes les factions politiques, si vous
renoncez à l’ambition de gouverner le pays, si vous vous condamnez à ne
pas discuter les droits, la force, les intentions et le mérite des
partis ; si vous payez bien vos contributions, quelque système qui les
réclame. Comme vous ne serez gênant pour personne, personne ne vous
attaquera ; vous glisserez entre la république américaine, la
république renouvelée de 1791, le napoléonisme, l’henriquinquisme,
l’opposition, la doctrine, la royauté des Tuileries, le programme de
l’hôtel-de-ville ; vous passerez au milieu de tout cela sans coudoyer
une opinion, sans heurter une idée, parce que vous vous serez fait
prudemment bien mince, bien petit, bien souple, bien adroit..."
Un magasin de modes
(1832) par A[ntoine] Fontaney (1803-1837) : "Oh ! c’était bien le plus
joli chapeau du monde, le plus élégant, le
plus gracieux, le plus coquet. – C’était une capote de gaze lilas avec
des tresses de paille autour de la passe, et puis un bouquet de
coquelicots, d’épis et de bluets, parmi des coques de ruban, un peu
penché à droite de la forme, sur la passe. – C’était bien aussi l’amour
le plus fragile, le moins profond qui se pût
trouver ! – C’était un sentiment léger de femme légère, un sentiment de
fantaisie, avec des faveurs capricieuses, et des tendresses
artificielles. – Or, voici ce qu’il advint de cette capote de gaze, et
de ce sentiment
de fantaisie..."
La rue des Postes
(1832) par Frédéric Gaillardet (1808-1882) : "L’habitant de la province
ou l’étranger, nouveau venu dans Paris,
pourrait croire, en lisant ce chapitre, que je vais lui parler de la
rue où, chaque jour, des milliers de bras, s’allongeant et se croisant
les uns à l’envi des autres, laissent tomber des milliers de lettres
dans une ouverture large et profonde, espèce de gouffre qui revomit
périodiquement ce qu’on lui jette, et dont la bouche, hérissée de dents
de fer, ressemble à ces gueules béantes des gardiens du Ténare,
toujours prêts à dévorer, toujours prêts à saisir. C’est le
vastâ
voragine gurges de Virgile, avec son
inhians tria Cerberis ora..."
Les
ex-libris français depuis leur origine jusqu'à nos jours
(1875) par Auguste Poulet-Malassis (1825-1878) : "« C’est
la collection à la mode, » nous disait, ces jours derniers, un libraire
du quai, à qui nous demandions des ex-libris. « A la mode » est
exagéré. Nous citerions bien, en vérité, les noms d'une vingtaine de
collectionneurs, après lesquels il faudrait s'arrêter. Noyau excellent
qui grossira et fructifiera, certes, mais fort disproportionné avec le
nombre de tirage de ces notes, qui s'adressent ainsi beaucoup moins aux
curieux de l'heure présente qu'à ceux de demain, ou de l'an qui vient.
Quoi qu'il en soit, nous avons essayé de résumer ici nos observations
sur les marques
intérieures
de bibliothèque, et sur leur usage en France depuis la fin du XVIe
siècle, où elles commencent à se montrer, jusqu'à nos jours, où l'on
peut dire qu'elles sont en discrédit. Au siècle dernier, elles ont eu
leur grande vogue correspondant à un besoin général, en même temps que
leur apogée artistique, suivi de l'inévitable retour que l'on sait..."
La Mort de Carême
(1833) par Charles-Frédéric-Alfred Fayot (1797-1861) : "Carême est mort
en janvier dernier, à l’âge de cinquante ans. Il a
mérité sa grande réputation. Je crois même à la durée de sa gloire, et
mes raisons pour cela sont exposées dans les piquants
commentaires
dont il a déjà été l’objet. Ceux qui les écrivirent sont des habiles.
Je trouve à leur tête M. Grimod de la Reynière, mangeur si délicat,
écrivain si spirituel, et d’une conversation si riche de souvenirs ;
lady Morgan, très-digne d’apprécier Carême. C’est elle qui a écrit,
dans un enthousiasme de connaisseur, « que la science, comme Carême l’a
pratiquée, est
une
nécessité, un signe de civilisation, et l’une des plus
douces conséquences de la richesse. » Carême et Laguipière, son maître,
ont introduit dans l’art les changements délicieux. – Nous mangeons
depuis eux des choses plus délicates, et nous buvons à petits coups et
frais. Pour le boire, c’est un retour aux préceptes d’Horace..."
Une journée de
flaneur sur le boulevarts du Nord (1833) par Amaury Duval
(1760-1838) : "Ce bon Mercier,
dont il me semble encore voir la figure goguenarde sous un vieux et
large chapeau triangulaire, Mercier n’a donné d’autre titre à l’un des
plus grands chapitres de son
Tableau
de Paris
(tableau qui, par parenthèse, ne ressemble presque plus à l’original),
que ces mots si vulgaires :
PROMENONS-NOUS.
C’était un conseil qu’il donnait d’avance aux peintres futurs de la
moderne Babylone, à tous les auteurs du livre des
Cent-et-Un..."
Le Buffle
(1882) par Henri Dalivoy : "Je dois au lecteur
un aveu pénible mais loyal : je n’ai jamais vu d’autres Buffles que
ceux du Jardin des plantes et du Jardin d’acclimatation. J’ajouterai,
pour achever ma confession, que l’étude sur place de ces animaux a
suffi largement à mon bonheur et ne m’a pas inspiré la moindre velléité
d’aller, un jour, faire avec eux plus ample connaissance en Roumanie,
en Égypte, en Perse, aux Indes ou au Cap de Bonne-Espérance. Pure
question de goût. Ce n’est point ma faute si je n’ai pas l’humeur
vagabonde et si je considère comme une calamité un simple déplacement
de Paris à Carcassonne ou à Quimper-Corentin..."
Le Tigre(1882)
par Fulbert Dumonteil (1830-1912) : "Il n’y a peut-être pas dans la
création de plus bel animal que le Tigre. Le Tigre est un grand
calomnié. Autant sa renommée est terrible et sa légende odieuse, autant
sa force
est extraordinaire et sa beauté admirable. Sa souplesse, son agilité
tiennent du prodige. Rien n’égale la puissance et la grâce, le charme
terrifiant et superbe
de ce grand chat de neuf pieds ! Un classement puéril a fait du Tigre
comme un vice-roi des animaux,
ayant pour sultan le Lion. Le Tigre ne relève que du Tigre et ne
partage avec personne sa couronne
ensanglantée. C’est tout simplement le monarque de l’Asie, comme le
Lion est le roi
de l’Afrique. L’un règne en souverain sur les rives du Gange ; l’autre
a pour trône l’Atlas !..."
L'Orang-outang
(1882) par Maurice Dehers : "Jadis dans l’ordre des Primates, mot qui
veut dire premiers ou primats des animaux, Linné, inventeur de cette
dénomination, plaçait, avec l’homme, non seulement les Singes et les
Makis, dont l’organisation se rapproche plus ou moins de celle qui
distingue notre espèce ; mais aussi les Chauves-souris et les
Paresseux, qui ont dû en être séparés, lorsqu’il a été permis
d’apprécier plus exactement les particularités organiques qui les
distinguent..."
Le Lion
(1882) par Henri Demesse : "L’une des merveilles de la création parmi
les animaux, c’est le Lion, dont la royauté est fort dûment établie,
bien que nombre de naturalistes aient entrepris de la lui discuter. Ce
fauve a reçu en partage la force et la beauté. Rien de plus majestueux
que sa démarche, rien de plus absolument beau que sa forme, rien de
plus terrible que son rugissement..... Les naturalistes ont classé le
Lion parmi les onguiculés, ordre des carnassiers, famille des félins..."
Le Renne
(1882) par Jules Gros (1829-1891) : "Si Buffon a été le plus éloquent
des naturalistes, il est loin d’en avoir été le plus juste. Quant il a
affirmé que le Cheval est la plus belle conquête de l’homme sur les
animaux, il ne parlait sans doute que des pays tempérés qu’il
connaissait, mais l’Éléphant, en Asie, le Chameau, en Afrique, le Renne
chez les populations du Nord, ne sont pas pourtant des conquêtes qu’il
faille dédaigner. Les services réunis que rendent chez nous le Cheval,
l’Ane, le Mulet, le Boeuf, la Vache, la Chèvre et la Brebis, le Renne
les rend aux malheureuses populations qui vivent en Laponie et dans
tout le nord de la Sibérie. Ajoutons que partout où il vit à l’état
sauvage, il constitue un gibier précieux et un aliment de haut goût..."
Les Singes
(1882) par René
Delorme
: "Où finit l’Homme ?
Où commence le Singe ? Voilà des questions terriblement embarrassantes
! Il faut cependant les examiner avant de rien dire. Si, par hasard, il
était démontré que le Singe est un
arrière-petit-cousin de l’homme, quel regret n’éprouverions-nous pas en
effet d’avoir parlé avec irrévérence d’un de nos parents éloignés ! Si,
au contraire, il était avéré que le singe n’est qu’un simple
animal, alors nous aurions libre carrière et nous ne nous exposerions à
aucun remords en risquant quelques critiques. Qu’est-ce donc que le
Singe ? Herder répond : « Mon frère aîné. » Faut-il s’en tenir à cette
opinion d’un Allemand modeste ?.."
L'Éléphant
(1882) par Louis
Figuier
(1819-1894) : "On a dit, avec
raison, que l’homme est le maître de la nature. Il a soumis tous les
animaux à son empire ; il a transformé suivant ses désirs la végétation
qui couvre la terre ; il a percé des montagnes, comblé des vallons,
creusé des voies dans l’épaisseur des collines, changé les isthmes en
voie maritime, et noyé des continents. Il est, en un mot, à la tête de
la création inanimée ou vivante. Mais on peut bien admettre un moment
cette hypothèse que l’homme aurait pu ne point exister, ou bien encore
qu’il aurait pu disparaître, par un des cataclysmes dont notre globe a
été plusieurs fois le théâtre..."
L'Ours (1882)
par Jules
Vallès
(1832-1885) : "Fait drôlement ! Museau pointu, épaules larges, train de
derrière plus large encore ; pas de queue. Etabli sur son séant, les
pattes de devant en l’air, il ressemble à une pyramide poilue plantée
sur sa base. Il est en effet la pyramide de nos premiers grands
souvenirs de la nature. Nous le voyons près de nous dans le drame de la
vie terrestre, à partir du jour où on a pu en ressusciter les
personnages et en rebâtir les décors. Il est assis, grognon, devant le
berceau de notre race. Il donne même son nom à l’époque primitive qu’on
appelle l’époque du Grand Ours..."
Les Romantiques
(1878) par Marc de
Montifaud
(1849-1912) : "
Les puissants, les fortunés, les légistes obèses et les bourgeois
tremblaient. Les cloches de la
Notre-dame
d'Hugo, avaient sonné à toute volée l'appel aux armes. Chaque réunion
devenait une bataille. Des hiérarchies littéraires jusqu'aux corps
d'état, la ligue défensive s'organisait. La résistance au romantisme se
composait des mêmes adversaires que ceux qui préconisaient l'ordre
établi en politique : les chauves de toutes les catégories, les
cuistres du professorat, avant tout, les hommes qui passaient de
l'exercice du prétoire à l'épicerie et auxquels est familière cette
pose qui consiste à croiser ses mains sur l'abdomen et à tourner ses
pouces ; tous ces prud’hommes au ventre tendu comme des tambours et aux
membres cartilagineux et flasques, tous ces gluants de nuance indécise,
au masque gras et rasé reposant leur menton sur un col triangulaire,
trouvaient le secret de prolonger la bataille. Ils mettaient la même
emphase à porter la queue de la tragédie qu'on en met aujourd'hui à
porter la queue des ordres moraliens ; alors comme à présent c'étaient
bien les mêmes têtes qu'on aurait dû servir sur du papier découpé comme
on sert la tête de l'animal aux longues soies qui les symbolise en
politique et en littérature..."
L'écrivian public
(1832) par Frédéric
Soulié
(1800-1847) : "Il faut bien le
reconnaître, chaque jour notre vieux Paris s’en va, son
originalité s’efface, son caractère disparaît. Bientôt il ne restera
plus rien de cette cité si pittoresquement construite, plus rien de ses
moeurs si originalement tranchées. Voyez : ses rues s’alignent, ses
boulevarts s’aplanissent, ses faubourgs s’éclairent. Voyez : ses
habitants, pairs et commis, notaires et confiseurs, portent le même
frac, et parlent la même langue. Hommes et maisons, tout se nivelle.
Autrefois, avec des nobles féodaux, des seigneurs suzerains, des
manants et des serfs, nous avions de hauts châteaux, de grands palais,
des masures et des cloaques. Aujourd’hui les tours et les priviléges
gisent à côté les uns des autres et les rues s’élargissent au profit du
peuple qui s’élève, et aux dépens des vastes hôtels qui n’ont plus
d’habitants à leur taille..."
Les amours de
diligence (1832) par Victor
Schoelcher
(1804-1893) : "C’était une femme comme on en trouve beaucoup à Paris,
mais comme il
n’y en a qu’à Paris : élégante, belle, jeune avec trente ans, et riche
avec dix mille francs de rente. Ces femmes-là sont, pour l’ordinaire,
réellement veuves, et gardent un fils de sept ou huit ans dans un des
deux grands colléges. Quelquefois leur mariage les a fait baronnes,
mais elles n’en tirent nulle vanité ; elles comptent trop sur
elles-mêmes pour se parer d’un mot. Elles ont des cheveux blonds, une
peau de satin, des ongles blancs, un corps frèle, une physionomie
douce, des bas de fil d’Écosse, des robes faites par la bonne faiseuse,
des mouchoirs de batiste, et des gants de Suède. Toute leur personne
est d’une délicatesse exquise, et elles laissent après elles un parfum
presque insensible de mille odeurs délicieuses. Elles habitent une
jolie maison dans la Chaussée-d’Antin, meublée avec recherche, toujours
ornée de fleurs,..."
Le
Palais-Royal (1831) par E.
Roch
: "Parcourez les
principales villes de l’Europe, vous y verrez des cathédrales
gothiques, des jardins et des palais auxquels Paris et les autres
villes de France auront à opposer des monuments de même genre ;
remontez aux temps anciens ; embarquez-vous sur le vaisseau
d’Anacharsis, vous visiterez la Grèce dans sa splendeur, et lorsque
vous aurez admiré les Propylées, le temple de Thésée et le Parthénon,
la nouvelle Athènes pourra mettre en regard de ces édifices son
Panthéon, son Louvre, sa Bourse et son église de la Madelaine ; mais
nulle part vous ne retrouverez un Palais-Royal, ni rien qui lui
ressemble..."
Les Musées en
plein vent
(1831) par Amédée
Pommier
(1804-1877) : "On doit regarder
comme un des plus notables agréments de Paris toute la jouissance qu’on
peut s’y procurer pour rien. C’est une des villes du monde où le pauvre
s’amuse le plus, et, parmi ces plaisirs qui s’offrent gratis à un
chacun, les boutiques de gravures occupent incontestablement un rang
fort distingué..."
Le Napoléon noir
(1832) par Léon
Gozlan
(1803-1866) : "La génération présente doit
s’attendre à être encombrée de fils de Napoléon, concurremment avec les
faux dauphins : chaque dynastie déchue nous léguant ses glorieux
bâtards et ses faussaires. Ce n’est pas que les branches nouvelles
s’alarment beaucoup de ces prétendants apocryphes ; il y a mille
raisons pour cela : d’abord le nombre exclut la vraisemblance ; et,
dans le contingent des héritiers présomptifs, les imbéciles nuisent
trop aux fripons. Mais les superstitions populaires s’alimentent à
cette source équivoque ; et pour peu qu’on ait le nez ou la bouche
offrant quelque ressemblance avec le masque de l’ex-souverain, le
chapeau fait le reste. La foi nationale est robuste. On a compté
cinquante-huit faux Néron, trente-deux faux Charles-Quint ; on a perdu
le nombre des faux Louis XVII. Qu’on juge, après cela, si le vol de
filiation souffre le moindre blâme, quand les pères sont dans une
proportion si effrayante..."
Une demoiselle de
Paris en 1832
(1832) par Victor
Ducange
(1783-1833) : "Qu’elle est jolie !... Vous la connaissez, j’en suis
sûr. Plus d’une fois, sans doute, il vous est arrivé, par un beau jour
de
juillet ou d’août, entre quatre et cinq heures, d’aller vous mêler à la
foule élégante que la mode appelle, et que la fraîcheur d’un bel
ombrage retient dans les vastes allées de la royale demeure. Ou bien
aussi, par une douce soirée, un beau ciel de nuit azuré, vos
pas appesantis par le poids du jour, heurtés, interrompus par un essaim
de beautés, ont, trente fois dans une heure, mesuré la distance entre
la rue Laffite et la rue Taitbout, au milieu d’un double rang de femmes
éblouissantes, de lanternes où le gaz rayonne, et des bouffées de tabac
de nos modernes élégants : enfin, sans métaphore, vous vous êtes
promené le matin aux Tuileries, ou le soir à Coblentz..."
Jacques Bonhomme
(1833) par
Gibert : "Jacques
Bonhomme,
M. Jacques Bonhomme est d’une famille ancienne.
Depuis qu’il est devenu important, des flatteurs et des savants lui ont
même fait une belle généalogie ; ils lui donnent une origine celtique.
A les croire, sa race s’en va se perdre dans la nuit des temps qui
précèdent les histoires écrites. Ils retrouvent en lui je ne sais
quelle physionomie gauloise, un peu semblable aux descriptions de
César. Ils disent qu’ensuite ces Jacques Bonshommes de la vieille Gaule
firent assez bonne société avec les Romains leurs conquérants : ils se
mêlèrent aux vainqueurs du monde par mariage ou autrement, finirent par
parler la même langue et prirent ensemble des habitudes municipales ;
tâchant de se tirer au moins mal du gouvernement du bas-empire, ou, ce
qui fut pire encore, de sa décrépitude expirante..."
Une première
représentation (1831) par
Merville
(1785-1853) : "Autrefois,
c’est-à-dire avant le 26 juillet 1830, c’était quelque chose
qu’une
Première
Représentation. Les journaux l’annonçaient un mois
d’avance ; ils citaient le nom de l’auteur en toutes lettres, et ce nom
ne devenait un mystère que le jour de l’événement. Mais alors, les
amis
du coupable
qui, de concert avec lui, s’étaient souvent évertués à le faire
connaître, à divulguer son secret, usaient de la plus discrète retenue.
On les voyait sous le péristyle du théâtre, dans les couloirs, dans les
foyers, s’aborder, se reconnaître à certains signes, à de furtifs
échanges de coups d’oeil et de serrements de mains, comme des
Carbonari ou des
membres du
Tugend
bund. Ils s’oubliaient eux-mêmes, pour ne s’occuper que de
la grande affaire du jour, l’ouvrage nouveau. Ils n’étaient plus, à ce
moment solennel, jésuites, libéraux, royalistes, tout ce qu’on était
alors ; ils étaient
amis
de l’auteur, identifiés avec lui, participant à ses
angoisses, à ses craintes, à ses espérances, et l’on citait tel
écrivain qui avait le bonheur de voir dans cette espèce de commandite
plus de la moitié des spectateurs, sans compter ceux qui faisaient
métier de l’applaudir..."
Les bibliothèques
publiques (1831) par P. L.
Jacob
(1806-1884) : "Je comprends bien que les bibliothèques publiques de
Paris puissent
être utiles aux lettres ; mais, en vérité, telles que les a faites
l’impéritie ou la négligence de l’administration, je ne comprends pas à
quoi elles servent, sinon à enfouir et à perdre à la fois le précieux
dépôt des connaissances écrites ; la Bibliothèque du roi, comme la plus
importante par le nombre et le choix des livres et des manuscrits, est
aussi la plus riche en désordre, en routine, et en abus. Cependant la
police matérielle de l’établissement fait honneur au concierge et aux
frotteurs de livrée ; ou dépose
gratis
les cannes et parapluies à la
porte ; on est
prié, par
une inscription en langue vulgaire,
d’essuyer ses pieds au paillasson,
et des crachoirs moins rares que
les encriers préservent de fréquents outrages le miroir du parquet
ciré. Là, Diogène n’eût pas été réduit à cracher au visage de
quelqu’un..."
Un couplet de la
Marseillaise et l'Abbé Pessonneaux (1900) par E.-J.
Savigné (1806-1884) : "
L
A paternité du septième couplet de la
Marseillaise, «
Nous
entrerons dans la carrière….. a été l’objet de nombreuses
discussions. Quelques-uns l’ont attribuée à Marie-Joseph Chénier ;
d’autres à M.
Louis du Bois
(1). Mais c’est M. L’abbé Pessonneaux qui, selon nous, en est
l’incontestable auteur, et notre opinion, exposée dans deux brochures
(2), a eu le mérite d’être agréée par M. Jules Lecomte. Nous ne
comptions plus revenir sur ce sujet, peut-être usé, quand M.
