CHAMPFLEURY, Jules François Félix Husson dit Fleury ou (1821-1889): Confessions de Sylvius : la bohème amoureuse, (suite et fin).
Saisie du texte : S. Pestel pour la collection électronique de la Bibliothèque Municipale de Lisieux (13.IV.1999)
Texte relu par : A. Guézou
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EUGÉNIE LA BLANCHISSEUSE
 
I
Les femmes doivent toujours se garder d'un amour d'artiste.
 

Sylvius prit un nouveau logement et acheta quelques meubles. Le logement brillait tellement par sa simplicité, qu'il est inutile de le décrire.

Un soir que Sylvius traversait la cour, il aperçut devant lui une femme tenant une chandelle. Il marcha rapidement et arriva en même temps qu'elle au pied de l'escalier.

La jeune fille était court vêtue : un simple jupon par-dessus la chemise, et un fichu au cou. Elle s'arrêta à l'escalier comme pour laisser passer Sylvius, qui, pour ne pas manquer aux lois de la politesse, montra l'escalier d'un geste. La jeune fille attendait... Sylvius renouvela son geste sans plus de succès... Tous deux étaient à peu près dans la critique situation des personnes qui, sur un trottoir, cherchant à passer outre, se rencontrent toujours.

La jeune fille partit alors d'un éclat de rire si franc, que Sylvius comprit pourquoi elle ne montait pas la première. Elle craignait les indiscrétions de son costume de nuit. Sylvius grimpa l'escalier suivi de la jeune fille ; et, en se retournant plus d'une fois, il vit qu'il avait affaire à une femme jeune et robuste, dans tout l'épanouissement de la santé.

La nouvelle position de Sylvius était aussi favorable que celle crainte d'abord par la jeune fille. Trois marches à peine les séparaient... Le fichu qu'elle avait jeté, pour la forme, sur ses épaules, n'avait nulle envie de former une solution de continuité avec la chemise, et Sylvius pouvait admirer sans entraves ce que la voisine croyait si bien caché. Jamais Sylvius n'avait vu pareille profusion de cheveux, qui semblaient un torrent essayant de briser le peigne qui leur servait de digue.

- Bonsoir, monsieur, dit-elle en entrant dans un petit corridor situé à l'étage au-dessous du logement de Sylvius.

- Bonsoir, mademoiselle.

Sylvius rentra chez lui, se mit à son bureau, pensa longuement et pris une carte de visite. A la suite de son nom, il écrivit : «Deux heures du matin. - Je ne dors pas. Votre costume léger m'inquiète et me met la cervelle à l'envers. Je pense à vos beaux cheveux noirs».

Ce billet avait coûté deux heures de réflexion. Après l'avoir écrit, Sylvius ouvrit sa porte avec autant de prudence qu'un voleur, et ce ne fut qu'après s'être heurté maintes fois contre les murs, que Sylvius crut reconnaître la porte de sa voisine. Il découvrit une légère fente au bas, et put glisser sa carte de visite.

 
II
D'un bouquet qui fit merveille.
 

Pendant huit jours, les cartes de visite se succédèrent quotidiennement. Elles ne variaient guère comme rédaction, Sylvius pensant cyniquement, et avec raison, qu'en matières amoureuses bis repetita placent.

Un soir qu'il revenait du Luxembourg, il s'aperçut pour la première fois que la place Saint-Sulpice s'était transformée en marché aux fleurs. Il revint chez lui avec un énorme bouquet ; et, comme un bouquet est un grand seigneur qui se présente rarement sans se faire annoncer, il l'accompagna d'une page présumée incendiaire, dont voici un fragment :

«Ma belle voisine, qui avez des cheveux noirs, pourquoi faut-il que je vous aie rencontrée ? Vous m'avez volé le sommeil... Je vous aime. On a dû vous dire bien des fois ces trois mots si beaux et si communs. Laissez-moi vous les redire de vive voix ; assurément, vous ne les aurez jamais entendus d'une voix plus sincère. Ils sont plus harmonieux que toutes les musiques du monde, et ceux-là seuls qui ne sont pas amoureux s'en servent faux».

- Je ne crois pas, se dit Sylvius après avoir relu ce paragraphe, que M. de Voiture et M. de Benserade aient jamais produit pareil galimatias. Maintenant, il s'agit de terminer par une finesse amoureuse de la même école. - Et il continua :

«Ma belle voisine, j'attends votre réponse. Sur ma foi, j'ai l'espérance, car vous avez la charité.

» SYLVIUS».

L'épître terminée, il descendit à pas de loup son escalier, mit le bouquet dans le trou de la serrure de la voisine et jeta le billet sous la porte.

Il était dix heures du soir. Sylvius, certain que la jeune fille n'était pas rentrée, laissa sa porte entr'ouverte, s'établit dans son fauteuil et lut. Une demi-heure après, il dressa l'oreille ; il avait entendu un bruit de pas à l'étage au-dessous. C'était bien elle ! il se mit derrière sa porte, placé de manière à entendre le moindre bruit.

