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Mise en bouche ![]() Le Melon de Lisieux ~~~~Air : In vino veritas, mes frères, etc.Nous venions de
nous mettre à table,
La Majeure (1), ma femme et moi, Quand notre bonne, est-ce croyable, Nous apporte, savez-vous quoi ? Salmis truffé de bécassine, Cuissot de haute venaison, Nenni, personne ne devine, C'était... un énorme melon. A sa forte et large encolure On l'eût pris pour un potiron, A qui nous allions d'aventure Réserver l'honneur du chaudron ; Quand la Majeure alors réclame Et dit : « Beau-frère, aurais-tu peur De le transpercer de ta lame Depuis les côtes jusqu'au coeur. » Je le retourne et l'examine, Puis dans son sein plonge le fer, Au lieu d'une piteuse mine, Nous remarquons qu'il a bon air. Sa couleur vive et séduisante, Son parfum des plus délicats, Prouvent qu'en femme intelligente La Majeure a jugé le cas. Il fond en sucre dans la bouche, Comme il est frais et succulent, Que disparaisse le vin louche Arrosé d'eau journellement, Ma femme, verse-nous sur l'heure De Beaune un verre copieux. A la santé de la Majeure, Victoire au melon de Lisieux. Ceci démontre qu'il faut être Réfléchi dans son jugement Pour discerner et reconnaître Le vrai du faux de l'apparent ; Si, subissant notre influence, La Majeure n'eût insisté, Nous perdions dans la circonstance Et le melon et la gaîté. Foire
d'Elbeuf, 2 septembre 1869.
(1) La Majeure, ma
belle-soeur, âgée de quarante-cinq ans.
Source
: Seconde petite glane /
Roger-Bontemps.- Rouen : impr. de L. Gy, 1905.- 189
p. : couv. ill. ; in-16.
Une
proposition de Madame Véronique Borde, saisie par Madame
Sylvie
Pestel, relue par Madame Anne Guézou (18.07.2005)
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