Anatole France, de l’Académie Française, dont nous admirons, à leur
juste valeur, l’autorité et le talent, publia, il y a quelques années
déjà, dans
Le Temps
(3) et dernièrement dans les
Annales
politiques et littéraires (4), des articles destinés à
raviver les prétentions de M. Louis du Bois...."
Monsieur de Paris
(1832) par James
Rousseau
: Le prince de
l’Église et l’exécuteur des hautes-oeuvres ; l’homme du
ciel avec sa parole tout évangélique, et l’homme de la terre avec sa
mission toute de douleur et de sang ; Celui qui prie pour l’âme, celui
qui détruit le corps ; L’un portant ses regards vers ce qu’il y a de
plus haut, l’autre forcé
de les tourner vers ce qu’il y a de plus bas ; Tous deux, par un
étrange abus de mots, par un renversement de toute
idée, de toute logique, tous deux appelés du même nom..."
Mademoiselle
Montansier, son salon et son théâtre (1832) par J. T.
Merle : "Le vieux Paris
disparaît devant nous ; ses monuments font place à des
rues longues, larges, froides et insignifiantes, comme celles de Berlin
ou de Saint-Pétersbourg ; la poésie de ses anciennes traditions, de ses
superstitions populaires, s’efface chaque jour ; bientôt il ne nous
restera plus de la bonne ville de Louis XII et d’Henri IV, qu’un Paris
moderne, qui n’aura rien d’historique, et qui ressemblera à une ville
prise d’assaut par les architectes et les maçons..."
La Conciergerie
(1831) par Philarète
Chasles :
"J’avais seize ans,
lorsque je vis pour la première fois la Conciergerie. Quelle prison
c’était alors ! une prison de l’ancien régime, belle
d’horreur, hideuse de poésie ! un amas de cachots ;
un dédale de corridors sombres et de voûtes infernales ! Du
front vous touchiez la poutre qui écrasait le guichet
d’entrée ; ployé en deux, vous aviez peine à le franchir. Un
réverbère, à la clarté rouge, brûlait éternellement sous le porche. Là,
il y avait encore des faces noires de geôliers, des paquets de clefs
retentissantes, des barreaux de fer obstruant l’air et la
lumière ; je m’en souviendrai toujours : de telles
images ne périssent point dans la mémoire ; elles projettent
leur ombre sur toute une vie..."
Paris
fashionable en miniature (1833) par Alexandre
Laya (1809-1883?) : "Sous quelle
forme nouvelle animer ce que vous allez lire ? On a tout
fait. Le nouveau n’est autre chose que du vieux remis à neuf ; et quand
je demande à mes souvenirs ou à mes rêves ce qui a été ou ce qui
arrivera, l’avenir ne me semble devoir être qu’une reproduction du
passé. L’humanité tourne dans le même cercle, c’est une ronde qui
frappe toujours le même sol, sous le même rhythme, sous la même
cadence..."
Le compositeur
typographe
(1832). par
Bert : "Ne
confondez pas le typographe ou compositeur avec
l’imprimeur ou pressier. Ces deux agents d’un art merveilleux sont
séparés par un grand intervalle dans la hiérarchie des fonctions de
l’imprimerie. L’un préside à la première transformation que subit la
parole visible, l’autre ne fait que diriger la machine qui doit la
répéter aux yeux par des milliers d’échos. La mécanique est déjà
parvenue à disputer à ce dernier son emploi ; déjà, sans lui, l’encre
sait se répandre sur les caractères assemblés et serrés dans un cadre ;
la feuille blanche s’étendre sur la forme, se glisser sous la presse,
et sortir de l’instrument muet empreinte de la pensée et de la voix du
génie. Ainsi le pressier voit son poste envahi par un ouvrier plus
laborieux que lui, et qui n’est pas, comme lui, sujet à la faim, à la
fatigue, au sommeil..."
Les maisons de jeu
(1832) par le Comte Armand d'
Allonville
: ''Que fais-tu, clairvoyant
Asmodée, tandis qu’une foule d’écrivains spirituels, après t’avoir
solennellement évoqué, parcourent sans toi les différents quartiers de
cette vaste métropole, et explorent, eux seuls, cent lieux publics, ou
réduits secrets, dans lesquels tu devais les introduire ou les guider ?
Il en est cependant que ces vigilants observateurs n’ont point encore
visités ; ceux-là sont le domaine de certains esprits malfaisants,
auxquels, malgré ta qualité de démon, ton génie satirique ne te fait,
certes, pas ressembler ; mais tu les dois connaître, et je voudrais
pénétrer, sous tes auspices, dans ces antres où vont s’engloutir et la
fortune et la moralité d’un trop grand nombre de misérables..."
Une visite à
Charenton (1832) par Maurice
Palluy
: "Sur les bords de
la Marne, à égale distance des jolis villages de
Saint-Maur et de Saint-Mandé, au milieu de vastes jardins bornés au
nord par le parc de Vincennes et qui dominent les plaines fertiles de
Maisons et d’Ivry, s’élève une masse de bâtiments irrégulièrement
groupés, dont l’aspect rappelle le souvenir de ces grands édifices
élevés autrefois à la religion par le génie de la solitude. Une longue
avenue plantée d’arbres dont les branches convergent en arceaux, et que
suit le courant d’un des bras de la Marne, y conduit le promeneur qui
s’égare de ces côtés. Veut-il en explorer les entours ? un pont léger
lui ouvre l’accès d’une île formée par la rivière, et dont les contours
gracieux offrent les perspectives les plus pittoresques..."
Paris illuminé
(1833) par A. Baudin : "Qu’on ne prenne
pas l’épithète titulaire de cet article dans un sens
figuré. Qu’on ne s’imagine pas que je veuille peindre la grâce efficace
du saint-simonisme ou du néochristianisme agissant sur la grande cité,
la touchant au coeur, et épurant cette moderne Ninive. Non, notre
capitale, trop dure à catéchiser, fera long-temps encore le désespoir
des utopistes religionnaires ; et, découragés de leurs efforts
stériles, MM. Enfantin, Gustave Drouineau, et le réformiste Chatel,
iront sans doute, sous d’autres climats, chercher des peuples moins
endurcis, plus malléables, plus ductiles, dont la foi toute neuve
puisse adopter des croyances nouvelles..."
Eloge du
snobisme (1926) par Marcel
Boulenger
(1873-1932) : "C
’EST
inouï !... On nous demande de traiter en quelques pages un grand un
important chapitre d’histoire religieuse : et nous pouvons même dire un
immense chapitre, un chapitre capital de l’histoire religieuse
contemporaine… En quelques pages !... En un tout petit volume, une
plaquette !... Mais comment veut-on que nous fassions ? Car enfin le
snobisme est une religion. Il faut bien que c’en soit une,
puisque les snobs vivent manifestement en état de dévotion profonde
envers leurs divinités, telles que les titres, les millions, la langue
anglaise, les votes d’admission dans les grands cercles, etc., et
parfois même d’exaltation mystique. On ne sait en effet si certains
d’entre eux ne vont pas jusqu’à l’extase dans le secret de leurs
méditations solitaires..."
Les médecins de Paris (1833) par F.
Trelloz : "Dans le siècle où
nous vivons, l’indépendance est un des premiers
besoins de la vie, et les révolutions qui se sont succédé ont laissé
tant d’hommes incertains sur leur avenir, surtout parmi ceux qui
occupaient des emplois dans le gouvernement, que chacun a cherché à
donner à ses enfants un état qui le mît à l’abri des revirements de
fortune. Ajoutez à cela l’ambition qu’ont tous les parents de donner à
leur fils un état qu’ils considèrent comme plus relevé que le leur, et
vous vous expliquerez pourquoi nous voyons maintenant tant d’avocats et
tant de médecins...."
La place de
grève (1833) par Eugène
Labaume
(1783-1849) : "
Si le livre des
Cent-et-Un
eût été destiné à donner une description
pittoresque et animée de tous les lieux de la capitale témoins
d’événements tragiques susceptibles d’émouvoir la sensibilité des
lecteurs, il n’en est aucun qui, sous ce rapport, pût offrir des scènes
plus dramatiques et plus variées que la place de Grève. Mais à Dieu ne
plaise que, pour exciter des émotions, nous cherchions à rappeler ces
supplices affreux qu’une législation barbare faisait endurer aux
criminels. Nous ne parlerons donc point du supplice de la roue infligé
à..."
Étrennes
aux jeunes femmes qui veulent être heureuses dans leur ménage, et
donner à l'État des Enfans sains et robustes (1806) : "
N
OUS avons l’
Ami des
Enfans et le
Magasin des
Adolescentes, deux
ouvrages également utiles aux deux âges de la jeunesse, qu’ils ont pour
objet. Pourquoi n’aurions-nous pas l’
Ami des jeunes Femmes,
cette
portion de l’humanité si précieuse à la
société, et d’où dépendent son
bonheur et sa population ? En vain vous aurez appris à la
jeunesse
comment elle doit se comporter dans son bas âge, si nous ne
continuons
pas nos leçons jusqu’au moment où, placée au
rang des mères de famille,
notre jeune élève doit exercer le plus sérieux et
le plus important des
devoirs, celui d’épouse et de mère. Aussi, ce plan
fut-il celui du
vertueux Berquin, si la mort ne l’eût ravi au milieu
d’une carrière
qu’il ne parcourait que pour le bonheur du genre humain..."
Éloge de la
paresse (1926) par Eugène
Marsan
(1882-1936) : "
I
MAGINEZ un château. Un château vous plaira. Et non pas
une vaste fabrique rétablie à grand
frais, comme un musée, mais une demeure. La grosse tour de l’ouest est
du XIIIe. La légende veut, comme
toujours, que ses fondations remontent jusqu’aux Romains. La tour du
levant est du XVe, avec une porte si basse qu’il faut se baisser,
curieux vestige d’un âge antérieur. Entre elles, tout le corps de logis
est d’une Renaissance retouchée. La petite aile droite a double visage
: Empire et Louis XVI..."
Croquis de Guerre et
d’Après… (1923) par Henri
Marguy : "Oserai-je conseiller à nos
pessimistes, aux broyeurs de noir, à ceux
enfin qui, parce que la vie devient de plus en plus chère et que la
guerre se prolonge sans amener encore la décision souhaitée, estiment
que tout est perdu, de s’en aller, par une belle journée ensoleillée
comme celles dont nous venons d’être gratifiés, faire le tour des
fortifications parisiennes ? Au lieu de s’enfermer dans un café chic
où, tout en dégustant un bock,
voire même café-crême - (on boit encore beaucoup de café-crême dans ces
établissements, malgré la soi-disant rareté du lait) - ils
s’hypnotisent à la lecture de multiples grands quotidiens, qu’ils
fassent la promenade au grand air que je leur propose..."
Pays de Retz
(1928) par Marc
Elder
(1884-1934) : "
U
NE route passe sur la crête, à cent mètres
du littoral, joignant d’un trait presque droit Pornic à
Bourgneuf-en-Retz. Soulignons-la de vert comme sur une carte Michelin.
Son cours champêtre, varié par des échappées sur l’Océan, ne manque pas
de pittoresque. On y voit les clochers du Clion, des Moustiers, fins
comme pointe d’oignon monté en graine, la chapelle de Prigny à
croupeton sous son orme, un horizon divers qui propose des jeux
d’esprit sous la forme de mirages dont il faut deviner le sens. Pour
moi, j’y vois ma jeunesse. Elle est éparse dans le paysage ainsi que la
lumière insaisissable.."
Basses Pyrenées :
histoire naturelle et poétique (1926) par Francis
Jammes (1868-1938) : "
Je ne peux qu’admirer, tandis que les fauvettes chantent dans mon
jardin de Hasparren, et que tout à l’heure y glissait une musaraigne
entre les feuilles, qu’à dix kilomètres d’ici, non loin de mon château
de Belzuncia, à Isturitz, aient été mis à jour ces indiscutables
ossements d’ours, d’hyènes, de cerfs, de rhinocéros, de mammouths, de
rennes, de bisons, de lagopèdes, de goélands, d’aigles, et ces
coquillages ! Les squelettes d’ours, en particulier, s’enchevêtrent,
s’entremêlent, s’agglomèrent, avec une telle abondance, qu’ils firent
naître la singulière idée, heureusement abandonnée, de les exploiter
comme engrais chimique..."
Le
10 août (1875) par
Georges de
Cadoudal (1823-1885)
: "
Le 10 août 1792 un grand crime, un crime irrémissible fut accompli par
l’infernal génie des révolutions. La Royauté, qui avait créé notre
nationalité, qui avait élevé la France aux sommets de la puissance et
de la gloire, succomba en quelques heures sous une coalition de
sophistes et de rhéteurs, de faubouriens et de repris de justice. Cette
journée livra la clé de nos destinées aux plus vils des hommes ; elle
rendit possibles les crimes de Septembre et de Janvier ; elle fut la
préface sanglante de la Terreur..."
Annecy
(1930) par Albert
Besnard
(1849-1934) : "
I
L y a des voyages dramatiques ; il y en a
de doux - qui pourraient être terribles : celui de la Haute-Savoie est
de cette catégorie. C’est un pays de montagnes parfois assez hautes
qui, pendant l’été se drapent des lambeaux du premier nuage qui passe ;
mais se coiffent de neige à l’automne ce qui leur donne un aspect
redoutable. Au-dessus d’elles le roi de la contrée, le fantôme éternel,
le géant des Alpes, le mont Blanc, hiver comme été, avertit les
indiscrets qui prétendent à voir de près son visage, qu’au-dessus du
plaisir de violer le silence des hautes solitudes planent toujours le
vertige et le froid, frères de la mort. Comme pour tempérer la sévérité
du paysage, tout en bas, s’étend un lac couleur d’espérance..."
Napoléon au
Panthéon de
l'Histoire : Résumé de tout ce grand homme a fait de Merveilleux (1830)
par Pierre
Colau (1763-183..)
: "
Honneur à la liberté qui sur tous les théâtres de la capitale,
ressuscite le grand homme dont l'ombre seule effrayait le gouvernement
anti-national que la valeur des immortels enfans de Lutèce vient de
renverser. Les destinées de Napoléon sont accomplies ; il n'est plus !
Cependant,
il est encore de ces hommes à qui la nature sembler n'avoir donné des
yeux que pour`ne point voir, qui demandent ce que deviendra sa mémoire
? C'est en résumant ce que le vainqueur des Rois de l'Europe a fait de
grand, que nous répondons..."
Derniers efforts du
jésuitisme expirant
: ses infamies, ses crimes et
ses complots, définition de ce qu'on appelle la congrégation... (1830)
par Pierre
Colau (1763-183..).
Crimes
de la superstition et du fanatisme, occasionnés par l’intolérance
religieuse... (1831) par Pierre
Colau
(1763-183..).
Paray-le-Monial
(1926) par Henri de
Régnier
(1864-1936) : "P
UISQUE j’ai parlé de Bouchu, il « faut
que
j’achève l’étrange
singularité qu’il donna en spectacle, autant qu’un homme de son état en
peut donner. C’était un homme qui avait une figure fort aimable et dont
l’esprit, qui l’était encore plus, le demeura toujours. Il en avait
beaucoup et facile au travail et fertile en expédients. Il avait été
intendant de l’armée de Dauphiné, de Savoie et d’Italie, toute l’autre
guerre et celle-ci. Il s’y était enrichi ; homme d’ailleurs fort galant
et de très bonne compagnie. Lui et sa femme, qui était Rouillé, soeur
de
la dernière duchesse de Richelieu et de la femme de Bullion, se
passaient très bien l’un de l’autre..."
La Touraine
(1926) par René
Boylesve
(1867-1926) : "
C
OMME
Ronsard, nous allons faire « le voyage de Tours ».
Nous ne le ferons pas en vers. Je n’en ai point à ma disposition qui
vaillent ceux du poète vendômois : C’était au mois d’avril,
Francine, il m’en souvient, | Quand tout arbre florit, quand la
terre devient | De vieillesse en jouvence, et l’estrange arondelle
| Fait contre un soliveau sa maison naturelle. | Nous risquerions,
sur ces douze pieds, si alertes qu’ils soient, de
trouver l’excursion un peu longue. Cependant, si j’ai prononcé le nom
d’un poète, ce n’est pas sans dessein..."
Strasbourg
(1929) par André
Hallays
(1859-1930) : ""
J
E n’avais fait que traverser l’Alsace au retour d’un
voyage en
Allemagne et ne connaissais guère que la cathédrale de Strasbourg et le
musée de Colmar : je redoutais de me sentir un étranger sur une terre
autrefois française. Au printemps de 1903, la Société industrielle de
Mulhouse m’invita à donner une conférence chez elle. Je me décidai à
profiter de cette occasion pour visiter le reste de l’Alsace..."
Cluny (1928) par
Albert
Thibaudet (1874-1936) :
"
A
U Français qui voyage en Allemagne, vous savez quelle
est la première question que l’on pose : « Êtes-vous de Paris ? » Une
réponse négative vous fait considérer comme un Français de deuxième
zone, et même comme rien du tout. Ces Germains ignorent que, sauf des
exceptions, en France on n’est pas de Paris. On va à Paris, ou on en
vient, ou on y passe, ou vos parents y sont venus, ou vous y êtes venu,
mais enfin, dans le monde de l’esprit tout au moins, Paris est associé
à des valeurs de mouvement, de conquête, de départ, d’arrivée, de
circulation..."
Les musiciens les
philosophes et
les gaietés de la musique en chiffres : Réponse à Monsieur
Francisque
Sarcey (1870) par Oscar
Comettant
(1819-1898) : "
Vous n’êtes pas heureux quand vous parlez musique, monsieur et
très-honoré confrère. Vous la comprenez mal. Il est vrai que vous
l’avez apprise sur le tard, par la méthode Chevé..."
Les guérisseurs et
les éclopés dans
l’oeuvre de Quast (ca1922) ;
Trois pharmacies de poche (1922) ;
Une épidémie de hoquet
à Tournai en 1413 (1922) par Jean-Joseph
Tricot-Royer (1875-1951).
Un Bal d’Etudiants
(Bullier)
: notice historique... par un ancien contrôleur du droit des
pauvres (1908) : "Il y a quelques années, on pouvait lire à la
quatrième page des journaux l’annonce de la mise en vente dans l’étude
de Me Prudhomme, notaire à Paris, de BULLIER, le célèbre bal de la
jeunesse des Ecoles, connu de nos pères sous le nom de
CLOSERIE
DES LILAS.
Certes, cette grave nouvelle ne tarda pas à faire son tour de France,
et nombre de compassés magistrats, solennels notaires ou sévères
médecins, du fond de leur province, n’ont pu se défendre d’un soupir de
regret en songeant que la vieille salle mauresque de l’avenue de
l’Observatoire, témoin de leurs ébats capiteux de la vingtième année,
allait peut-être disparaître à jamais !.."
De la sériciculture
en France (1865) par Georges
Renaud
: "
La question séricicole n’est pas absolument nouvelle. Maintes fois
déjà, elle avait fixé l’attention des divers gouvernements qui se sont
succédé en France, quand, à des intervalles très-éloignés, de violentes
épidémies s’étaient abattues sur nos races de vers à soie. Cependant,
jamais l’état de souffrance n’avait été aussi grave qu’il l’est de nos
jours ; jamais on n’avait vu la récolte annuelle des cocons tomber de
100 millions de francs (chiffre moyen d’une année) à 34..."
Passions
et vanités (1926) par la Comtesse
Anna de
Noailles
(1876-1933)
:
"
L
ES femmes m’en voudront-elles de leur dire
que je ne m’habitue pas à leur grand mépris de la chevelure d’Yseult,
voile d’or sur le vaisseau de Tristan ; à leur dédain de la fringante
coiffure de Diane, et même de cet étroit anneau bombé, délicat comme la
châtaigne, qui repose sur le col grec de la « Jeune fille aux osselets
» ? Silencieuse par politesse devant tant de subits pages florentins et
de japonais aux joues roses, je leur fais pourtant un grief de leurs
cheveux courts, de cette suppression de rêve, d’ingéniosité, de
réussite autour du visage. Je leur reproche ce dépouillement de la
nuque, lieu secret, amoureux de l’ombre, modelé pour supporter le
coquillage soyeux, rêche, sombre, doré, ou bien pour paraître effronté
par l’élancement, jusqu’au sommet de la tête, de la parure vivante qui
vient s’y abattre ou s’y épanouir..."