La voisine, tout d'abord, aperçut le bouquet ; elle le prit en froissant le papier, ce qui donna à croire à l'écouteur qu'elle était formalisée. Sylvius, n'entendant plus aucun bruit, pensa que sa conduite avait été un peu hasardée.

Tout à coup, la voisine ouvrit sa porte, et se prit à chanter de sa voix la plus joyeuse.

- Hein ! qu'est-ce que cela ? se dit Sylvius. Que veulent dire ces rossignolades ?

A travers une fente de la porte, Sylvius put apercevoir la voisine sortant prudemment du corridor et regardant dans la direction du second étage. Les rossignolades continuaient avec une telle ardeur, qu'une vieille femme, dont la porte faisait face à celle de Sylvius, se montra en criant :
- Hé ! la folle qui s'avise de chanter à des onze heures trois quarts du soir. Tiens, dit-elle en voyant la porte entr'ouverte d'où s'échappait de la lumière, vous êtes encore sur pied, monsieur Sylvius ?
- Mais cela n'a rien de bien extraordinaire, répondit-il en paraissant.
- Ça n'a pas d'égard pour les personnes âgées, ces filles-là ?
- Quelles filles ? demanda Sylvius.
- La blanchisseuse, j'imagine.
- Eh ! ne serait-ce qu'une blanchisseuse ? fit Sylvius en se retirant, désappointé.

Quelques minutes après, on montait les escaliers.
- Oh ! se dit Sylvius, elle a l'audace de venir chez moi.

Mais il se trompait, la jeune fille venait tout simplement jeter sur le carré un tas de papiers et de morceaux d'étoffes. C'était peut-être, un prétexte à rencontrer le voisin. En l'entendant, la vieille femme sortit de son logis.
- Ah çà, la belle, quelle conduite menez-vous ?
- Vous voyez, je jette des loques au tas.
- Ce n'est pas ça ; couchez-vous tranquillement, ou je me plains au propriétaire.

La jeune fille descendit précipitamment, fort contrariée de n'avoir pu rencontrer Sylvius. Malgré tout, elle tint sa porte ouverte.
- J'ai commencé, se dit Sylvius, je ne puis en rester là. Elle est blanchisseuse, mais on a vu des blanchisseuses qui...

Comme il allait sortir, il remarqua avec colère que la vieille voisine veillait encore et qu'elle allait l'entendre descendre les escaliers.
- Ah ! la sorcière ! s'écria-t-il, elle se doute de quelque chose.

Il rentra chez lui, passa un pantalon à pieds propre à marcher plus mystérieusement, et s'enveloppa d'une façon de robe de chambre monacale, couleur de mystère.

Il était en train de terminer ces préparatifs, lorsque la porte de la blanchisseuse se ferma violemment.
- Allons, la voilà furieuse de m'avoir trop longtemps attendu. Descendons, malgré tout !

Heureusement la voisine âgée, fatiguée de veille inutilement, s'était renfermée. Sylvius arriva sans avoir éveillé l'attention de personne à la porte de la jeune fille. Nul bruit ne se faisait entendre à l'intérieur, et la serrure ne laissait échapper aucune trace de lumière.
- Elle dort, pense-t-il.

Il gratta mystérieusment à la porte.

On ne répondit pas.

Il regratta plusieurs fois.
- Qui est là ? fit une voix féminine.

Sylvius, pour ne pas compromettre la jeune fille auprès des locataires, répondit : Moi, par le trou de la serrure.
- Qui, vous ?
- Si elle croit que je vais entamer un dialogue séparé par une porte ! pensa Sylvius.

En même temps, il entendi le craquement d'une allumette chimique, sans nul doute destinée à allumer la chandelle et à reconnaître le mystérieux visiteur. On ne sait encore quelle idée passa par la tête de Sylvius ; mais il se retira doucement en descendant les escaliers. La blanchisseuse fut fort étonnée de ne trouver personne. Elle sortit du petit corridor, et, guidée par un rire qu'elle entendit à l'étage au-dessous, elle descendit courageusement. Sylvius descendait aussi.

Arrivé dans la cour :
- C'est assez, se dit-il, remontons.

Et il grimpa les escaliers, toujours sans bruit, mais voyant avec surprise une ombre en face qui semblait guider ses pas sur les siens, c'est-à-dire qui franchissait une marche à mesure qu'il en franchissait une autre. - La distance était toujours égale.

Au milieu de l'escalier, Sylvius s'arrêta, et l'ombre s'arrêta.

- Elle a du courage, dit-il.

