(01.10)
Villiers de L'Isle-Adam (1838-1889) : L'agence du Chandelier d'or (1885) : " LA
récente loi, votée à plaisir par les deux Chambres, a précisé, dans un
article additionnel, que « la femme légitime, surprise en flagrant
délit d’inconstance, ne pourrait épouser son complice. » Ce fort
spirituel correctif ayant singulièrement attiédi l’enthousiasme avec
lequel un grand nombre de ménages modèles avaient accueilli,
d’ensemble, la nouvelle inespérée, bien des fronts charmants se sont
assombris ; les regards, les silences, les soupirs étouffés, tout dans
les attitudes, enfin, semblait dire : « Alors, à quoi bon ?... » - O
belles oublieuses ! Et Paris ?... N’est-il pas autour de nous, tirant
son feu d’artifice perpétuel de surprises étranges ? capitale à
déconcerter l’imagination d’une Shéhérazade ? ville aux mille et une
merveilles où se réalise, comme en se jouant, l’Extraordinaire ? Au
lendemain de l’ukase sénatorial, voici qu’un actualiste à tous crins,
un novateur de génie, le major Hilarion des Nénufars, a trouvé le biais
pratique si désiré des chères mécontentes... "
(01.10) Georges de Peyrebrune (1841-1917)
: Mater ! (1886).
(12.09)
Robert de Bonnières (1850-1905) Bichon (1885) : " C’
ÉTAIT
à Vitry-le-François, il y a quatre ans de cela. Je faisais mes
vingt-huit jours au 26e de dragons. Nous avions trimé depuis cinq
heures et demie du matin. Le soir venu, rompus, fourbus, abasourdis de
fatigue, mouillés jusqu'aux os, les jambes roidies dans nos bottes qui
semblaient de plomb, nous étions allés, après la soupe, prendre le café
dans un petit cabaret qui se trouvait en dehors d'une des principales
portes de la ville, au delà des fossés, marécages immobiles où les
grenouilles de septembre chantaient à la nuit tombante, comme pour
annoncer de nouveau la pluie pour le lendemain. Mes camarades étaient
de toutes espèces. Il y avait dans la bande un commis-voyageur élève de
Jean-Jacques Rousseau, un ancien employé de la Compagnie d'Orléans, un
paysan des environs de Poitiers, très quartier latin...
"
(12.09) Aurélien Scholl (1833-1902) :
Un
cas de névrose (1885).
(11.09) Théodore de Banville (1823-1891)
Les
servantes (1885) : " E
N province, beaucoup d'âmes délicates, douloureusement froissées dans
leurs plus légitimes instincts, n'ont d'autre parti à prendre que celui
de la résignation, et c'est à celui-là que s'était arrêtée Mme
Henriette Simonat, après des luttes inutiles. Mariée à un homme
d'esprit grossier, tyrannique, libertin, profondément égoïste et, de
plus, avare, elle comprit bien vite qu'elle devait abandonner toute
espérance ; et, à vingt-huit ans, merveilleusement belle, et mère de
deux enfants déjà grands, elle avait fait son deuil de la vie. Les
Simonat habitaient une campagne nommée les Bernadets, près
d'Azay-sur-Cher, à quatorze kilomètres de Tours ; mais, en réalité, Mme
Henriette était à mille lieues de cette ville, où son fils François
était au lycée, sa fille Julie en pension, et où elle avait laissé ses
amitiés d'enfance. Car son mari la tenait à la maison comme
prisonnière, n'ayant ni les plaisirs de la compagnie, ni l'âpre
jouissance de la solitude...
"
(11.09) Emile Deschamps (1791-1871) :
L'amie
de la mariée (ca1850).
(10.09)
Léon Cladel (1834-1892)
Irène (1886) : "
ON respire
ici, se dit tout d'abord à part soi René de Bergoïs, en arpentant à la
brune, en mai, les larges trottoirs qui bordent le boulevard des
Capucines et celui des Italiens ; ensuite il ajouta, fatigué de sa
monotone promenade qui durait pendant trente ou quarante minutes : Ah!
tout irait bien si je heurtais quelqu'un à qui parler !... Et,
machinalement, il regardait à sa droite comme à sa gauche le flot
d'oisifs qui, tout en nage, foulaient le bitume et le macadam autour de
lui. Que de coureuses tendaient leurs amorces et que de désoeuvrés s'y
prenaient volontiers ! Assourdi par le roulement des omnibus et des
fiacres, ainsi que par la rumeur des passants, et las enfin de ce
spectacle qui s'offre quotidiennement aux yeux des citadins toujours
divers et non moins nombreux, il se disposait à franchir la chaussée
encombrée par la foule, lorsqu'il avisa sous la tente de l'un des
grands cafés avoisinant l'Opéra certaine figure de sa connaissance...