Notice sur l'île d'Elbe,
contenant la description de ses villes, ports, places fortes, villes,
bourgs, villages, l’état de sa population, ... (1814) : "E
LBE,
nommée
en grec
Æthalia, Ilva en
latin,
Elba en italien,
est une île située
dans la mer Méditerranée, sur les côtes de la Toscane, à 4 lieues de la
terre ferme de l’Italie ; à 13 lieues de l’île de Corse, à 45 de Rome,
à 85 de Naples, et à environ 230 de Paris. Elle était connue des
anciens, puisqu’on rapporte qu’elle était déjà peuplée que Rome n’était
pas encore bâtie. Cette île forme un triangle
presque équilatéral ; elle a vingt-six lieues de circonférence, à
raison des enfoncements et des recoins qu’en présentent le côtes. En
1778, sa population était à peine de 8,000 habitants, aujourd’hui elle
s’élève à 11,380. Le plus long jour y est de quinze heures, et le pôle
s’y élève à la hauteur de 41 degrés et demi. Outre les cartes
particulières où l’on trouve cette île, il en a paru une à Venise, qui
a pour éditeur Bertelli, et qui se distingue par son exactitude de
toutes les autres cartes de la Toscane..."
Les grandes erreurs judiciaires par Marcel
Nadaud & Maurice
Pelletier : Les grandes erreurs
judiciaires :
Un
drame paysan (Petitdemange) ;
Il ne s’était pas rendu
(Lieutenant Chapelant) ;
Le pigeonnier du vieux flamand (Strimelle)
(1926).
Les pauvres
: physiologie de la misère (1841) par Louis Mathurin
Moreau-Christophe (1799-1881) : "D
ANS
la distribution des maux de cette terre, chaque peuple a eu son fléau,
chaque époque sa plaie. Tantôt ç’a été la famine,
tantôt la peste, tantôt la guerre, tantôt les inondations, tantôt le
bouleversement des idées, des fortunes, des religions, des empires.
Sous
quelque forme que ces maux se soient produits, ils ont toujours eu pour
effet un autre mal, - le seul qui toujours ait survécu à tous les
autres ; - mal chronique, enraciné, persistant ; mal qui prend chaque
jour une extension terrible, fatale, immense…
LA MISÈRE
!..."
Les grandes erreurs judiciaires par Marcel
Nadaud & Maurice
Pelletier :
L’empoisonneuse de
Choisy (Julie Jacquemin) ;
Le couteau du boucher (Pacotte) ;
Le calvaire d’un
instituteur
(Pierre Vaux) ;
Une
petite oie blanche (La
Roncière) ;
L’incendiaire
au village (Maximilien Flament)
(1926).
Images
de Majorque (1925) par Louis
Codet
(1876-1914) : "Qu’il
est donc délicieux d’arriver, à l’aurore, dans un port inconnu ! c’est
une des plus douces choses de la vie, et je ne crois pas qu’on puisse
se blaser sur cette surprise. Tandis que le vapeur
glisse silencieusement sur les flots calmes de la rade, on contemple
alentour ces rivages dentelés, ces monuments, ces maisons étrangères ;
le demi-jour leur laisse un air d’apparition ; l’on goûte un étonnement
d’une qualité rare ; ces montagnes et cette ville, sorties des eaux,
c’est la nouveauté en sa fleur..."
Le bas-bleu
(1842) par Jules
Janin
(1804-1874) : "O
N
cherche encore l’origine de cette très-expressive et très-juste
dénomination : le
Bas-bleu.
D’où vient ce mot et que veut-il dire ? Dans un de ses magnifiques
accès de mauvaise humeur, lord Byron s’en est servi pour désigner la
race, toute moderne, des malheureuses créatures féminines qui,
renonçant à la beauté, à la grâce, à la jeunesse, au bonheur du
mariage, aux chastes prévoyances de la maternité, à tout ce qui est le
foyer domestique, la famille, le repos au dedans, la considération au
dehors, entreprennent de vivre à la force de leur esprit. On les a
appelées bas-bleus pour deux ou trois motifs que Byron n’explique pas,
mais qu’il est facile d’expliquer..."
Le maître de
chausson
(1842) par Théophile
Gautier
(1811-1872) : "V
OUS
avez sans doute vu, si le hasard ou toute autre raison vous a conduit
aux barrières, aux Funambules, sur la place Maubert, dans la rue
Mouffetard, ou tout autre lieu fréquenté par cette intéressante partie
du peuple français que l’on désigne sous les dénominations de gamins,
de titis et de voyous, deux champions en attitude, agitant les bras et
les jambes avec des gestes bizarres, et prononçant la phrase
sacramentelle : « Numérote tes os, que je te démolisse ! » et vous avez
passé en détournant la tête, car au bout de quelques secondes le sang
jaillissait des nez réciproques, et de larges iris ne tardaient pas à
cercler d’auréoles prismatiques les yeux des combattants..."
La
belle-mère
(1842) par Anna
Marie : " I
L
existe ici-bas une pauvre créature assez généralement insupportable à
ceux qui l’entourent, et détestée par tradition de génération en
génération, depuis que la terre en produit ; un être dont le nom
déplaît, dont la présence importune, qu’on veut fuir à cent lieues et
même à mille, et que pour toutes ces raisons peut-être, et pour bien
d’autres encore, nous plaignons pourtant de toute notre âme..."
L’homme sans nom
(1842) par Taxile
Delord
(1815-1877) : " I
L est une classe d’hommes
que la société rejette de son sein, tribu maudite qui se perpétue dans
le vice, caste anathématisée dont tout le monde évite le contact. Sous
le péristyle des théâtres, chez le marchand de vin à double industrie,
au milieu de tous les grands centres où la débauche s’étale sous la
surveillance de la police, on rencontre ces parias que l’on reconnaît à
leurs traits flétris, à leur langage cynique, et même à leur costume.
Leur existence est vagabonde ; ils passent d’une femme à l’autre pour
un peu d’or ; ce sont les condottieri de l’amour ignoble, ils naissent
de la prostitution comme ces insectes qui sortent de la boue ; ils en
forment la partie la plus honteuse : c’est infamie de l’infamie, et la
pourriture de la pourriture...."
La première amie
(1842) par Charles Paul de
Kock
(1793-1871) : "N
E
vous méprenez pas à ce titre ; ne croyez pas qu’il s’agisse ici pour un
homme de sa première connaissance, de sa première maîtresse, de ses
premières amours enfin. A ce compte, comme tous les hommes ont eu
plusieurs liaisons galantes, chacun d’eux aurait eu une première amie.
Ce n’est pas ainsi que je l’entends : nos connaissances les plus
intimes n’ont pas toutes été nos amies ; ce titre, si doux quand il est
mérité, ne doit pas se prodiguer aussi facilement que les noms d’amants
et de maîtresses..."
Bulletin des modes et
de l'industrie, 25 février 1849 par V. de R....
Les
enfants à Paris
(1841) par Mathurin-
Joseph
Brisset (1792-1856) : "P
ARIS,
l’Eldorado des femmes opulentes, le lieu d’épreuves des maris,
qu’est-il pour les enfants du riche ? Une serre chaude, un de
ces fours qui, pour quelques poulets qu’ils font sortir de leurs
coquilles avant le temps, étouffent les autres dans leur oeuf cuit à ce
souffle de précocité, meurtrier, à force d’être actif..."
Le tyran d’estaminet
(1841) par Charles
Rouget : "I
L
n’y a plus en France de tyran couronné, mais une moitié de la
population est occupée à tyranniser l’autre. Quelle est à cette heure,
je ne dis pas la nation, mais la famille qui ne soit, à des degrés
différents, soumise au despotisme de l’un de ses membres ? Et
d’ailleurs, que gagnerait le peuple aux révolutions, si chacun
n’appliquait à son usage particulier la tyrannie précédemment
monopolisée au profit d’un seul ?.."
La maîtresse de
maison de santé
(1841) par Frédéric
Soulié
(1800-1847) : "A
VANT
de faire le portrait de l’individu, essayons de donner une description
de l’endroit où on le trouve, du cadre où il pose, ou, si vous l’aimez
mieux, de la contrée où il règne. La maison de santé est presque
toujours logée dans quelque vieil hôtel dont les vastes appartements du
rez-de-chaussée sont affectés au service commun, au grand et au petit
salon, à la salle à manger, au parloir, etc. Les étages supérieurs sont
divisés en une foule de petits appartements qui sont affectés aux
malades de première qualité. Ceux du second ordre sont casernés dans
les chambres que l’on a pratiquées sous les combles..."
Le second mari
(1841) par Frédéric
Soulié
(1800-1847) : "L
A
nature a ses types, la société a ses types, toute nation a ses types,
et enfin chaque époque a ses types. L’avare, le vaniteux, le fanfaron,
appartiennent à la nature, et elle les a semés partout où elle a jeté
des hommes. Dès que la société a été organisée, elle a tout aussitôt
créé les siens. Ainsi le juge, soit qu’il applique la loi de Dracon ou
le Code pénal ; le commerçant, soit qu’il vende des nègres ou
des rentes sur l’état ; le militaire, soit qu’il marche le pot
en tête ou le fusil à l’épaule ; le médecin, soit qu’il suive
la doctrine d’Hippocrate ou celle de Hannman, ont des traits
caractéristiques généraux qui se retrouvent toujours et partout. Au
contraire de ceci, le climat, les productions du sol, la disposition
géographique, ont fait à chaque peuple des types
particuliers ; ainsi le mangeur d’opium, le buveur de bière..."
Le gniaffe
(1841) par Petrus
Borel
(1809-1859) : "L
E gniaffe arrivé, le gniaffe
maître, le gniaffe possédant un établissement est trop généralement
répandu, et trop à la portée de tout le monde, pour que nous nous y
appesantissions beaucoup. Ce n’est pas de cet enfant du siècle, bon
lecteur, que nous avons à t’entretenir ; tu le connais de reste ce
débitant vulgaire qui parle à la troisième personne, qui dit : «
Monsieur veut-il ses bottes plus carrées ? Que souhaite madame ?
Offrirai-je un siége à monsieur ?... » Nature servile et bâtarde, polie
par son frottement aux honnêtes gens qu’elle chausse ; épine dorsale
flexible et docile ; bouche assouplie, faite au mensonge et professant
le mot flatteur !... Non, non, ce n’est pas là l’objet de notre choix ;
ce n’est pas là notre héros, ce n’est pas là notre Ulysse… Notre Priam
à nous, c’est le gniaffe au coeur noble, à l’âme élevée et ombrageuse,
qui, en dépit de toutes les sirènes de la corruption, s’est maintenu
dans l’indépendance la plus absolue et la plus primitive !.."
Le goguettier
(1841) par Louis-Auguste
Berthaud
(1810-1847) : " L
ES électeurs parisiens à
200 francs et au-dessus, les hommes d’ordre et de boutique ont entendu
prononcer le nom du goguettier une ou deux fois au théâtre des
Variétés, et ils savent, c’est-à-dire ils croient qu’il se nomme
Loupeur ou
Balochard. Pour eux, c’est
l’ouvrier imprévoyant et
viveur, hâbleur, conteur, gaudrioleur et mauvaise tête, allant boire à
la barrière et dépenser en deux jours, le dimanche et le lundi, ses
économies de toute la semaine ; c’est encore celui qui, sans sortir de
Paris, use sa journée et les manches de sa chemise à rouler de cabaret
en cabaret, se frottant à tous les murs et se brûlant l’estomac avec
les compositions lithargineuses du marchand de vin. Hors de là, les
Parisiens ne voient plus de goguettiers, mais déjà des
goipeurs, déjà
des vauriens, déjà des gens à tout faire, et devant lesquels il est
prudent d’allonger le pas entre minuit et cinq heures du matin..."
La
Dévote
(1841) par Jules
Janin
(1804-1874) : " G
RACE
à Dieu, il n’est pas de révolution en ce monde qui, à le bien prendre,
n’ait en soi quelque chose de bon. La révolution de juillet, par
exemple, nous a délivrés à tout jamais d’un abominable fléau qui
menaçait de reparaître dans nos moeurs, je veux dire l’hypocrisie
religieuse, la pire espèce de toutes les hypocrisies. Quand tous les
honnêtes gens qui croient encore en Dieu, et qui n’ont pas relégué
l’Évangile avec les livres des philosophes, ont pu aller à l’église
tête levée sans être soupçonnés d’ambition ou de flatterie, l’église
s’est remplie, à toutes les heures du jour, d’une noble foule. Les
honnêtes gens ne se sont plus cachés pour y venir. La religion
catholique, n’étant plus protégée par personne, rentrait dans le droit
commun, ou, pour mieux dire, dans le droit divin. A nous aussi, puisque
maintenant il est bien reconnu que la loi est athée, puisqu’il n’y a
pas de roi dévot, de cour dévote, plus de congrégations religieuses qui
nous espionnent et qui comptent sur nos signes de croix, il nous est
bien permis de célébrer le type féminin le plus charmant qui se puisse
présenter à l’étude et à l’observation des moralistes contemporains..."
Dîneurs et
dîners
d'autrefois
(1910) par Victor
Du Bled (1848-1927)
: "La
science
de gueule, qui n'est pas aussi dégénérée que l'affirment
certains
pessimistes, qui n'a pas de plus cruel ennemi que le féminisme, et
demeure la science sociale par excellence, fut consacrée par les
religions de l'antiquité, et garda même dans les temps modernes un
caractère presque hiératique, par la gravité solennelle des rites et du
cérémonial qui l'entourait notamment à la Cour. Faut-il voir un
ressouvenir de cette étiquette mystique dans ce trait de Du Guesclin,
avant de marcher à un combat singulier, avalant trois pommes « en
l'honneur des trois personnes de la très sainte trinité » ?... "
Les visites
(1910) par Victor
Du Bled (1848-1927)
: "Il en est un peu des
visites comme de la langue, de l'argent, du régime parlementaire, des
chemins de fer, de la mode ; elles présentent beaucoup d'avantages et
maint inconvénient, elles prouvent souvent l'amitié et souvent aussi la
futilité, l'envie de se décharger sur les autres de son propre ennui ;
elles suscitent d'admirables improvisations, des traits d'esprit tombés
du ciel ou venus en droite ligne de l'enfer, et en général elles
n'aboutissent qu'à un échange de lieux communs, de formules consacrées.
Je sais des visites d'où ont jailli l'amour, le mariage de deux êtres
qui une heure avant ne pensaient nullement l'un à l'autre..."
L'Élite et la foule
(1910) par Gustave
Le Bon (1841-1931) : "Le monde
moderne se trouve en présence d'un problème, lentement grandi à travers
les siècles et qu'il faudra résoudre sous peine de voir certains
peuples sombrer dans la barbarie. Une
des caractéristiques les plus certaines, quoique fort méconnue de la
civilisation moderne, est la différenciation progressive des
intelligences et par conséquent des situations sociales. Malgré
toutes les théories égalitaires et les vaines tentatives des codes,
cette différenciation intellectuelle ne fait que s'accentuer, parce
qu'elle résulte de nécessités naturelles que les lois ne sauraient
changer..."
Le Fatalisme moderne
et la dissociation des fatalités
(1910) par Gustave
Le Bon (1841-1931) : "On
ne peut pressentir les destinées d'une génération qu'en étudiant les
idées directrices qui orientent ses volontés et déterminent sa
conduite. Mais où les découvrir, ces idées ? Ce n'est certes pas dans
les actes des multitudes. Elles possèdent des appétits et non des
pensées. Sera-ce chez les intellectuels qui font des livres et
prononcent des discours ? Ils ne nous donnent le plus souvent que le
reflet d'opinions adoptées pour séduire leurs auditeurs ou leurs
lecteurs. Malgré la difficulté
de dégager nettement les idées d'une génération, on peut cependant en
acquérir une notion approximative par l'enseignement des maîtres les
plus écoutés. De récents discours
académiques, ceux notamment de MM. Lavisse et Pierre Loti, trahissent
clairement les préoccupations actuelles des guides de la jeunesse..."
Les Illusions des
théories politiques
(1910) par Gustave
Le Bon (1841-1931) : "Un épais
brouillard entourait le pont jeté sur le fleuve qui
divise l'antique cité de Huy, en Belgique, et sur lequel je m'étais
arrêté un instant. Derrière l'épais manteau de brume l'enveloppant
s'entrevoyaient des masses monumentales imposantes. C'était pour moi
l'inconnu et j'attendis qu'il se dévoilât. Soudain, un clair rayon de
soleil dissipa les nuages et, dans
une vision imprévue, surgirent, séparés par le fleuve, deux mondes,
deux expressions de l'humanité dressées en face l'une de l'autre et
qu'au premier coup d'oeil on devinait menaçantes, inconciliables et
terribles..."
Les
Premières armes du Symbolisme (1889) par Jean
Moréas
(1856-1910) : "…
Tandis
que le Naturalisme essaye vainement de casser les ailes à la
fantaisie
et de mettre l’imagination sous clef, la fantaisie
s’enfonce dans le
pays des rêves d’un vol fou et l’imagination
vagabonde dans les plus
étranges sentiers. Jamais on n’aura mieux vu combien
l’esprit humain
est incompressible, et combien il est chimérique de
prétendre
l’enfermer dans les règles étroites d’un
système qu’à notre époque, où
à côté d’une brillante école de
romanciers uniquement épris de
réalités, s’est formée une école de
poètes réfugiés, comme le savant de
Hawthorne en sa serre, dans un monde absolument artificiel. Point
d’antithèse plus tranchée..."
Paysages
et sentiments
(1905) par Jean
Moréas
(1856-1910) : "L'Automne va céder à l'Hiver, et, bientôt, les
derniers rayons de novembre s'éteindront avec mélancolie. Douce et
féconde saison, ô déesse ! déjà les pampres de ta chevelure se délient
et la belle grappe de raisin que lève ta dextre s'égrène à tes pieds.
Les présents que tu offres aux mortels n'envahissent plus tes
corbeilles et les cris joyeux de la vendange ont cessé de retentir
autour de la cuve..."
Il Libro della mia
Memoria
(1905) par Marcel
Schwob (1867-1905)
: "Le
souvenir de la première fois où on a lu un livre aimé se mêle
étrangement au souvenir du lieu et au souvenir de l'heure et de la
lumière. Aujourd'hui comme alors, la page m'apparaît à travers une
brume verdâtre de décembre, ou éclatante sous le soleil de juin, et,
près d'elle, de chères figures d'objets et de meubles qui ne sont plus.
Comme, après avoir longtemps regardé une fenêtre, on revoit, en fermant
les yeux, son spectre transparent à croisières noires, ainsi la feuille
traversée de ses lignes s'éclaire, dans la mémoire, de son ancienne
clarté..."
Jean de Tinan
(1905) par Henry
Delormel (18..-1930)
: "Ceci
est un essai de Biographie passionnée et eut dû comporter comme
sous-titre « la Passion de Notre Ami Jean de Tinan » ou « Un Héros
selon le nouvel évangile », héros dans le sens qu'y attachait Carlyle
et Evangile selon Nietzsche..."
Le Notaire
(1840) par Honoré de
Balzac (1799-1850)
: "V
OUS voyez un homme gros et court, bien portant, vêtu
de
noir, sûr de lui, presque toujours empesé,
doctoral, important surtout ! Son masque bouffi d’une
niaiserie papelarde qui d’abord jouée, a fini par
rentrer sous l’épiderme, offre
l’immobilité du diplomate, mais sans la finesse,
et vous allez savoir pourquoi. Vous admirez surtout un certain
crâne couleur beurre frais qui accuse de longs travaux, de
l’ennui, des débats intérieurs, les
orages de la jeunesse et l’absence de toute passion. Vous
dites : Ce monsieur ressemble extraordinairement à un
notaire..."
Le Modèle
(1840) par Émile Gigault de
La
Bédollière (1812-1883) : " V
OULEZ-VOUS
un Spartacus, un César, un Cicéron, un saint
Étienne, un Clovis, un Molière, etc. ?
Souhaitez-vous faire revivre sur la toile une notabilité
quelconque de l’antiquité ou des temps modernes ?
Vous faut-il un baron féodal ou un serf, un
Européen ou un sauvage, un martyr ou un Jupiter-Olympien, un
discobole ou un soldat de la république française
? Allez-vous-en dans une de ces rues sales et tortueuses dont fourmille
notre belle capitale ; montez un escalier qui tient le milieu entre une
échelle et un mât de cocagne, et là, au
fond de quelque grenier, vous trouverez la notabilité
demandée, le saint, l’empereur, le roi, le
poëte, le guerrier,
ad libitum,
dans la personne du
modèle..."
L'Humanitaire
(1840) par Raymond
Brucker
(1800-1875) : "L’H
UMANITAIRE est le zélateur d’une
secte
récente, née du dégoût de
nos troubles
politiques, et qui n’a de barbare que le nom ; mais les noms
inusités blessent le tympan du vulgaire et sont
frappés
d’anathème, car l’inusité
fait peur aux
enfants. Or, les peuples sont des enfants irascibles et de
piètre tolérance, témoin Socrate, empoisonné légalement pour avoir eu
l’audace de
faire planer un seul Dieu, l’éternel
géomètre, sur la cohue lascive et
déréglée des dieux de
l’Olympe ;
témoins les adeptes du Christ livrés aux jeux du
Cirque..."
Le
Facteur de la poste aux lettres
(1840) par J.
Hilpert (18..-18..)