Et il monta. L'ombre monta, jusqu'à ce qu'elle disparût dans le petit corridor. Sylvius la suivit, et, voyant un rayon de lumière qui sortait d'une porte, il arriva jusqu'au seuil.
- Entrez donc, dit la blanchisseuse en voyant Sylvius la tête encapuchonnée, et qui, restant immobile sur le seuil de la porte, cherchait évidemment à produire de l'effet.

Sylvius ne se fit pas prier, et, d'un bond, il s'élança sur le lit.

On va crier au scandale, à l'impudeur et à mille autres billevesées, que les gens dits moraux et sérieux ont constamment dans la bouche. Mais le romancier, fort de son innocence, poursuit sa route sans s'inquiéter de ces clameurs.

Sylvius sauta sur le lit, par la seule raison qu'il n'y avait pas de chaises. Il y en avait une, mais elle était occupée par la jeune fille.
- Votre nom, ma belle voisine ? demanda Sylvius.
- Je m'appelle Eugénie.
- Je l'ai demandé plus d'une fois aux échos d'alentour, malheureusement cette maison ne possède pas d'échos d'alentour.
- Je vous remercie, mon voisin, de votre charmant bouquet.
- Oh ! pourquoi en parler ? Je vous remercie bien plus, ma chère Eugénie, d'avoir conservé de galant costume qui vous couvrait le premier jour que je vous aperçus. Avez-vous lu tous mes billets ?
- Oui. Vous êtes un moqueur.
- Vous voyez bien dans mes yeux que je ne me moque pas et que je vous aime...
- Tout le monde dit ça.
- Ah ! Eugénie, pourquoi me confondez-vous avec tout le monde ? Tout le monde, c'est les gens qui n'aiment pas, qui ne sentent pas, qui ont l'art de chanter auprès des femmes un air convenu, en changeant la ritournelle... Ceux-là ont beaucoup de succès, les femmes sont si niaises...
- Eh ! mais ce n'est guère galant, ce que vous me dites-là, répondit Eugénie.

Est-il besoin d'indiquer que Sylvius, étendu sur le lit, tenait dans ses mains les mains d'Eugénie, assise sur une chaise ? Si cela est inutile, il sera bienséant d'ajouter que certains nuages passaient de temps en temps sur le front de Sylvius. Eugénie avait les bras rouges. Cette abondance de santé peut plaire à quelques-uns ; mais Sylvius avait d'autres idées ; la femme maigre était son rêve et chatoyait fréquemment dans ses pensées. Les bras d'Eugénie apportaient une fatale influence dans la conversation. Aussi dit-elle :
- Il est temps de vous retirer, Sylvius. Je suis fatiguée... et les voisins !...
- Je vais m'en aller, répondit Sylvius.

Il resta, à la faveur d'une longue histoire. Au bout d'une demi-heure :
- Je vous en prie, Sylvius, il est trois heures, je voudrais dormir...
- Allons, Eugénie, je vous obéis... Adieu, dit-il en allant vers la porte... Ah ! j'ai laissé ma clef en dedans..
- Est-ce bien vrai, dit-elle en riant.
- Aussi vrai que je vous aime.
- Ce n'est pas vrai alors...
- Eugénie, allez voir ; et, si la clef n'y est pas, croirez-vous à mon amour.
- Peut-être.

Elle sortit et revint en toute hâte.
- Je crois à la clef, mais pas à votre amour... Il faut vous en aller, malgré tout...
- Oh ! l'inhumaine, vous me laisseriez mourir de froid dans les escaliers.
- Pensez donc aux voisins... et puis je suis fatiguée... Il faut que je me lève de bonne heure...
- Couchez-vous, Eugénie ; je resterai sur le plancher, je suis accoutumé à la dure...

Eugénie se coucha. Sylvius éteignit la chandelle, et, suivant ses promesses, s'étendit sur le parquet.

Après cinq minutes :
- Dormez-vous, Eugénie ?
- Ce ne sera pas long.
- Votre parquet est très-dur...
- Eh bien, asseyez-vous sur la chaise...

Sylvius s'assit sur la chaise contre le lit. Eugénie s'était retirée dans la ruelle.
- Eugénie !
- Quoi encore ! vous êtes impatientant...
- Je vous souhaite le bonsoir...
- Ah ! dit-elle d'un accent étonné.

Sylvius sortit. Le souvenir des bras rouges était trop poignant.

 
III
Reprises perdues.
 

Quelques jours après, Sylvius jugea qu'il avait été trop cruel et qu'il s'était conduit d'une façon trop spartiate ; et, pour se réconcilier avec Eugénie, il lui écrivit :

«Peut-être me traitez-vous d'extravagant, de fou... mais vous m'avez chassé si impitoyablement de chez vous, l'autre soir, à quatre heures du matin... J'étais si heureux dans votre petite chambre, près de vous... Je ne pense plus qu'à vous... J'ai voulu lire depuis ce temps, et je lis votre nom à chaque mot.