Ah ! c'était bien lui, vraiment, très irréprochablement vêtu, le
stick au bout des ongles, le lorgnon ancré sous l'arcade sourcilière,
un cigare au bec..."
(10.09) Fanny Richomme :
Irène ou les amours du bon vieux temps (ca1850) .
(09.09) Edmond de Goncourt (1822-1896) :
La courtisane au théâtre (1886) : " E
N novembre 1774, il suffisait à une femme de l'encataloguement, de
l'inscription à l'Opéra ou à la Comédie-Française, pour ne plus être
soumise au bon plaisir de la police, pour jouir de l'inviolabilité
commune, et entrer pour ainsi dire dans une possession absolue de sa
personne. La dernière des filles de choeur, de chant ou de danse, la
dernière des figurantes était émancipée de droit : un père, une mère,
indignés de son inconduite, ne pouvaient plus exercer sur elle
l'autorité paternelle ; et il lui était permis de braver un mari, si
elle était mariée. Aussi, de la part de toutes ces femmes, demi-castors, filles de vertu mourante,
quelles aspirations vers ces planches qui donnaient l'affranchissement,
qui délivraient du pouvoir de la famille, qui sauvaient des rapports de
l'inspecteur Quidor! Monter là c'était l'effort et l'ambition de
chacune. Toutes les protections qu'elles pouvaient capter, elles les
mettaient enjeu pour arriver jusqu'à un Thuret ou jusqu'à un de Vismes,
pour franchir la porte de ce cabinet fameux et redoutable, le cabinet
du directeur ..."
(09.09) Clémence Robert (1797-1872) :
Un amour historique (ca1850)
(07-08.09) Jean Gascogne (1862-1904)
Discrétion
(1884) & Ernest d'Hervilly (1839-1911)
La Vénus
d'Anatole (1883) : "Anatole est furieux. Pour tout de bon il est furieux. Le grand
Anatole, vous le connaissez bien ? Anatole de la rue fontaine !
l'Anatole à Nana ! Mais vous ne connaissez que lui. Un grand jeune
homme avec des cheveux roux et une poitrine bombée comme une cuirasse ! Anatole Jubeau, celui qui a exposé
l'année dernière un tableau si drôle : le Diable dans un bénitier !
Anatole enfin !..."
(06.09) Jacques Rochette de La Morlière (1719-1785) :
Les Lauriers ecclésiastiques ou campagnes de l'abbé T*** (1748) : " J
E
vais vous satisfaire, mon cher marquis ; vous voulez un récit exact de
mes espiègleries depuis mon entrée dans le monde, et du dénouement
sérieux qui va bientôt les terminer : au milieu des succès d’une
campagne brillante et d’une ample moisson de lauriers, vous imaginez
qu’il en est d’autres qu’on peut cueillir avec moins de peine, et dont
les fruits, moins glorieux peut-être, ont des douceurs plus réelles et
plus satisfaisantes ; vous croyez enfin que l’amour peut tenir lieu de
tout dans la vie : ah ! qui mieux que moi doit soutenir ce système ?
C’est lui qui a toujours fait mon bonheur, c’est par lui que je touche
à l’instant le plus heureux de mes jours : et par quel chemin m’y
a-t-il conduit ? Que de fleurs sur mon passage ! Non, jamais je n’ai
connu ses peines, il ne m’a prouvé sa puissance que par les plaisirs
continuels et indicibles dont il m’a enivré. Que de reconnoissance ne
dois-je pas pour tant de bienfaits, et comment m’acquitter mieux envers
lui, qu’en publiant les faveurs dont il m’a comblé, les charmes qu’il a
répandus sur les premières années de ma vie ?...
"
(06.09) Ernest Legouvé (1807-1903) :
L'armure des comtes de Rottrick (1839).
(05.09) A. Dupin (1804-1876) :
Albane (1839). : " Il écrivit à
Enguerrand : « Vivre loin d’elle, c’est un effort au-dessus de mon courage. Depuis
huit jours je l’essaie inutilement. Chaque matin je mesure avec
épouvante la distance qui doit me séparer du soir ; et quand le soir
vient, je m’étonne qu’il ne puisse rien pour moi. Il y a dans mon sein
je ne sais quoi de funeste, un mal qui le ronge. Mes vêtements
s’embrasent sur mon corps ; quelquefois ils deviennent pesants comme
ces chapes doublées de plomb qui faisaient courber les damnés de Dante.