: "V
OUS
avez passé la nuit au bal. - Il est midi. - Vous vous levez, l’oeil
encore appesanti par le sommeil. On sonne à votre porte. « Qui est-ce
qui est là ? - Le Facteur qui demande à parler à monsieur. - Le diable
t’emporte ! » Et tout en murmurant ces paroles d’un fatal augure pour
le visiteur, vous ouvrez. « Monsieur, c’est votre Facteur qui prend la
liberté de vous souhaiter la bonne année et de vous offrir un
almanach..."
Un mot sur la
politique
française en
Algérie
(1870) : "Si nous demandons aux colons algériens pourquoi leur
situation est si précaire, ils nous répondront que la faute en est au
régime militaire. En apparence, les colons ont raison : L’esprit
militaire, qui est un esprit de subordination, exclut l’initiative
individuelle qui crée la richesse sociale et fait la grandeur réelle
des empires. La discipline militaire, qui produit l’unité essentielle à
une forte armée, a pour inconvénient grave de neutraliser les forces
productives du soldat et de le rendre très imprévoyant. On conçoit
aisément que si une semblable disposition d’esprit prédomine dans les
institutions civiles d’un pays conquis, elle doit tout stériliser..."
La Fruitière
(1840) par François
Coquille :
"Q
UAND
on s’est promené dans Paris, et que l’on
a passé en revue ces boutiques étincelantes de
dorure, aux marbres précieux, aux glaces richement
encadrées, véritables salons où le
chaland confus n’ose pas entrer, et dont il
s’éloigne avec son argent, on
s’arrête avec plaisir devant le modeste
étalage
de la
fruitière.
Rien n’est plus frais, et ne repose plus
agréablement les yeux et la pensée..."
La Loueuse de chaises
(1840) par François
Coquille :
"A ne considérer une église que sous le point de
vue
terrestre et
temporel (notre profond respect
nous commande
d’écarter l’autre avec soin), on
pourrait la
désigner ainsi : - un édifice orné
d’une
loueuse de chaises.
Aujourd’hui que la forme d’architecture ne dit plus
rien,
ce signe est fidèle et sûr. Voyez nos modernes
basiliques
: elles veulent, les orgueilleuses, se passer de cloches et de clocher,
cette enseigne longtemps proverbiale ; mais aucune ne
prétend se
passer de loueuse de chaises. C’est
l’être
nécessaire sans lequel une église ne se
conçoit
pas, qui la distingue des autres monuments, qui lui donne le mouvement
et la vie, en un mot, qui la fait église..."
L'Employé (1840)
par Paul
Duval : "I
L
en est de l’employé comme de ces
lépidoptères dont les naturalistes comptent des
variétés innombrables. Il existe mille nuances
d’employés, mais pour l’observateur qui
les examine avec soin, la loupe à l’oeil, toutes
ont entre elles de nombreuses ressemblances, de frappantes analogies. A
quelque espèce de la grande famille administrative
qu’ils appartiennent, on reconnaît toujours en eux
l’influence d’un but unique, les mêmes
préoccupations, une commune destinée..."
Le
Croque-mort
(1840) par Petrus
Borel :
(1809-1859) : "
S
I c’était au jardin des Plantes ou sous les
voûtes de la Sorbonne que j’eusse à
parler de notre héros, je le scinderais dans tous les sens,
je le ramifierais à l’infini, j’en
formerais mille combinaisons des plus ingénieuses ; mais ici
où nous ne recevons point d’appointements royaux
pour troubler la limpidité de notre sujet, je dirai
simplement qu’il n’y a que trois espèces
de croque-morts réellement distinctes, à savoir :
le croque-mort de la mairie, le croque-mort suppléant et le
croque-mort de raccroc..."
A nos Amis (1848) par Alfred
Nettement (1805-1869) : "
Nous arrivons à une situation qui doit imposer aux
propriétaires des meilleurs crus la
nécessité de vendre eux-mêmes leurs
produits. La fraude et l'altération des vins, ces deux
fléaux qui nuisent, par suite de la solidarité
commerciale, même aux maisons les plus honnêtes,
portent une atteinte fâcheuse à la confiance que
les intermédiaires pourraient d'ailleurs inspirer. Il
convient donc que des rapports directs s'établissent entre
le producteur et le consommateur..."
La Nourrice sur place
(1840) par Amédée
Achard
(1814-1875) : "S
I
j’avais l’honneur d’être
père de famille, je n’oserais pas
écrire cet article, tant je craindrais d’exposer
ma race au ressentiment des nourrices futures ; il y a trop de petits
vices, trop de péchés mondains, trop de
qualités négatives à
dévoiler. La seule chose qui pourrait peut-être
accroître mon courage, c’est cette
pensée consolante qu’en
général les nourrices ne savent pas lire..."
Polichinelle
(1831) par Charles
Nodier
(1780-1844) : "Polichinelle est un de ces personnages tout en dehors de
la vie
privée, qu’on ne peut juger que par leur
extérieur, et sur lesquels on se compose par
conséquent des opinions plus ou moins hasardées,
à défaut d’avoir
pénétré dans
l’intimité de leurs habitudes domestiques.
C’est une fatalité attachée
à la haute destinée de Polichinelle. Il
n’y a point de grandeur humaine qui n’ait ses
compensations..."
L'Institutrice
(1840) par Louise
Colet
(1808-1876) : "D
ANS
l’institutrice nous ne comprendrons pas la
maîtresse de pension, type fort distinct de celui que nous
allons analyser. La maîtresse de pension a presque toujours
de quarante à soixante ans : elle est plutôt
l’administrateur que le professeur de
l’établissement qu’elle dirige. Elle en
soigne les revenus mieux que les études ; et il est plus
utile et plus productif pour elle d’être une bonne
ménagère qu’une femme instruite. Pour
la surveillance des leçons, elle s’en repose sur
les sous-maîtresses à ses gages..."
Un Voyage en omnibus
de la Barrière du Trône à la Barrière de l'Étoile (1831)
par Ernest
Fouinet
(1799-1845) : "Le 6
août 1670, en présence de Colbert, Claude Le
Pelletier, prévôt des marchands,
assisté de ses échevins, posa, au nom de la ville
de Paris, la première pierre d’un grand arc de
triomphe consacré par la cité reconnaissante
à Louis XIV, le roi victorieux : ce fut à la
barrière du Trône. Le 15 août 1806, en présence du comte Montalivet,
le comte Frochot, préfet de la Seine, assisté de
ses douze maires, posa, au nom de la ville de Paris, la
première pierre d’un grand arc de triomphe
consacré par la cité reconnaissante à
Napoléon, l’empereur victorieux : ce fut
à la barrière de l’Étoile..."
Chroniques (1895) par
Jean-François
Renkin
(1872-1906), versions
wallonne et
française
Croquis (1894-1898) par
Jean-François
Renkin
(1872-1906)
, versions
wallonne et
française
La police littéraire
(1859) par Charles
Monselet
(1825-1888) : "Il vient de mourir un homme, bien connu de M. le
baron Taylor, qui laisse après lui des plans bizarres, des projets de
toute sorte. Entre autres choses, cet homme avait rêvé une organisation
nouvelle pour la Société des Gens de Lettres, organisation fondée sur
les habitudes et les moeurs de chacun de ses membres. Pour arriver à un
ensemble suffisant d’études, il n’avait pas reculé devant
l’établissement d’une petite police particulière, chargée de le
renseigner jour par jour sur les illustrations et les quarts
d’illustrations de notre temps. Nous avons obtenu communication de
quelques-uns de ces rapports ; leur singularité, leur nouveauté nous
engagent à les placer sous les yeux de nos lecteurs..."
Mon ennemi
(1859) par Charles
Monselet
(1825-1888) : "Il y a longtemps de cela ; mettons cinq ans, mettons
huit ans même. Je faisais alors de la littérature singulière,
c’est-à-dire, je ne m’occupais en aucune façon de mes confrères ; je ne
songeais nullement à regarder par-dessus leurs épaules pour surprendre
leurs procédés ; leurs habitudes et leurs manies m’étaient entièrement
indifférentes. Comme un élève, le dernier venu dans un atelier de
peinture, je m’étais modestement assis loin d’eux, me contentant de
copier les portions les plus élémentaires du modèle qui posait pour
tout le monde. Lorsque j’y pense, je devais paraître un être bizarre :
j’avais l’admiration, la timidité, le silence..."
La rosière,
ballet-d'action en deux actes (1783) par Maximilien
Gardel (1741-1787) : "L
E
Théâtre représente la Place du Village, garnie d’Arbres et de Maisons.
A droite est celle du Bailli, vis-à-vis est une Fontaine, et au fond un
Côteau, sur lequel il y a plusieurs Chaumières. A gauche on voit un
Mur, une Grille et de grands Arbres qui annoncent le Parc du Château.
Au milieu de la Place est une Statue de l’Innocence, couronnée de
fleurs, tenant une espèce de légende, sur laquelle on lit le vers
suivant ..."
La bibliothèque
(1859) par Charles Monselet
(1825-1888) : "... (La grande salle
de lecture de la Bibliothèque, rue Richelieu. On entend un bruit de portes. Les
gardiens sortent. Au dehors,
on lit sur un écriteau : - LA BIBLIOTHÈQUE SERA FERMÉE
DU 1er au 30 SEPTEMBRE.).
M. DE BACHAUMONT, descendant, le premier, de son rayon.
- Ouf ! les voilà partis ! ont-ils assez, depuis un an, déchiré mes
feuilles et compromis mes dentelles ! Quelle rage de chroniques et de
nouvelles à la main les a donc saisis ? Il ne me reste plus à présent
une seule anecdote, un seul quatrain ; ils m’ont tout dérobé ; je suis
à sec..."
Le siège de la Revue
des Deux-Mondes (1859) par Charles
Monselet
(1825-1888) : "Le théâtre représente le cabinet de la rédaction de
la
Revue des Deux Mondes,
au premier étage d’une sombre maison de la rue Saint-Benoît. Décoration
d’une simplicité austère. Au lever du rideau, les principaux rédacteurs
sont groupés dans des positions différentes autour du secrétaire, le
fidèle de Mars. Ils lui témoignent par leurs gestes un respectueux
empressement. Celui-ci les accueille avec bonté et leur apprend que le
maître va bientôt se rendre dans cette galerie : s’il est en retard,
c’est que sans doute il aura veillé plus que de coutume en lisant un
travail de Saint-René-Taillandier..."
Principes du
socialisme (1895) par Anatole
Baju
(1861-1903) : "Pour qu'un système social prétende à la perfection, il
doit embrasser dans ses cadres les homme de tous les pays, les conduire
à leurs fins présentes et préparer leurs fins futures. Quelles sont
donc ces fins, c'est-à-dire quel doit être le but de nos efforts?
Est-ce pour
jouir ou
pour
souffrir que nous
vivons ? Les prêtres et les philosophes officiels affirment que nous
sommes nés pour les privations, pour les douleurs, et que nous devons
nous résigner à notre triste sort..."
Rapport
sur les remontes de l'armée par Monsieur le Lieutenant général
marquis d'
Oudinot, rapporteur
de la Commission
spéciale des remontes : 18 mars 1842 : "
Pénétré de la
nécessité d’assurer, en tout temps, de
bonnes remontes indigènes à nos corps de troupes
à cheval, résolu de ne rien négliger
pour affranchir le pays du tribut que nous payons si souvent
à nos voisins, par l’importation de chevaux
étrangers en France, vous avez adopté, depuis
quinze mois, des dispositions qui ont une grande importance : elles ne
peuvent être trop connues. Pour en apprécier la
portée et les conséquences, il faut les envisager
dans leur ensemble..."
A propos du Nouveau
Manuel d’Équitation et de Dressage (1912)
par Lieutenant-colonel Henri
Blacque-Belair
: "
Le décret du 17 juillet 1876, portant règlement
sur les exercices de la cavalerie, qui a servi de guide à
cette arme depuis trente-cinq ans, posait en principe - comme ses
devanciers - que l’instruction militaire comprend deux
branches principales : l’instruction équestre et
l’instruction militaire proprement dite. En
résumant en quelques pages succinctes les règles
destinées à l’éducation
équestre des recrues et au dressage des jeunes chevaux, la
Commission chargée d’élaborer le
Règlement de 1876, dans sa hâte de mettre sur pied
une œuvre indispensable à la
réorganisation de la cavalerie, allait au plus
pressé..."
Physiologie
de la femme
(1842) par Etienne de
Neufville (1815-1869) :
" A la voix du Créateur, le paradis terrestre était
sorti tout paré de verdure et de fleurs du sein du chaos ;
l’eau tombait en cascade des rochers ; la cime des arbres se
balançait voluptueusement sous les limpides rayons de
l’astre nouveau-né ; tout respirait le bonheur et
l’ivresse ; le premier homme seul languissait dans son
isolement, et se demandait pourquoi les poissons dans les eaux, les
oiseaux dans les airs, et tous les animaux sous les ombrages des
forêts, folâtraient deux à deux en se
prodiguant mille caresses, car il n’avait rien compris
à ces paroles..."
Les
Locutions nantaises
(1884) par Paul
Eudel
(1837-1911) : "
Ah ! quel monde de souvenirs vous venez de réveiller en moi
avec votre petit dictionnaire ! Toute mon enfance y a passé
; je me suis vu revivre dans la partie de ma vie qui m'est la plus
chère, et j'ai vu réapparaître aussi ma
ville natale, ma ville que j'aime tant et que je n'ai jamais
oubliée après tant d'autres cités
parcourues. Une expression m'a rendu une sensation, un mot m'a
rappelé un quartier. On devrait faire pour chaque ville un
vocabulaire intime ; le coeur en battrait plus fort à
quelques-uns, comme il vient de me battre tout à l'heure, en
lisant les épreuves du petit livre si curieux que vous avez
bien voulu me communiquer..."
L'épicier (1840)
par Honoré de
Balzac
(1799-1850) : "D’
AUTRES,
des ingrats passent insouciamment devant la sacro-sainte boutique
d’un épicier. Dieu vous en garde ! Quelque
rebutant, crasseux, mal en casquette que soit le garçon,
quelque frais et réjoui que soit le maître, je les
regarde avec sollicitude et leur parle avec la
déférence qu’a pour eux le
Constitutionnel.
Je
laisse aller un mort, un évêque, un roi, sans y
faire attention ; mais je ne vois jamais avec indifférence
un épicier. A mes yeux, l’épicier, dont
l’omnipotence ne date que d’un siècle,
est une des plus belles expressions de la société
moderne..."
La femme comme il
faut (1840) par Honoré de
Balzac
(1799-1850) : "P
AR
une jolie matinée, vous flânez dans Paris. Il est
plus de deux heures, mais cinq heures ne sont pas sonnées.
Vous voyez venir à vous une femme. Le premier coup
d’oeil jeté sur elle est comme la
préface d’un beau livre, il vous fait pressentir
un monde de choses élégantes et fines. Comme le
botaniste à travers monts et vaux de son herborisation,
parmi les vulgarités parisiennes vous rencontrez enfin une
fleur rare..."
Notice et documents
historiques
sur les chevaux orientaux (1862) par Émile
Duhousset (1823-18..)
: "
Ayant été chargé de la direction
générale des manoeuvres du camp de Sultanieh,
où étaient réunies des troupes de
toute la Perse (de la mer Caspienne au golfe Persique, et de la
frontière kurde à celle qui touche les Afghans et
les Beloutches), la nature de mes fonctions m'a mis en rapport avec les
principaux chefs venus pour présenter leur hommage au
souverain, suivis d'un grand attirail de cadeaux, de serviteurs, et des
plus beaux chevaux des régions qu'ils quittaient. C'est en dessinant et
mesurant ces chevaux, que j'ai pensé
à publier cette courte Notice ; mon intention n'est pas de
modifier l'histoire du cheval oriental, au point de vue scientifique,
mais de présenter le résumé de mes
recherches, persuadé que toute observation, si minime
qu'elle soit, mérite d'être prise en
considération quand elle a été faite
consciencieusement..."
Question
chevaline (1860). par le Comte
Antoine
d'
Aure : "Encore une
commission chargée d'élucider la question
chevaline ! Il semblerait que l'élevage du cheval en France
fût
une chose toute nouvelle
["
En effet on n'a jamais bien
élévé."]. Cependant, depuis
longtemps
tout a été dit sur cette question ["
Non"]. Ce qui doit
aujourd'hui servir de guide, c'est le souvenir de ce que l'on a fait
jadis, et de ce qui a amené les changements qui ont eu lieu
en France depuis deux siècles..."
Rapport fait au nom
de la première
Commission des pétitions, par M. le
général marquis de Grouchy, sur deux
pétitions présentant des
considérations sur l'amélioration de la race
chevaline (1860).
: " M
ESSIEURS
LES S
ÉNATEURS, Plusieurs pétitionnaires
adressent au Sénat des
réclamations et observations dans
l'intérêt de l'espèce chevaline ; tous
éleveurs, habitants du Calvados et de l'Eure, se plaignent
de l'abus du
pur
sang, de l’exagération des courses et
des mauvais résultats obtenus par l'emploi
d'étalons achetés dans l'intérieur et
ayant couru trop jeunes sur les hippodromes. Ils signalent unanimement
l'insuffisance numérique des étalons de
l'Administration des haras..."
Lettre à Alphonse
Karr (1857) par Alphonse de
Lamartine
(1790-1869) : "Esprit de bonne
humeur et gaîté sans malice | Qui même en le
grondant badine avec le vice, | Et qui, levant la main sans frapper
jusqu'aux pleurs, | Ne fustige les sots qu'avec un fouet de fleurs ! |
Nice t'a donc prêté le bord de ses corniches | Pour te
faire au soleil le nid d'algue où tu niches ; | C'est donc
là que se mêle au bruit des flots
dormants | Le bruit rêveur et gai de tes gazouillements !..."
La sage-femme (1840) par Louis
Roux : "S
I
vous avez
rencontré, dans une des rues les plus
fréquentées
de Paris, une jeune personne ornée d’un tartan
vert,
d’un bonnet de tulle à rubans orangés,
et
d’une imposante dignité de dix-huit printemps,
vous
l’avez suivie par instinct : la vie parisienne a de ces
entraînements. Croyant toucher, sur ses traces, aux portes du
Conservatoire, vous vous êtes livré à
mille
rêves décevants : la jambe permet
d’espérer
une danseuse, le visage n’exclut point
l’idée
d’une cantatrice..."
Paris vu tel qu'il est (1781) : "J
E
m’ennuie en Province,
dit un jour la Baronne de *** à son mari ;
tout m’y paraît lourd, pesant, ridicule.
J’ai entendu parler de Paris,
je veux y aller. Point de replique ; vous ne m’avez pas
épousé pour me
faire mourir….Partons. A ce début on
connaît le caractère de la Baronne ;
vive, tranchante, décidée, de l’esprit
sans jugement : avec ces défauts
elle faisait cependant les délices de son mari ; il
était homme
complaisant, & elle étoit jolie femme..."
Petites
béquilles spirituelles à l'usage quotidien du
chrétien (papiers divers, XIXe-XXe
siècles).
Un
dit d'aventures, pièce burlesque et satirique du XIIIe
siècle, publiée pour la première fois
d'après le manuscrit de la bibliothèque royale (1835) par
Guillaume-Stanislas
Trébutien
(1800-1870) : [
mode texte et
mode image]
Histoire du
théâtre érotique de la rue de la
Santé par l'illustre Brisacier (1864) [par
Poulet-Malassis] : "
Si l'hypocrisie n'était pas, par excellence, la vertu
théologale de notre triste époque, ce
Théâtre, conçu d'après
l'idée simple de Molière, de
réjouir
les honnêtes gens, n'aurait aucunement besoin
d'introduction.
On lèverait la toile, et le spectacle commencerait,
après l'ouverture exécutée par les
violons. Mais, hélas! l'esprit criminaliste de nos contemporains,
tous magistrats stagiaires à la sixième chambre,
voit matière à procès et à
scandale dans les actions les plus ingénues, et
réclame à grands cris des explications. Ce sont ces explications que
nous allons ne pas leur fournir."
Les Enfants-Trouvés (1831) par André
Delrieu : "
Voici,
à mon sens, le résumé des
moeurs actuelles. D’autres, mieux prodigues de leur
plume, et surtout mes maîtres, diront en se jouant cet infini
panorama de la cité qui fait le monde à son
moule, cette vie nombreuse où le Parisien se berce ainsi
qu’au roulis d’un vaisseau. Moi, observateur jeune,
j’ai cherché naïvement le
résultat ; j’ai brodé sur le fond. Ce
livre est une histoire, dont mon texte, étudié
savamment, pourrait clore le drame en dernier chapitre. Dieu veuille
que mon ébauche se pardonne ! Ailleurs sont les curieuses
spécialités, les investigations mordantes, le
coloris chaud de la ruelle, la fine langue des salons ; ici, la
vérité crue, le détail honteux et le
chiffre sanglant couvriront la faiblesse du narrateur. Et ce
n’est pas ma faute si un sujet, pris au hasard dans le roman
de la grande ville, rattache à une idée seule la
source, le noeud et le progrès de la
société contemporaine ; il y a même,
dans le fait unique de l’existence de l’hospice des
Enfants-Trouvés..."