» Comme je songeais à ces trois heures délicieuses que nous passâmes ensemble, il est venu dans la cour un orgue qui a joué une valse de Strauss. Je ne sais si votre souvenir lui donnait du charme, mais j'ai retenu cette valse tout entière. Je m'en souviendrai toute la vie ; et, chaque fois que je la chanterai, je penserai à vous. Cette valse et vous, Eugénie, sont inséparables.

» Je vous ai sans doute paru bizarre... J'espère toujours... Tâchez de m'aimer un peu...

» SYLVIUS ».

Le soir arrivé, il alla porter cette lettre à la place accoutumée. Mais la vieille voisine, qui se doutait de quelque mystère, l'observait. Tout aussitôt, elle descendit chez le portier.

- Le logement de mademoiselle Eugénie n'est-il pas à louer ?
- A preuve qu'elle déménage dans huit jours, répondit le portier.
- C'est que j'ai une de mes connaissances qui cherche un logement. Pourrait-on le voir ?
- A la minute, ma bonne dame.

On alla voir le logement. En entrant, la vieille voisine de Sylvius apeçut une feuille de papier par terre. Elle mit le pied dessus ; et pendant que le portier énumérait les nombreux agréments de cette petite local, elle fourra adroitement le papier dans sa poche. Après quoi, elle ajouta que cette local était bien, mais un peu petite pour son amie.

 
IV
Où peut aller une épitre galante.
 

Le portier était en train de raccommoder le soir une paire de bottes ; la portière, madame Mangin, écumait la soupe, lorsqu'on frappa aux carreaux de la loge : - Peut-on entrer, madame Mangin ?
- Comment donc, mademoiselle, tout à votre service.
- Je voulais vous emprunter quelques allumettes... Les débitants sont si loin, et puis je n'aime pas à sortir seule le soir... On est exposé à rencontrer des malhonnêtes gens...
- Paris en est peuplé, dit la portière.
- Il y en a plus qu'on ne pense, allez, madame, dans les maisons les plus honnêtes...
- Pour ça, je réponds bien de cette maison ici.
- Vous ne savez guère ce qui s'y passe...
- Est-ce qu'il se passerait des choses défendues ?
- Ah ! dit mademoiselle en prenant un air mystérieux.
- Mon Dieu Seigneur ! moi qui disais encore au propriétaire d'à ce matin que toutes ses locataires étaient des petits saint Jean.
- Oh ! mademoiselle, contez-nous ça.
- Attendez, que je me rappelle bien toutes les circonstances.

Mademoiselle sembla réfléchir. Mademoiselle était une femme de trente-cinq ans, rose, grêlée et coquette. Elle tenait un pensionnat de jeunes filles externes. On savait dans la maison qu'elle était mariée, mais que son mari lui avait fait tant de traits, qu'elle l'avait quitté. On ne l'appelait que mademoiselle, malgré son état de mariage.

Tout ce qui est maîtresse ou sous-maîtresse de pension a des rages artistiques. Mademoiselle, ayant ouï dire que Sylvius faisait de la peinture, avait tenté sans succès d'entamer avec lui quelques discussions. Elle revint à la charge, et lui fit demander s'il pouvait lui prêter quelques livres ; mais Sylvius avait en haine profonde les maîtresses de pension, et il lui avait fait répondre assez insolemment que les femmes grêlées ne doivent pas lire. On peut juger quelle haine profonde la maîtresse de pension avait pour lui ; aussi l'espionnait-elle et cherchait-elle à surprendre quelques-uns de ses secrets.
- Figurez-vous, dit-elle, qu'il y a cinq jours, j'entendis un peu de bruit dans l'escalier. Je ne dors pas, ma poitrine est si faible... je regarde bien vite, et j'aperçois dans la cour un homme enveloppé dans un manteau, qui marchait avec précautions...
- Un voleur ?... s'écria la portière.
- Non. Pour ne pas vous effrayer, j'en parlai à la vieille dame du second...
- Madame Chénard ?...
- Précisément... Vous ne devineriez jamais qui c'était... Le mauvais sujet qui m'a traitée comme la dernière des dernières....
- M. Sylvius ? pas possible...
- Il a des intrigues dans la maison, reprit à voix basse mademoiselle ; il se lève toutes les nuits pour aller voir sa belle, il s'y passe des choses...
- Ah ! s'écria la portière, qu'est-ce que vous me dites-là. Ça fait frémir la nature... Une maison si honnête, si bien tenue...
- Je n'y resterai pas davantage, reprit mademoiselle ; vous comprenez ma chère madame Mangin, j'ai des jeunes filles chez moi, il y en a qui vont sur leurs quinze ans... il faut s'attendre à tout d'un pareil garnement... Et les parents, s'ils savaient seulement le plus petit mot, ils retireraient leurs enfants, et ils auraient raison...
- Avec tout ça, reprit la portière, vous ne me dites pas chez qui il va commettre ses horreurs...
- Tenez, justement voilà madame Chénard... Elle en sait plus long que moi là-dessus.
- Ah ! bonsoir, madame Chénard ; nous vous attendons... Eh bien, le scélérat, le brigand du second, il paraît qu'il en fait de belles ?
- Jésus ! je voudrais pouvoir oublier tout ce que j'ai entendu... Mon Dieu, c'est pas lui le plus coupable, c'est la blanchisseuse...
- Quoi ! mademoiselle Eugénie ? s'écria-t-on en choeur.
- Je le verrais, que je ne l'aurais pas cru, dit la portière... Ah ! la sainte nitouche, qu'elle n'a l'air de rien... On lui donnerait le bon Dieu sans bénédiction...
- J'ai été écouter à la porte, dit madame Chénard ; ils disaient des choses, des choses quoi, à renverser des maisons... Ça me révoltait trop, je me suis en allée..
- Ça suffit bien, dit mademoiselle.
- On a des preuves du tout, s'écria triomphalement madame Chénard en brandissant la lettre volée.