Un matin, je souffrais tant que mon regard a imploré Dieu. Tout à coup
j’ai frémi de me voir exaucer. Que ferais-je d’une vie où elle ne
serait pas ? Tu souris, toi qui es fort. Quand il me vient dans la
pensée que je pourrais guérir, j’éprouve l’horreur que tu sentirais à
la vue de la terre nue, froide, immobile et sans reflets. Je ne
cesserai pas d’aimer ; mon dernier adieu à la vie sera un cri d’amour ;
mon âme emportera son ardeur au-delà du monde périssable. Sais-tu
Enguerrand, ce qu’il y a de magie dans la vue d’une femme aimée ? ...
"
(05.09) Ernest Fouinet (1799-1845) :
La Famine (1839)
(04.09) Louise Colet (1808-1876) :
Yolande (1839) : " Il est des femmes qui pensent tard, la pensée n’est éveillée en elles
que par le sentiment ; elles ne manquent pas d’esprit, mais leur esprit
vient du coeur ; avant d’avoir aimé elles n’ont que des idées vagues,
leurs désirs sont sans volonté ; l’amour, la passion peut seule leur
faire comprendre qu’elles ont un libre arbitre. Telle était Yolande de Rocmartine, une des plus nobles jeunes filles de
la Provence, cette vieille terre de la grande aristocratie. La mère
d’Yolande avait émigré ; rentrée en France, veuve et presque sans
fortune, elle racheta à grand’peine le vieux château de ses ancêtres
qui dominait un village dont les habitants, autrefois ses
vassaux, étaient devenus, par la confiscation et la vente de ses biens,
ses co-propriétaires. Le malheur avait rendu la marquise de Rocmartine
plus fière et plus hautaine ; ses prétentions nobiliaires, renforcées
par une dévotion rigoriste, la faisaient invulnérable à toute idée
nouvelle ; elle se croyait encore femme d’un président au parlement et
reine de la capitale du comté...
"
(04.09) Victor Lottin de Laval (1810-1903) :
Les Ruines de Palmyre (1839).
(03.09) Catulle Mendès (1841-1909) :
Madame
de Ruremonde
(1885) : " D
E
toutes les flirteuses qui, dans les salons de Paris, de Pétersbourg et
de Londres, abandonnent longtemps leur main, avec un frémissement bien
imité, entre les doigts de quelque bon jeune homme ébahi, ou,
renversées dans un fauteuil, croisent les jambes sous la jupe étroite
qui s'applique et se renfle, ou bien, penchées, au dessert, vers leur
voisin de table, avec l'air d'écouter une confidence, lui placent sous
les yeux, sous le nez, sous les lèvres, dans son assiette ! le double
fruit vivant de leur gorge qui assoiffe et affame, — Mme de Ruremonde,
certes, est la plus parfaitement exécrable! Aucune n'a poussé plus loin
qu'elle l'abominable vertu de toujours s'être refusée après s'être
toujours offerte...
"
(03.09) Fanny Reybaud (1802-1870) :
Marguerite, épisode du quatorzième siècle (ca1850).
(02.09) Léon Cladel
(1834-1892) :
Vyr le
porion (1884) : " R
IEN n'avait pu nous dissuader de ce dessein
; aussi le
lendemain, vers midi, mon camarade et moi, coiffés d'épais chapeaux de
cuir bouilli, revêtus de bourgerons de laine bleue et munis chacun
d'une lampe Davy, nous nous approchions très émus et nous efforçant de
ne point le paraître, de cette fosse profonde de six à sept cents
mètres, quand M. de la Tour-Réal, ingénieur des mines belges et l'un
des petits-neveux de l'amiral de ce nom, que la révocation de l'édit de
Nantes avait contraint à se réfugier aux Pays-Bas, qui lui furent une
nouvelle patrie, répondit enfin à la muette interrogation de nos yeux...
"
(02.09) Jules Depaquit (1869-1924) :
Latoupie-Bottin
(1900).
(01.09) Pierre Loti (1850-1923) :
Viande de Boucherie [suivie de]
Chagrin d’un vieux forçat
(1891). : " A
U milieu de l’océan Indien, un soir triste où le vent
commençait à gémir. Deux pauvres boeufs nous restaient, de douze que
nous avions pris à Singapoor pour les manger en route. On les avait
ménagés, ces derniers, parce que la traversée se prolongeait,
contrariée par la mousson mauvaise. Deux pauvres boeufs étiolés,
amaigris, pitoyables, la peau déjà usée sur les saillies des os par les
frottements du roulis. Depuis bien des jours ils naviguaient ainsi
misérablement, tournant le dos à leur pâturage de là-bas où personne ne
les ramènerait plus jamais, attachés court, par les cornes, à côté l’un
de l’autre et baissant la tête avec résignation chaque fois qu’une lame
venait inonder leur corps d’une nouvelle douche si froide ; l’oeil
morne, ils ruminaient ensemble un mauvais foin mouillé de sel, bêtes
condamnées..."
(01.09) Jean Madeline :
Toujours... [suivi de]
La Robe (1899).