L'amour des livres
(1866) par Jules
Janin (1804-1874) : "
Georges, mon jeune confrère en bibliophilie, il faut tout
d'abord que je vous félicite de ce grand amour qui vous a
pris, si jeune encore, pour les beaux livres. « Les livres ont toujours
été la
passion des honnêtes gens ! » disait
Ménage. Une aimable passion dont le charme est toujours
nouveau ; variée, inépuisable,
élégante, mais il est rare qu'elle soit le
partage de la jeunesse. Ordinairement elle arrive à l'homme
heureux, quand cet homme heureux touche aux premières
limites de l'âge sévère, à
l'heure où, revenu de toutes les passions
stériles,..."
Advertissement a la
Royne mere du Roy. Touchant les miseres
du Royaume au temps present, et de la conspiration des ennemis de sa
Majeste (1562) : "
L
ES anciennes sectes des Philosophes, Grecs &
Romains, Madame,
& les historiens des siecles passez ont souvent deplore la
calamite de leur temps, comme l'on veoit par la memoire de leurs
livres, afin de ramener chacun a soy, & a la consideration des
choses pour lors presentes que le vulgaire ne pouvoit veoir : &
descouvrir aussi la maniere d'y remedier ou pour le moins remonstrer a
leur posterite qu'ils avoient cogneu telles choses, & que le
mal leur avoit despleu. Mais si jamais condition de Royaume ou
province,
de temps ou de regne fut estrange & calamiteuse, l'estat ou je
voy pour le jourd'huy vostre France est extremement dangereux &
lamentable..."
Le Secret de
triompher des femmes et de les fixer, suivi des signes qui annoncent le
penchant à l'amour (1825) par Louis de
Saint-Ange : "
L’O
UVRAGE que j’offre au
public est loin d’avoir le mérite
littéraire de celui de Gentil Bernard, qui semble avoir
été dicté par les Grâces ;
mais son
Art
d’aimer est plus agréable
qu’utile. Il manque d’ailleurs dans son
poëme une multitude de préceptes et
d’observations importantes, que la poésie ne
pouvait orner de ses riches couleurs. J’ai pensé
que le sujet était digne d’être plus
approfondi, et loin de me paraître frivole, je le crois
d’une utilité presque
générale, car les jeunes gens y trouveront le
secret de plaire et de triompher ; les maris, celui de
préserver leurs épouses des dangers de la
séduction..."
La
Maîtrise de soi-même par l'autosuggestion consciente (1926) par
Émile
Coué
(1857-1926) : "La suggestion ou plutôt l'autosuggestion est un
sujet tout à fait nouveau, en même temps qu'il est aussi
vieux que le monde. Il est nouveau en ce sens que, jusqu'à
présent, il a été mal étudié et, par
conséquent, mal connu; il est ancien parce qu'il date de
l'apparition de l'homme sur la terre. En effet, l'autosuggestion est un
instrument que nous possédons en naissant et cet instrument, ou
mieux cette force, est doué d'une puissance inouïe,
incalculable, qui, suivant les circonstances, produit les meilleurs ou
les plus mauvais effets. La connaissance de cette force est utile
à chacun de nous, mais elle est plus particulièrement
indispensable aux médecins, aux magistrats, aux avocats, aux
éducateurs de la jeunesse.
Coutumes singulières,
chroniques, légendes documents curieux et inédits
concernant la noblesse (18..) par Amédée de
Caix de Saint-Amour (1843-1920) : "J
E
suis persuadé qu’aucun des lecteurs de la
Revue Nobiliaire ne soupçonne que
le proverbe
Ranger en rang
d’oignons ait quelque rapport avec la Noblesse ? Rien n’est plus
vrai, cependant ; et si la Noblesse n’eût pas existé, ce proverbe
bizarre n’aurait jamais pris naissance. Voici cette piquante
étymologie, qui non seulement est restée comme tradition dans le pays
où est situé le hameau qui y a donné lieu, mais qui encore est
consignée en substance dans un grave historien, l’abbé Carlier."
Les jeux devant les
lois (18..) par
Eugène
Lebrun : "
Les jeux, tels qu’ils avaient été
imaginés
à leur origine, consistaient en spectacles, courses, luttes
et
représentations théâtrales. Athènes, le
berceau de la liberté, Rome, la
capitale
classique des arts, les célébraient avec une
solennité merveilleuse. En Grèce, c’étaient
les jeux olympiques
où
Hérodote lut son immortelle histoire, les jeux Isthmiques
où Flaminius proclama l’indépendance de
la patrie
de Thémistocle, les jeux Pithyques institués par
Apollon
lui-même, si on en croit la légende, et enfin les
jeux
Néméens, fondés par Hercule, en
mémoire de
la mort du lion de Némée qu’il avait
tué..."
Autour
d'Elles, le lever
- le coucher (1899) par Henri
Boutet
(1851-1919) : "Quand elle se fut bien
étirée, quant elle eut
frotté ses yeux de ses petites mains aux jolies fossettes et
aux griffes roses, elle fit ouvrir les rideaux. Un jour clair et
doré pénétra dans la chambre, filtrant
au travers la mousseline légère, baignant la
pièce coquette, semant de la gaîté
partout, accrochant sur les meubles et aux contours des draperies comme
des noeuds de rubans et des traînées de
lumière. On était en novembre. Dehors, il devait faire
très froid ; et quand, au lit, on a la sensation
qu’il gèle dehors, on s’y trouve bien
mieux. On y prolonge, à loisir, la délicieuse
paresse des matins. Alors, à quoi bon se presser et quitter
vite l’endroit où l’on est si bien quand
rien ne vous y oblige ! Où peut-on être mieux pour
penser à ce qu’on aime ? Pour caresser ses
désirs et faire passer devant ses yeux tout ce
qu’il y a de bon dans la vie ! Les souvenirs s’y
imprègnent de quelque chose de très tendre et les
espoirs y naissent dorés par les rayons du soleil qui monte,
derrière les maisons, et emplit la pièce de toute
sa splendeur et de toute sa joie..."
Une parodie curieuse
de
l’art poétique de Boileau tirée
d’un almanach
de poche du XVIIIe siècle réimprimée
pour les Pantagruélistes (1879) :"La parodie, fort
goûtée de tout temps en France, n'a pas craint de
s'attaquer aux auteurs les plus illustres. Boileau, qui, dans son
Chapelain décoiffé, s'était égayé
aux dépens du grand Corneille, a été juste retour,
Monsieur, des choses d'ici bas, parodié lui-même nombre de
fois, au XVIIIe siècle et dans le nôtre. Une des
imitations les moins connues de son Art poétique est
certainement celle que nous réimprimons pour l'«
esbattement » du petit nombre de pantagruélistes modernes
qui ont conservé le goût de nos aïeux pour certains
racontars de « haulte graisse »..."
Monographie
de la
police correctionnelle (1881)
par Jules
Moineaux
(1824-1895) : "Rien, en justice, n’est
risible ! disent certains
présidents de police correctionnelle, en
réprimant l’hilarité de
l’auditoire, qui prouve justement le contraire ; tant il est
vrai que la façon de voir les choses est affaire de
tempérament. Je crois volontiers à la conviction
d’un
défunt magistrat, répondant
sévèrement à un voleur qui invoquait
le bénéfice du proverbe – la faim fait
sortir le loup du bois : - Quand le loup a faim, il travaille ! ou
encore à une vagabonde se disant sans domicile ni moyens
d’existence : Quand on est jeune et forte comme vous, on se
fait nourrice ! Mais je doute que ces réflexions aient
été accueillies, par le public, aussi gravement
qu’elles étaient faites..."
Bulletin
des
modes et de l’industrie du 15 janvier 1849
par V. de
R...
: "Nous voici réellement
dans la saison des plaisirs. Les
salons s’illuminent de mille bougies éclatantes ;
les réceptions commencent, et Paris reprend peu à
peu de cette animation qui le rendait naguère la ville la
plus attrayante et la plus recherchée. Les Italiens vont
également rouvrir leurs portes. Pauvres Italiens ! nous
désirons sincèrement du fond de notre
âme que la présidence leur porte bonheur !
Verront-ils revenir à eux ces belles et gracieuses jeunes
filles, aux blanches épaules, aux boucles soyeuses, au
sourire doux et charmant ?... Il faut oser
l’espérer, car les grandes dames ont
abandonné leurs châteaux, et elles viendront bien
certainement applaudir le talent grandiose de madame Alboni..."
Monologie
du mois d'Avril, poissons d'avril
(1843) par Théodore de
Jolimont
(1787-18..)
: " Il
faut ici, comme certains
savants, grands explorateurs
d'étymologies nébuleuses, rechercher, d'abord, de
quel
idiome antique est dérivé le nom
français
donné au mois que quelques poètes ont
appelé le
plus beau de l'année, sans doute, quand il n'en est pas le
plus
triste, le plus humide et le plus crotté. S'il faut, dans
l'esprit de cette sentence classique et
passée
en proverbe, qui proclame heureux celui qui, en toutes choses, a pu
connaître l’origine et les causes
premières (
felix qui
potuit rerum cognoscere causas)
; s'il faut, je le
répète, faire ici de l'érudition avec
l'érudition de nos devanciers, je dirai que dans leurs
profondes
investigations, et à l'aide de quelques complaisantes
substitutions et transformations de lettres, ils ont
découvert
que le mot
AVRIL
était parfaitement formé
du mot latin
april,
aprilis
ou
aperelis,
qui lui-même
était
né d'un autre mot latin, aperire, qui veut dire ouvrir ; de
sorte que le mot
avril
serait
à peu près synonyme de
porte , entrée, ouverture..."
Madame
Edmond Adam, Juliette Lamber
(1882) par Adolphe
Badin
(1831-19..) : " Un des jeunes peintres les plus
justement
célèbres de ce temps-ci, à qui
l’on disait : « Vous devriez faire le portrait de
Mme Adam », répondit : « Mme Adam ?
Jamais ! Mme Adam appartient à Bonnat ou à
Carolus Duran . » Je serais volontiers tenté de
faire
comme le spirituel
artiste, et de m’écrier à mon tour :
« Pour esquisser cette physionomie originale et complexe,
très fine et très puissante à la fois,
très grande dame et en même temps très
femme, il faudrait la plume d’or d’un
Théophile Gautier, ou d’un Paul de Saint-Victor,
ou d’un Goncourt. » A défaut de ces
éminents
docteurs de
beauté, voici un léger croquis assez prestement
troussé par le chroniqueur en titre d’un de nos
grands journaux parisiens.. "
Naissance
de Monseigneur
Henri-Charles-Ferdinand-Marie-Dieudonné, Duc de Bordeaux,
Fils
de France, né à Paris, le 29 Septembre 1820
: "M
ADAME
LA D
UCHESSE
DE B
ERRY
s’était promenée la veille,
selon sa coutume, sur la terrasse du bord de l’eau, au jardin
des
Tuileries. Rentrée dans son appartement, elle sentit
quelques
douleurs légères ; mais, trompée par
son courage,
elle ne crut pas que le moment fut encore arrivé. Toutes les
personnes attachées à son service se
couchèrent
comme à l’ordinaire. Sur les deux heures de la
nuit la
Princesse
éprouva de nouvelles douleurs qui lui firent
présager sa
prochaine délivrance. S.A.R. ayant sonné ses
femmes,
elles accoururent ; ce fut alors que le travail de
l’enfantement
s’annonça..."
Un
nouvel épisode de l’affaire Libri ou Lettre
à M.
le directeur du
journal l'Athenaeum (1851)
par Achille
Jubinal
(1810-1875) : "
Voulez-vous permettre à un étranger qui se trouve
momentanément en votre pays, de vous
révéler, dans
l’intérêt de
la justice et de la vérité, un fait qui vient de
se passer au
British
Museum, en
présence de vingt
témoins, et qui est relatif à la triste et
misérable accusation dirigée en France, par ses
ennemis politiques et scientifiques, contre un illustre savant ?"
Les
armes et les
outils
préhistoriques reconstitués
(1872) par Ludovic
Napoléon
Lepic (1839-1890)
: "Lorsque
l’on parcourt les
salles du musée de Saint-Germain
et que l'on voit alignés dans les vitrines cette
énorme quantité de haches en pierres, ces
marteaux, ces pointes de lances, ces flèches, ces
percuteurs, on se demande comment tout cela pouvait s'utiliser, et
à quoi pouvaient être bons de semblables outils ou
de pareilles armes..."
Le
choléra-morbus à Paris
(1832) par Anaïs
Bazin (1797-1850)
: "On nous l'avait cependant
annoncé bien longtemps à l'avance ; on nous avait
fait
suivre sur la carte sa marche rapide et menaçante. Le
fléau voyageur n'était plus
séparé de nous
que par cette mer étroite qui nous ramène et nous
remporte, avec la mobilité de ses flots, nos rois
rétablis ou déchus. Et pourtant, ce voisinage
nous
inquiétait moins que ne l'avaient d'abord fait les
récits
venus des pays lointains, doublement terribles par la distance et par
la nouveauté..."
La
grande
colère du
Père Duchesne,
n°290 (1793) par Jacques-René
Hébert (1757-1794)
: "C
ONTRE
le palefrenier Houchard qui, comme son
maître Custine, a tourné casaque à la
Sans-Culotterie. Sa grande joie de voir bientôt ce butor
mettre
la tête à la fenêtre. Ses bons avis aux
braves
soldats républicains pour qu’ils lui
dénoncent tous
les jean-foutres qui regrettent l’ancien régime,
et qui
préfèrent de porter la livrée du
tyran,
plutôt que d’endosser l’habit des hommes
libres..."
Petit
carême de
l'abbé Maury
: sermons 1 & 2 (1790) par Jacques-René
Hébert (1757-1794)
: "Les tentations que le démon osa susciter au fils de Dieu,
doivent avertir les grands de la terre, que l’ange des
ténèbres ne s’occupe
qu’à les
environner d’illusions, & à les
égarer dans la
voie du salut, c’est-à-dire, du pouvoir. Circuit
quaerens
quem devoret. Tantôt il les séduit par les
prestiges du
plaisir, & il leur dit comme à J. C. changez ces
pierres en
pain ; tantôt il les environne de flatteurs qui
s’insinuent
dans leur esprit, & leur font goûter une morale
d’autant plus dangereuse qu’elle est plus douce
& plus
charmante ; puisque vous êtes le fils de Dieu, il enverra ses
anges pour vous garder : tantôt enfin, leur faisant oublier
ce
qu’ils sont, ce qu’ils peuvent, il leur promet une
gloire
trompeuse & des biens chimériques. Je vous donnerai
les
royaumes du monde & toute leur gloire..."
Le
Gloria in excelsis
du peuple, auquel on joint l’épître et
l’évangile,
avec la réflexion et la collecte
(1789) par Jean-Baptiste
Cordier
(1770-1793) : "G
Loire
au Roi, honneur à ses
Ministres, & paix aux bons Citoyens ! Digne, Successeur de
Henri,
nous vous louons, nous vous bénissons, nous vous glorifions,
nous vous rendons graces à la vue de la gloire dont vous
jouissez déjà, & de celle dont vous
êtes sur le
point de vous couronner. Vous qui êtes assis à la
droite
du Trône, protégez-nous. Vous qui avez
refusé de
signer le fameux Mémoire, protégez-nous..."
Le
carnaval des auteurs ou les masques reconnus et punis
(1773) par
Nicolas-Joseph-Laurent
Gilbert (1750-1780) : "D
EPUIS
quinze jours mon
corps se refusoit au sommeil : vainement j'avois lu le poëme
des
Saisons,
la nouvelle
Iliade franco-gauloise,
les odes du
Pindare
gascon, les
Mélanges
du
littérateur-géomêtre ; je
bâillois,
bâillois..... mais je ne pouvois m'assoupir, lorsqu'on
m'apporta
l'
Éloge
de Racine,
ouvrage de M. Anti-Chaleur. J'ouvre la brochure ; à peine
mes
veux se sont-ils reposés sur les premières pages,
voilà déjà qu'ils se ferment ; je suis
endormi. O
l'excellente chose que le sommeil ! En vérité, M.
Anti-Chaleur, de tous les plaisirs que peuvent causer vos
écrits, le sommeil est le plus ordinaire, mais le plus doux.
Combien d'agréables songes vinrent flatter mon imagination,
tandis que je m'abandonnois aux douceurs de ce repos si longtemps
attendu..."
La librairie
à Paris (1832) par
Frédéric
Soulié (1800-1847)
: " Pour les esprits curieux de
toutes les faces d'une chose, Paris n'est pas seulement dans les
existences qui s'agitent à sa surface, et qui les
premières, appellent la plume, le crayon et le pinceau de
l'artiste. Après ses théâtres moribonds
soumis au
régime sur-excitant du moyen âge, où
les
médecins astrologues mêlaient toujours un peu de
sang et
de fiel à leurs noirs médicaments ;
après ses
palais dont les drapeaux changent aussi vite que les girouettes ;
après ses prisons si vastes pour le despotisme , si
étroites pour notre liberté ; après
ses admirables
hôpitaux où l'on guérit, ses tables
d'hôte
où l'on meurt de faim ; après
Sainte-Périne et
l'Académie ; après son Père Lachaise
si
élégamment triste, et ses salons d'ambassade si
tristement élégants..."
Flaubert et la
passion de la prose (1905) par
Emile
Blémont
(1839-1927)
: " Gustave
Flaubert naquit, en 1821, à Rouen, où son
père était chirurgien en chef de
l'Hôtel-Dieu. Il
fit brillamment ses classes et commença l'étude
de la
médecine. Mais ses goûts et ses aptitudes le
portaient
irrésistiblement vers la carrière des lettres. Le
romantisme brillait de toute sa splendeur. Flaubert fut
éperdument romantique. Il se sentait une surabondance de
forces
vives, qu'il brûlait d'épancher en
généreux
efforts. Il fit des vers. Il avait pour camarade Louis Bouilhet ; et
tous deux, jeunes, passionnés, enthousiastes, insouciants et
fiers, ils allaient à travers champs, traçant,
dit-on, et
marquant de leur sang sur l'écorce des arbres le nom de
Victor
Hugo..."
Le Gamin de Paris
(1832) par Gustave d'
Outrepont (1811-1842)
: " Naples a ses
lazaroni,
Venise ses
condottieri,
toutes
les villes de France ont une classe de leur population qui sort du
cadre
ordinaire; mais nous autres Parisiens, que pouvons-nous leur envier ?
n'avons-nous pas notre gamin ?
Faire
l'histoire de Paris
sans d'abord parler du
gamin ! . . . autant vaudrait commencer celle de Rome
à
Brutus, en passant
sous silence les rois qui l'ont fondée ; autant vaudrait
prendre
un peuple tout
formé, sans s'occuper de son origine..."
Le Repassage
:
Article
extrait de l'
Almanach de la
servante chrétienne
(1935) : "La question du repassage
est
souvent pour la
bonne à tout
faire une
question difficile. Nous vous donnerons donc, cette année,
chères Servantes, quelques notions sur le repassage. Cet
article, bien que nous ne prétendions pas tout dire, pourra
aussi rendre service aux
femmes de
chambre. Nous divisons en
trois parties nos petites
données sur le
repassage : 1° Linge de cuisine. 2° Linge de table et
de
ménage. 3° Linge personnel des
maîtres. Avant de
parler du
repassage
proprement dit, disons un mot du
matériel
de la
repasseuse
et des
conditions
générales
d’un
bon repassage."
Chronique
de Mode
du
Conseiller
des Dames et des
Demoiselles, journal
d'économie domestique et de travaux
d'aiguille :
Novembre
1862.
Décembre
1862.
Janvier
1863.
Février
1863.
Mars
1863
par Blanche de
Sérigny
: "Je ne sais par quel temps de
soleil ou de pluie vous recevrez
mon courrier, ma chère Isabelle; mais il est certain que je
vous
l'écris par une journée magnifique: un air
tiède,
un ciel pur, enfin une journée qui fait songer à
la
mousseline, au barége, et point, je vous assure, au drap, au
velours ou à la tartanelle ; j'ai chaud rien que
d'écrire
ces mots !..."
Bulletin
des modes et de l'industrie -
25 janvier1849 par V. de
R...
: "Enfin, nous avons vu les
Italiens d’autrefois, les Italiens avec de
jolies femmes, d’élégantes toilettes,
avec ce
parfum
d’aristocratie qui double la grâce et la
beauté.
Rien
n’est plus splendide, comme coup d’oeil, que la
coquette
salle des
Italiens, avec ses mille bougies diaphanes, reversant leurs jets de
lumière sur de blanches épaules et sur des
parures de
brillants rubis ; rien n’est plus frais que tous ces gros
bouquets de
fleurs naturelles posés avec art sur l’appui des
loges, et
formant, dans un ensemble charmant, comme une corbeille de
camélias et de roses. Aux premières loges
surtout, les
toilettes étaient ravissantes."