Il y eut un cri d'étonnement et de curiosité.
- Il avoue tout, dit mademoiselle, il dit : Je suis fou...
- Ah ! c'est bien vrai, dit le choeur de commères.
- Voilà qui est clair ; il marque : Comme je songeais à certaines heures délicieuses que nous passâmes ensemble... Je ne peux pas continuer, c'est d'une immoralité vraiment...
- Allez toujours, il parle d'une orgue, après ça d'une valse... Qu'est-ce que les orgues font là-dedans ?
- Il est toqué, c'est sûr, dit le portier.

On entendit un coup de sonnette.
- C'est lui, dit le choeur.

Sylvius rentrait en effet, joyeux comme à l'ordinaire, et ne se doutant pas qu'il servait d'occupation à tout la maison. Il prit sa clef et ne remarqua rien d'extraordinaire dans la mine des vieilles femmes.

En montant les escaliers, il glissa un billet sous la porte d'Eugénie.

Mais, ce soir-là et les suivants, Eugénie ne rentra pas. Les billets allaient toujours leur train ; ils ne servaient qu'à faire l'ornement des soirées du portier. Tous les jours, on se réunissait en comité et on les commentait.

Un matin, Sylvius, s'étonnant de ne jamais rencontrer Eugénie et de ne pas recevoir de réponse à ses billets, demanda, après toutes sortes de détours, des renseignements à madame Mangin, qu'il ne soupçonnait pas avoir pour ennemie.
- C'est la blanchisseuse que vous voulez dire, répondit la vieille femme. Il y a deux mois qu'elle a déménagé.
- Ah ! dit Sylvius de la voix d'un homme qui reçoit une tuile sur la tête.

Six mois après ces aventures, Sylvius, passant sur le boulevard, reconnut, en équipage, Eugénie, qui réalisait alors les rêves de son ancien amant.

Elle était arrivée à l'état distingué de femme maigre ; elle lança à Sylvius un de ces regards de mépris terrible, particulier aux filles entretenues.

 
 
MARIANA LA PEINTRE.
 

La salle des Antiques était à peu près déserte. Quelques tabourets, quelques chevalets et quelques dessins commencés indiquaient cependant la trace de travailleurs qui avaient dû s'absenter momentanément. Seuls, les gardiens du Louvre se livraient à ces promenades sans fin qui leur donnent un air de ressemblance avec les ours.

Sylvius descendit le grand escalier qui mène au Salon et se plaça en face de l'Apollon du Belvédère. Quand le gardien eut tourné le dos, Sylvius déposa un billet sur le carton d'un travailleur absent, et s'enfuit précipitamment. On n'avait rien vu ; l'Apollon était trop occupé à regarder en l'air pour faire attention à ce manège. Quelque temps après, une jeune fille descendait le même escalier. Elle était bizarrement vêtue. Une espèce de peignoir en lustrine noire, passé par-dessus sa robe, indiquait assez que c'était un vêtement destiné à protéger ses habits. Elle tenait un appuie-main très-long, qui aurait pu lui servir à figurer dans une apothéose de féerie, au moment où la fée bienfaisante bénit les amants et s'envole dans des nuages de feux de Bengale. De grands cheveux, noirs et bouclés, encadraient sa figure légèrement bistrée. Elle marchait haut la tête, comme toute peintre doit le faire, s'inquiétant peu des gens qui la regardaient. Arrivée à son tabouret, elle s'assit et se mit à contempler l'Apollon du Belvédère. - L'Apollon est propriétaire de cette feuille qui permet à la mère de conduire sans danger sa fille dans nos musées. - La jeune fille reporta ses yeux sur son dessin et parut peu contente, car elle chercha du pain pour effacer quelque trait saugrenu, lorsqu'elle aperçut le billet. Elle l'ouvrit et lut :

«O Mariana !