Cigares
et cigarettes
(1926) par Georges
Dubosc (1854-1927)
: " Savez-vous que les Cigares et cigarettes que
le fisc vient d'augmenter dans des proportions si lourdes, ne sont pas
en France d’une origine très ancienne ? Par contre
en
Espagne,
cigares et cigarettes remontent à la découverte
de
l'Amérique, et c'est, alors que les Espagnols
empruntèrent aux indiens ce mode de
fumerie..."
Considérations
sur le principe malfaisant du tabac
(1866) par M.
Monsaint
: "Jamais, à aucune
époque, il ne fut plus
nécessaire, peut-être, d'apporter une surveillance
active
sur tout ce qui est destiné à entrer dans le
régime alimentaire ; car il n'y a pas un aliment nouveau qui
n'ajoute ou ne retranche au caractère de l'individu qui en
fait
usage. Il agit sur l'esprit, modifie la manière de penser,
de
sentir ; il n'y a pas un aliment qui n'apporte avec soi quelque maladie
ou qui ne soit propre à la guérison de
quelqu'autre.
Mais, laissons de côté ces
considérations pour
passer
immédiatement à l'étude d'une
substance qui joue,
depuis trop longtemps, un rôle important dans
l'économie
animale : à l'étude du tabac, que tout le monde
prise,
fume, mâche ; avec lequel une multitude d'individus
s'empoisonnent et laissent leurs enfants s'empoisonner.
Recherches
relatives
à l’influence de la continence sur
l’économie
animale
: thèse présentée et soutenue
à la
Faculté de Médecine de Paris le 29 août
1817 par
François-Charles
Quesnel
: "S
UR
le point de terminer leurs études,
les élèves ont un dernier devoir à
remplir, afin
d’exercer l’art auquel ils se destinent. Ils sont
obligés de
choisir un point quelconque de médecine, de le travailler et
de
le discuter devant les illustres professeurs qui ont formé
leur
éducation. C’est un compte qu’ils
viennent leur
rendre de
l’emploi qu’ils ont fait du temps
consacré à
leur
instruction ; c’est la dernière preuve
qu’ils
donnent de
leur force ou de leur faiblesse. A peine imbu des principes de la
science, l’élève qui
présente sa
thèse
à ses examinateurs ne peut leur offrir ni le fruit de ses
réflexions, parce qu’il n’a point assez
médité, ni
le fruit de ses observations, parce qu’il n’a pas
assez
vu..."
Chronique
élégante
de la
Comtesse de Marly
.- Revue de
Paris, Nouvelle série – Numéro 49 - 1er
Juin 1868 :
"Si
l’on écrivait la chronique du temps, on aurait
à
dire : Beau, beau, toujours beau ! – Pour
la mode, cela
se
traduit par : Mousseline, mousseline, toujours
mousseline !
Elle est, en effet, blanche, unie, rayée, à pois,
à fleurs ou autrement encore, mais elle est toujours jolie
et
aussi fraîche à l’oeil qu’au
porter..."
Eloge
de la frivolité
(1925) par
André Beaunier
(1869-1925) : "Balbine, je vous
enseignerai la frivolité. Je me vante ? et vous y
êtes
mieux entendue que moi ? Sans doute ! Mais, si je vous approuve et je
vous donne quelques motifs de refuser le blâme que
l’on
fait de
vous, peut-être m’en saurez-vous gré.
Puis, toute
frivole
que vous êtes, plus que vous ne le croyez, moins
qu’on ne
le dit,
je ne crois pas que vous soyez à un tel point de
frivolité parfaite où peu nous chaut
d’avoir
raison..."
Convention
entre le
gouvernement
français, et sa sainteté Pie VII,
(1802).
Journal
de ce qui s’est passé
au
Canada depuis le mois d’Octobre 1755 jusqu’au
mois de Juin 1756
: "PAR
une lettre du
Détroit, en date du 18, tous les Sauvages de ce pays
paraissent
disposés à frapper sur les Anglais. Les Miamis
&
Poutoüamis sont dans les mêmes
dispositions ; ces
derniers ont toujours eu des partis en campagne, ils avoient
tué, ou pris, lors de la date de cette lettre,..."
Ordonnance
du Roy portant
déclaration de guerre contre le Roy d’Angleterre.
Du 9
Juin 1756
: "TOUTE
l’Europe sçait que le Roi
d’Angleterre a été en 1754
l’agresseur des
possessions du
Roi dans l’Amérique septentrionale, &
qu’au mois
de Juin de
l’année dernière, la Marine angloise,
au
mépris du
droit des gens & de la foi des Traités, a
commencé
à exercer contre les Vaisseaux de Sa Majesté,
&
contre la navigation & le commerce de ses sujets, les
hostilités les plus violentes."
Principes
généraux du cavalier arabe
(1861) par le
Général Eugène Daumas
(1803-1871) : "On ne
peut nier la compétence, en matière chevaline, du
peuple
chez qui le cheval est l'objet de l'affection la plus vive et de la
plus constante préoccupation. Les maximes arabes que nous
reproduisons ici, joignent à la justesse du fond, le
pittoresque
de la forme. Cette dernière qualité servira
puissamment
à les graver dans les esprits auxquels elles s'adressent.
L'originalité du langage a eu, de tout temps, pour les
imaginations populaires, un attrait dont il nous a semblé
qu'on
pourrait tirer un utile parti..."
Le
Bal au cinquième
étage
(1833) par Alphonse Karr
(1808-1890) : "-
Il est neuf heures et vous n'êtes pas habillé ? -
Nous
avons du temps encore devant nous. Ces souvenirs de jeunesse qu'un
hasard nous a fait rappeler ; ces jours que nous dépensions
sans
compter, à cet âge où on se croit
d'années
et de bonheur un trésor inépuisable, tiennent mon
esprit
sous un tel charme, que j'ai peine à le rompre. La vie se
partage en deux moitiés : l'une pleine
d'espérances qui
ne doivent pas se réaliser ; l'autre, livrée aux
regrets
de bonheurs dont nous n'avons pas joui ; car ce qui nous semblait si
beau dans l'avenir, ce qui, lorsque nous l'avons atteint, ne nous a
donné que désappointement et
dégoût, reprend
sa magie dans le passé. L'espérance et le
souvenir ont le
même charme et le même prestige : c'est
l'éloignement..."
Les
grisettes à
Paris
(1832) par Ernest Desprez
: "Autrefois on
appelait Grisette la simple casaque grise que portaient les femmes du
peuple. Bientôt la rhétorique s'en mêla.
Les femmes
furent appelées comme leur habit. C'était le
contenant
pour le contenu. Les grisettes ne se doutent guère que leur
nom
est une métonymie. Mais voyez un peu ce que deviennent les
étymologies et les grisettes ! La grisette n'est pas
même
vêtue de gris. Sa robe est rose
l’été, bleue
l'hiver. L'été, c'est de la perkaline ;
l’hiver, du
mérinos..."
Bulletin
des modes du 15
janvier 1846
par A. Le Clerc
: "Là où
l’on danse, les robes de bals ont les manches très
courtes
et
très garnies. Les volans et les berthes en font toujours les
principaux ornemens. Les corsages drapés sont devenus plus
rares. Les robes de satin se sont ouvertes à quelques
soirées d’apparat sur des jupes de drap
d’argent
garnies de
réseaux de Venise, également en argent. Une femme
aussi
distinguée par son nom que par sa grâce, portait
une robe
de satin vert brodée d’argent, ayant de chaque
côté
deux grandes écharpes avec chefs et franges
d’argent..."
Bulletin
des modes du 6
juillet 1847
par A. Le Clerc
: "L'influence pluvieuse
de saint Médard semble passée, cependant le ciel
n'a pas
repris sa robe bleue et le gris y domine encore. Ces nuages nuisent
grandement au développement complet des toilettes
d'été. Aussi les mantelets de mousseline
brodée
qui avaient réjoui notre vue pendant les quelques vrais
jours
d'été que nous avons eu, ont disparu pendant que
le vent
du nord a régné ; en revanche, les mantelets de
taffetas
de toutes les couleurs sont en pleine vogue..."
Le
cocher de cabriolet
(1831) par Alexandre Dumas
(1802-1870) : "Je ne sais si, parmi
les personnes qui liront ces quelques lignes, il en est qui se soient
jamais avisées de remarquer la différence qui
existe
entre le cocher de cabriolet et le cocher de fiacre. Ce dernier grave,
immobile et froid, supportant les intempéries de l'air avec
l'impassibilité d'un stoïcien ; isolé
sur son
siège ; au milieu de la société, sans
contact avec
elle ; se permettant, pour toute distraction, un coup de fouet
à
son camarade qui passe ; sans amour pour les deux maigres rosses qu'il
conduit ; sans aménité pour les
infortunés qu'il
brouette, et ne daignant échanger avec eux un sourire
grimaçant..."
Charlatans,
jongleurs,
phénomènes vivants, etc.
(1831) par
Amédée Pommier
(1804-18..) : "O vous,
élégants dandys, riches fashionables de la
Chaussée-d'Antin et du faubourg Saint-Honoré,
femmes de
cour, femmes du bon ton, qui ne sortez jamais qu'en
équipage, et
qui, du fond de vos carrosses dorés, apercevez à
peine et
en courant ce peuple innombrable qui bourdonne à vos pieds ;
élus du sort, enfants gâtés de la
fortune, qui ne
hantez que les palais, et à qui la vie ne s'est jamais
montrée qu'en toilette ; venez ! je veux vous introduire
aujourd'hui dans un monde que vous ne connaissez point, monde grossier,
trivial, monde des carrefours et des ruisseaux, monde en sabots et en
guenilles,..."
Bulletin
des modes du
Mardi 15 février 1848
par A. Le Clerc
: "Les
velours de soie, le cachemire moelleux, le satin plein la main,
voilà les étoffes que l'on voit le plus en ce
moment. Les
riches fourrures s'allient souvent à ces tissus qui ne
peuvent
pas tomber dans le domaine de la petite
propriété. Aussi,
si vous allez aux Champs-Elysées, vous verrez les grandes
dames,
dont les voitures stationnent dans l'avenue du milieu, se promener sur
l'asphalte des contre-allées, ayant pour se
défendre du
froid, des pardessus et des redingotes que leurs couturières
ont
taillés dans les belles étoffes que nous venons
de
signaler,..."
La
Morgue
(1831)
par Léon Gozlan
(1803-1866) : "On doit à l'esprit
philosophique, plus encore qu'à la
piété
religieuse, la consécration de ce monument. C'est dire que
la Morgue
(bâtiment dont l'appellation est sans étymologie
précise) date d'une époque peu
éloignée. Il
n'y a guère plus de vingt ans qu'elle existe telle qu'elle
est
aujourd'hui. Auparavant les corps des personnes, mortes de mort
violente, ailleurs que chez elles, étaient
déposés
au petit Châtelet,..."
Le
bourgeois de Paris
(1831) par Anaïs Bazin
(1797-1850) : "Au milieu de cette
population immense qui fourmille dans nos rues, qui se heurte sur nos
trottoirs, qui s'entasse dans les cellules habilement
distribuées de nos maisons nouvelles, il devient difficile
de
retrouver la race primitive, de reconnaître les traits de la
famille indigène..."
Une
maison du Marais
(1831) par Henry Monnier
(1799-1877) : "Dans toutes les maisons
de second et de troisième ordre, la personne la plus
influente
est sans contredit la portière. Elle a sa cour, ses
affections,
ses antipathies. Elle tient sous sa domination immédiate les
étages supérieurs, donne de son propre mouvement
les
congés aux gens qui n'ont pas le bonheur de lui plaire, et
dont
les opinions politiques ne peuvent sympathiser avec les siennes. Puis
viennent après elle les commères..."
De
la blague parisienne
(1833) par le comte J. A. de Maussion
: "Qui ne sait en France
ce que l'on entend par le mot blague ? Et cependant le dictionnaire de
l'académie ne l'a pas encore adopté ; il est
toujours un
peu arriéré le bon dictionnaire. Comment se
passer d'un
mot qui exprime tant, et qui explique tout en France, principalement
à Paris ? Beaumarchais a dit que le goddam était
le fond
de la langue anglaise, et il a dit là une bêtise,
ce qui
ne lui arrivait pas souvent ; mais enfin, c'en était une. Le
mot
blague est d'une bien autre importance..."
Le
marchand de Chiens
(1832) par Jules Janin
(1804-1874) : "Vous avez lu sans doute
les Mémoires de lord Byron : une des choses qui m'a
étonné le plus dans ces étonnants
Mémoires,
c'est la facilité avec laquelle le noble lord renouvelle ses
boule-dogues et ses lévriers à
volonté.
-Envoyez-moi, dit-il, un boule-dogue d'Écosse ; les
boule-dogues
de Venise n'ont pas les dents assez dures. Envoyez-moi un beau chien de
Terre-Neuve pour le faire nager dans les lagunes. Il écrit,
il
donne des ordres à son intendant, comme un autre
écrirait
à Paris : Envoyez-moi de l'eau de fleur d'oranger ou des
gants..."
La
Manie des albums
(1832) par Henry Monnier
(1799-1877) : "L'origine des albums
remonte à une époque fort reculée, les
premiers
furent composés en Allemagne. Sur le point d'entreprendre un
voyage de longue durée, il était d'usage
d'envoyer un
livre à ses amis, qui devaient recevoir des dessins, des
vers,
ou de la musique ; on y ajoutait encore des lettres de famille. Loin du
pays, ce livre devenait un compagnon de voyage, un ami. Dans ces
moments de tristesse où l'âme a tant besoin de
s'épancher, où vous rêviez une
âme qui aurait
pu vous comprendre, vous ouvriez votre album, et vous retrouviez vos
amis, les conseils d'une mère, la tendre sollicitude d'une
soeur
chérie, et les lettres de la première femme que
vous
aviez aimée..."
Code
littéraire
(1840) par Honoré de Balzac
(1799-1850)
Pourquoi
nous ne sommes
pas socialistes
(1895) par Anatole Leroy-Beaulieu
(1842-1912) : "Si je n'avais consulté que mes forces et mon
état de santé, je ne me serais pas
risqué à
prendre la parole, ce soir, devant vous. Mais je n'ai pas voulu me
dérober à l'honneur de présider cette
première réunion, - ne fût-ce que pour
ne point
paraître reculer devant les appréhensions, non
justifiées, j'espère, des plus timides de nos
amis..."
L'Ane
par Edouard Drumont
(1844-1917) : "Ane, je te salue, éternel porteur de
bât,
Ane utile, Ane patient, Ane toujours raillé, Ane
à
l'échine meurtrie, Ane aux longues oreilles, Ane, je te
salue..."
La
Chèvre
par Fulbert Dumonteil
(1830-1912) : "Commençons d'abord
par son seigneur et maître, le Bouc : Mauvais
caractère,
mauvaise odeur et mauvaise réputation ; impudent et
impudique,
emblême de luxure et de brutalité ; l'air hautain,
dédaigneux ; marchant d'un pied d'airain à la
tête
de son sérail, le front large,..."
Le
Cochon
par
Bernard Prost
(1849-1915) : "Méprisé de son
vivant, apprécié seulement après sa
mort, -
à l'inverse de beaucoup de prétendus grands
hommes, - le
Cochon est un des nombreux exemples de l'ingratitude humaine..."
Le
Chat
par
Théodore de Banville
(1823-1891) : "Tout animal est
supérieur à l'homme par ce qu'il y a en lui de
divin,
c'est-à-dire par l'instinct. Or, de tous les animaux, le
Chat
est celui chez lequel l'instinct est le plus persistant, le plus
impossible à tuer. Sauvage ou domestique, il reste
lui-même, obstinément, avec une
sérénité absolue, et aussi rien ne
peut lui faire
perdre sa beauté et sa grâce suprême..."
Le
Chien
par
Gaspard de Pekow marquis de Cherville
(1821-1898) : "Le Chien
fournira dans cent ans comme aujourd'hui, matière aux
diatribes
aussi bien qu'aux panégyriques. Comme l'amour, comme la
femme,
il représente un thème inépuisable, il
aurait le
droit d'être fier du rapprochement..."
Dissertation
sur les
idées morales des grecs et sur le danger de lire Platon
par M. Audé,
bibliophile (pseud. d'Octave-Joseph
Delepierre, 1804-1875) : "UNE
étrange
anomalie que présentent les mœurs de la
Grèce,
d'autant
plus étrange qu'elle était pour ainsi dire
parvenue
à être une sorte d'institution nationale, a
attiré
l'attention des plus célèbres
écrivains de
l'antiquité. Assez de passages nous restent dans les
écrits des philosophes et des poëtes, pour nous
prouver que
l'amour était compris chez les Grecs d'une tout autre
manière que chez nous, tant parmi les hommes que parmi les
femmes..."
Eloges
d'écrivains,
discours prononcés aux obsèques de
Gonzalès,
Cladel, Maupassant, Houssaye, Goncourt, Daudet, Alexis
(1891-1901) par Emile Zola
(1840-1902) : "Au nom de la
Société des Gens de Lettres, je viens apporter un
suprême hommage à Emmanuel Gonzalès
qui,
après avoir été un des fondateurs de
cette
Société, consacra à sa
prospérité et
à sa grandeur vingt-quatre ans de sa vie. Je ne veux point
éluder un devoir que je suis heureux de remplir comme
président actuel du Comité, en passant rapidement
sur
l’œuvre littéraire d’Emmanuel
Gonzalès.
Certes, le champ
du roman s’est élargi, de nouvelles formules sont
venues,
la
postérité a remis chacun à son rang.
Mais, ce
qu’il faut louer toujours, ce qui reste quand même
honorable,
c’est l’effort, c’est le travail,
c’est la
production, lorsqu’elle est
saine et digne..."
De
l'usage de saluer et
d'adresser des souhaits à ceux qui éternuent
par
Théodore de Jolimont
(1787-18..) : "COMBIEN
de pratiques et d'usages transmis de siècle en
siècle
jusqu'à nous, dont le motif et l'origine sont
restés
à peu près inconnus pour presque tout le monde,
et n'ont
excité un certain sentiment de curiosité, fort
naturel du
reste et fort louable, que chez le peu de personnes qui aiment
à
se rendre compte de tout, même des choses en apparence les
plus
frivoles et les plus insignifiantes..."
Histoire
des oeufs. Oeufs
de Pâques, etc
par Théodore de Jolimont
(1787-18..) : "LA
fête des oeufs, commune
à presque toutes les nations, principalement d'Asie et
d'Europe,
remonte aux temps les plus reculés de l'antiquité
: elle
tient à tout ce que les religions et la philosophie des
sociétés naissantes a de plus respectable et de
plus
sacré, à la théologie primitive des
Égyptiens, des Hébreux, des Chinois, des Perses,
des
Grecs, des Celtes, et des Latins..."
L'âne
par Victor
Hugo, conférence faite à Courbevoie, le 7
novembre 1880
au profit de la bibliothèque populaire
par Louis Ulbach
(1822-1889) : "Je devrais commencer par m'excuser d'avoir pris une
tâche et revendiqué un honneur,
assignés
ordinairement à de plus dignes d'être
écoutés. Mais le poème dont je veux
vous donner
l'analyse renferme en lui-même mon excuse. Victor Hugo fait
trop
bien parler un âne, pour ne pas m'enhardir à
parler, et
nous sommes dans un temps d'âneries
épidémiques,
qui me donne l'irrésistible tentation d'applaudir celui qui
les
dénonce, qui les châtie, au risque d'en commettre
une
à mon tour..."
Autour
de l'Ecole
décadente,
trois articles de Jules Tellier
(1863-1889) : "Donc, les décadents se sont imaginer de
dresser
leur vocabulaire ; et ils en ont formé un petit livre
d’une
centaine de pages. Sûrement, l’idée
était
prétentieuse et puérile. Même
à
considérer la quantité seule, et non la
qualité,
ce que les décadents ont ajouté de mots
à la
langue française est bien peu de chose. Si Hugo
eût voulu
dresser le lexique des mots qu’il avait mis ou remis en
honneur,
des
termes techniques et rares qu’il avait employés,
il serait
arrivé à un tout autre total..."
Le
véritable auteur
du théâtre des boulevards
(1881) par Georges d'Heylli
: "Nous sommes ici en pleine farce, cette farce grasse et
salée
qui plaisait tant à nos pères, cette farce de la
rue qui
émerveillait le bas peuple, à qui on la servait
gratis et
qui constituait ce genre spécial qu'on a appelé
les
parades. C'est sur les tréteaux de la baraque
même,
à l'intérieur de laquelle devait être
donné
le spectacle plus sérieux, et pour y attirer le public, que
se
débitaient ces plaisanteries au gros sel,
populacières,
grossières, ordurières souvent, plus souvent
encore
graveleuses..."
Essai
sur le goût
(1757) par Charles-Louis de Secondat, baron de La Brède et
de Montesquieu
(1689-1755) : "Dans notre manière d'être actuelle,
notre
âme goûte trois sortes de plaisirs ; il y en a
qu'elle tire
du fond de son existence même ; d'autres qui
résultent de
son union avec le corps ; d'autres enfin qui sont fondés sur
les
plis et les préjugés que de certaines
institutions, de
certains usages, de certaines habitudes, lui ont fait prendre..."
Talma
et Lekain
(1826) par Jules Janin
(1804-1874) : "TALMA
n'est plus. En répétant cette pénible
nouvelle,
chacun semble chercher un démenti. Cette
incrédulité publique est un hommage rendu au
génie. On a peine à concevoir qu'un feu
céleste
puisse s'éteindre..."
Frédérick
Lemaître aux Folies-Dramatiques
(1835) par Jules Janin
(1804-1874) : "C'EST
toujours le même
comédien, il n'a fait que changer de
théâtre ;
c'est toujours le même acteur incisif, jovial,
inspiré,
procédant par sauts et par bonds, maître de son
public ;
c'est toujours le comédien du peuple, l'ami du peuple,
adopté et créé par le peuple. Tant pis
pour ce
qu'on appelle les grands théâtres, s'ils ont
refusé
d'ouvrir leurs portes à Frédérick..."
Mlle
Mars et Mme Dorval
(1835) par Jules Janin
(1804-1874) : "SOYEZ
donc de grandes comédiennes pour servir de
prétexte
à une parade de M. Dumersan, à une parade digne
des
tréteaux de la foire !.."
L'Homoeopathe
des familles
et des médecins
(1875) par Adrien Peladan
: "Le
but de l'Homoeopathe des
familles est de mettre entre les
mains
des gens du monde un journal destiné à leur
indiquer les
moyens de traiter eux-mêmes les maladies les plus communes,
et de
guérir des cas graves, quand l'impossibilité de
recourir
à l'homme de l'art leur donnera le droit d'agir avec
confiance
d'après des indications sûres. Mise de la sorte
à
la portée de tous, l'homoeopathie rend des services
inappréciables, en faisant disparaître promptement
et
doucement bon nombre d'affections fort douloureuses, et en permettant
de neutraliser à leur début, souvent sans s'en
douter,
les maladies les plus redoutables..."
Manifeste
de la jeune
littérature : Réponse à M. Nisard
par
Jules Janin
(1804-1874) : "Permettez-moi, mon cher Nisard, de
répondre comme il convient à votre
éloquente et
chaleureuse philippique contre la littérature
facile.
Vous m'en avez fait le représentant, à mes
risques et
périls ; c'est un honneur que j'accepte avec toutes ses
conséquences. Me voilà donc tout prêt
à
jouter avec vous, le rude jouteur ; me voici, moi, vêtu
à
la légère, contre vous, armé de pied
en cap ; me
voici, pauvre vélite de l'armée
littéraire, contre
vous, qui êtes placé dans la réserve ;
moi,
déjà tout hâlé par le soleil
de la presse,
tout froissé dans la mêlée, haletant et
blessé, et tout saignant, contre vous, jeune homme, vous,
homme
fort, homme de sang-froid, qui vous hasardez rarement à
combattre, qui vous contentez de faire une brutale sortie de temps
à autre, et qui rentrez ensuite prudemment dans vos murs.
Mais,
quoi qu'il en soit, le gant est jeté de part et d'autre..."
Recherches
sur le jeu des
échecs
par Louis Dubois
(1773-1855) : "Le Jeu
des échecs, dit Jaucourt dans le dictionnaire
encyclopédique, le jeu des échecs que tout le
monde
connaît et que peu de personnes jouent bien, est le plus
savant
et celui dans lequel l'étendue et la force de l'esprit du
jeu
peut se faire le plus aisément remarquer. Ce jeu, qu'une
tradition plus fabuleuse encore que celles qui nous ont transmis les
détails du siège de Troie, attribué
à
Palamède l'un des assiégeans de cette
cité, fut
inventé dans l'Inde..."
Le
comédien par un
journaliste
par Octave Mirbeau
; [suivi de] Les
comédiens par un comédien
par Constant Coquelin
(1882) : "Le procès Mayer-Coquelin
est revenu hier devant le tribunal de commerce. Il faut s'attendre
à un débordement de comptes rendus, discussions,
gloses
et commentaires, comme s'il s'agissait d'un acte diplomatique
d'où dépend le sort d'un peuple. Les journaux
seront
remplis d'anecdotes à ce sujet. Chacun prendra parti pour ou
contre. Il y aura des gros mots, des disputes dans les
cafés,
des brouilles dans les familles, peut être des duels. Et le
comédien, une fois de plus, aura bouleversé le
monde..."
Discours
de M. Guizot,
ministre des affaires étrangères, dans la
discussion
générale du projet de loi relatif aux
fortifications de
Paris
(Séance du 25 janvier 1841) : "La discussion se
prolonge, et cependant, si je ne m'abuse, la perplexité de
la
chambre continue. Avant-hier, un honorable membre, M. de
Rémusat, attribuait cette perplexité à
de bien
petites causes, à des méfiances de personnes,
à
des misères parlementaires. Je crois qu'il se trompe, et que
la
disposition de beaucoup de bons esprits dans la chambre a des causes
plus sérieuses. La chambre croit à
l'utilité,
à la nécessité de la mesure qu'elle
discute. Elle
a des doutes, des inquiétudes sur ses résultats ;
elle
n'en prévoit pas clairement la portée et les
effets ;
elle craint que cette mesure ne devienne l'instrument d'une politique
autre que celle qu'elle approuve et veut soutenir. Elle craint
d'être entraînée dans une politique
turbulente,
belliqueuse, contraire à cette politique de paix, de
civilisation tranquille et régulière qu'elle a
proclamée et appuyée. Voilà la vraie
cause de la
perplexité et des inquiétudes de la chambre..."
Manuel
du nageur ou de la
pratique de l'art de nager, suivi d'un Traité sur les Eaux
thermales ; terminé par des Observations
intéressantes
sur l'Art du Plongeur
(1821) : "On s'est occupé
utilement des moyens de rendre la vie à ceux que des
accidens ou
leur imprudence avaient mis en danger de la perdre dans les eaux, ne
serait-il pas aussi bon de prévenir le mal que d'y chercher
un
remède. Le bain est de nécessité pour
l'homme : la
propreté est un des salubres avantages qui en
résultent ;
mais le plus grand, est la santé
réparée ou
conservée..."
L'art
d'épurer les
huiles pour veilleuses et quinquets par des moyens
simplifiés et
d'une pratique facile pour l'épicier comme pour les grandes
manufactures
(ca1820) par Ch. Lefebvre
: "CET
Ouvrage a pour but de propager les connaissances
pratiques nécessaires
à l'Epuration des Huiles
végétales, et à les transformer en
huiles
convenables à la préparation des peaux chez les
tanneurs.
Nous n'ignorons pas que les procédés que nous
allons
décrire seront, pour quelques épurateurs, la
répétition des moyens pratiqués dans
leurs
établissemens ; le soin que chaque manufacturier apporte
dans la
recherche des bonnes méthodes de travail, ne lui laisse pas
long-temps ignorer les procédés qui, par leur
perfection,
peuvent contribuer à l'amélioration de
l'industrie qu'il
exploite..."
Petite
biographie
dramatique, faite avec adresse par un moucheur de chandelle
(1826) : ADÈLE
(Mlle), Porte-Saint-Martin,
rue du Temple, n. 101. Sa danse voluptueuse promet plaisir, et l'on
assure que Mlle Adèle tient tout ce que sa danse promet. ADÈLE BAZIRE,
Ambigu,
rue de Saintonge, n. 38 : « Jadis on voyait sur ses hanches |
« Un simple jupon de tricot, | « Et pour parure des
dimanches | « Un juste-au-corps en calicot ». Que
les temps
sont changés !"
Biographie
des
journalistes, avec la nomenclature de tous les journaux, et les mots
d'argot de ces messieurs par une société
d'écrivains qui ont fait tous les métiers, et qui
se sont
pliés à toutes les circonstances
(1826) : "Dans
le moment où les petites Biographies sont à la
mode, on
ne sera pas fâché, sans doute, d'avoir en un
léger
volume de cinquante centimes, de courtes notices sur Messieurs les
Journalistes, ces organes de l'opinion publique, dont tout le monde se
plaint, et à qui tout le monde cependant fait politesse. Ces
indications pourront être utiles aux actrices qui ont besoin
de
mousser, aux auteurs qui cherchent des annonces, aux confiseurs qui
souhaitent qu'on vante leurs douceurs, et aux jeunes filles
à
marier..."
Mémoire
sur
l'oblitération des artères ombilicales et sur
l'artérite ombilicale
(1855) par Alphonse Henri Notta
(1824-1914) : "Dans les recherches que j'ai faites sur la cicatrisation
des artères à la suite de leur ligature,
l'étude
des faits m'a amené à conclure que le caillot et
la
portion d'artère comprise entre la ligature et la
première collatérale ne se transformaient pas en
cordon
fibreux, mais subissaient seulement une atrophie qui permettait
néanmoins d'en reconnaître toujours les divers
éléments. Je crois aussi avoir
démontré
à quoi était due la présence de ce
cordon fibreux
qui, unissant les deux bouts d'une artère liée
dans sa
continuité ou la surface de la cicatrice à
l'extrémité du vaisseau, dans les amputations,
avait pu
en imposer pour une transformation de l'artère..."
Un
tournoi au XIXe
siècle
(1872) par Ernest Legouvé
(1807-1903) : "UN
tournoi à Paris ! en
1872 ! Oui, vraiment. Jugez-en. Vous vous rappelez le
cérémonial des tournois : un héraut
d'armes
proclamait, à son de trompe, à dix lieues
à la
ronde, que tel jour, à telle heure, en tel lieu, cinq ou six
chevaliers se tiendraient, tout en armes, depuis le lever du jour
jusqu'à la nuit, prêts à combattre tout
adversaire
qui se présenterait dans le champ clos. Eh bien, c'est ce
que
viennent de faire dix ou douze jeunes gens qui comptent dans le monde
de Paris parmi les plus distingués et les plus
élégants. Il ne s'agit pourtant ici ni de joutes
à
la lance ou à la rapière, ni de brillantes passes
à cheval ; on combattra à pied,..."
Biographie
des
Archevêques de France par un ancien Donneur d'eau
bénite
(1826) : "Lorsque l'on lit l'Étoile
et le Courrier
français, la Quotidienne
et le Constitutionnel,
on est fort embarrassé pour se former une idée
claire et
juste du caractère politique de nos princes de
l'église ;
surtout lorsque l'on voit chaque jour, dans ces mêmes
journaux,
les apologies des uns et les satires des autres. Possédant
depuis long-temps un recueil de pièces aussi rares que
curieuses, concernant les archevêques du royaume, nous les
avons
réunies en leur donnant le titre et la forme d'une
biographie
qui, nous osons l'espérer, pourra éclairer le
lecteur
resté, jusqu'à ce jour, indécis..."
Emile
Zola
(1883)
par Guy de Maupassant
(1840-1902) : "Il est des noms qui
semblent destinés à la
célébrité,
qui sonnent et qui restent dans les mémoires. Peut-on
oublier
Balzac, Musset, Hugo, quand une fois on a entendu retentir ces mots
courts et chantants ? Mais, de tous les noms littéraires, il
n'en est point peut-être qui saute plus brusquement aux yeux
et
s'attache plus fortement au souvenir que celui de Zola. Il
éclate comme deux notes de clairon, violent, tapageur, entre
dans l'oreille, l'emplit de sa brusque et sonore gaieté.
Zola !
quel appel au public ! quel cri d'éveil ! et quelle fortune
pour
un écrivain de talent de naître ainsi
doté par
l'état civil..."
Rabelais
et ses
éditeurs
(1868) par H. E. Chevalier
: "Rabelais,
le savant le plus complet, le penseur le plus profond,
l'écrivain le plus habile du seizième
siècle,
Rabelais fut un homme heureux. Protégé par les
rois et
les grands, estimé des savants et des lettrés,
aimé de tous, il se sentit assez fort pour attaquer les abus
les
plus imposants, les plus profondément enracinés,
ceux
mêmes que le bras séculier entourait d'une
protection
active, et il leur porta des coups dont ils ne se sont pas
relevés. Ce contempteur de la Sorbonne, ce ferrailleur
impitoyable qui, de son arme à deux tranchants, frappait
à droite et à gauche, ici sur les
«moines moinant
de moinerie,» là sur les «demoniacles
Calvins
imposteurs de Genève», ce philosophe
complétement
émancipé s'éteignit dans son lit,
tranquille et
considéré, tandis que ses amis, de simples
hérétiques, mouraient dans l'exil, comme Marot,
ou sur le
bûcher, comme Dolet. A peine au cercueil, il devient un
personnage légendaire : son nom est dans toutes les bouches,
son
livre est entre les mains de tous. Pendant trois siècles, on
le
réimprime coup sur coup. En ce moment même, CINQ
ÉDITIONS
différentes sont en cours
d'exécution..."
Procès
intenté à M. Gustave Flaubert devant le tribunal
correctionnel de Paris (6e Chambre) sous la présidence de M.
Dubarle, audiences des 31 janvier et 7 février 1857 :
réquisitoire et jugement.
: "Messieurs, en abordant ce
débat, le ministère public est en
présence d'une
difficulté qu'il ne peut pas se dissimuler. Elle n'est pas
dans
la nature même de la prévention : offenses
à la
morale publique et à la religion, ce sont là sans
doute
des expressions un peu vagues, un peu élastiques, qu'il est
nécessaire de préciser. Mais, enfin, quand on
parle
à des esprits droits et pratiques. Il est facile de
s'entendre
à cet égard, de distinguer si telle page d'un
livre porte
atteinte à la religion ou à la morale. La
difficulté n'est pas dans notre prévention, elle
est
plutôt, elle est davantage dans l'étendue de
l'oeuvre que
vous avez à juger. Il s'agit d'un roman tout entier..."
Considérations
sur
l'art dramatique
avec le dénombrement
des théâtres de Paris en 1791, 1811 et 1822
suivies d'un Précis
historique et
littéraire sur la tragédie
(1822) par Pierre
Marie Michel Lepeintre
(1750-18..) :"Si l'on ne voulait juger
le théâtre en général que
d'après les
idées religieuses, on le trouverait certainement dangereux
et
condamnable. Un moraliste austère pourrait facilement
prouver
que c'est un plaisir corrupteur, à ne le
considérer
même que sous un point de vue purement philosophique..."
La
messe de Gnide
(1793) par Griffet de La Baume
(1750-1805) :"Ce petit ouvrage,
composé longtemps avant la Révolution, a
été trouvé dans les papiers de C.
NOBODY,
jeune poète heureusement né ; mais à
qui la
funeste habitude de l'opium fit perdre en moins de deux ans la
santé, l'imagination, la mémoire et le
goût du
travail, et qui finit par se tuer lui-même, d'un coup de
pistolet, le 11 Juin 1787. Il était né dans les
environs
de Beauvais, en 1766, et demeurait à Paris depuis 1775. Il a
laissé beaucoup d'autres manuscrits qui annoncent de
l'invention
et de la facilité ; mais ce sont pour la plupart des
ébauches ou des commencements d'ouvrages que leur
état
d'imperfection ne permet pas de publier. Cette bagatelle
érotique est la seule de ses productions à
laquelle notre
auteur ait mis la dernière main, dans le peu d'intervalles
lucides que lui laissait le dépérissement
successif de
ses organes..."
Figurines
parisiennes
(1854) par Charles Monselet
(1825-1888) :"Il en est de Paris
comme de l'Océan : les poëtes et les peintres en
feront le
sujet éternel de leurs toiles et de leurs pages, de leurs
croûtes et de leurs chefs-d'oeuvre. Paris est un
modèle
qui pose pour tout le monde. Les uns le peignent en pied, les autres en
buste ; ceux-là en font une académie, ceux-ci une
miniature ; il en est qui le montrent de face, de profil, de trois
quarts ; j'en ai rencontré qui se contentaient d'un oeil ou
d'un
pied, de moins encore. On me demande d'être vrai. Je le serai
; -
à cela près cependant que je ne
réponds pas des
distractions de mon modèle. Si mon modèle
bâille ou
fait la grimace, s'il a les yeux rouges ce jour-là, s'il ne
se
souvient plus aujourd'hui de la pose d'hier, la faute n'en sera
jetée que sur lui. - Peut-être adviendra-t-il, par
suite,
que le Paris de tel chapitre sera tout opposé au Paris de
tel
autre. Pour cela, que l'on ne crie pas à la contradiction,
ou
pire encore, au paradoxe. D'ailleurs, Paris m'a tout l'air
lui-même d'un paradoxe effréné.
"
Remonstrance
aux
François pour les induire à vivre en paix
à
l'advenir
(1576) : "Jusques à quand, François,
jusques à quand voulez-vous demeurer armez les uns contre
les
autres ? Jusques à quand voulez-vous prolonger vos guerres
civiles ? Jusques à quand voulez-vous nourrir entre vous
tant de
divisions et partialitez ? N'estes-vous ennuyez de vous poursuyvre ?
N'estes-vous las de combattre ? N'estes-vous contens des cendres de vos
maisons ? N'avez-vous horreur de voir vos mains
ensanglantées de
vostre propre sang ? N'avez-vous regret à la perte de vos
vies
et de vos biens ? N'avez pitié de vous mesmes ? Quelle
occasion
vous anime tellement les uns contre les autres ? Quelle fureur vous
arme ? Quelle rage vous pousse ? A quoy pensez-vous ? Que faictes-vous
? Quel est le but de vos desseings ? La longueur du temps, qui adoucit
toutes choses, ne vous peut-elle retirer de vos animositez ? La perte
de vos biens, qui vous doit estre facheuse, ne vous peut-elle
destourner de vos entreprises ? La ruine de vostre païs, qui
vous
doit estre insuportable, ne vous peut-elle esmouvoir ?..."
L'Assommoir,
Pot-Bouille,
Germinal
: préfaces et articles d'Émile Zola
(1840-1902)
à propos de l'adaptation théâtrale de
plusieurs de
ses romans par William Busnach
: "Je suis bien à l'aise
pour parler de L'Assommoir,
le drame que MM. Busnach et
Gastineau ont tiré de mon roman ; car je ne les ai
autorisés à faire cette adaptation
qu'à la
condition absolue de n'avoir à m'occuper en rien de la
pièce. Elle m'est donc étrangère, je
puis la juger
avec une entière liberté
d'appréciation.
Personnellement, je regardais la mise à la scène
du roman
comme une tentative grave et dangereuse. Jamais je n'aurais
risqué cette tentative moi-même. Fatalement,
lorsqu'on
transporte un roman au théâtre, on ne peut obtenir
qu'une
œuvre moins complète, inférieure en
intensité ; en
un mot, on gâte le livre, et c'est toujours là une
besogne
mauvaise quand elle est faite par l'auteur lui-même..."
Gustave
Flaubert chez la
princesse Mathilde, souvenir d'un soirée à Saint
Gratien
; Le
centenaire de Gustave Flaubert
:
autour de Gustave Flaubert
(1821-1880), deux portraits par
Joseph Napoléon Primoli
(1851-1927) et la princesse
Mathilde Bonaparte
(1820-1904) et un article de Paul Souday
(1869-1929) : "Flaubert a été
extrêmement
méconnu ; peut-être l'est-il toujours. Sans doute
il eut
l'air d'entrer du premier coup dans la gloire, avec l'immense
succès de Madame
Bovary, parue en 1856 dans la Revue
de Paris de Laurent-Pichat et
Maxime du Camp, l'année
suivante en librairie, chez Michel Lévy. Mais il ne faut pas
se
dissimuler que ce fut surtout un succès de scandale. La
valeur
littéraire de l'ouvrage n'y était pour rien, ou
presque
rien. Tout le mérite de ce lancement revient au parquet, qui
intenta des poursuites pour outrage à la religion et aux
bonnes
moeurs. Il est vrai que Flaubert fut acquitté, et le
procureur
général d'aujourd'hui, M. Lescouvé, a
désavoué le réquisitoire d'Ernest
Pinard en se
faisant inscrire au comité du monument Flaubert. Mais le
coup
avait porté et assura une vente considérable
à Madame
Bovary qui, sans cette bonne
fortune, serait peut-être
restée chez l'éditeur. D'ailleurs, Flaubert ne
sut aucun
gré à la justice de cette réclame
inespérée, qui n'aurait pas déplu
à
d'autres. Et il fut justement outré des jugements de la
presse..."
Jules
de Rességuier
(1898) par Eugène Asse
(1830-1901) : "LE
ROMANTISME eut comme son
bataillon sacré dans les
poètes qui, dès la première heure, se
groupèrent pour fonder le Conservateur
littéraire
(décembre 1819), puis la Muse
Française, les Annales
romantiques, ou y collaborer :
ce furent Soumet, Guiraud,
Saint-Valry, Emile et Antony Deschamps, Jules Lefèvre, aussi
Rességuier, dont nous allons parler. Bernard-Marie-Jules,
comte
de Rességuier, naquit à Toulouse, le 28 janvier
1788,..."