«Vos êtes un grand artiste et je vous aime. J'ai passé des heures au Salon, devant votre tableau, où vous avez dépensé tant de coeur et de sentiment. Combien de fois, caché derrière l'hermaphrodite, vous ai-je observée copiant l'Apollon. Vous êtes belle et grande quand l'enthousiasme vous prend à la vue des oeuvres de nos grands maîtres. Mais je voudrais vous voir dans votre atelier, inspirée, saisissant vos pinceaux ! La femme a peut-être plus que l'homme le sentiment de l'art. Me permettrez-vous de vous parler quelquefois, de causer avec vous des chefs-d'oeuvre du Louvre ? Je n'ose l'espérer. Voulez-vous que je vous serve de modèle pour votre prochain talbeau ? Ah ! dites-moi que oui, et mettez-moi un peu d'espérance au coeur.

«Si ma démarche ne vous paraît pas trop osée, je vous attendrai à la sortie, à quatre heures.

«Votre adorateur pour la vie,
« SYLVIUS».

- Sylvius, dit-elle, je ne le connais pas. Il est bien hardi ! Mais sa lettre est bien écrite. Je m'en vais aller consulter Juliette.

Et, comme quatre heures s'avançaient, elle rangea son carton, son chevalet, et monta à la galerie française.
- Juliette, dit-elle à une femme perchée sur une échelle.
- Attendez, répondit celle-ci, il faut que j'use mon restant de cobalt.

Mademoiselle Juliette était une peintre expérimentée. Elle possédait quarante ans, des lunettes bleues et des manches. Dix ans de peinture changent totalement la femme. Elle n'a plus de sexe ; elle devient presque hermaphrodite ; si elle n'avait un jupon, on la prendrait pour un homme. A trente ans, la peintre commence à porter ses cheveux à l'enfant. Elle aborde franchement le langage des rapins. Alors, elle avoue qu'elle fait de la peinture chiquée et que ses amies font de la peinture embêtante. Malgré tout, elle continue à garnir les quais de copies de tableaux de l'Empire, et elle admire sincèrement les tableaux les plus bourgeois du Louvre. Mademoiselle Juliette faisait partie de cette catégorie.
- Qu'y a-t-il, ma petite ? dit-elle en descendant cavalièrement son échelle, garnie d'une draperie de serge verte destinée à protéger les jambes féminines contre les regards inquisiteurs.
- Connaissez-vous M. Sylvius ?
- Le petit Sylvius ! Je ne connais que lui. C'est un gaillard qui peint avec une fière pâte.
- Ce n'est pas cela que je vous demande. Est-ce un jeune homme ? beau ou laid ?
- Eh ! pas trop joli ! Il est hardi, par exemple, comme sa peinture. Bon camarade ; il m'a retouché une boule de saint Jean, qui me donnait un mal... Mais pourquoi me demandez-vous tant de détails ?
- Tenez, lisez !

Mademoiselle Juliette prit la lettre, la lut attentivement, en se posant sur son appuie-main, et s'écria :
- Voilà une lettre corsée. Il vous aime, ma chère. Ce n'est pas là un poncif amoureux, comme toutes les déclarations ordinaires d'homme à femme.
- Mais je ne sais trop si je dois accepter un amour aussi brusque.
- Osez, mon enfant. Suivez les conseils d'un artiste qui a de l'expérience. Que diable ! je m'y connais. Le petit Sylvius doit gagner de l'argent ; et vous, vous savez le mal que nous avons à nous tirer des empâtements de la misère. A propos, et votre copie ?
- Ma copie est toujours à venir.
- Pourquoi n'allez-vous pas tourmenter Cavé ? Il ne faut pas manquer une audience. Je sais ce que c'est ; mais, pour en revenir à notre affaire, je vous accompagnerai en sortant ; nous verrons bien quelle tournure prendront les choses.

Pendant ce temps, Sylvius était remonté à la galerie espagnole, où il rencontra Schanne, revenu de la province.
- Eh ! Schanne, écoute. Je viens d'envoyer une déclaration à la Mariana.
- Mariana ! je ne la connais pas. Vient-elle ici ?
- Que si, tu la connais ! Une grande brune qui cause souvent avec la vieille Juliette et qui dessine l'Apollon du Belvédère.
- Elle n'est pas mal, mais elle peint d'une atroce façon.
- Ça m'est égal. Aussi lui ai-je dit qu'elle avait un grand talent et qu'elle irait loin. Pense qu'elle n'a pas de mère ni de soeurs comme toutes ces ennuyeuses filles de bourgeois qui viennent ici. J'ai eu le soin de me mettre bien avec la vieille Juliette, mais j'avais mes vues. Je lui ai même retouché une tête.
- Mon ami, si tu m'écoutais, tu ne ferais pas la connaissance de cette peintre. Il faut réfléchir avant que de te lancer dans une voie si périlleuse.
- Messieurs, on ferme ! cria le gardien.