[texte
retiré].
[texte
retiré].
Discours
sur les passions
de l'amour
(1652-1653) attribué à Blaise Pascal
(1623-1662) : "L'HOMME
est né pour penser
; aussi n'est-il pas un moment sans le faire ; mais les
pensées
pures, qui le rendroient heureux s'il pouvoit toujours les soutenir, le
fatiguent et l'abattent. C'est une vie unie à laquelle il ne
peut s'accommoder ; il lui faut du remuement et de l'action,
c'est-à-dire qu'il est nécessaire qu'il soit
quelquefois
agité des passions, dont il sent dans son coeur des sources
si
vives et si profondes..."
Discours
de
réception à la porte de l'Académie
française
(1865) par Jules Janin
(1804-1874) : "Il était minuit ;
par un ciel rayonnant d'étoiles, dans le grand silence, aux
bruits du fleuve emporté vers l'Océan, entre les
deux
lions de granit dont la gueule ouverte jette avec tant d'effort un
mince filet d'eau, image parlante de la poésie aux abois, il
me
sembla que soudain les portes de l'Institut étaient
ouvertes, et
que des voix confuses m'appelaient sous les voûtes
solennelles de
l'Académie française, au milieu d'une
assemblée
indulgente et sympathique. Alors, prenant mon courage à deux
mains, j'improvisai mon discours de réception,
mêlé
parfois d'un murmure approbateur :"
Lettre aux membres du
Comité central
(avril 1848) de George Sand
(1804-1876) : "Je ne viens pas vous remercier d'avoir admis mon nom sur
une quarantaine de listes au Comité central. La connaissance
que
j'ai de moi-même ne me permet pas de croire que vous avez
voulu
m'encourager à présenter une candidature
impossible,
chose à laquelle je n'ai jamais songé. Vous avez
voulu
consacrer un principe qu'apparemment vous avez adopté.
Permettez-moi donc de vous présenter sur ce principe
même
quelques considérations que le moment est
peut-être venu
de discuter et de peser sérieusement..."
Panacée
universelle :
Méthode que l'on pratique à l'hostel des
Invalides, pour
guérir les Soldats de la Verole
(1718) par [Jean de Labrune]
: "PRENEZ la quantité qu'il vous plaira de vermillon ou de
cinabre, broyez-le dans un mortier de marbre avec un pilon de verre,
& le mêlez avec son poids égal de limaille
de fer bien
nette, mettez ce mélange dans une cornue, exactement
lutée, en sorte qu'il la remplisse jusqu'à un
pouce
prés du haut ; mettez la cornue dans un petit fourneau de
reverbere, & adaptez à son col un recipient qui soit
presque
plein d'eau, lutez-les, & allumez le feu au fourneau par
degrez,
afin d'échauffer la retorte peu à peu ; &
tout votre
cinabre passera en mercure coulant : délutez la cornue,
jettez
l'eau, & séchez le mercure en le passant souvent
dans un
linge blanc & sec, puis le passez deux ou trois fois par le
chamois, & mettez-le dans un matras de verre avec du sel bien
purifié, & du vinaigre distilé ; il faut
le bien
battre, & l'agiter pendant une heure, &
aprés verser
toute liqueur par inclination, remettre de nouveau du sel & du
vinaigre, l'agiter comme auparavant, & réiterer cela
jusqu'à trois fois..."
Confession
générale d'Audinot
(1774) : "Si tout ce qui
concerne les grands hommes a droit d'intéresser la
société, quel cours ne doit pas avoir dans le
public le
premier acte de catholicité du fameux AUDINOT ?... A Dieu ne
plaise qu'en le mettant au nombre des grands hommes, je
prétende
faire ici un jeu de mots trivial, et insulter à la taille
dégingandée de cet histrion ; je la lui passe
avec autant
de bonhomie que sa figure plate et son regard insolent..."
Le
livre du Bibliophile
(1874) par [Alphonse Lemerre]
: "Ce travail a pour objet
d'exposer les points principaux de l'art auquel nous nous sommes
adonné tout entier, et de déterminer les
conditions que
doit, à notre avis, nécessairement remplir une
édition pour être digne d'être
appréciée et estimée des
véritables
connaisseurs. Nous ne parlerons guère que de la
réimpression des vieux écrivains, non que la
publication
des oeuvres contemporaines nous paraisse d'un moindre prix, mais parce
que les textes anciens présentent à
l'éditeur des
difficultés particulières et qu'une nouvelle
publication
de ces textes universellement connus est vaine quand elle n'est pas
à peu près définitive. Nous
examinerons en peu de
mots les soins qu'exige le Livre depuis l'élaboration du
manuscrit ou, pour parler le langage technique, de la
copie qui
doit être livrée à l'imprimeur,
jusqu'au moment
où le volume parachevé entre, vêtu de
sa reliure,
dans la vitrine du bibliophile...."
Les
Relais ou la mère
de famille et le fileur : fiction d'une triste
réalité
(1841) par [Daniel Legrand]
: "Dans une vallée
isolée d'un de nos départements manufacturiers
vivait, au
commencement de l'année dernière, une pauvre
famille qui,
sous un toit de chaume, avait su trouver la paix et le bonheur
domestique. Le père, habile bûcheron et bon
journalier,
nourrissait les siens du produit de ses travaux manuels. Sa famille se
composait de trois fils et de deux filles ; les deux
aînés
avaient dépassé leur neuvième et
dixième
année, le cadet était dans sa
deuxième, et une
petite fille occupait le berceau. Sa soeur, âgée
de huit
ans, la soignait, la berçait, et ses tendres caresses et son
doux sourire faisaient tressaillir de joie le nourrisson. La
mère, femme pieuse et laborieuse, prenait soin de ses
enfants et
du ménage avec une fidélité exemplaire
; elle
cultivait en même temps son jardin et quelques petites
pièces de terre que son mari avait louées..."
L'heure
du spectacle
(1878) par Victorien Sardou
(1831-1908) : "MON CHER NOEL, Le
jour où vous m'avez fait l'honneur de me demander cette
préface, pour l'excellente publication que vous avez
entreprise
de concert avec votre ami M. Stoullig, nous venions
d'échanger
quelques réflexions sur la coïncidence actuelle des
heures
du dîner et du spectacle, et je vous répondis :
«Voilà ma préface toute
trouvée ; rien ne
saurait s'adapter mieux au cadre de vos Annales
dramatiques..."
Lettre inédite de
Philothée O'Neddy
(1811-1875), auteur de Feu et Flamme,
sur le groupe littéraire romantique dit des Bousingos :
Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Petrus
Borel,
Bouchardy, Alphonse Brot, etc...
(1875) : "Monsieur, Le vieil
O'Neddy qui, en sa qualité de burgrave, passe une bonne part
de
son temps à
rêver dans l'ombre et dans la nuit,
n'a eu connaissance que tout dernièrement de la notice dont
vous
avez honoré ses juvenilia,
et qui a été
insérée dans le
Boulevard il y a
déjà plus d'un mois. C'est ce qui fait qu'il
vient si
tard vous en remercier cordialement. Il succombe en même
temps
à la tentation de vous présenter ici quelques
renseignements et quelques observations à son endroit et
à celui de ses anciens frères, se flattant que
vous ne
dédaignerez pas d'en user un peu, au cas où votre
siége (je veux dire votre volume sur les romantiques) ne
serait
pas encore fait..."
Le
meilleur de Monsieur de
Benserade
(1612-1691) : "Bouche vermeille au doux
sourire, |
Bouche au parler délicieux. |
Bouche qu'on ne sçauroit décrire, |
Bouche d'un tour si gracieux..."
Stances
et autres oeuvres
du sieur Tristan
(1601-1655) : "Venir à la
clarté sans force & sans adresse, |
Et n'ayant fait long temps que dormir & manger, |
Souffrir mille rigueurs d'vn secours estranger |
Pour quitter l'ignorance en quittant la foiblesse :..."
Stances,
madrigaux, lettre
de Monsieur de Montreuil
(1620-1691) "De toutes les
façons vous avez droit de plaire, |
Mais surtout vous savez nous charmer en ce jour, |
Voyant vos yeux bandez on vous prend pour l'amour, |
Les voyant découverts on vous prend pour sa
mère..."
Quelques
vers de Monsieur
de Voiture
(1597-1648) : "Voicy mon amour sur la touche
: |
Iugez s'il marque nettement, |
Et si sa pointe se rebouche, |
Dans la peine et dans le tourment.|
Mais en l'estat où ie me treuue, |
Qu'est-il besoin de cette preuue, |
Pour vous montrer que ma langueur |
Et que ma constance est extréme? |
Ne le sçauez-vous pas vous-mesme |
Si vous m'auez touché le coeur? ..."
Mon
cher Casanova :
lettres d'amour de Manon Balletti
(1740-1776)
: "Ah !
que M. mon frère m'ennuie ! Il est excédant et
l'on ne
peut pas être plus gauche qu'il ne l'est, à sa
garde ;
mais ne parlons pas de lui, car il m'a cosi
mis de mauvaise
humeur, que je ne veux point du tout l'être avec vous. Je
vais
répondre exactement à votre dernière
lettre. Vous
commencez par m'exagérer beaucoup votre amour, je le crois
sincère, il me flatte, et je ne désire autre
chose que de
le voir durer toujours. Durera-t-il ? Je sais bien que vous allez vous
révolter contre mon doute ; mais enfin, mon cher ami,
dépend-il de vous de cesser de m'aimer ? ou de m'aimer
toujours
?.."
Lettres
de Napoléon
à Joséphine
: "Je ne conçois pas ce qui a
pu donner lieu à votre lettre. Je vous prie de me faire le
plaisir de croire que personne ne désire autant votre
amitié que moi, et n'est plus prêt que moi
à faire
quelque chose qui puisse le prouver. Si mes occupations me l'avaient
permis, je serais venu moi-même porter ma lettre..."
Les
caprices de la Gina,
(1842) par Honoré de Balzac
(1799-1850) : "La Gina est
une Gênoise mariée à un Milanais, et
qui demeure
à Milan. Si quelqu'un de vous la reconnaît
à
quelque détail de cette aventure, je le prie de ne pas la
nommer
et de lui garder le secret, sans quoi je ne continuerai point mon
récit. Le mari de la Gina... je ne puis, par
discrétion,
donner ni le nom, ni la qualité, ni la demeure, ni le titre,
ni
indiquer la fortune de cet homme fortuné, à cause
de
votre perspicacité ; mais je vous engage ma foi qu'il
demeure
entre porta Orientale et porta Romana, qu'il est entre chambellan et
garde-noble, entre comte et marquis, que son nom est entre O et I,
qu'il est entre le célibat et le mariage, comme tout grand
seigneur doit être après sept ans de mariage, et
qu'il sue
sang et eau à ne rien faire. Si ses traits
caractéristiques vont à trop de Milanais, la
faute en est
à l'Italie et non à moi..."
Traité
des
excitants modernes,
(1838) par Honoré de Balzac
(1799-1850) : "L'absorption de cinq substances, découvertes
depuis environ deux siècles et introduites dans
l'économie humaine, a pris depuis quelques années
des
développements si excessifs, que les
sociétés
modernes peuvent s'en trouver modifiées d'une
manière
inappréciable.
Ces cinq substances sont : 1° L'eau-de-vie ou alcool, base de
toutes les liqueurs, dont l'apparition date des dernières
années du règne de Louis XIV, et qui furent
inventées pour réchauffer les glaces de sa
vieillesse.
2° Le sucre. Cette substance n'a envahi l'alimentation
populaire
que récemment, alors que l'industrie française a
su la
fabriquer en grandes quantités et la remettre à
son
ancien prix, lequel diminuera certes encore, malgré le fisc,
qui
la guette pour l'imposer. 3° Le thé, connu depuis
une
cinquantaine d'années. 4° Le café.
Quoique
anciennement découvert par les Arabes, l'Europe ne fit un
grand
usage de cet excitant que vers le milieu du dix-huitième
siècle. 5° Le tabac, dont l'usage par la combustion
n'est
devenu général et excessif que depuis la paix en
France.
Examinons d'abord la question, en nous plaçant au point de
vue
le plus élevé..."
Quelques
moyens faciles de
restaurer les vieux livres,
(1862) par Antony Meray
:
"Les livres deviennent rares ! Cela s'est toujours dit, surtout dans
les périodes de calme, pendant lesquelles
l'élégante passion du bibliophile peut se
développer en toute liberté. Les
étalages en plein
air se dégarnissent alors de volumes
intéressants,
complets et bien conservés. Nous sommes maintenant dans une
de
ces époques où les quais sont
surveillés et
dépouillés avec acharnement. II faut l'avouer
pourtant,
les rencontres précieuses n'ont jamais
été
très-communes, surtout pour les amateurs qui suivent la mode
et
s'attachent exclusivement aux ouvrages dont le caprice des ventes fait
hausser le prix..."
Les
diverses façons
d'aimer les livres,
(1861) par Antony Meray
: "Le petit
travail bibliographique, où nous allons essayer d'expliquer
certains goûts particuliers, certaines
préférences,
certaines délicatesses de l'esprit, certaines
variétés de l'amour des livres, n'a nullement
pour but de
justifier la passion d'élite qui nous pousse à
rechercher
ces précieux témoins des accroissements de
l'âme
humaine à travers les générations.
L'amour des
livres, dont les alléchements variés à
l'infini se
rattachent à toutes les glorieuses activités de
la
pensée n'a nul besoin d'être justifié,
c'est
glorifié qu'il faut dire, quand on
réfléchit
qu'aucun art, aucune science, aucune forme de protestation railleuse ou
grave, réaliste ou mystique, battant en brèche
l'ignorance et la sottise, n'échappe aux rayons de nos
bibliothèques..."
Le
Boulevard du crime
par Mario Proth
(1872) : "Parmi les crimes sans nombre de cette
bande sinistre dont l'invasion vulgairement connue sous le nom de
Second Empire demeurera pour la France une si terrible et salutaire
leçon, un des plus irréparables est la
défiguration de Paris par ce maçon en
délire, M.
Haussmann. Que voulez-vous ? Ces gens-là s'imaginaient
effacer
l'histoire. Démolissant le passé, ils croyaient
élever leur grotesque présent à la
hauteur d'un
avenir.
Parmi les démolitions où ils
s'acharnèrent, une
des plus bêtes et des plus irritantes fut celle du boulevard
du
Temple..."
Un
Souper chez
Mademoiselle Rachel
par Alfred de Musset
(1839) :
"Merci d'abord, madame et chère marraine, pour la lettre que
vous me communiquez de l'aimable Paolita.
Cette lettre est bien
remarquable et bien gentille ; mais que dirai-je de vous, qui ne
manquez jamais une occasion d'envoyer un peu de joie à ceux
qui
vous aiment ? Vous êtes la seule créature humaine
que je
connaisse faite ainsi.Un bienfait n'est jamais perdu : en
réponse à votre lettre de Desdémone,
je veux vous
servir un souper chez
mademoiselle Rachel, qui vous
amusera si
nous sommes toujours du même avis et si vous partagez encore
mon
admiration pour cette sublime fille..."
L'Alsace
est-elle allemande
ou française : réponse à M. Mommsen
par
Numa Denis Fustel de Coulanges
(1870) : "Vous avez
adressé dernièrement trois lettres au peuple
italien. Ces
lettres, qui ont paru d'abord dans les journaux de Milan et qui ont
été ensuite réunies en brochure sont
un
véritable manifeste contre notre nation. Vous avez
quitté
vos études historiques pour attaquer la France ; je quitte
les
miennes pour vous répondre..."
Description
de la colonne
de la Grande Armée, élevée
à la gloire des
Armées Françaises, l'an 1810, par les ordres de
Sa
Majesté Impériale et Royale Napoléon
Le Grand.
Terminée par la description de la Statue pédestre
du
général Dessaix, élevée sur
la Place des
Victoires
(Paris, ca1810) : "La Colonne de la Grande
Armée est faite à l'imitation de la colonne
Trajane. Elle
a 133 pieds de hauteur, y compris son piédestal et la statue
de
l'Empereur dont elle est couronnée..."
Explications
offertes aux
hommes impartiaux au sujet de la commission militaire
instituée
en l'an XII pour juger le duc d'Enghien
par le Comte Pierre
Augustin Hulin
(1823) : "La malheureuse affaire du DUC
D'ENGHIEN m'a déjà causé
près de vingt ans
de profonds regrets !
Vieux aujourd'hui, frappé de cécité,
retiré
du monde, n'ayant pour consolation que les soins de la famille qui
m'entoure, mes douleurs se sont accrues lorsque j'ai vu rappeler avec
éclat des scènes qui, sans doute, n'avaient pu
s'effacer
de tous les souvenirs, mais qui du moins n'étaient l'objet
d'aucune discussion publique..."
Décret
de la
Convention Nationale du 23 février 1793 qui autorise les
communes à convertir leur cloches en canon.
Décret
de la
Convention Nationale du 4.e jour de Ventôse, an second de la
république française, une et indivisible, Relatif
au Mode
de paiement des Inftituteurs des petites Ecoles, & à
l'organifation des Ecoles primaires.
Éloge
burlesque de
la seringue, son origine, son histoire, ses transformations avec un
projet nouveau pour la perfectionner
(Nancy, 1757) : "Si celui
qui le premier donna des noms aux choses, et leur assigna des
qualités, avoit attaché l'importance, la noblesse
et la
considération à ce qui est utile ; je n'aurois
point
à venger aujourd'hui un instrument merveilleux de
l'ignorance de
nos jugements et de l'injustice de nos mépris, qui l'ont
fait
reléguer honteusement dans l'obscurité de nos
garde-robes, parmi tous ces meubles ignobles que la
bienséance
ordonne de cacher, et que la délicatesse défend
de
nommer..."
La
Descouverture du style
impudique des courtisannes de Normandie à celles de Paris,
envoyée pour estrennes de l'invention d'une courtisanne
angloise
(Paris, chez Nic. Alexandre, 1618) : "Amy lecteur, l'une des copies de
ce difcours m'eftant tombée entre les mains, j'ay
eftimé
que je ferois très ingrat fi je ne le faifois voir au jour,
pour
fervir d'avertiffement à ceux qui font tellement abandonnez
à leurs appetits charnels, & quy le plus fouvent fe
laiffent
aller aux charmes & feintifes de ces bêtes
envenimées,
quy ne s'eftudient, comme il paroift par ces falles &
impudiques
difcours, que pour attraper ceux quy par trop aiment leurs falles
&
deshonnetes plaifirs, & quy le plus fouvent, par le moyen de
ces
canailles, perdent le corps & l'ame..."
Leçons
de morale
pratique, à l'usage des classes industrielles
par Abel Dufresne
(Paris, 1826) : "Etre bon pour
être heureux,
voilà
toute la morale, disait un père à son fils. -
Mais mon
père, si c'est là toute la morale, pourquoi faire
de gros
livres et de longs discours ?..."
L'Art
de donner des soins
aux nouveau-nés
édité par Académie
d'hygiène contre les maladies du premier âge et la
mortalité des nourrissons,
(Paris, 1883) : "Depuis que la
Préfecture de la Seine a organisé un bureau de
statistique médicale, chaque semaine, les journaux de toutes
nuances ne manquent pas de signaler la mortalité effrayante
dans
notre capitale. Le chiffre n'est pas sans varier entre 1,000 et
1,300..."
Sermon
prononcé par
le Révérend Père Esprit de Tinchebray,
capucin...
Dans l'Eglise des Dames Religieuses de Haute Bruyère, le 22
Juillet 1694.-[sl, ca 1820] : "Tant et tant de fois vous m'avez
demandé, c'est-à-dire, supplié
illustres Amazones,
que je vinsse dans votre benin Couvent, flanqué de bastions
et
guérité de toutes parts, comme une Citadelle
inexpugnable
pour alimenter vos ames virginales du pain doucereux de la parole
angélique ; qu'enfin ruminant à part moi la
validité de votre Requête, comme un Avocat
rébarbaratif que les Clients persécutent, je
suis
venu, j'ai vu, j'ai vaincu..."
Etrennes
à
messieurs les riboteurs
; les supplémens
aux
ecosseuses, ou Margot-la-mal-peignée en belle humeur, et ses
qualités.-[Caen :
Chalopin], 1801 : "J'profitions du biau et
nouveau temps pour avouir l'honneur de vous flanquier par la philosomie
un plat de not' mequier, qui n'est pas chien, et dont j'nous flattons
que vot' çarvelle, qui est subtile comme une botte
d'allumettes,
sera satisfaite : ce sont les spiritueux rebus de mamselle
Margot la
mal-peignée, reine de
la halle, qui demeure au
rez-de-chaussée d'un septième étage,
à une
maison qui n'a ni devant ni darrière..."
retour
table
des auteurs et des anonymes