Sylvius jeta ses pinceaux en désordre dans sa boîte et courut, craignant de ne pas se trouver au rendez-vous. Dans la cour du Sphynx, il aperçut mademoiselle Juliette et Mariana qui s'en allaient très-doucement.
- Mon petit Sylvius, dit Juliette, offrez-moi donc votre bras

Le peintre fit une grimace en dedans. Mariana baissait les yeux et se tenait aux côtés de la protectrice de ses amours.
- Mariana m'a tout conté ; il faut avouer que vous êtes bien impudent d'envoyer la première fois des billets aussi hardis.
- L'amour n'excuse-t-il pas tout ?
- Oui, l'amour ; mais prenez garde de prendre une inclination passagère pour de l'amour.
- Oh ! mademoiselle Juliette, dit Sylvius en essayant de prendre l'air scandalisé.
- Vous êtes coloriste et fougueux ; je m'y connais, j'ai aimé des coloristes.
- Et vous aimez encore ?...
- Allons, Sylvius, vous êtes un indiscret personnage.
- Plus de morale, dit tout bas celui-ci, ou je parle de vos relations avec Canonnier, l'élève de la nature.
- C'est assez. Mariana, dit Juliette, voulez-vous venir dîner ce soir chez moi avec M. Sylvius ?
Mariana fit entendre un non qui ressemblait à deux oui.
- Sylvius, c'est convenu, vous dînez chez moi avec Mariana. Avez-vous de l'argent ? lui demanda-t-elle à la sourdine.
- En faut-il beaucoup ?
- Eh ! pas mal, pour faire un dîner passable.
- Combien ?
- Il faut cinquante sous pour trois. Oui, cinquante sous. Donnez le bras à votre amante chérie, je m'en vais chez le restaurateur commander un dîner kox-noff. Voilà ma clef, mettez la table.
Sylvius prit le bras de Mariana, monta les escaliers d'une petite maison de la rue des Canettes, et se trouva dans les appartements de Juliette. Tout visiteur, même le moins physionomiste en matière de mobilier, eût deviné que cette chambre devait être habitée par un artiste. Un lit de sangle, deux têtes de mort, quelques gravures d'après Girodet, des moulages de la colonne Trajane, une pipe façon turque, un bonnet russe, un chevalet et des esquisses servaient de signalement. Il n'y avait que deux chaises, Sylvius en offrit une à Mariana et prit l'autre. Il s'empara des mains de la peintre et lui parla de son amour, qui durait depuis nombre de mois, sans qu'il eût jamais osé le déclarer. Il raconta, avec des variantes, Une Chaumière et son coeur, de M. Scribe. Mariana écoutait avec passion le langage ardent du peintre, lorsque Juliette rentra.
- Eh bien, Mariana, la table ? Ah ! vous écoutez le serpent... Allons, aidez-moi, qu'on place la table. Faut-il mettre une nappe ? Au fait, je n'en ai pas, je peux bien l'avouer, entre peintres. Sylvius, vous vous assoierez à côté de Mariana.
- Mais je ne vois que deux chaises.
- Vous inquiétez-vous pour si peu ? Et le lit ! Je mangerai à la manière antique, peu couronnée de roses, c'est vrai ; mais, quand la nourriture est chikdar, on ne regarde pas de si près. Aimez-vous le bifteck, Mariana ? et vous, Sylvius ?
- Le bifteck est bon quand il est bon.
- Il sera bon, j'ai parlé moi-même au chef ; je dois lui faire son portrait meilleur marché qu'au bureau ; s'il ne nous donne pas de bons biftecks, je ne le fais pas ressemblant.
- Tiens, vous avez raison.
- Sylvius, chauffez le cuisinier pour son portrait, vous me rendrez service. Ces diables de gens, il faut vraiment les putipharder pour avoir l'honneur de peindre leurs silhouettes.

En ce moment, le cuisinier entra, apportant le repas.
- Comment vous nommez-vous ? dit Sylvius au cuisinier.
- Baptiste, monsieur, pour vous servir.
- Baptiste, vous me revenez, vous avez une bonne tête. La cuisine va-t-elle un peu ? - Comme ci, comme ça ; on ne mange pas autant l'été.
- Baptiste, vous avez manqué votre vocation : avec votre tête, je me serais fait modèle. - Monsieur se moque, hé ! hé !
- Je ne me moque jamais ; si vous voulez poser dans un de mes tableaux... mais je vous avertis qu'il faut se déshabiller à fond.
- Oh ! merci, monsieur ; mademoiselle Juliette veut bien me faire mon portrait, mais avec mes habits. On ne me reonnaîtrait plus de la manière comme vous dites...
- Quand commençons-nous, Baptiste ? dit Juliette.
- Madame, je ne sais pas trop.
- Dépêchez-vous, mon garçon ; je suis pressée aussi, moi. Et si j'avais voulu prendre mes repas, dit-elle avec emphase, chez votre confrère, il tenait à ce que je fisse son portrait. Mais il a un vilain bec, cet oiseau ! Quand je fais un portrait, je veux un beau modèle.
- Alors, mademoiselle, dimanche prochain, je viendrai sur les deux heures... C'est que... le prix...
- Bah ! le prix, ça va de soi seul ; vous me payerez en comestibles. A dimanche, dit-elle en le renvoyant. Encore un d'emmanché ! Ah ! les portraits sont bien durs par les chaleurs !

Le repas commença. Juliette faisait à elle seule les frais de la conversation. Le peintre magnétisait de ses regards la jolie Mariana ; quelquefois un pied, errant sous la table, s'adressait à Juliette, et lui indiquait que, si les deux amants ne parlaient pas beaucoup, du moins une conversation muette s'engageait. Le soir arriva ; Sylvius offrit de reconduire Mariana, et Juliette resta chez elle, en femme habile.

Le lendemain, Sylvius emmenait triomphant au Louvre Mariana. Il l'appelait Marianette. Les petits noms sont l'indice de la possession, Le peintre avait parlé de travaux communs ; il voulait vivre, avait-il dit, uniquement pour sa chère Mariana ; la vie de jeune homme lui pesait, il lui fallait la vie de famille. Ils ne feraient plus qu'un logement. Mariana s'était laissée prendre à tous ces raisonnements. En chemin, son amant lui dit :
- Tu ne travailleras plus aux Antiques. Tu serais trop loin de moi. Je suis jaloux ; beaucoup peuvent te faire la cour. Tu viendras travailler avec moi à la galerie espagnole.

Quoique Mariana fût douce et résignée à se laisser mener, elle avait peur de la peinture espagnole, peinture sauvage, fougueuse et carrée qui épouvante les esprits étroits, et elle répondit :
- Mais, mon ami, que veux-tu que je fasse aux Espagnols ?
- Tu copieras quelque chose, n'importe quoi, à côté de moi. Je fais le moine de Zurbaran. Il y a de très-beaux Zurbaran tout près.
- Mon ami, j'irai aux Espagnols, puisque tu le désires ; mais je copierai une vierge de Murillo.
- Pouah ! une vierge de Murillo ! Y songes-tu ? cela est d'un ennuyeux à mourir. Non, tu copieras un Zurbaran.

Ainsi le peintre coloriste choquait, sans s'en apercevoir, les principes de sa maîtresse, élevée à l'école du joli, du tendre et du gracieux. Elle ne reconnaissait plus l'homme qui lui avait écrit la veille qu'il aimait sa peinture ; elle comprenait qu'elle s'était donné un tyran en peinture. Cependant elle se laissa mener. Au Louvre, tous deux prirent place, l'un à côté de l'autre. Mariana commença à esquisser une figure de Zurbaran ; mais le découragement la prit ; elle avait aussi des idées arrêtées en peinture, et elle se demandait à quoi pourrait servir une telle étude. Juliette, passant par hasard, les aperçut et s'écria :
- Ah ! mon Dieu, Mariana, tu copies de la peinture de valet de bourreau ?
- Qu'est-ce que vous dites donc là, Juliette ? répondit Sylvius d'un air terrible.
- C'est Sylvius, dit-elle, qui te fait copier ces horreurs-là ?
- Hélas ! dit Mariana en soupirant.
- Mademoiselle Juliette, dit Sylvius en prenant sa figure la plus sérieuse, je vous prie de croire que je sais mieux que vous les études qu'il convient à Mariana de faire.
- Vous êtes un tyran, Sylvius !
- Mademoiselle Juliette, vous allez me faire le plaisir de nous laisser peindre tranquillement.
- Pauvre Mariana ! dit la vieille artiste en nettoyant ses lunettes bleues et en s'éloignant.

Sylvius alla voir l'étude de sa maîtresse ; la préparation le fit sauter en l'air. Ne pensant plus à l'amour, il lui fit des reproches qui s'adressaient seulement à l'artiste ; Mariana ne dit rien, et, prétextant un motif quelconque, elle sortit et ne revint pas. Elle alla se jeter en pleurant dans les bras de Juliette, et la pria de l'accompagner chez elle. Le lendemain, elle envoya chez Sylvius ce billet :

«Monsieur, nous ne sommes pas faits l'un pour l'autre. La peinture tuera toujours chez nous l'amour. Si vous me revoyez au Louvre, ne me reconnaissez pas ; c'est le seul service que je vous demande. Adieu, monsieur ! vous me connaissez si peu, que vous m'oublierez bien vite».

Sylvius montrant cette lettre à son ami Schanne et lui narrant cette aventure, celui-ci lui dit avec son cynisme d'atelier :
- Que diable ! mon cher, tu veux qu'un artiste en jupons fasse de la peinture culottée !


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